‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 115 sur 152 · CHAPITRB III. ^ LA COALITION · texte numérisé non relu

CHAPITRB III. ^ LA COALITION

velles chambres, convoquées pour le 3 avril ; il laissa les députés en présence du ministère par lequel ils avaient été si vivement combattus pendant, toute la période électorale, et eut la douleur de voir l'opposition, par un premier vote qui annulait les actes de Hadajoz, jeter le blâme le plus sévère sur toute la conduite du gouvernement.

Il ne pouvait y avoir pour Esparlcro le moindre doute qu'il avait devant lui une majorité hostile à toutes les influences qui avaient jusque là dirigé sa politique; son devoir étiit dès lors tout tracé ; il devait s'entendre loyalement avec les hommes qui dirigeaient la majorité, et chercher à gouverner avec leur concours. Ce ne fut pas là le but qu'il 8e proposa ; uniquement désireux de gouverner avec le noyau de députés que le ministère Rodil avait groupés autour de lui, il chercha seulement à susciter des riva-» lités entre Olozaga, Gortina, et Lnpez, et en exaltant, sans jamais leur donner satisfaction , les ambitions de ces trois hommes d'Etat, il n'arriva qu'à fatiguer l'opinion publique, anxieuse de connaître le choix déGnitif. Les nmis du régent, pour arriver à mettre la discorde dans le camp do l'opposition, avaient propagé le bruit que la présidence du cabinet serait confiée par le régent à celui que les députés se décideraient à élever au fauteuil de la présidence^ dès lors le congrès s'cccupa avec sincérité d'indiquer par son choix l'homme d'Etat qui avait sa plus entière confiance ; quatre-vingt-treize voix, formées par les députés ministériels et par les progressistes^ agissant en dehors de la fraction Lopez, désignèrent Cortina comme président du congrès. Il semblait que cetle désignation allait mettre lin à toutes les hésitations, mais il n'en fut rien. Olozaga reprocha vivement à ses partisans d'avoir manqué aux engagements pris avec la coalition et avec la fraction Lopez^ en ^'associant aux amis du gouvernement pour donner la

T. IV. to

300 LIYRI III. — ftfiGENCK D^liSPARTfctlO .

majorilé à Corlina, et il obtinl d'eux qu'ils iraient jusqu^i Tiiire de rx)pposition à Cûrtin<7, si celui-ci était appelé parie régent à former le calinet.

Gomme conséquence desdébats qui avaient amené l'élévation de Coi tina h la présidence du congrès, ni cet hoiiime d'Ëlat ni Oiozaga ne voulurent consentira [.rendre à leur charge lu constilution du nouveau cabinet; ils manifi slèrent tousdeux au régent i^^ur intention de ne pas faire partie d'une combinaison ministérielle dans les circonstances actuelles. Tousdeux, sans doute, voyaient la gravité de la siluilion, s'apercevaient que le prestige d'Espartcro avait tout à fait disparu, sentaient l'approche d'un règne nouveau, entendaient se réserver pour la proclamation de la majorité de la reine et n'entendaient point dépenser prématurément kl popularité qu'ils avaient pu acquérir.

Dans cette urgence extrême, et comme dernière nécessité, Espartero setouroadu côté de don Joaquim Maria Lopezet lui offrit, avec la présidence du conseil, le porlereuille de grâce et justice. La première idée de Lopez fut de refuser la mission qui lui était offerte; il en comprenait tous les inconvénients ; il en sentait tous les périls, mais de toutes parts les chefs du parti progressiste vinrent le prier de ne pas faire durer plus longtemps une crise qui, inaugurée depuis le 46 mars, amenait peu à peu la désorganisation et l'anarchie dans tout le pays ; sur leurs sollicitations, il se décida à accepter (9 mai), offrit l'intérieur à son intime ami don Fermin Gaballero, le ministère de la guerre au jeune et brillant général Serrano et chercha à s'assurer du concoure d'Olozaga et de Cortina dans la chambre. Ce concours ne pouvait lui être refusé, car dès le premier moment il leur avait offert loyalement dans le cabinet une participation qu'ils avaient refusée.

