CHAPITRE IV
LES INSURRECTIONS GATAIANES.
Dès le leDdemain de la révolution de septembre la mésiotelIigeDM tend à s'établir entre la population de Barcelone et le gouvernement du régent. — La majorité de la milice de Barcelone est plutôt républicaine que progresniste. — Abdon Terradas. ~ Formation d'une junte de vigilance après les événements d'octobre 1841. — Démolition d*un mur de la citadelle. — La junte obéit au décret de Vittoria. — Entrée de van Halen dans Barcelone sans effusion de sang. *> Mesures qu'il prend, et mécontentement nouveau qu'il excite. — Mouvement du 13 novembre 1843. — Combat du 15. — Van Halen évacue la citadelle. — Capitulation du Tort d*Atarazanas.
— Amettler à Gerona. — Le fort de Mony uioh est approvisionné et mis en état de lancer des bombes. ~ Arrivée du régent. — Lutte à llntérieur de Barcelone entre les divers éléments de la population.
— Bombardement. — Entrée des troupes le 4 décembre 1842. — >
— Question diplomatique soulevée par la conduite de M. de Les* seps. — Barcelone se déclare contre Espartero en faveur du ministère Lopez; elle demande la convocation d'une junte centrale.— Le ministère triomphant s'y oppose. — Les centralistes se déclarent en lutte ouverte. — Le colonel Prim est envoyé contre eux. — Siège de Barcelone. — Les centralistes ne trouvHut en dehors de la Catalogne qu'un très-faible écho. — Capitulations de Gerona, Barce* loue et Figueras. ^ Soumission de la Catalogne. — Les idées des centralistes sont les mêmes que celles qui dominent aujourd'hui chez ceux qu'on appelle les républicains fédéraux.
Le premier acte d'Esparlero» lorsqu'il avait été nommé président du conseil lors de la révolution de septembre, avait été de dissoudre la milice nationale telle qu'elle avait été instituée à Barcelone par le baron de Meer,etde la faire réorganiser par le capitaine général van Halen sur des bases toutes différentes. 11 s^agissait d'enlever, dans cette ville,
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rinfluence aux classes les plus riches, pour la donner à Télément populaire, au petit commerce, h la petite industrie, aux ouvriers de toutes professions.
A voir les ovations dont il avait été l'objet de la part de cette population, Espartero s'imaginait exercer sur elle une inQiience irrésistible; il la croyait exclusivement attachée anx idées progressistes qu'il avait adoptées, et ne se doutait nullement des progrès que les idées républicaines avaient faites dans son sein.
Ces progrès apparurent au grand jour dans les dispositions que manifesta la nouvelle milice nationale; des bataillons entiers se formèrent qui déclaraient hautement leurs aspirations toutes républicaines; jeunes gens des classes bourgeoises, ouvriers, journaliers de toute sorte se donnaient généreusement la niain et signalaient l'organisation d'une démocratie régulière comme le grand but du dix-neuvième siècle ; des clubs, des sociétés patriotiques se formèrent sur une vaste échelle avec l'intention d'entraîner TËspagne entière en dehors des voies de la monarchie constitutionnelle.
Le niinistère*régence fut bientôt informé par van Halen du nouveau caractère que voulait revêtir Topiiiion publique à Barcelone, et comme ces tendances ne correspondaient nullement à celles qui étaient inscrites dans son programme il songea à y mettre un frein : c'est dans ce but qu'il fit fermer toutes les sociétés patriotiques. Le décret qui ordonnait cette fermeture faillit devenir l'occasion do grands désordres ; cependant, grâce à l'habile temporisation d'Infante, qui exerçait les fonctions de chef politique, il fut appliqué sans donner lieu kune effusion de sang ; il n'en laissa pas moins, contre le gouvernement d'Bf^artero, le premier germe d'un sourd mécontentement qui devait aller toujours grandissant.
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On avait souffert impaliemment en Catalogne de voir que la junte de Madrid avait, à elle seule, disposé, en septembre, du sort de toute la monarchie, en fournissant ses principaux membres au ministère^régence; on aurait voulu qu*elie s'entendit avec toutes les outres juntes de province. Quand on vit Fidée d*un pouvoir central émanant de ces dernières systématiquement repoussée par tous les hommes de la capitale, il y eut, là encore, une nouvelle source d*ir* ritation, destinée à grossir avec le temps.
