‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 12 sur 152 · in · texte numérisé non relu

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8f Livati. ««Mâaiioi bm cHMffnni.

contrarié dans le sçin même du (A)nm\ par un parti pulmant à hà tèle duquel ae plaça le marquia de las AmarillaA

Pour remplacer dignement le comte Û'italia au fomento, la régente choiiit don Xavier de Burg oa, ce publiciste à Tinstigation duquel était déjà due Theureuee création de ce mi-, nialère même. L'opinion publique, bien disposée en faveur de ce personnage, attendait beaucoup de lui ; c*est loi qui devait accomplir, disait-on, toutes les réformes annoncées dans le manifeste du 4 octobre. Sa nomination, coïncidant avec répoque flxée pour la proclamation de la reino Isabelle (SI-24 octobre), fut en effet signalée par l'apparition dans la Gaz9iiê de plusieurs décrets importants.

L'un d'eux étendait aux députés qui avaient voté la déchéance du roi à Séville l'amnistie accordée par le décret du 15 octobre i 833 ^, et rouvrait les portes de la patrie à Tanoien constituant de Cadix Argtielles, au poète Angel Saavedra, au botaniste Lagasca, à Gil de la Guadra, Cayetano Valdes, Àlava, et une foule d'autres hommes éminents qui ren« traient en possession de leurs titres, honneurs et dignités. Un second décret annulait la décision souveraine du 4 mars I8i4, qui avait déclaré nuls et sans valeur les con* trats passés durant la période constilutionnelle de l8S0à 4823 entre les propriétaires des majorais et ceux qui avaient acheté leurs biens. Un troisième supprimait les énormes contributions iaiposées au pays pour le soutien des volon» taires royalistes. Six autres enfin apportaient dans l'admi* nistration publique certaines modifications tout à fait conformes à Tespril des temps modernes.

Ces premières tentatives de réforme furent accueillies avec enthousiasme, mais loin de satisfaire Topinion elles ne servirent qu'à Texalter. Un grand mouvement commen-

1 Voir oc décret dans le tome II de notre Histoire contemporaine^ note O, p. 419.

GHAPITU I. — lirQllilS \àOVIlf|imAT|?lS.

Q«t à td manif^ièr de tous côtés; dans la fl^piUle^ diips le^ principales villes de province, chaque jour voyait, édore da nouvelles feuilles publiques ; tous les maux qui dégolaienUa nation étaient mis en évidence ; on demandait au gouver-? nement une action Immédiate et énergique. Les amnistiés/ an retour d'une longue émigration, faisaient cruellement ressortir la distance qui séparait leur pays natal des nations qu'ils venaient de visiter; ils réorganisaient les an*^ ciennes loges maçonniques, cbercbaîent à se grouper eu. faisceaux à Barcelone et à Madrid, et insistaient enfln éner* giquement auprès du gouvernement pour obtenir des me-, sures décisives.

Du moment où l'on supprimait les contributions spéciales, à l'aide desquelles on entretenait les volontaires royalistes,, il était évident que l'intention du gouvernement était d'arriver à supprimer défmitivement ce i*edoutable corpsi sur lequel il ne pouvait pas compter; aussi le lendemain de la proclamation d'Isabelle (â5 octobre), des instructions se-, crêtes toucbant le désarmement immédiat des volontaireSi furent-elles adressées à tous les capitaines généraux, et cet ordre fut exécuté partout où la tranquillité régnait encore., A Madrid ils essayèrent une résistance armée ; le 37 octobre, instruite de la détermination prise à leur égard, ils s'enrer<« mèrent dans leur caserne, située au centre même de la ville, dans le local où est aujourd'hui la Bourse, place de la Lefia, se déclarèrent en rébellion, et proclamèrent Carlos Y; mais la décision du reste de la troupe, l'attitude de la population madrilène qui se déclara ouvertement contre eux, eurent bientôt vidé la question. Après quelques décharges de part et d'autre, les défenseurs de la caserne furent obligés de se rendre, et les armes des vaincus passèrent aux mains, d'autres partisans, dévoués cette Fois au triomphe des idées libérales. Le lendemain de cette échaufTourée (28 QClobre)i

8i LlVRB I. ^ RÉGSNCI Bl CBIISTIKS.

la suppression du corps des volontaires était ofDciellement annoncée.