. En arrivant au ministère, Lopez, chef d'une flntetion oon*

CilAPlTiK 111. -^ U COALlTlOlf. 30T

sidérabb qui, daas le congrès précédent et dans celui-ci, s'éUût montrée partisan d'un système de liberté absolue» ne pouvait oublier les doctrines prècbées depuis si longtemps dans Topposition : loin de là, il manifesta Tintention de les réaliser on partie et tint l'engagement solennel pris par* devant les chambres en leur présentant ce programme :

1» Son gouvernement tendrait à l'union de tous les hommes qui, parleurs qualités et leur probité, pourraient servir à l'éclat cl au bonheur de la patrie ;

2*^ Un projet de loi serait présenté, accordant Tiimnistie la plus large pour tous les faits accomplis depuis la conclu-» sion de la guerre civile ;

3<' La liberté électorale serait respectée ; il ne serait pas permis aux agents et fonctionnaires de TEtat d'exercer la moindre influence dans les élections ;

4"* Le gouvernement condamnait h Tavenir les étals dt siège, les mesures exceptionnelles et toutes les conséquences qu'elles produisent;

5^ La liberté de la presse serait respectée ;

&* On procéderait à l'organisation et au développement de la milice nationale^ considérée comme une institution j^rotectrice de tous les droits de la nation.

Ce programme fut accueilli avec faveur par l'opinion publique, surtout en province; en beaucoup d'endroits, les passions, déjà fortement excitées, se calmèrent. Les repu* bljcains et les modérés acclamèrent un ministère qui les faisait rentrer dans le giron de la nation et cessait de mo^ nopoliser la situation en faveur du parti progressiste.

Lorsque le 18 mai on lut le projet de loi d'amnistie, qui ne formulait aucune exception, qui assurait aux militaires la restitution de leurs grades, emplois et décorations, et à tous les employés civils la reconnaissance de leurs droits, çeMTitiaSf retraites, etc , le congrès manifesta, piT un accord

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unanime, le désir de «^associer aux intentions du nouveau président du conseil. Mais la satisraction du régent n'égalait point celle des députés ; il en coûtait à Espartero de se trouver face à face de tous les généraux qui s'étaient déclarés contre lui en ISii, et qui, revenant occuper leurs postes, d.evaient peu h peu lui enlever la seule chose qui lui rest&t, soniniluence prépondérante sur Tarmée. Plutôt que de supporter celte diminution de prestige, il préféra courir les risques d'une lutte avec les Cortès, et se décida, dix jours après avoir conflé le pouvoir à Lopez et à ses amis, k le leur retirer ; ne voulant point prendre l'amnistie pour prétexte, il commença à se plaindre de ce que le ministre de la guerre, Serrano, exigeait de lui des mesures portant atteinte à sa propre dignité, de ce qu'il frappait directement les ofGciers qui avaient sa confiance particulière, Seoane, Zurbano, et de ce qu'on cherchait à appeler à Madrid les troupes dont l'esprit était le plus favorable à l'ex-régente. Enfin, lorsqu'on vint lui demander de retirer à Linage une des deux inspections confiées à ce général, il s'y refusa absolument et motiva, par ce refus^ la démission du ministère (19 mai).

Le soir même du jour où cette démission était présentée, Espartero chargeait de la formation d'un nouveau ministère le président du Sénat, Gomez Becerra, et celui-ci appelait auprès de lui les principaux progressistes restés fidèles à la politique personnelle du régent, Mendizabal et La Serna ; ils devaient occuper les finances et l'intérieur. Le général Hoyos remplaçait Serrano à la guerre.

A peine réuni, le cabinet s'empressa de communiquer au Sénat et au Congrès l'avis d'avoir à suspendre leurs séances jusqu^à nouvel ordre; mais l'absence des formalités nécessaires dans l'envoi du message permit à la majorité du congrès de se réunir une fois de plus et de transmettre au pays,

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dans une séance très-ngitéo^ Timpression f&cheuse que lui causait la conduite du régent.

