‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 137 sur 152 · CHAPITRE III. — BPÀUX-À1T8 BT SCIENCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — BPÀUX-À1T8 BT SCIENCES

L'art dramatique pourtant bénéficia de la possession d'un régime plus libéral et du nouvel essor que prit la littérature ; mais, s*il fut soutenu {lar Tapparition de belles œuvres et par le goût du public, il eut contre lui et la con* cnrrence de l'Opéra et la pauvreté générale.

L'entrepreneur Grimaldi se décida, avec le concours de l'acteur la Torro et de la Goncepcion Rodriguez, à entrer dans le mouvement romantique auquel il s'était d'abord opposé; on se montra envers lui et ses deux auxiliaires reconnaissant de cette évolution; tandis que deux autres grands acteurs, José Garcia Larra et Antonio Gusman, travaillaient aussi de leur cAté à populariser toutes les créations dramatiques que produisaient les ardents imitateurs de Victor Hugo et d'Alexandre Dumas. C'est, entre autres, à l'initiative chaleureuse de Guzman que, spécialement, Oarcia Gutierrez dut la faveur de voir représenter son TVovator^ et l'occasion vivement désirée par lui de révéler son talent. Grâce à la loyale et généreuse émulation qui s'établit entre ces différents artistes aimés du public, il put se créer à Madrid une sorte d'école de déclamation qui produira dans la période suivante toute une pléiade d'acteurs distingués.

La passion philharmonique qui régna à Madrid dans les dernières années du règne de Ferdinand VII eut deux résultats importants : l'un fut la création, en 1833, d'un conservatoire de musique, à l'instar de celui de Paris ; l'autre fut le succès de compagnies d'opéra qui vinrent, malgré la dureté des temps, habituer les oreilles madrilègnes aux opéras italiens. On attendait avec impatience l'achèveméntdu théâtreâ'Oriente,commenoédepuisi8l8 et destiné à doter Madrid d'une salle analogue à celles qui ornent les villes les plus fameuses de l'Italie, à San-Carlo, à la Scala. Malheureusement les ressources manquaient pour la con-

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struction ; si les plans étaient depuis longtemps achevés, Tœuvre définitive ne devait être menée à son terme qu'en 1850. 11 fallut trente-deux ans à la nation Espagnole pour ériger ce monument.

Devant une impuissance si clairement manifestée, corn* ment s'étonner que nous n'ayons en architecture aucune œuvre importante à mentionner 7 A la Gn de la régence d'Espartero, lorsque déjà la terminaison de la guerre contre les carlistes avait permis aux finances publiques de se res« taurer un peu, il fut question de créer un édifice pour le congrès des députés. Le sujet fut mis au concours, et le prix remporté par don Narcisso Pascual Colomer, à qui est dû rédiflce qui domine aujourd'hui à Madrid la place de Cer* vantes, à l'extrémité de la Carerra San Geronimo. Le peu de candidats sérieux qui se présentèrent alors, fit comprendre combien cet art avait été abandonné, et détermina le gouvernement d'Isabelle II à publier le décret de 1844 qui organisa à Madrid une école d'architecture.

Les sculpteurs n'eurent guève plus d'occasions de se produire, guère plus de moyens que les architectes. On trouverait à peine une douzaine de statues exécutées pendant les dix années de 1833 à 1843. Citons néanmoins toute une série d'œuvres d'un art spécial, qu'on pourrait appeler sculpture de genre, inauguré par un artiste de grand talent, don José Ginez, que nous avons déjà nommé à propos du règne de Ferdinand VII. Ce sculpteur espagnol, qui a laissé plusieurs preuves de son rare mérite et qui resta fidèle aux vieilles traditions de l'art indigène, sans se plier à la direction nouvelle que Canova et Thorwaldsen avaient imprimée, aimait à mouler et à sculpter des figurines en pâte coloriées, à l'aide desquelles il représentait de la manière la plus saisissante les types les plus variés, les scènes les plus dramatiques. L'Académie de San Fernando,

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à Madrid, possède de Ginez quarante à cinquante groupes représentant divers épisodes du massacre des Innocents. « Il y a là, dit M. Louis Yiardot dans ses Merveilles de la sculpture, une invention en quelque sorte inépuisable, beaucoup de variété dans les détails, une énergie singulière, étonnante^ enfin une vérité à laquelle on ne peut reprocher que d'être trop complète ; car, à cause des couleurs dont ils sont badigeonnés, ces groupes ressemblent trop à des figurines de cire. »

Après Ginez, d*autres artistes inconnus propagèrent avec ardeur ce même genre en Espagne, et depuis lors il est devenu dans certaines villes, particulièrement à Malaga, Ga-* dix, Valence, l'origine d'une industrie artistique qui grandit tous les jours.

