LA COALITION
3 Janrier-S novembre 1843.
Coalition des partis.— Elections. -* Démiasion du ministère Rodil. — Ouverture des Cortès (3 avril). — Ministère Lopez (9 mai). — Amnistie.—Question Linag^e. — Démission du ministère Lopez (19 mai).
— Déclaration du congrès en sa faveur. — Le régent conQe à Gomez Becerra le soin de former uo nouveau cabinet. — Suspension des séances des Cortès. — Paroles d'Olozaga : « Dieu sauve le payst Dieu sauve la reine ! » — Dissolution des Cortès. — Pronunciamentos de Malaga, Grenade, Almeria, Reuss, Barcelone, Valence, Valladolid et Séville. — Le ministère Lopez est partout acclamé comme gouvernement provisoire. — - Efforts de Zurbano pour réprimer rinsurrection. — Aspiroz à Valladolid, Narvaez à Valence.
— Marche de Seoane et de Zurbano sur Barcelone ; la désertion de leurs soldats les empêche de forcer le passage du Bruch. — Arrivée d'Aspiroz et de Narvaez sous les murs de Madrid. — Affaire de Torrejon de Ardoz (22 juillet}.— Capitulalion de Madrid.— Efforts de van Halen en Andalousie ; il est rejoint pir Espartero sous les murs de Séville.— Concha à Malaga et à Grenade. — Siège et bombardement de Séville. — Dispersion de l'armée de van Halen. — Espartero se réfugie à bord d'un navire anglais; sa protestation contre l'acte de déchéance signé par Serrano, agissant en qualité de ministre universel. — Mesures prises par le ministère Lopez après la journée de Torrejon. — Mécontentement des centralistes.
— Cortès ordinaires convoquées pour le tS octobre. — Peu après leur ouverture, elles proclament la majorité de la reine Isabelle. — Serment qu'elle prèle (S-10 novembre).
Les luttes politiques qui avaient eu lieu en France pour amener, en 1839, la chute du cabinet MoIé et la formation du ministère du 42 mai, avaient mis à la mode le mot de coalition. Maladroits imitateurs d'événements qui venaient de s'accomplir en un autre pays, les journalistes de Madrid s'imaginèrent, à la On de 184i, qu'en réunissant tous les
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partis contre Esparlero, ils allaient répéter en Espagne le jeu qu'avaient pu jouer en France les trois partis gravitant autour de MM. Thiers, Guizot et Odilon Barrot. II ne leur vint pas à la pensée que la coalition n^avait été faite, en France, que par des hommes politiques entre lesquels il n'y avait aucune opposition absolue de principes, tous partisans de la monarchie constitutionnelle, ne rêvant les uns et les autres ni le triomphe de la légitimité, ni Tapplication immédiate des idées républicaines.
A Madrid, la situation était très-différente ; représentants fidèles des éléments si variés qui constituaient l'opinion publique , les journaux étaient séparés par des points de vue complètement opposés ; toute ligue entre eux ne pouvait aboutir qu'à une œuvre de dissolution ; et cependant, presque toutes les feuilles consentirent à se grouper dans une violente opposition contre le gouvernement du régent.
Le principal organe des modérés, elHeraldo^ en lançant, le 30 octobre i842, cette idée de coalition qui fut accueillie par les autres journaux avec une faveur extraordinaire, savait bien vers quel but il tendait ; comme son parti était le plus en état de recueilhr Théritage du pouvoir, s'il venait à tomber des mains d'Espartero, un effort de sa part pour faire triompher cette idée n'avait rien que de raisonnable ; mais l'acceptation qu'elle reçut de la part de VEco det Comereio, le plus important des journaux progressistes, et du Peninstdar, la principale feuille républicaine, prouve que les hommes qui les dirigeaient manquaient absolument de sens politique; quels que fussent leurs griefs contre Espartero, ils devaient se considérer comme liés à lui par un lien indissoluble contre leurs véritables ennemis, les modérés, les partisans de l'ex-régente. Nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de voir qu'en Espagne la passion vient à chaque instant bouleverser les conseils de la raison;
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les hommes lee plut graveei ceux à qui Tàge el rexpérlenoe devraient faire préeumer le plus de sagesse, sont souvent ceux qui se laissent le plus entraîner par l'exaltation des sentiments ; pour donner satisraction à un mécontentement passager, ils compromettent une situation qui leur a coûté les plut difficiles efforts, les plus gnmds sacriQces.
Tel devait être le résultat delà nouvelle coalition ; commencée avec riiBsentimenl de la plus grande partie des pro* gressistes, elle devait amener le triomphe des modérés.
