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transformait en un nouveau prétendant pour avoir bombardé de riches cités , mais encore on l'accusait d'avoir soustrait de grands capitaux des caisses publiques. Cette dernière accusation n'était point fondée* c'était un crime que de la jeter ainsi en avant. Des hommes comme Lopez et Caballero, avant de signer un semblable décret, que la passion et la vengeance de Christine pouvaient seules exiger» auraient dû penser qu'ils justiOaient à l'avance toutes les calomnies dont ils pourraient un jour être eux-mêmes victimes. On peut reprocher à Esparlero d'avoir manqué d'intelligence, de sens politique; mais sa probité, sa loyauté, dont il a même toujours trop aimé à faire parade, ne sauraient être mises en doute.
C'étaità Barcelone que la révolution, commencée à Malaga, avait achevé de prendre son caractère politique. Sous l'influence de conseils qui lui avaient été donnés avec intelligence par Gorfina, le ministre de la guerre, du ministère Lopez, le général Serrano s'était hasardé à se rendre dans cette cité en gagnant d'abord Bayonne h l'aide d'un passeport français, puis en traversant rapidement tout le midi de la France. Dès le 27 juin, il s'était présenté devant la junte de vigilance, accompagné du député Gonzalez Bravo, homme d'Etat de la plus haute intelligence, jeune, actif, et désireux de jouer un grand râle dans la marche politique de son pays; et la junte, très-anxieuse de voir se dérouler rapidement dans un sens tout à fait contraire à la régence d'Espartero les événements au milieu desquels elle était engagée, avait accueilli avec empressement l'idée politique qu'apportaient Serrano et Gonzalez Bravo, de considérer comme encore en fonctions le ministère Lopez. Par ce moyen, comme les Gortès avaient manifesté leur hostilité à la formation du cabinet Becerra, la sanction de la volonté nationale se trouvait pour ainsi dire marquée d'avance à la
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chute d'Espartero. En conséquence, la junte, approuvant cette idée, avait nommé solennellement Serrano ministre universel, tant en son nom qu*nu nom de toutes les autres Juntes de la Péninsule, qu'elle se flattait de représenter.
Serrano n'avait eu garde de refuser, malgré sa jeunesse, le pouvoir suprême qui lui était ainsi remis entre les mains; tous les yeux étaient flxéa sur lui, car déjà l'on se disait secrètement que la jeune princesse Isabelle avait pour lui des prévenances qu'elle ne montrait pour personne autre , et que, particulièrement touchée de ses brillantes allures, de son air martial, elle avait déjà laissé voir que, sous le nouveau règne qui s'annonçait, une grande part d'influence serait dévolue à ce brillant oN flcier.
Le premier acte du général Serrano, en qualité de ministre universel, fut de faire connaître par un manifeste le but auquel devait tendre la /évolution. Suivant lui, il s'agissait simplement d'appliquer le programme du ministère Lopez, programme accueilli avec faveur par toute la nation, consenti par les Cortès, et qui n'avait pu se mettre à exécution parce qu'autour du régent avaient commencé à se tramer des plans que ne pouvait admettre aucun de ceux qui avaient juré fldélité à la reine. En attaquant Reuss et Grenade, Espartero avait montré que, pour sauver ses propres intérêts Jl ne craignait pas de ruiner des villes et d'allumer la guerre civile. En conséquence, il avait mérité d'être banni d'un pays qui, jusqu'alors, avait rétribué ses services avec tant de générosité; il fallait avant tout surmonter l'obstacle qui s'opposait à la paix, à la concorde, à la liberté de la patrie.
Publié le 28, ce manifeste avait été suivi le Jour suivant d'un décret ainsi conçu :
« Au nom de la nation, la régence du duc de la Victoire
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étant incompatible avec la félicité publique, le gouverne* ment provisoire, d'accord avec la junte suprême de la province de Barcelone, a résolu ce qui suit :
'< Art. 1*'. Le général don Baldomero Espartero, duc de la Victoire et de Morolla et comte de Luchana, est. déchu delà régence du royaume, qu'il exerçait durant la minorité de la reine Isabelle.