Le 19 mai, le congrès avait voté, à la majorité de 114 voix contre 3, une motion portant que jusqu'au dernier moment le ministère Lopez avait eu sa conQance ; dans la g^ance du 20, un tumulte inexprimable accueillit la présence du général Hoyos au banc des ministres. On l'obligea même à sortir du salon, en s'appuyant sur ce fait que la démission du ministère Lopez n'était pas encore officiellement connue et que le général Hoyos, n'étant pas député, n'avait pas le droit d'occuper la place qu'il avait prise. Puis, avant que la parole fût donnée à Becerra pour lire le décret de suppression, Gortina, comme président, expliqua d'abord pour quelle raison une convocation nouvelle avait eu lieu ; enûn Olozaga monta à la tribune sous le prétexte de donner son approbation à la conduite du président.

L'habile député était venu avec l'intention formelle de rendre le régent directement responsable de Tanarcbie dans laquelle le pays allait se trouver ; il commença par dire qu'il avait, pour sa part, fait le sacrifice de toutes les commissions et du poste diplomatique que lui avait confiés le gouvernement ; puis il attribua les irrégularités constitutionnelles commises dans l'envoi du message au trouble et à l'émotion qui régnaient dans les régions du pouvoir.

tt Malheur, dit-il, à qui s'abandonne à des âmes troublées et à des conseillers tremblants I Malheur au régent qui écoute de semblables conseils I

« Un écueil s'est dressé entre le régent et le pays ; cet écueil est un homme dont le maintien a déjà causé la chute des précédents ministres. Que le régent choisisse entre cet homme et la nation entière ! Dieu sauve le pays! Dieu sauve la reine I »

Le congrès se sépara sur cette harangue violente et pas-

310 LITRE tll. — itGEKCK D*feSrARTtRO.

sionnée, qni fit bientôt toni le tour de la Péninsule, à l'extrèaie joie des modérés, heureux de voir briser h régence d'Espnrtero par rhonitne d'Etat qui, seul peut-être, eût été capable de la faire durer. La pensée quMls allaient pouvoir, sans difficulté aucune, recommencer le mouvement de 1841, avec le concours des populations celle fois, naquit dans Tesprit des chefs qui les dirigcnienl ; et tandis qu'Espartero, non content du décret de suspension du 20 mai, lançait le 36 mai un décret de dissolution, des ordres partaient de la rue de Courcelles, à Paris, pour agiter à nouveau toute la Péninsule ; recommandation était faite, aux nombreux amis de la régente qui voulaient agir, de lancer en avant tous les éléments progressistes hostiles au régent, de se dissimuler derrière eux, de leur donner un concours absolu, de prendre des positions par ce procédé et de ne se démasquer que quand le signnl en serait donné.

^exécution ne se fit pas attendre longtemps car les matériaux étaient tout préparés : la défaite de 1841 n'avait servi qu'à exaspérer les passions des hommes réunis autour de Christine et ils avaient, dès les premiers jours de Tannée suivante, organisé, sous la direction suprême d'0*Donn^ll et de Narvaez, une grande société secrète, dite Ordre mili^ taiVtf e^/Mif/no/, à laquelle une propagande active s'efforçait de rallier chaque jour un grand nombre d'officiers.

Laville de Malaga, par lesavantagestoutspéciaux que retire son commerce de l'entrée sans droits des produits anglais, s'est trouvée en maintes occasions appelée à donner le signal des grandes révolutions. Ce fut elle encore qui commença celte fois. Après une première tentative essayée le 23 et qui échoua , une deuxième, suscitée par ceux-là même qui avaient rétabli Tordre la première fois, fut couronnée d*nn plein succès (27). Toutes les autorités de la province se déclarèrent hostiles au gouvernement central, tout en accla-

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mant la constitution de 4837, k reine et Tindépendance nationale; elles voulaient le rétablissement du ministère Lopez et Texécution du programme qu'il avait lancé.