La seule crainte de voir ces bataillons former le noyau d^une armée factieuse, avait empêché jusqu'ici le gouvernement d'exécuter plus tôt cette mesure. Mais tandis que Ton hésitait à procéder contre eux, tous les éléments hostiles à la régente et favorables au prince don Carlos s'étaient empressés d'agir et avaient pris pnrtout les armes sans môme attendre Timpulsion de leur chef. Si l'on compare, en effet, les dates des proclamations émanées de la cour de don Carlos à Abrantès^ à Santirem et à Castello Branco, avec celles des diverses insurrections qui, dès la mort de Ferdinand, éclatèrent dans les diverses provinces d'Espagne, on voit que ces révoltes étaient plutôt spontanées qu'inspirées par un mot d'ordre du monarque qu'elles acclamaient ^

D'un autre côté, don Carlos avait cru aussi de bonne politique de pousser la conflancc dans son droit jusqu'à supposer que Zea Bermudez, dépositaire du pouvoir, le lui remettrait volontairement ; sa première proclamation, datée d'Abrantès (!*' octobre), respire la paix et Tunion : il ne doute pas que le pays entier ne 4e reconnaisse ; quiconque ne lui jure pas serment de fidélité est désormais un tndtre, et il considère l'Espagne comme le pays de la loyauté par excellence. 11 a^ confiance dans les mêmes hommes qui ont

1 A la nouvelle de la mort de son frère, un des premiers actes de don Carlos avait été d'écrire au général SaaraAeld, commandant en chef des troupes cantonnées en Estramadure, pour lui demander de le reconnaître. Saarsfield^qui avait dès le premier moment envoyé à Zea Bermudez l'assurance formelle qu'on pouvait compter sur son concours et celui de son armée en faveur de la succession directe, répondit franchement qu'il avait déjà juré fidélité à la reine Isabelle. Si Ton songe que le corps de Saarsfîeld représentait l'unique force armée en état d'agir immédiatement en ces différentes circonstances, on peut calculer avec quelle impatience les amis de l'héritière avaient dû attendre sa décision, et la confiance qu'elle leur donna quand ils la oonnur«Qt.

CHAPITU K — RÉP0IUU8 ADMlNIBTaATlVBS. 8S

été choisis par Ferdinand pour diriger les affaires, et deS; décrets signés de sa propre main, à Santarem» conGrment dans leurs portefeuilles respectifs Zea Bermudez et ses col- . lègues. Mais quand les résolutions se succèdent contre lui à Madrid, quand il voit tous ses biens conflsqués, la reine Isabelle solennellement proclamée, le corps- des volontaires dissous, il commence à comprendre que le pays n-a pas dsins son droil celte foi aveugle qu'il est parvenu, à force de fanatisme, h sMmposer h lui-môme, et il sent que la guerre seule peut lui permettre d'alleindre sOn but. C'est alors seulement (4 novembre) que, dans sa proclamation à Càstello Branco> il fait un appel énergique aux passions violentes et aux intérêts malsains; c'est alors qu'il ordonnerai tous ses partisans, soit de le rejoindre à la frontière, soit d'aller grossir les bandes qui mettaient déjà à feu et à sang ' la plupart des provinces espagnoles, c'est alors enfin qu'il promettra des grades, pensions et honneurs à tous ceux qui se détacheront de l'armée pour venir se ranger sous ses drapeaux.

Quelle est au contraire la conduite de ses soldats 7 Gomme nous le verrons au chapitre spécial que nous consacrerons àTinsurrection, ils commencent la lutte dès le premier moment, et ne s'en fient qu'au sort des armes pour le triomphe définitif.

Dès le 3 octobre, Gonzalès se soulève à Talavera, tandis que le brigadier Zavala se prononce à Bilbao, Verastegni à Yittoria, et Santos Ladron en Navarre. Guipuzcoa, la Yieille-Castille et le Maestrazgo ne se font pas attendre ; la Catalogne même, quoique puissamment dominée par le. capitaine général Llauder, qui avait eu le temps de prendre toutes ses précautions, s'organise et voit des bandes sur son propre territoire. Dès les premiers instants, la lutte s'annonce sanglante, acharnée, implacable, et ce n'était certes

M "tttii t. — utetNOi bk cBntmirt.

