CHAPITRE fil. — LA COALITION
résistance à sa volonté. Sans perdre de temps, il continue à descendre les bords du Guadalquivir, arrive le 9 à Âlcala et, au lieu d'attaquer tout de suite la cité de Séville, perd dix jours en préparatifs.
Beaucoup plus actifs ; les généraux modérés venus de l'émigration savaient ne pas perdre un seul moment. Goncba avait été envoyé en Andalousie par la junte de Barce^ lone avec le caractère de général en chef : dès son arrivée à Malaga, il eut à lutter, pour se faire accepter, contre les membres progressistes des juntes constituées. Mais il avait assez de prestige par lui-même pour commander l'obéissance aux populations; en très-peu de temps il sut se faire accueillir par les deux villes de Malaga et de Grenade et prit en mains, comme général en chef, le commandement de toutes les troupes prononcées en Andalousie. Alors il voulut marcher tout de suite sur Despenaperros, et prit la direction de Jaen avec toutes les forces qu'il put réunir, au grand découragement des juntes, qui craignaient, à la suite de son départ, de voir le désordre naître des rivalités politiques. A Jaen, il voulait se lancer sans retird à In poursuite de van Halen, mais son attention dut se fixer sur la nécessité de s'opposer à tous les renforts qui du nord auraient pu descendre en Andalousie, (^omme Espartero, après avoir quitté Albncete avec les 5000 hommes qu'il avait réunis autour de lui, s'était décidé le 7 juillet à traverser la Sierra Morena pour s'unir à van Halen^ il était à craindre qu'il n'eût donné des ordres pour faire affluer vers le sud toutes les troupes restées fidèles. Concha, dans cette pensée, resta quelques jours en observation ^ mais^ bientôt informé que la fortune souriait partout au nord à ses amis, il se décida à prendre l'offensive pour mettre un terme à la lutte et assurer le triomphe définitif du pronunciamenlo. Van Halen ne reçut que le 20 le train de siège qu'il
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avait demandé à Cadix : il songea, dès lors* à coniniencer les opérations d'atlaque contre Séville; niais le colibre des pièces envoyées était insufD^ant; les munitions faisaient défaut ; les offlciers d'artillerie no donnaient point à leur tir de bonne direction. Dans ces conditions, le bombardement tenté les 31, 33 et 33 juillet ne Qt aucune im* pression sur la population. Le 33, les espérances de van Halen furent excitées par l'arrivée, sous les murs de Séville, du régent avec les 5 000 bommes qu'il amenait d'Albacete ; une violente attaque dirigée contre Tégliso de Porta Cœli et rédiGce de la fonderie de canons avait réussi ; une brèche fut ouverte. S'il y eût eu des munitions pour donner suite à ce premier succès, peut ôlre les événements auraient-ils pu changer de face. Mais les munitions attendues de Cadix n'arrivaient pas. Les assaillants, au lieu de marcher en avant, durent se retirer dans la nuit du 36 au 37. Le 37, on apprenait à Séville les événements de Torrejon de Ardoz : dès lors, tout était perdu, il n'y ovait plus qu*à effectuer la retraite sur Cadix; on pouvait encore trouver un asile dans celte cité qui n'était point prononcée.
La retraite commencée le 39, l'esprit de désertion fit aussi ses ravages parmi les dix mille hommes de troupes qui avaient coopéré au siège de Séville ; à mesure que des émissaires intelligents les mettaient au courant de ce qui s'était passé à Madrid, les officiers et les soldats n'avaient plus qu'une seule pensée : abandonner l'un après l'outre la bannière sous laquelle ils venaient de combattre ; dans le chemin de Séville à Utpera, les régiments de Lucfaana, du Roi, do Saragosse se débandèrent; tous les liens de la discipline se relâchèrent ; l'armée n'exista bientôt plus ; elle s'était littéralement fondue. Quelques ofBcieri plus intelligents conservèrent autour d'eux les hommes qui avaient l'habitude de leur obéir; mais en revanche, ils
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dtirent prendre vis-à-vis d'eux l'engagement de ne pas se comprooietlro plus longtemps au service d*Espartero,
parti en avant avec une escorte dans la direction de
Cadix.
