‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 132 sur 152 · CHAPITRE II. — MOUVEMENT LITTÊRÀIRB. 38!i · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MOUVEMENT LITTÊRÀIRB. 38!i

lodie de l'italieD, Tàpreté de l'arabe^ la vigueur du saxon, la grâce du provençal, tout cela joint à une majesté qui n'est qu'à elle*. »>

Galiano n'avait pas de fortune, et Témigration eut pour lui des douleurs que ne connurent pas la plupart de ses amis; quand il revint en Espagne en 1833, il était déjà à bout de souffrir et ne songeait plus qu'à faire une évolution qui lui permit d'avoir sa part dans le Iriompbe des idées libérales. De là, sa malheureuse attitude pendant la régence de Christine et les reproches de tout genre qui lui furent adressés par des patriotes qui avaient cru pouvoir compter sur la fermeté de ses convictions. En dehors de ses discours, Galiano n'a laissé que quelques morceaux de critique littéraire, un résumé de l'histoire d'Espagne depuis Charles IV jusqu'à la majorité de la reine Isabelle, et une traduction d'une histoire d'Espagne, écrite en anglais par Dunham. C'est un faible bagage ; il s'augmenterait fort si l'on pouvait réunir en faisceau la niasse des articles publiés par lui, soit de 4810 à 4813, soit pendant la période de 18^0 à 1823, soit en Angleterre pendant son émigration, soit enOn de 1834 à 1840 dans le Mensagero de las Cortes, VOàservador, la Revistùy le Correo Nacional et le Piloto; soit enGn plus tard dans YHeraldo^ la Revt'sia de Madrid, la BevtstaEuropea; mais en général trop faits pour l'actualité, dans un but exclusif de parti, ces articles, en dehors de la polémique du temps, ont perdu la saveur spéciale qui faisait une grande partie de leur mérite.

Les événements de septembre 1840, en donnant le triomphe au parti progressiste, amenèrent au premier plan sur la scène politique une nouvelle génération ; au lieu de Mar-

1 Voir Edgar Quinet, Vacances m Espagne^ p. 59. Paris, Cliame* rot, 1840.

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tinez et de Galiano, ce furent trois avocats qui s'emparèrent de la tribune parlementaire et dominèrent par elle, Gortinn, Olozaga et Lopez. Aucun d'eux n'a Télégance de diction, la forme littéraire de leurs deux prédécesseurs; mais ils ont tous les trois plus de connaissances positives ; ils ont surtout des aspirations plus nationales. Très-versés dans la législation de leur pays, Gortina et Olozaga s'occupent moins du point de vue philosophique ; ils ne se perdent jamais dans des formules trop abstraites, trop générales, nullement propres à leur nation : ils se rapprochent de la réalité des choses, ils la prennent corps à corps et résolvent une à une chaque question. Gortina (né en 180â) n'a point été un de ces personnages à auréole brillante,, fatiguant les oreilles populaires du bruit de leurs talents et cherchant en toute circonstance à recueillir des applaudissements en excitant les passions; tel il se montre en qualité de ministre au poste le plus difficile après les journées de septembre, tel il apparaît dans tous ses discours. S'agitil de payer de sa personne, d'étudier à fond les questions difficiles, de convaincre une assemblée sur un point délicat, on le trouve là ; il est clair, il est précis, il est plein d'inventions, il cherche à faire la lumière, à atteindre son but par la conviction ; il ne songe ni à émouvoir, ni à étonner, ni à frapper les imaginations.