Quant à la peinture, elle subit à cette époque une métamorphose dont les conséquences ne tarderont pas à se faire sentir.

Et d'abord le goût s'en généralise dans toute les classes de la société; les expositions, suivies avec ardeur, développent des vocations qui, avec le temps, porteront leurs fruits, et qui sont en môme temps très-échauffées par la lutte passionnée des romantiques contre les classiques.

Tandis que, dans les écoles et dans les académies, grâce à la vivacité de la querelle qui s'établit entre les partisans d'Ingres et ceux de Delacroix, les professeurs parviennent enfin à se détacher de l'idée malheureuse de voir exclusivement le beau dans la manière de tel ou tel maître; tandis qu'ils cessent d'imposer les règles fixées par'Bavid, auxquelles le génie national ne voulait pas se soumettre; tandis que se répandait parmi eux Tidée plus juste et plus féconde que tous les styles peuvent avoir leur mérite et leur beauté, pourvu qu'ils soient bien appropriés au sujet et tendent à

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la représentalioa vraie de la nature ; uae tendance presque irrésisUble du public force la majorité dos artistes espagnols à abandonner les sujets religieux, à chercher des arguments historiques en se pénétrant de la vérilé des types, Ogures et costumes, à cultiver le genre, c'est-à-dire un choix intelligent de sC'ènes appartenant à la vie moderne, à se consacrer enDn à une étude attentive de la nature pour en donner la représentation fidèle par le paysage.

La tradition des bons procédés est fidèlement transmise à toute une jeune génération de peintres qu'on voit déjà apparaître et qui brillera dans la période suivante par les membres des trois familles qui ont si fort honoré l'art espagnol au commencement de ce siècle, les Madrazo, les Rivera et les Lopez.

C'est ainsi qu'après don José Madrazo, Fauteur du Viriate, le défenseur du classicisme en face de Goya, on voit peu à peu se former son fils, don Federico, destiné plus tard à devenir le directeur de TAcadémie de San Fernando et à se voir ouvrir les portes de l'Institut de France. C'est l'auteur des tableaux de Godefroy de BoutUon, de Marie devant le tombeau de Jéius, et de tant de portraits que se disputent à Penvi les familles les plus opulentes.

A côté de lui, don Carlos Rivera, dont lo pinceau doit orner les murailles du Congrès de Madrid, sans abandonner les principes par trop inflexibles de son père, se montre disposé à chercher lo beau en dehors des règles fixes, sous la seule inspiration de son jugement et de son expérience, en tenant compte de l'esprit de son époque, et des tendances de son siècle.

Don Bernardo et don Luiz Lopez, moins exposés par les conseils de leur père Yicente à tomber dans la manière rude de David, montrent moins d'originalité que Federico Madrazo et Carlos Rivera ; ils ne savent pas se créer une

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physionomie particulière et ne font qu'imiter le style du mattre dont ils portent le nom.

En dehors de ces noms qui constituent la peinture ofQoielle, on peut encore rattacher à cette période : les frères Ferrant; deux peintres andalous, José Gutierrez et Antonio Esquive], qui essayent de rappeler au dix-neuvième siècle les traditions de Tancienne école de Séville ; don Joaquim Espalier, longtemps un des plus distingués disciples de Gros; une école catalane tout entière, qui, en Catalogne, cherche à suivre les traces d'Owerweck et de Cornélius; enfln le malheureux Âlenza.

Alenza (Leonardo) (1817-1845) se proposait, en étudiant les œuvres de Goya, de reproduire la manière de ce peintre si populaire ; il a peint quelques scènes de mœurs, des muletiers, desgitanos, des mendiants, tout un monde pittoresque et picaresque. Ses tableaux sont assez recherchés ; mais, mort, très-jeune, de maladie et de misère, il a réellement peu composé ; il a laissé bien plutôt des espérances que des œuvres réelles.