Le premier mouvement ds Mainga avait été imité à Grenade; dès le 25 cette ville était déjà prononcée et c'est à la suite de l'émotion produite par la nouvelle de son pronunciamento, que les autorités de Malaga se décidèrent à suivre, le 27, le mouvement qu'ils avaient réprimé le 23. Almeria agit comme Grenade ; en peu de temps toute l'Andalousie orientale se prononça.

La Catalogne, si durement traitée par le régent, n'avait garde de laisser échapper l'occision de tirer vengeance et du chef et du parliqui l'avaient opprimée ; dès le 30 mai, le colonel Prim s'était présenté à Reuss avec son ami Milans del Bosch, avait poussé à la révolte la population de cette ville, en lançant une proclamation qui qualifiait la dissolution des Cortès d'acte de la plus odieuse tyrannie. La milice nationale de Reuss s'était immédiatement déclarée pour lui : elle avait forcé le régiment de cavalerie en garnison dans h ville à se relirer à Tarragone, et une junte s'était formée dès le 31 pour exciter à la révolte toute la province.

Dès qu'ils apprirent le mouvement de Reuss, les habitants de Bnrcelone commencèrent à s'agiter ; le 2 juin déjà^ on voyait des groupes se former dans les ruei. Le 5, Zurbano, publiquement insulté, courut le risque de subir le supplice deBassa; pour ne pas surexciter l'irritation populaire, il se crut obligé de quitter la ville et se retira du côté de Tarragone pour y recruter les éléments d'une armée qui fût en état de réprimer l'insurrection menaçante. Aban* donnée à elle-même, la population de Barcelone, qui ne trouvait plus en face d'elle que des autorités peu énergiques et des soldats sans direction, se réunit sur la place de la

•^12 LIVIBIII. — RftGBKCH u'eBPAITBIO.

Gonstituiion et nomma une jante de vigilance ; celle-ci» composée d^éléments très-hétérogènes, se mit aussitôt en relations avecla municipalité, ladéputation provinciale, les autorités civiles et militaires. L'accord était difficile; il parvint néanmoins à's'effectuer : dès le 8, un programme était lanci^, d'après lequel la province de Barcelone se déclarait indépendante du gouvernement de Madrid et devait être désormais gouvernée au nom de la reine par une junte suprême. Le général faisant les fonctions de capitaine gé* néml déclara qu'il n'exercerait, de son côté, aucun acte d'hostilité ; il laissa la junte fonctionner à Sabadell et répandre ses proclamations dans toute la Catalogne.

Cependant Prim venait d'éprouver un échec assez important : après avoir repoussé un premier effort du général Osorio, gouverneur de Tarragone, il s'était vu chasser de Reuss par Zurbano ; celui-ci , après une attaque dans laquelle il avait perdu, pour sa part, dix morts et une soixantaine de blessés, avait imposé une capitulation aux miliciens nationaux et repris possession de la cité pour le compte d'Espartero. Prim et Milans avaient eu le temps de s'échapper et s'étaient retirés dans les montagnes avec un petit nombre de gens déterminés, destinés à former le noyau d'une armée insurrectionnelle.

Ce petit échec de la coilition se trouvabientôt réparé par l'impression que produisit la démarche de Tofficier supérieur qui remplissait, à la place de Seoane,les fonctions de capitaine général à Barcelone. Il proclama hautement; le 12 juin, qu'il adhérait complètement à la junte de Sabadell ; l'altitude de celte autorité mettait de très grandes ressources à la disposition du pronunciamento, devenu mattre de la ville, bien que le gouverneur de Montjuich eût voulu rester (idèle au régent. Aussi dès lors les événements marchent avec la plus grande rapidité : Tarragone se pro-

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nonce le U et la junte de Sabadell fait à Barcelone une entrée triomphale le 15 juin; elle donne au capitaine gé« néral provisoire, en son propre nom, une nouvelle inves* titure de ses fonctions : les troupes de Gérona cessent d'obéir à leur chef et se rangent sous les ordres du colonel Amettler. Il ne reste bientôt plus dans toute la Catalogne en faveulr d'Espartero que les quelques troupes réunies par Zurbano, avec lesquelles ce général était entré à Reuss ; encore celuici est-il obligé d'abandonner cette ville et de se transporter à Lerida pour s'y mettre en communication avec le général Seoaoe, capitaine général d'Aragon établi à Saragosse et chargé de rétablir Tordre dans toutes les provinces du Nord-Est'(<9juin).