(Mifl le moment pour la reine Christine d'employer une politique de juste milieu et de contemplation entre les divers partis ; quand les apostoliques se déclaraient tous en faveur de don Carlos, elle n^avait qu^une ressource, se confier aux libéraux.

L'entrée au ministère de Xavier de Burgos, comme nous Tavons vu déjà, avait donné quelqu(.*s espérances à tous les amisdu progrès. Parsuitederascendant qu'exercent toujours les hommes de talent sur ceux qui les entourent» ce ministre avait conquis en très-peu de temps une influence prédominante dans les conseils du gouvernement ; il éclipsait déjà le président du conseil, à qui revenait Thonneur d'avoir deviné sa haute capacité. Dans le conseil de Régence, au sein du palais, ses avis étaient accueillis avec un égal empresse* ment; maisBurgos ne voulait accorder aucune importance aux réformes politiques ; il croyait ou feignait de croire qu'en laissant de c6té les droits du peuple, tous ses maux pouvaient se guérir à Taide d'une nouvelle législation mieux appropriée à ses besoins ; très au courant de tous les détails de Tadministration française, qu'il avait étudiée avec soin pendant son long séjoub l Paris, il croyait faire assex pour son pays, au milieu de cet orage, en introduisant sur le sol espagnol les règlements de la France* II dépensa ainsi pen* dant tout le mois de novembre une activité étonnante pour dofmcr forte de loi à une foule dé dispositions nouvelles doni Tuttlité, sans doute, était incontestable^ niais qu'il aurait fallu établir avec plus de maturité. . L'Blpagne lui doit sa division actuelle en quarante-tiéuf provinces, etroi^anisation de ses gouvernements civils, qui correspondent à nos préfectures ; avant lui Tadministrâtion se trouvait exclusivement placée entre les mains de magistrats qui confondaient d'une manière fâcheuse les intérêts pankuUeto et sodaux ; malgré'la diffietilié des temps, il eut

CHAPiTM li ^ BtrOMtt ADMINttniTlYBS. 81

le couhigô de préparer et fit aocepter par la reine ridée de mettre à la tête de chaque province un mèdêUgado de fo* méniOy qui plus tard devait être appelé gouverneur civil, à la responiabilité duquel devaient être soumis ions les détails de Tadministration. La Gageite offkiellt publia, le 30 uo* vembre, une instruction détaillée à tous ces nouveaux fono* tioonaireS) dans laquelle il passait successivement en revue tous les points qui devaient attirer leur attention ; ce remarquable travail^ que consulteront toujours avec fruit les hommes d'État es^iagnols, est un véritable chef-d'œuvre^ et il leur surDmit d*en appliquer les prescriptions pour lancer le pays dans la véritable voie qui doit le rendre à la prospé* rite. Cette instruction, en effet, touche à tous les élémenls de la production nationale j au point de Yuede ragrioulturei •Us étudie les principales questions que soulèvent la liberté du commerce dos grains, les dépôts publics de céréales (po* sitos), les voyages des troupeaux (ganaderia), les irrigationSi les dessèchements) l'appropriation des terrains incultes, reiploitation des biens communaux, le reboisement, la culture de la soie, du Un et du chantre ; au point de vue de Tindustrie, elle tend à une protection éclairée, sans régle^ mentation absurde, elle encourage Tintroduction des nou» velles machines, remploi des moteurs naturels, rinstruction professionnelle; nu point de vue ducommercCi elle pousse à une asuéliorntion immédiate de toutes les voles do cornmunication, àrunlformilé des poids et mesures, à la création des tribunaux de commerce. Elle traite, en outré, de tout ce qui touche à remploi des fonds des municipalités» à la police générale, h l'instruction publique» aux sociétés éco^ nomiques, aux établissements de bienfaisance, aux prisons, aux confréries religieuses, aux bibliothèques, aux théâtres; s'il avait été donné à Burgos d'appliquer tout ce qu'il concevait si bien, et s'il avait été aidé par le dévelopipemeat

88 LlTtl I. •— EfiGBlfCB DB CHBISTIIIB.

gilSnéral du pays, l'Espagne eut trouvé en lui ce qui lui a toujours manqué jusqu'à ce jour, son véritable Golbert.