La question de la régence une ou triple devint aussi, dans les bataillons de la milice natiouale de Barcelone, le sujet des plus vives discussions : les républicains étaient naturellement trinitaires; ils baptisèrent leurs adversaires du nom à'ayacuehisies, et eux-mêmes se virent décorés du surnom de (erradistes, à cause de rinfluenco qu'avait prise parmi eux un des commandants de leurs bataillons, Abdon Terradas. Quand le vote des Cortès eut donné la régence à ËSQpv'is^, on discuta dans le sein de la milice nationale s'il fallait, oui ou non, lui envoyer une adresse de félicitations. Il y a toujours une espèce de gens acharnée à la flatterie de tous les pouvoirs; quelques commandants, avant d'avoir consulté leurs compagnies, se hâtèrent dé féliciter le duc de la Victoire; de là, de nouvelles querelles, d'amers reproches départ et d'autre : le gouvernement, se jugeant insulté, priva injustement Abdon Terradas de son grade de commandant ; on viola son domicile sous le prétexte de recueillir des papiers relatifs aux fonctions qu'il venait d'occuper ; nouveau prétexte pour un grand nombre de miliciens de se considérer comme persécutés sans motif» et de séparer définitivement leur cause de celle du gouvernement.
Aussi, lorsque les événements d'octobre 1841 commen* oèrenl à ôtre connus dans la ville de Barcelone, il n'y eut pas seulement là, comme dans la plupart des autres citée hoa«
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tiles aa pronuaciumento, ioteoUon sincère de venir au secours du pouvoir constitué, et de défendre contre Pambilion de Christine les résultats obtenus par la révolution de septembre; il y eut encore désir de prendre quelques gages contre le parti progressiste, tendance à se venger des prérogatives que les Madrilènes avaient voulu s'attribuer, et enfin, un certain effort pour substituer les principes républicains à ceux de la monarchie constitutionnelle.
Le capitaine général van Halen avait reçu de Madrid, à la première nouvelle de.^ événements de Pampelune, Tordre de marcher immédiatement avec toutes ses troupes sur la Navarre : il se mit en mesure d'obéir aux indications qui lui étiûenl envoyées de Madrid, et le i2 octobre il convoquait la députation provinciale et la municipalité pour leur annoncer son départ.
Aussitôt naquit dans la cité l'idée de former une junte de vigilance pour surveiller la marche des événements, et apporter, disait-on, un concours efficace à la répression. du mouvement absolutiste (c'est ainsi qu'on caractérisait la révolte des modérés). Malgré l'opposition qu'avant son départ le capitaine général avait faite à ce projet, il fut mis à exécution, et la députation et la municipalité se mirent d'accord pour former, sous la présidence du chef politique, une junte qui fut composée de deux députés provinciaux, deux alcaldes et quatre représentants de la milice nationale. Aussitôt installée, cette junte prit hardiment en main la direction des affaires^ se mit directement en rapport avec toutes les autorités de Catalogne, nomma et déposa des municipalités, désarma la milice dans certains villages, Tarma dans d'autres, fit un emprunt réintégrable, recouvra 4 millions et demi de réaux dont elle devait justifier l'emploi avec sincérité, suspendit certains emplois, exerça enfin une dictature toute révolutionnaire.
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Tant que le gouvernement de Madrid eut des doutes sur rissue des pronunciamentos tentés à la fois à Pampelune, Yittoria, Bilbao et Madrid , il affecta de voir un auxiliaire plutôt qu'un ennemi dans cette nouvelle junte ; mais aussitôt qu'il se sentit assuré du triomphe, ses allures devinrent toutes différentes; il ne voulut, plus souscrire aux exigences que manifestaient les dictateurs catalans, et tenta de mettre un frein à leurs procédés révolutionnaires.
Barcelone souffrait depuis longtemps de se sentir enfermée dans un cercle de fortifications qui gênait de tontes parts son développement : elle aspirait à briser l'enceinte trop étroite dans laquelle elle était resserrée ; déjà en 1840, la municipalité, soucieuse des intérêts populaires, avait mis au concours la question de l'utilité qu'on pourrait retirer de la démolition des murailles de la ville. Désireux de profiter des circonstances qui leur donnaient passagèrement les moyens de faire un grand bien à leur chère cité, les membres de la junte de vigilance imaginèrent de faire faire un premier pas à cette grave et difficile question ; ils songèrent à procéder à la démolition de la citadelle, forteresse située dans une partie de la ville où le terrain avait pris une très-grande valeur. Fermes et prudents à la fois, ils envoyèrent deux députés à van Halen pour lui faire connaître leur résolution ; mais le malheur voulut qu'à leur retour dans la cité ces deux parlementaires fussent surpris par une bande de carlistes révoltés ; de là, une grande fermentation qui amena dans la cité la captivité de quelques personnages considérables (entre autres l'évèque) qui furent traités comme otages et n'obtinrent leur liberté qu'après avoir fourni la rançon des deux captifs. Van Halen avait refusé son approbation : la Junte résolut néanmoins d'agir, et le 25 octobre, dans une
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assemblée générale de commandants et ofliciers de li milice nationale, il fut décidé que, le jour suivant, il serait procédé dès la première heure, par toute la milice rassembléo, au commencement do la démolition de la citadelle.
L'opération eut lieu, en ofTet, avec la plus grande solennité ; toutes les autorités de la ville, moins le cher politique, et TorOcier qui remplaçait le capitaine général assistaient à la cérémonie : la courtine intérieure de la citadelle fui immédiatement attaquée par une légion d'ouvriers volontaires ; et les travaux commencés se continuèrent pendant plusieurs jours avec la plus grande ardeur.