0 Art. S. La nation entl&re, les employés de toutes les branches, de toutes les classes et catégories, sont relevés de l'obéissance que, conformément à la loi, ils avaient prêtée à l'ex-régent. »
Ce décret était ainsi signé « Le ministre de la guerre, ehai^é par intérim de tous les ministères, Francisco Serrano. »
La nullité des grades militaires, emplois et décorations concédés par le régent depuis la date du 23 mai^ fut ensuite prononcée ; et comme l'opinion publique sanctionna les décidions du ministre universel, comme la plupart des Juntes s'empressèrent d'y obéir, que les troupes consentirent à recevoir les généraux auxquels Serrnno délégua son pouvoir, Narvaezà Valence, Coucha à Grenade et à Malagn, les militaires comprirent bientôt qu'ils n'avaient plus aucun avantage à attendre d'Ëspartero, van Halen, Linage, Seoane et Zurbano. De là les défections de tout genre qui amenèrent la dissolution des deux armées d'Aragon et d'Andalousie; de là cette issue presque sans effusion de sang, d'une révolution où tant d'hommes Furent mêlés, où tant de passions furent agitées.
Après la journée de Torrejon de Ardoz, l'influence de la junte de Barcelone disparut tout à coup ; les modérés, qui s'en étaient servis, n'avaient plus aucun besoin de son concours ; maîtres de Madrid où leur chef principal, Narvaez, ttait entré en vainqueur, ce fut dans cette cité qu'ils se
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précipitèrent tous pour enlever aux progressistes les positions que ceux-ci occupaient encore. Lopez ne comprit point tout d*abord qu'il n'avait été, entre leurs mains, qu'un instrument; il continua, avec une sécurité parfaite, à travailler pour eux jusqu'au jour prochain où ils allaient pouvoir Técarter et s'emparer eux-mêmes du pouvoir.
C'est ainsi qu'au lieu d'appeler toutes les juntes des provinces à se réunir pour en former une centrale^ comme on en avait fait la promesse à celle de Barcelone, il décida qu'elles devaient seulement continuer leurs fonctions à titre d'auxiliaires, comme elles avaient déjà fait au lendemain du pronunciamento de septembre 1840.
Le 30 juillet, Lopez publia un décret par lequel de nouvelles Gortès étaient convoquées pour le 25 octobre ; ces Cortès, au lieu d'être extraordinaires et constituantes, devaient être simplement ordinaires. Tandis que la constitution de 1837 n'ordonnait qu'un renouvellement par tiers du sénat, une réélection intégrale de tous les sénateurs était même ordonnée. Dans l'état de désorganisation où se trou- . vait le parti progressiste, d'exaltation où, par le fait de la victoire^ se trouvaient les jeunes généraux, il n'y avait pas de doute que toutes les élections ne dussent être favorables au parti modéré.
EnOn, pour couronner Tédiflce, dans une séance royale tenue au palais le 8 août au milieu du plus grand appareil, le président du conseil s'adressant à la jeune reine, déclara que la nation voulant être gouvernée, avait besoin de Têtre par la reine elle-même ; les Cortès nouvellement convoquées devaient avoir pour mission spéciale de déclarer sa majorité, et en même temps de recevoir d'elle le serment ordonné par la constitution.
Ainsi majorité de la reine, nouvelles élections où tout conspirait en faveur des modérés, Gortès ordinaires et non
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constitaantesy voilà les seules conséquences que le nÛDistère Lopez tirnit de la révolution.
Pour comble d'embarras, les progressistes eurent le cha« grin de voir renoncer aux fonctions de tuteur le vénérable patriote qui les avait si bien remplies. Avec Ârguelles se retiraient naturellement toutes les personnes nommées par lui, et le poète Quiatana, et la comtesse d'Ëspoz y Mina, etrintendant Martin de los Héros. La place de Quintana fut conflée par le ministère à don Salustiano de Olozaga ; mais au poste le plus important, à celui de Gamarera mayor, on vit apparaître la marquise de Santa-Gruz, chargée de rem-» plir les fonctions intimes, qui mettaient, pour ainsi dire> à sa discrétion l'accès auprès de la jeune reine. Aucune faute plus lourde ne pouvait être commise par un ministère se disant progressiste ; du moment où on allait proclamer la majorité d'une jeune princesse de treize ans, l'autorité n'était-elle pas acquiseà Tavance aux personnes qui seraient en état de l'approcher d'une manière plus assidue ?