Plusieurs dépèches, envoyées par le capitaine général de la Catalogne à Madrid, avaient été retenues à Valence; c'est que là l'insurrection s'était trouvée triomphante peu après le 9 juin; tandis que le capitaine génénil Zabala était occupé à empêcher les manifestations successives de plusieurs corps de troupes afOliés à l'insurrection, la population s'était soulevée contre le chef politique ; on l'avait assommé au pied même de l'autel de l'église Sainte-Catherine, et son cadavre avait été traîné, la corde au cou, dans les rues de la ville jusqu'aux portos de la cathédrale. Il dépendait de Zabala de commencer une lutte sanglante, mais en face des nouvelles qu'il recevait de toutes parts, de l'état des esprits, des désirs de ses compagnons d'armes, il crut de son devoir de mettre l'épée au fourreau, et il se refusa à donner les ordres nécessaires pour engager le combat. Alors il s'installa une junte suprême, sous la présidence du commandant Armero et les troupes qui s'étaient prononcées furent enrégimentées ; on laissa d'abord sortir celles qui voulaient rester fidèles au régent; puis l'insurrection prenant peu à peu plus de force et de consistance,

su LlTtl m. -^ RÊQtHCK D*e8FAftTBliO.

Zabala devint bientôt suspect, il Tut obligé d'abandonner

la cité. Valence devint un des foyers les plus actifs du pronunciamento.

Alicante, Murcie et Gartfaagène suivirent Texemple qui leur était donné : malgré les efforts de quelques autorités, elles se détachèrent toutes trois de l'obéissance au gouvernement central.

La révolution, ainsi prépondérante sur toute la côte du Levant, parvint un peu plus tard à se développer sur les côtes de TOcéan et dans TOuest. Elle domina dans plusieurs cités de Qalice, malgré les efforts du capitaine général. Dans l'Ëstramadure, des bandes se formèrent qui ne craignirent pas d'engager la lutte avec les troupes restées fidèles. Valladolid se prononça le 34 juin; une junte s^y installa qui choisit Aspiroz pour capitaine général, et cet habile officier, à peine reconnu s'occupa, avec la plus grande activité à recruter un petit corps d'armée en état de tenir campagne. Enfin, dans l'Andalousie occidentale les germes de désorganisation semés dans le pays par tant de défections donnèrent aussi leurs résultats. Un corps de troupes, réuni dès le commencement de juin par le général Garondelet pour résister à une colonne envoyée par la junte de Malaga, se dispersa peu à peu par le fait du pronunciamçnto des divers corps qui le composaient ; Algésiras, Tarifa, San Roque se déclarèrent Tun après l'autre favorables au mouvement et fermèrent leurs portes à Carondelet; il dut se réfugier à Cndiz, avec quelques officiers supérieurs, restés fidèles à la cause qu'il étnil chargé de défendre.

Séville résista très-longtemps aux efforts qui furent tentés pour la soulever ; ce ne fut que le 10 juin qu'elle se mil en mouvement ; encore ce jour-là Tinsurrection fut-elle suffoquée; mais sept jours après, le H juin, le nombre des révoltés était si considérable, que le général Carratala sentit

CBiPiTIltf III. ^ LÀ COALITION. 3lS

la nécessilé décéder: il abandonna TautorUé à une junte suprême, qui prit bientôt en main les intérêts de la pro- \ince et se mit en rapport avec toutes les autres Juntes.

