LIVRE IV. — TRANSFORMATION DB LA SOCIÉTÉ
toire ; une noble démarche, une physionomie douce jointe à un teint trës-brun et très-chaud, une figure extrêmement longue réclamant Tattenlion par sa rare originalité, un regard à la fois pénétrant et inoffensif, un accent très sympathique, un débit plein de majesté et de grandeur pour émettre des pensées vagues et souvent creuses, c'en était assez pour qu'il exerçât un grand prestige sur toutes les assemblées auxquelles il se mêlait. Il dut beaucoup à cette grâce voluptueuse, à cette distinction élégante dont la nature l'avait doué.
Au conlraire^ un de ses anciens adversaires, devenu plus tard son émule dans le même parti, don Antonio Alcala Galiano, dut à Torce d'art triompher d'une certaine répulsion que sa laideur inspirait à première vue. C'est à titre d'orateur disert, fécond, clair, élégant que Galiano (1789- 1865) s'est fait un nom célèbre de l'autre côté des Pyrénées, et qu'il est parvenu à posséder un portefeuille à côté de son intime ami, le duc de Rivas. Quiconque n'a pas eu occasion de connaître ce personnage à la taille petite, à la figure disgracieuse, mais aux yeux pleins d'intelligence et de vie, ne peut se faire une idée de la puissance de l'éloquence* Rien ne pouvait faire deviner sa supériorité dans sa démarche, son attitude, ses manières ; mais à peine ouvraitil la bouche qu'on était sous le charme. Doué d'une mémoire prodigieuse, il évoquait sans peine une abondante série de faits, tous puisés dans son sujet ; il se passionnait pour sa thèse du moment et versait sa passion sur l'auditeur, qui, ravi, enchaîné, ne songeait plus à contredire que pour faire durer le débat, tant on prenait plaisir au torrent d'idées diverses et de mots choisis et pompeux qui sortait de cette vraie bouche d'or. « On peut se figurer, dit Edgar Quinet après l'avoir entendu, ce qu'est la langue espagnole chez un tel homme. Elle me semble réunir à la fois la mé«