Parmi les hommes placés à. la tète des différents groupes parlementaires, celui qui était le plus en relier, Olosagai parait bien avoir entrevu, dès le mois de novembre, tous les dangers qui pouvaient résulter d'une si grande unani-* mité d'efforts contre Espartero ; dès qu*il eut été nommé président du congrès, dans la courte session du 14 au 33 novembre, son altitude parut te modifier tout k coup* On allait répétant qu'il penchait du côté du régent, et qu'il était Urop disposé à abandonner les points principaux que la coalition devait avoir en vue.
C'est qu'en effet Olozaga pressentait, que dès que le principe de la coalition aurait été adopté, la politique du pays n'obéiniit plus à l'impulsion que lui et ses amis lui communiquaient depuis la révolution 'de septembre; l'amnistie, demandée par tous, ne tarderait pas à être obtenue i les modérés, les absolutistes même oseraient reparaître dans les districts électoraux en cachant leurs intentions sous un masque d'hostilité au régent.
Avec ces pressentiments, Olozaga ne réussit qu'à diminuer sa popularité. Lopez et Gaballero attribuèrent son attitude à une connivence secrète avec le régent, et Bsparterot au lieu de se réconcilier avec les Gortès, se décida à les dissoudre.
Le lendemain du jour où parut \t décret de disiolutiony
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la lutte se trouvait déplacée ; elle n'était plus dans la presse ni dans le parlement, elle était transportée sur le terrain électoral.
Les républicains, sous le coup des événements de Bar'* celone , se décidèrent pour la coalition par l'organe du député Uzal ; ils consentaient à porter leurs voix sur ceux qui songeraient à renverser le régent, plutôt qu'à soutenir, là où il aurait pu triompher, son candidat, dont les principes se r.ipprochaient plus des leurs, mais qui concluait au maintien de la situation actuelle.
Le groupe des députés qui n'avaient cessé do suivre les inspirations de Lopez et de Caballero forma un comité clecloral très-actif qui travailla à rapprocher tous les progressistes mécontents. Cortina fut invité h en faire partie ; il consentit à s'entendre avec eux sur un programme com* mun, lequel obtint môme l'adhésion d'Olozaga et de ses amis, dont la rupture avec Espartero fut décisive après le décret de dissolution.
Les modérés, de leur côté, feignaient d'abdiquer leur au ienne dénomination ; ceux de leurs chefs les plus éminents qui étaient restés dans la Péninsule, Isluritz, Pidal, Rios Rosns, Sartorius, directeur de VHeraldo^ s'associèrent aussi pour exercer une action puissante, et prirent devant les électeurs le simple titre de constitutionnels. Ils afOrmaienl être restés Qdèles à la constitution de i837, à laquelle ils s'étaient franchement ralliés ; ils repoussaient toute influence étrangère ; surtout, ils voulaient s'opposer à ce que la majorité de la reine fût reculée d'un seul jourt Rien dans ce programme n'était. en opposition avec les vœux des fractions Lopez et Olozaga ; tous ensemble pouvaient donc marcher d'accord aux urnes électorales.
Quand il vit s'organiser ainsi, en face de lui, des groupes aussi puissants qui lui présageaient une vigoureuse oppo«
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sition, le gouvernement perdit toute modération : il cessa de respecter la liberté électorale et donna des ordres à ses fonctionnaires pour exercer la même pression qui avait été si justement reprochée à Arrazola, à la veille de la révolution de septembre.
Mais comme la pituation avait changé ! Arrazola avait mis Faction gouvernementale au service d*un parti puissant; au contraire, eu se séparant du régent, Lopez, Gortina et Oloznga entraînaient avec eux presque tous ceux qui avaient toujours été affiliés au parti progressiste; il fallait donc que le ministère entrât dans la lutte sans autre appui que le prestige dont pouvait encore jouir dans le pays le pacifia cateur de Vergara.
Il essaya d'en tirer parti, et le régent, à la veille des électionsy le 6 février, publia un manifeste dans lequel il essayait de se représenter lui-même comme Texpression la plus vraie de la nation espagnole, dans les efTorls tentés par elle depuis le commencement du siècle pour assurer son indépendance et conquérir la liberté politique. 11 n'avait d'autre ambition que celle de remettre à la jeune princesse les rênes de TEtat, dès qu'elle aurait atteint l'âge de la majorité.
Ce manifeste trop banal ne produisit point de résultat sérieux sur l'esprit des électeurs ; toute la pression des fonctionnaires publics n^aboutit qu'à faire nommer une soixantaine de députés dévoués h la politique du régent ; les adhérents de Lopez se trouvèrent au nombre de quarante; ceux d*01ozaga au nombre de trente-huit ; il y eut quatorze modérés élus. En somme, le dépouillement du scrutin donnait à la coalition une trentaine de voix de majorité.
Dès qu'il eut connaissance de ce résultat, le ministère se sentit perdu ; il s'empressa d'envoyer au régent sa démission (16 mars). Espartero, tout en l'acceptant, ne sut pas organiser un nouveau cabinet avant l'ouverture des non*