Le mouvement devint si général, qu'il n*y eut bientôt plus de fldèles au régenr, en dehors de Madrid, que les cités de Saragosse, Cadix, Léon et Oviedo. Saragosse particulièrement avait manifesté, en étouffant une tentative du député Quinto et du général Ortega, combien sa milice sympathisait encore avec la domination du régent.

Que faisait pendant ce temps Ëspartero? Où était-il T Quelles mesures avait-il prises ponr résister à cette masse d'ennemis se dressant de tous côtés contre lui? Rarement de la part d'un chef d'Etat il y eut de résistance moins énergique ; tout en voulant lutter, il procéda avec tant de mollesse et de laisser- aller, que partout il se vit prévenu ; il ne devait pas tarder à succomber. Fécond en manifestes, en revues, en discours, il se montra aussi peu disposé à l'initiative et à l'action, que ses ennemis montrèrent de décision et d'activité.

Du 13 au 21 juin, quand l'orage gronde partout, il reste occupé à Madrid à adresser des allocutions à la milice nationale, comme si la bienveillance que lui témoignait la capitale pouvait modifier en rien l'attitude des provinces ; c'est le iâ juin seulement qu'il quitte Madrid à la tète d'un corps de troupes; on pensait qu'il se dirigeait directement sur Valence, où la révolution venait de prendre un aspect plus dangereux par l'arrivée de plusieurs généraux émigrés, Narvaez, Goncha, Pczuela, qui avaient été accueillis à bras ouverts par la junte que présidait Armero (27 juin). Mais une inexprimable apathie le retient sans agir dans la ville d'Albacete ; on dirait qu'il est à l'avance résigné au sort fatal qui l'attend, et qu'il lui semble inutile de lutter contre la fatalité. Pendant toute la fin de juin, pendant les

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premiers jours de juillet, il reste là aux portes de Valence, à rentrée de l'Andalousie, sans se porter vers aucun de ces deux foyers d'insurrection ; il laisse l'incendie se propager partout et augmenter de violence.

Narvaez, dès le lendemain de son arrivée» avait été nommé par la junte de Valence commandant en chef des troupes de la province; aussitôt, sans perdre un moment, il s'était empressé de réunir quelques ressources en faisant contribuer les principaux capitalistes de la riche cilé où il était venu s'installer, puis, dès le 2 juillet, craigoant d'être attaqué par Ëspartero, il s'était mis en campagne à la tête de 3 300 fantassins et 300 chevaux. Il avait marché sur Teruel, et dès le 4 avait pu entrer dans cette ville, en attirant à lui tout un corps de troupes envoyé pour le battre. Ce premier succès avait jeté autant d*enlhousiasme parmi ses adhérents qu'il avait consterné les amis, encore restés ildèles au régent dans son infortune. Aussi, sans perdre un instant, Narvaez s'etail-il empressé^ de sa nouvelle conquête, de lancer des proclamations en Aragon, et de se mettre en correspondance avec les autres troupes qui s'étaieut prononcées en Castille et en Catalogne.

11 apprit là que le nouveau capitaine général de Valladolid, Aspirez, aussi actif que lui, se dirigeait déjà sur Madrid avec le corps qu'il avait recruté : aussitôt il songe à combiner ses mouvements avec les siens. 11 s'avance par Calamocha et Daroca jusqu'à Calatayud, d'joù il part le 9 juillet en prenant la direction de Madrid. Tous ses mouvements auraient dû être surveillés avec le plus grand soin par le général Seoane, nommé par Ëspartero commandant en chef des troupes d'Aragon, de Catalogne et de Valence ; mais celuici se préoccupa trop tard de ce qui se passait sur ses derrières ; ses regards étaient Gxés sur la ville de Barcelone, où l'insurrection avait pris dès l'origine le caractère le plus

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dangereux pour la politique quUl défendait ; quand il songea h barrer le chemin à Narvaez, celui-ci était déjà en avance et s'était mis en mesure de cojTespondre avec Aspiroz.

