‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 123 sur 152 · CHAPITRE I. — LIS MOEURS · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — LIS MOEURS

la principale cause de la décadence. On veut commercer^ spéculer, produire. On pense à se consoler de la privation des Amériques par rexploilaiion du sol natal.

Arrêté pendant tout le règne de Ferdinand VII, sauf pendant les trois années de 1820 à i8â3, ce mouvement de transformation a pris un développement irrésistible pendant les deux régences de Christine et d'Espartero; on peut le considérer comme terminé à Tavénement d'Isabelle; c'est désormais une nouvelle Espagne, dépouillée de son vieux caractère absolutiste, monacal, inquisitorial ^ qui vient prendre sa place au milieu des sociétés modernes.

Le programme est donc tout tracé pour qui veut étudier la marche suivie par la civilisation espagnole pendant toute Tépoque de 1833 à 1843 ; il n'a qu'à exposer la transition qui s'opère dans les mœurs, à signaler les types qui disparaissent, à énumérer les nouveaux qui surgissent. Le costume, du reste, subit aussi sa transformation ; adieu les perruques, les cannes des Indes, le haut-dc-chaussc, les souliers à boucle ; tous ces vestiges des vieilles modes disparaissent pour faire place au plus simple et plus monotone accoutrement de nos salons modernes. Jamais de tels changements ne s'opèrent dans une nation sans que la Irace ne s'en retrouve dans la littérature conteipporaine. L'Espagne ne pouvait manquer à cette loi. Aussi, qu'on lise les pamphlets de Larra, les scènes madrilègnes de Mesonero Homanos; la galerie des Espagnols peints par eux-mêmes, à laquelle ont collaboré tous les principaux écrivains nationaux, on s'aperçoit que tous ont conscience de l'évolution qui s'opère; ils l'étudient, ils l'analysent sous toutes ses faces.

Chacun, bien entendu, voit les choses à sa manière; celui ci pleure le passé et redoute l'avenir; celui-là critique la tradition et est enthousiaste du progrès. Mais le point où

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tous s'accordent, c'est pour coustater qu'un nouveau monde a surgi. On vit encore mal ; la pauvreté, Tignorance se sentent de toutes parts; mais, du moins, il y a accroissement de vitalité ; on vit davantage.

Ce que la secousse de 1808 avait produit d'heureux se manifeste déjà dans l'accroissement de la population. Suivant le recensement de 1803, la population n'atteignait que le chiffre de 10351000 ^ Lorsqu'en 4821 les Cortès recueillent de nouveaux documents pour établir la division territoriale, elles trouvent, malgré la guerre de l'indépendance, un nouveau total de 11630000 habitants, que des recherches plus précises élèvent, en 18^6, à 13712000, et, en 1832, à 14660000. Tout fait présumer, en 1843, que, malgré les désastres de la guerre civile, la population n'a encore cessé de croître pendant les régences de Christine et d'Espartero ; et, en effet, le recensement exact opéré plus tard, en i857, viendra accuser à cette époque, ce qui prouve la continuité du mouvement progressif, Texistence de plus de 13 millions d'habitants.

Ainsi la statistique vient, iavec ses données positives, appuyer, justifier, confirmer l'accroissement de vitalité dont la nation espagnole a fait preuve pendant toute la pre*mière moitié du dix-neuvième siècle. Que signifient, devant un semblable résultat, les condoléances, les terreurs, les hypocrites regrets de ces écrivains retardataires qui ont essayé de la calomnier^ parce qu'elle s'est enfin refusée à èlre plus longtemps la dupe de leurs complots intéressés 7 Jamais il n'y eut de peuple qui eût plus besoin de secouer le joug de fer sous lequel on le tenait enchaîné \ à peine se dégage-t-il un peu de ses chaînes, qu'il cesse de rouler vers le déclin , qu'il commence à se relever et rentre bientôt dans une nouvelle voie de développement.

t Voir 1. 1, p. 6.

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