Don Salustiano de Olozaga (né en 1805) a une tout autre nature ; il est plus passionné, plus partial ; il néglige tous les accessoires pour ne voir que le triomphe immédiat de la cause qu'il a embrassée. Aucune adresse ne lui coûte pour arriver au succès. Faut-il émouvoir, effrayer, persuader, entraîner, séduire? il prend à volonté Tune ou l'autre de ces voies; il sait s'emparer des masses; mais comme il n'a pas de direction sûre et constante à leur donner que celle qu'il veut leur imprimer lui-m6me à un moment

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donné, il voit s'évanouir son inQuence aussi rapidement qu'il Ta conquise. Ennemi dangereux, auxiliaire utile, il n'a rien de ce qu'ail faut pour être lui-même un inspirateur direct; aussi passera4-il son existence à aspirer à un rôle auquel il n'est point propre. C'est l'homme qui brûle les couvents et veut que l'Bspagne reste toujours catholique; c'est le révolutionnaire ardent qui redoute la démocratie et cherche à maintenir la monarchie pour gouverner sous son nom ; il faut s'incJiner devant son talent et son adresse, admirer ses effets oratoires, sa présence d'esprit dans des circonstances extrêmement difficiles, son feu, sa vivacité. Mais ne lui demandez pas une suite rigoureuse dans les idées et les principes, une déduction logique dans les raisonnements, un lien philosophique dans les diverses pensées générales qu'il émettra; ces qualités ne sont pas les siennes. Gomme orateur il a tous les défauts nés de l'excès du romantisme : la recherche ardente de l'effet^ le besoin de la pose théâtrale, l'absence de rigueur dans le raisonnement. Cependant il y a chez lui certaine mesure^ certaine force réglée. On sent qu'il est maître de son urt et ne se laisse point dominer par lui.

Don Joaquim Maria Lopez (1802-1855) ne fut point comme Olozaga un politique ambitieux; c'est un caractère fantasque, passionné, qui se distingue surtout par l'abandon de toute mesure, la négation de toute règle. Il est tout sentiment, tout imagination, avec l'abondance de Galiano et sa grande ampleur de formes. Lopez s'abandonnant ainsi devait être la viclime des événements» et en effet, voulant servir le progrès, il devint l'auxiliaire de ceux qui en étaient les plus ardents ennemis, (juinet a dit de lui : « M. Lopez au pouvoir, c'est l'esprit de chevalerie dans le gouvernement constitutionnel. »

Si Ton parcourt les discours de cet orateur, ce sont tou*

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jours des sentiments généreux^ des espérances, des illu* sioDs, des rêveries, à la place de raisons sérieuses^ de jug^*menls précis, de points de vue justes et vrais. II est évident que, bon pour le rôle de tribun, Lopez était tout a fait impropre au métier d'homme d'Etat ; comme orateur, il avait une fougue, un éclat et une puissance auxquels il était difUcile de résister. « Sa voix vibrante e^t un choc continuel ; il a les accents d*un cœur qui se déchire et s'ouvre; il a aussi un certain ton rauque et africjiin qui n'est qu'à lui et va chercher Tàme jusqu'au fond des entrailles. La chaleur, la vie, le soleil de Murcie scintillent dans cette parole ; elle vous perce d'une épée ; dès le premier mot s'exhalent dans l'accent de Lopez toutes les passions amassées et contenues des hommes qu'il représente. La lave ne cesse plus de couler autour de l'auditoire. Gomme il s'est précipité le corps en avant, lefrontjprèt àse heurter, la main droite tendue pour saisir au corps le parti opposé 1 11 m'a rappelé le taureau de combat quand on ouvre la barrière ^ » Tant qu'on était sous cette domination, il fallait céder ; mais quelle triste impression lorsqu'on voulait à la lecture se rendre compte des idées qu'on avait entendu développer l On a recueilli tous les discours prononcés par Lopez ; il eût mieux valu les laisser dans l'oubli. Au lieu du souvenir de la grande impression qu'il produisait sur ses compatriotes, nous n'avons plus que le triste résidu d'un cerveau nourri d'idées vagues, plein de bonnes intentions et perdu par la métaphysique. Encore ne faut-il jamais oublier que, sans le secours et l'appui constant de Fermin Gaballero, qui resta à ses côtés pendant tout le cours de sa carrière politique, Lopez n'eût point joué le r61e considérable que les événements lui flrent remplir en 1843.

> Voir Quinet, Vacances en Espagne,

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