Seoane était parti le 14 juin deTarragone; le 17 il s'était réuni à Lerida avec le général Zurbano et tous deux avaient maniresté l'intention de marcher sur Barcelone à la tête de 16 bataillons, 6 escadrons et 3 batteries. La junte catalane, avertie de celte marche, était décidée à s*y opposer, et à fermer le passage du Bruch, déGlé important qui joue un si grand rôle dans toutes les guerres dont la Catalogne est le théâtre. Tout à coup, au moment même où il semblait que la lutte allait commencer, on apprit que Zurbano, qui formait Pavant-garde de Seoane, battait en retraite, et laissait le colonel Prim, à la tête des Somaienes qu'il commandait, maître de toutes les hauteurs qui dominent l'accès de Barcelone. Que s'était-il donc passé? Que Tesprit de dé* sertion s'était mis dans les troupes de Seoane, que tous ses ofQciers l'abandonnaient Tun après l'autre, et que les chefs risquaient, au n[H)ment de la lutte, de se trouver sans soldats. Dès lora, on comprend pourquoi Seoane et Zurbano ne se hasardèrent pas à franchir le passage du Bruch ; au lieu de marcher en avant ils donnent Tordre de se replier; le 25 juin ils étaient déjà bien en arrière de Gervera, que Prim put occuper à la tète de ses bandes ; au lieu de marcher sur Barcelone pour la conquérir, ils ne pensaient déjà plus qu'à protéger Madrid contre les attaques dont cette ville allait être l'objet.

Aspiroz, venu de Valladolid et conduisant avec lui plu- ^eurs membres du ministère Lopez, se trouvait déjà, le 4 juillet, aux environs de Madrid ; il avait installé ses avant-postes au Pardo, et son quartier général à Guadarirama. Il était déjà entré en communications avec le général

3i8 LltB8 Ht. — «tOBlfCB ll'KSPÀftmO.

San Migael, nommé par Esparlero capiUiine général de Madrid el commandanl de lu milice nationale, lorgqoe Narvaez se montra le 22 juillet el vint camper, lui aussi, sous les murs de la ville à Torrejon de Ardoz. L'arrivée de ce renfort contribuait fortement à augmenter le prestige de l'insurrection et, quelque peu disposée que fût la milice na« tionale k ou vrir ses portes, sa résistance dans une cité ouverte devenait de plus en plus difflcile à mesure que s'augmentait le nombre de ses ennemis. Cependant il n'y eut aucune défaillance t-int qu'on put compter sur les généraux Seoane et Zurbano, dont on annonçait l'arrivée procbaine, et le 22 les espérances d'une heureuse solution furent encore très* fortement relevées par Turrivée du générai Iriarte, parvenu après de très-grands efforts à entrer dans la cité avec un corps de troupes fidèles de 2400 fantassins et 400 chevaux. Mais tout devait changer de physionomie dans cette même Journée du 22. Ce jour-là, Seoane était arrivé en vue des troupes de Narvaez; aussitôt il avait envoyé son avantgarde composée de 29 compagnies de . chasseurs, pour charger Tennemi. Au lieu d'obéir, ces dix-neuf compagnies* en vue même de leur général, s'étaient prononcées; leur chef, qui avait voulu s'opposer à cette détermination, avait reçu un coup de baïonnette et avait été dépouillé de son épée et de son cheval. Seoane, dans son dépit, avait ordonné à l'artillerie de tirer sur les dix-neuf compagnies; on avait feint d'exécuter ses ordres, mais le tir avait été dirigé de manière à passer au-dessus de la tète des compagnies. Le général Toledo, à la tète de i 400 chevaux, vint alors demander la permission de charger; elle lui fut octroyée; il en avait profité pour se joindre à la cavalerie ennemie. Sans se laisser décourager par ces deux défections, Zurbano avait ordonné à la première division d'avancer pour soutenir l'ar^^ tillerie : ordre inutile, ses soldats s'étaient bien mis en