Mais les temps n'étaient point venus du progrès des intérêts matériels; bien loin de là, c'était une période de lutte qui s'ouvrait, et de lutte acharnée entre les anciennes idées et les aspirations nouvelles. En présence d'un parti qui aspirait au rétablissement, à main armée, de l'inquisition, qui soulevait partout les populations et mettait les armes aux mains de paysans fanatiques pour la défense des préjugés catholiques, la question capitale, c'était de vaincre ce parti; toute autre considération devait disparaître devant cette nécessité suprême. Voilà ce que Burgos ne voulait pas comprendre ; sans être hostile au gouvernement constitutionnel, il était de ceux qui ne jugeaient pas le pays assez avancé pour pouvoir le pratiquer, et sans être aussi hostile que Zea Bermudez à l'introduction de ce régime, il aflectait de n'en pas comprendre le besoin immédiat.

Cependant, peu à peu, grâce à l'action du marquis de las Amarillas et de Garelly, aux demandes réitérées du marquis de Miraflorès, l'esprit de la régente se pénétrait de la convenance qu'il y avait à pactiser avec les idées modernes, et à faire un appel sincère aux libéraux. En confiant l'intérim du ministère des finances, devenu vacant, au même Burgos, qui rendait de si grands services au fomento, en remplaçant le ministre de la guerre, José de la Gruz, par le maréchal de camp Antonio Zarco delYalle(décembro 1833), qui jouissait d'une grande popularité, Christine donna des gages de ses bonnes dispositions. On comprit que l'inflexible Zea Bermudez était l'unique obstacle à un changement de régime, et de toutes parts alors on commença contre ce dernier rempart de l'absolutisme une violente croisade.

Tant qu'elle luttait seulement contre les instances de sa sœur et des courtisans qui Tentouraient, Christine, par re-

CHAPITRB I. -^ HÉF0RMB8 ADMINISTRATIVES. 89

connaissance de la conduite du président du conseil au monaieat si critique de la mort de Ferdinand Vif, résistait à toutes les obsessions ; elle commença seulement à fléchir quand elle vit deux capitaines généraux, ceux de la Yieille-Castille et de la Catalogne, se hasarder à publier des manifestes dans lesquels ils déclaraient que si le nouveau règne n'était pas Tinauguralion d*un régime libéral^ et si les Gortès n'étaient pas prochainement convoquées, la lutte contre don Carlos devenait impossible à soutenir, et que la princesse Isabelle serait obligée de céder le trône à son oncle. Émanant d'hommes aussi importants que les généraux Quesada et Llauder, tous deux anciens serviteurs de Ferdinand VU, et jusqu'à ce jour plutôt adversaires qu'amis du parti libéral^ ces manifestes, qui annoncent d'ailleurs de la part de l'armée la prétention de continuer à jouer un rôle actif dans la politique intérieure, furent livrés à la circulation contre la volonté du premier ministre, tirés à un nombre considérable d'exemplaires et répandus partout avec une extrême profusion. Ils avaient été rédigés avec le plus grand soin; celui de Quesada était l'œuvre d'un jeune avocat dont la réputation commençait à grandir, don Salustiano de Olozaga*; il regardait la convocation d'une vraie représentation nationale comme l'unique moyen de consolider des droits qui allaient être disputés; il montrait les dangers résultant de la révolte de plus de trois cents bataillons, il exposait que les seuls vrais défenseurs de la succession directe étaient trompés, tandis que les honneurs étaient livrés aux amis de don Carlos ; celui de Llauder, plus grave, plus mesuré, allait aussi plus directement au but ; il faisait ressortir toute la gravité des circonstances, l'impossibilité, avec des troupes insuffisantes et un trésor épuisé, de faire face à une rébel-

1 Voir Olozaga, Bstudio biografico y polUico, por Àngel FernaDdez de los RÎ08, p. 218.

lion anssi importante qne celle du parti carliete, la AécessUd de recourir aux Corlèt comme on l'avait fait en 1813, et comme Ferdinand avait promis de le faire en 1814 ; enOn il accusait directement Zea Bermudez de conduire la nation à Tablme et de précipiter la ruine du nouveau gouvernement. En somme, ces deux manifestes n'étaient pas encore un programme véritablement révolutionnaire; mais c'était déjà une mise en demeure solennelle à la régente de rompre avec le président de son conseil.