Pour réponse à cet acte de désobéissance, le régent publia à Yittoria le décret par lequel les juntes devaient cesser leurs fonctions et résigner leurs pouvoirs entre les mains des autorités établies. En même temps, les troupes de van Halen reprenaient le chemin de Barcelone, et le gouvernement faisait savoir à la junte que toutes les fortifications démolies seraient reconstruites aux frais de la cité. Le Ù novembre, van Halen était déjà devant Sarria aux portes mêmes de la grande cité et il se mettait en rapport avec la junte, la députation et la municipalité pour entrer sao» opposition de la part de la milice.
La junte, devant Tinsuccès du pronunciamento général, n'avait plus de raison d'être en tant que comité de salut public ; elle avait donc résigné, dès le 3 novembre, toute fonction dictatoriale, mais elle tenait à mener à bon terme rœr.vre de la démolition de la citadelle. C'est sur ce terrain qu'elle essaya de se maintenir, et pour le reste elle remit tous ses pouvoirs entre les mains de la députation et de la municipalité. Mais, quoique soutenue par la milice et la population entière dans l'œuvre qu'elle avait entreprise, du moment où légalement elle u*avait plus aucuae
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ressource entre les mains, comment serait-elle en état de tenir longtemps la position ? Le moment n'allait-il pas venir où il lui faudrait confesser son impuissance ? Ce fut en effet ce qui arriva; après plusieurs jours de pourparlers, d'hésitation, malgré Ténergie de plusieurs de ses membres, elle dut réclamer des passe-ports et abandonner toute autorité. Dès lors, rien ne s'opposait plus à l'entrée de van Halen ; il pénétra le i5 novembre dans Tintérieur de la cité, au milieu d'un grand déploiement de forces militaires, aussi arrogant, aussi fier que s'il n'eût dû ce succès qu'à la force des armes.
Parmi les motifs qui décidèrent le plus les Catalans à ne pas soutenir par la force leur junte, il faut signaler l'attitude du gouvernement français. Le roi Louis-Philippe, qui redoutait autant le triomphe des républicains en Espagne, qu'il souhaitait le retour des modérés, avait vu avec chagrin l'insuccès du mouvement à Pampelune ; il ne voulait permettre en aucune façon la création à Barcelone d'un foyer révolutionnaire, qui soulèverait en Espagne tout un monde d'idées contre lequel il se sentait impuissant à lutter. Il avait donc ordonné, à la première nouvelle des événements de Barcelone, qu'un corps de troupes françaises s'approchât de la frontière, dans le département des Pyrénées-Orientales, et il interceptait ainsi tous les secours que les républicains de France pouvaient envoyer à leurs coreligionnaires d'Espagne; tandis que du côté de Bayonne une connivence coupable avait laissé passer les armes et munitions qui avaient servi au mouvement modéré, une sévérité impitoyable devait arrêter toutes les communications du côté de Barcelone.
Très-justement irrités de cette attitude, les républicains de cette dernière ville, comme les progressistes deMadridi comprirent qu'une lutte entre eux ne pouvait servir
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que les intérêts dynastiques de la famille des Bourbons; ils ajournèrent leurs querelles.
Quelle fut la conduite de van Halen immédiatement après son entrée dans Barcelone ?
Il déclara la ville en état de siège ; il ordonna la dissolu^ lion de la municipalité et de la députation provinciale, il désarma trois bataillons de la milice à qui on n'avait d'aulre reproche à faire que celui d'êlre composés de républicains, etc. ; enfm, il créa une commission militaire avec la mission de juger les principaux acteurs desévéne* menls accomplis. Mais tout s'était passé dans la ville avec tant d'ordre, il y avait si peu de personnes qui pussent être condamnées avec équité, qu'il fallut bientôt revenir sur des mesures aussi iniques et inutiles; la municipalité fut donc rétablie dans ses attributions ; on rendit les armes aux bataillons désarmés, et l'on permit aux menibres de la junte de rentrer dans leur cité.
Quel que fût le désir exclusif des progressistes d'exploiter à leur proGt le rétablissement de Tordre, une part si grande était due à la modération des républicains, que le gouvernement de Madrid était dans l'impossibilité réelle de défendre à la face du pays, dans les Gortès qui allaient se réunir, les mesures exceptionnelles qu'il avait prises avec précipitation ; les Catalans devaient trouver dans la représentation nationale des voix autorisées pour justifier leur conduite, et ils pouvaient aisément reprocher aux ministres progressistes d'avoir imité les habitudes arbitraires des modérés. Ce fut par crainte seulement de l'opposition qu'ils rencontraient dans les rangs de leur propre parti, que les amis du régent consentirent à diminuer le joug de fer sous lequel ils avaient cherché à écraser le parti républicain ; aucune reconnaissance ne leur était donc due.
Au contraire, Tabus qu'ils avaient fait du pouvoir mili*