Deux lieures après avoir quitté Ulrera, van Hulen n'avait plus auprès de lui un seul soldat, mais seulement quelques aides de camp et quelques officiers d'état-mnjor. 11 gagna avec eux la ville de Jerez, que le régent venait de quitter pour aller s'embarquer au Puerto Santa Maria. Il apprit dans cette ville que Coucha le poursuivait avec acharnement, et qu'il avait officiiî à toutes les municipalités, au nom de la reine, d'avoir à arrêter le régent et ses partisans. 11 y eut alors dans son entourage une nouvelle séparation ; il ne resta auprès de lui qu'un seul officier; par mesure do précaution, van Halen crut devoir dépouiller l'uniforme de général et se revêtir d'habils bourgeois ; c'est ainsi seulement qu'il put arriver à Cadix le 30 juillet, quelques instants avant le départ du Betis, sur lequel se trouvait déjà Ësparlero, avec les personnes qui avaient résolu de l'accom* pagner sur la terre étrangère.
11 importait à Concha qu'aucune partie des troupes ainsi dispersées ne pénétrât dans la place de Cadix pour y perpétuer la lutte ; aussi avec une activité dévorante (son escorte creva 80 chevaux pour atteindre les fugitifs avant leur embarquement) s'appliqua-t il à entrer à Cadix avant que le régent y arrivât. Il ne put s'opposer à l'embarquement et au départ de ceux qu'il poursuivait ; mais il fut assez heureux pour se faire remettre la place par les officiers qui y commandaient sans qu'une goutte de sang fût répandue ; pour cela il s'embarqua à Puerto Santa Maria sur un vapeur, tandis qu'un gros de fuyards se dirigeait sur la terre ferme, et il reçut des amis mêmes du régent livraison do la forteresse, avant que l'arrivée de quelques
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renforts leur permit de tenter une résistance, au cas même où ils Tauraient voulu.
Du BetiSy navire espagnol où il s*étail rérugié, Espartero jBt ses amis protestèrent solennellement contre la violence qui leur était faite ; dans une proclamation qui devait exciter la fureur des vainqueurs , le régent déclarait que, ne pouvant résigner le dépôt de l'autorité royale qui lui avait été conQé sinon dans la forme permise par la constitution, et ne pouvant en aucune manière le livrer à ceux qui s'étaient érigés en gouvernement d'une manière si anticonstitutionnelle • il protestait d'une manière solennelle contre tout ce qui s'était fait ou se ferait en opposition avec la constitution de la monarchie. Puis, cette protestation signée^ Espartero et ses amis implorèrent l'hospitalité du commandant du navire anglais le Malabar et se placèrent sous la protection du pavillon britannique (31 juillet). Le Malabar resta quatre jours dans les eaux de la baie de Cadix, puis leva l'ancre pour Lisbonne, où l'autorité ne permit pas à l'ex-régent de descendre à terre. Il fallut qu'il continuât sa route pour la libre Angleterre, pour l'asile de tous les proscrits , où Espartero devait expier par quelques années d'exil l'honneur d'avoir gouverné quelque temps la monarchie espagnole.
Dominés par une violente colère, et cédant à un sentiment mesquin d'irritation que la victoire aurait dû comprimer, les membres du ministère Lopez crurent devoir, par un décret daté du 16 août, priver de leurs titres, honneurs, grades et emplois tous ceux qui avaient signé la protestation datée du Betis, Cette privation, en elle-même^ n'était que la juste conséquence des événements accomplis ; mais elle fut accompagnée d'un préambule par trop passionné, dont l'avenir a démontré l'injustice. Non-seulement on s'efforçait d'y vouer à l'exécration publique celui qu'on