. Quoique les ministres se fussent refusés à recevoir comm-> nication officielle des deux manifestes, quoiqu'ils eussent répondu à la demande de Liauder en envoyant immédiatement quatre subdélégués dans les quatre provinces formant le territoire de la Catalogne, bientôt la régente eut coanaissance du discrédit dans lequel était tombé Zea Bermudex; ero apprit aussi que les populations libérales de la Catalogne félioitaient hautement le capitaine gén(5ral de son initiative et se montraient disposées à un soulèvement prochiiin si aatisftioiion ne leur était donnée. Elle craignit de perdre la popularité dont elle Jouissait ; elle se décida enOu, d^acoord avec le conseil de régence, à remettre Tautorité en de nou« vcllea mains. A sa première indication , plusieurs noms d'hommes d'Ëtat marquants lui furent communiqués par les personnes qui composaient son entourage ordinaire; elle appela auprès d'elle Burgos et Znrco del Vall", ministre du fomento et do la guerre, et reneltdRt entre leurs mains les listes qui lui avaient été données, elle les chargea de choisir eux-mftmes ceux qu'ils voudraient s'adjoindre comme collègues.

Quand il apprit cette résolution de la régente, Zea Ber* mu Icx ne put s'empêcher do montrer son dépit et son irrl-* talion ; sérieux dans tous ses actes^ ferme dans ses principes, plein de conviction dans la bonté de ses idées poUtiqu^» U

CHAPamt i. :^ Btpomi adwnibtiititbs. 91

TÎTiiit àu milieu des affaires sans se douter le moins du monde du niécontentement qni était allé grossissant d'abord eonlre aon système/ puis contre sa personne. Au moment de quitter la régcnle, il ne sut que Teffrayer sûr les consé* qneiices dangereuses que pouvait produire Tapplication des idées libérales, commia si ces craintes mêmes devaient empêcher ]<t régente de s*appuyersur la seule force capable de la soutenir. C^est que Tambilion et l'orgueil obscuroissaient alors sa raison; vaincu par les circonstances^ il se faisiiit rUluston de se croire le seul homme capable de soutenir la monarchie, et il en considérait la ruine comme inévitable le jour où il ne serait plus là pour la défendre. Nous avons de ces hommes dans notre bisloiro, et Zea fiermudez, en décembre 4833, tel que nous le dépeint Xavier de Burgos, nous rappelle involontairement M. Guizot à la veille de i848. Zea, nous dit son ancien collègue dans le premier volume de ses Annaks du règne dlsabelle 1I« était acharné au travail au point de passer dans son cabinet quatorze à quinze heures par joqr ; il était désintéressé au point d'être déjà sorti deux fois du ministère sans un seul cordon ; il vivait tellement en dehors du monde qu'on ne le voyait Jamais ni à la promenade, ni au théâtre, ni à aucune réunion, et que dans sa propre maison il ne recevait que ses parents les plus intimes ; très-frugal dans ses repas, négligé dans son costume, Zea n'avait, en appari^nce, aucune de ces passions qui poussent les autres hommes à désirer le pouvoir. Du reste, doué d'une grande sagacité^ plein de bonne foi, voulant le bien avec ardeur, il avait des qualités sérieuses que pouvaient difDcilement apprécier ceux qui ne le traitaient pas intimement. Parfois il était abstrait et chimérique dnns ses conceptions, incohérent et prolixe dans ses discouts; suivant les circonstances^ il se montrait tour à tour franc et réservé, confiant et soupçonneux, obstiné et docile, exalté

M LITIB I. — BÉaiNCB Dl CHIISTIRB.

et froid, incerlain dans ses affeclions ou plein de douceur sous une apparence sévère ; inégal comme tous les hommes obstinés dans leurs idées, il paraissait incapable de voir ou ' de calculer à l'avance tel ou tel événement qui pouvait Tobliger à les modifier ^

Tel apparaissait aux yeux de son collègue Zea Bermudez, dont la passion dominante, si nous comprenons bien ce caractère, devait être le besoin de dominer ses semblables et de leur imposer sa volonté et sa manière systématique de voir, en dépit même des nécessités les plus évidentes pour tout homme de bon sens.

^ Xavier de Bursos, Annales del reinado de Isabel II, t. I, p. 162 et 163.

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