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marche, mais au cri de Tous nou$ sommes un; todos unos somosi ils avaient passé à l'enDemi. Alors Seoane, à la lèle de son élatmajor, avait essayé de se mettre en travers; mais, accueilli par une grôle de balles, il avait été abandonné de tout son état-major; lui-même, sans force pour résister à l'ourngan déchaîné contre lui, avait vu se dresser contre sa poitrine les lances de ses cavaliers,

11 dut s'avouer vaincu sans avoir pu combattre^ tomba sur le sol inanimé, suffoqué de rage et de colère, et fut fait prisuunier. Zurbano put s'échapper et se réfugier dans Madrid, d'où il fut assez heureux pour gagner le territoire portugais, comme avait fait Gonchaen i84i. Ainsi, dans cette journée, 30000 fantassins, 800 chevaux et 30 pièces d'artillerie, que soutenaient en arrière la milice nationale de Madrid, et plus de 3000 hommes de troupes, se livrèrent volontairement, sans engager d'action, à une force numérique certainement inférieure déplus de moitié.

Le lendemain 23 juillet, dès le matin, Aspiroz signait une capitulation d'après laquelle il promettait l'exacte observation de la constitution de 1,837, la formation d'une junte provinciale dont les fonctions cesseraient sur Tordre du gou* vernement, et le maintien de la milice nationale ; puis, les portes de Madrid lui étant ouvertes^ il y entrait dansTaprèsmidi tambour battant, et se hâtait d'aller déGler devant le palais pour acclamer à la fois la reine, la liberté et le ministère Lopez. Narvaez, après lui, pénétra dans la ville à onze heures du soir avec le gros do son armée, et le len* demain 24 on vit encore arriver le colonel Prim à la tête de la division catalane : il fut reçu par ses partisans avec le plus ardent enthousiasme.

Immédiatement réinstallé, le ministère Lopez nomma Narvaez capitaine général de Madrid, et Prim gouverneur militaire avec le titre de comte de Reuss; il choisit pour chef

320 LIVIB m. — BÉGIIICI D'ttPARTEftO.

politique le progressiste Quinto, qui ae tarda pas à être rem* placé par le modéré Beaavidès, puis il ordonna le désarmement, dans un délai de quatre heures^ de la milice nationale, au mépris des termes mômes delà capitulation, et pour remplacer les membres de la municipalité, qui avaient presque tous donné leur démission, il chargea une commission spéciale du soin de remplir leurs fonctions. En même temps une communication adressée au régent parle minisire de la guerre général Serrano Tavertissait que si, après Tnvoir reçue, il ne cessait immédiatement les hostilités contre la cité de Séville ou quelque autre ville de la monarchie, il serait immédiatement déclaré traître à la patrie, privé de tous ses honneurs et dignités, et voué à Cexécratitm publique de tous les Espagnols et de C humanité entière.

C'était en effet autour de Séville que se trouvaient groupées les dernières forces qui, dans la Péninsule, reconnaissaient encore, à la fin de juillet, Tautorité d'Ëspartero. Elles étaient commandées par le même van Halen, comte de Peracamps, contre lequel lexaspéralion populaire ét:ût montée à un si haut degré, à la suite du bombardement de Barcelone. Parti de Madrid le 43 juin, (^ général était accouru d'abord à Grenade pour forcer cette ville à la soumission; mais co.T.me il n'avait avec lui qu'une colonne tout à fait insuffisante, il dut reconnaître son impuissance et se retirer à Jaen pour y organiser une armée. Les dispositions des officiers et des soldats étaient telles, qu'ils avaient beaucoup plus d'inclination à déserter qu'à mareher sous ses ordres; aussi rencontra- t-il les plus grandes dirficultés k se former un noyau fidèle, capable d'entreprendre quelques opérations. 11 y parvint enfin, grâce à l'arrivée d'un régiment de cavalerie échappé de Séville ; alors il se décide à marcher sur Séville, s'y dirige par Gordoue et entre le 3 juillet dans cette dernière cité, qui se soumet presque sans

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