Devant une telle faute, il n'y a pas à s'étonner qu'un vif mouvement de colère ne se soit tout à coup manifesté parmi ceux qui, en renversant Ëspartero, n'avaient vu en lui qu'un ennemi des libertés publiques, qu'un ambitieux voulant absorber à son profit la souveraineté populaire. Il y avait, dans la junte de Barcelone qui avait acclamé Serrano, deux éléments très-distincts : ceux-ci travaillaient avec connaissance de cause pour les modérés ; ceux*là, au contraire, étaient sincèrement républicains et n'avaient jamais entendu faire un mouvement en faveur de Tex* régente. Aussitôt que l'on connut à Barcelone les dispositions légales que le ministère Lopez se proposait de poursuivre, une insurrection nouvelle, que nous aurons encore à raconter plus loin^ à cause de son caractère tout local, éclata dans cette ville. Les républicains, qui y étaient en
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grande majorité, y eonslitaèrent à part, sous le titre de centralistes^ un nouveau gouvernement, et cherchèrent à entratner dans leur cause les provinces de Gerona et de Tarragone.
Sans se laisser intimider, le ministère Lopez envoya contre eux, à la tète d'un corps d'armée, le même colonel Prim qui tout à l'heure avait levé l'étendard de la révolte dans les murs de Reuss, et nous aurons occasion de voir comment cet officier supérieur parvint, après deux mois et demi d'efforts continus, à rétablir la paix dans toute la Catalogne.
Le mouvement des Catalans ne fut imité que par un très-petit nombre de populations ; encore ne surent-elles pas se concerter, et, se soulevant l'une après l'autre, don«nèrent-elles le temps au gouvernement de les soumettre successivement. C'est ainsi que Saragosse, Léon, Vigo payèrent, par une sévère répression, les témoignages de sympathie qu'elles avaient cru devoir manifester en faveur des centralistes de Barcelone.
Lopez et ses amis n'eurent pas l'intelligence de comprendre qu*en écrasant sans pitié les républicains centralistes, ils brisaient k l'avance le seul obstacle vraiment sérieux qui pouvait désormais s'opposer au triomphe des modérés ; ils s'imaginaient que les Cortès convoquées pour le 15 octobre leur donneraient une forte majorité au détriment des modérés. Là était leur erreur; ceux-ci triomphèrent dans les élections on baptisant du nom i^ayncuchos tous ceux qui venaient soutenir les anciens principes du parti progressiste; ils firent nommer leurs principaux chefs et se mirent en état de supporter le poids de la situation, si la reine voulait les appeler à la direction des affaires.
Toutefois, les dispositions générales des nouvelles Cortès
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ne 06 manirestèrent point dans leg première jours; il Fallait encore, de part et d^autre, modérer ses désirs tant que la majorité n'était pas proclamée. De là le choix de don Salustiano de Olozaga comme président du congrès par une chambre où dominait Télément modéré. Enfin le 8 novembre, après deux jours de débats, le congrès et le sénat réunis déclarèrent la reine majeure par 192 voix contre 16 ; et deux jours après la reine doua Isabelle II de Bourbon prononçait en pleine assemblée le serment qui suit :
« Je jure par Dieu et par les saints Evangiles que je garderai el ferai garder la constitution de la monarchie espagnole, promulguée le 18 juin 1837 ; que je garderai et ferai garder les lois, et que dans toutes mes actions je n'aurai en vue que le bien et le profit de la nation.
(( Si je manque en tout ou en partie à ce que j'ai juré, je ne dois pas être obéie ; loin de là, que tout ce en quoi j'aurai contrevenu soit nul elde nulle valeur. Fidèle à mon serment, que Dieu m'aide et me protège ; infidèle, qu'il m'en exige la responsabilité. »
Avec la proclamation de cette majorité, se termine l'existence L'gale de la régence d'Espartero, déjà supprimée de fait depuis la journée de Torrejon de Ârdoz ; le trône d'Espagne , occupé après 1833 par une femme jeune , intelligente, mais exclusive, passionnée et avide, confié en 1840 à un soldat brave, énergique^ généreux, mais incapable de toute conception politique, et dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, disposé à se soumettre aux caprices d'une fatalilé inexorable, tombe, en 1843, aux mains d'une jeune reine de treize ans, mal élevée, superstitieuse, entourée des conseils les plus contradictoires, et prèle à signer toute espèce de décrets, pourvu qu'ils lui soient présentés par un jeune et beau général revêtu de Funiforme le plus éclatant.
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Voilà entre quelles mains sont remises les destinées d* un grand et noble peuple.
Qu*est-ce qu*un principe monarchique qui aboutit à de semblables conséquences 7 Une idée fausse contre laquelle proleste le sens commun et que la science politique doit condamner.