Ce n'est pas seulement comme peintre qu' Alenza mérite de ne pas être oublié ; il était encore graveur à l'eau'-forte, et à ce titre les amateurs recherchent ses travaux avec quelque empressement. C'est qu'il s'agit presque toujours de compositions originales qu'il dessinait et gravait luimême.

Quant à la sévère gravure sur métaux, à cet art qui, sous Charles lY, avait brillé avec les Carmona et les Selma, il reçut alors un nouvel éclat d'un amateur laborieux, don Augustin Estève. Sans s'arrêter un instant devant Tindifférence de son époque, Estève se voua avec acharnement à l'étude approfondie des procédés de son art : il alla se perfectionner à Rome et à Paris, et revint ensuite à Séville reproduire le magnifique tableau de Murillo qui représente Moïse faisant

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jaillir les eaux du rocher. A peine sou beau travail, fruit de tant d'années de persévérance, fut-il jeté dans la circulation, qu'un cri d'admiration se fit entendre parmi tous les amis de Tart (1834). L*Institut de France s'associa aux 'éloges des amateurs et s'empressa d'admettre Estève dans son sein. Cette planche fut couronnée à l'exposition de Paris de 1836 ; et la grande réputation dont elle jouit encore de nos jours, prouve à quel point étaient méritées les nombreuses distinctions qu'elle valut à son auteur.

Ce fut comme le dernier rayon d'un astre qui s'éteint, car ce genre de gravure ne pouvait avoir la prétention de lutter contre une nouvelle conquête de l'art moderne, qui chaque jour faisait de nouveaux progrès, la litho* graphie.

Dans les dernières années du règne de Ferdinand YII, il avait été décidé qu'un effort puissant serait tenté pour, propager en Bspagne la gravure sur pierre ; des ressources avaient été mises, à cet effet, à la disposition de don José Madrazo, qui obtint en même temps le privilège exclusif, pour un certain temps, de reproduire, par ce moyen, les plus beaux tableaux du musée de Madrid. La guerre civile n'empêcha point José Madrazo de mener son entreprise à terme; il fit venir de Paris presse, pierres, encre, tout le matériel néce^ire ; il appela en même temps des ouvriers qui, plus tard, devaient s'implanter à Madrid et y fixer leur industrie; et il parvint enfin, après de très-grands efforts, à satisfaire l'impatience du monde entier en publiant les lithographies d'un certain nombre de chefs-d'œuvre. L'exécution des gravures provenant de cette tentative laisse beaucoup à désirer ; néanmoins, deux résultats sérieux ont été acquis; d'une part, la lithographie a pris ses lettres de naturalisation à Madiid, et, d'autre part, une foule de tableaux exposés dans cette capitale, à la vue de quelques

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visiteurs seulement, ont pu être vulgarisés et mis à bas prix à la portée d'un très-grand nombre d'admirateurs.

Tels sont les faits principaux relatifs au mouvement artistique que nous trouvons à consigner ; la récolte ne sera guère meilleure si nous tournons nos regards du côté des sciences.

Dans le premier enthousiasme de réformes qui suivit la mort de Ferdinand VII, sous le ministère dé Burgos, un décret royal (7 février i834) organisa le centre qui depuis si longtemps faisait défaut à TEspagne pour le progrès des sciences. La réforme fut timide ; elle se borna alors à constituer seulement une académie pour les sciences naturelles; mais c'était un germe précieux, et nous le verrons avec le temps se féconder et grandir.

En 1839, cette académie ne comptait encore que sept membres, parmi lesquels deux personnages appartenant à l'aristocratie, les marquis del Socorro et de Yalgornera ; les autres personnes avaient plutôt été choisies parmi les médecins. C'étaient Francisco Fabra, Mateo Seoane, Sandallo de Arias, Mariano Delgras et Mariano Llorente. Ce dernier, familiarisé non-seulement avec les sciences naturelles, mais aussi avec les sciences physiques, remplit les fonctions de secrétaire général.

La mission de cette académie fut dégrouper autour d'elle tous ceux qui, dans la péninsule hispanique, s'occupaient de sciences; et elle la remplit si bien que, quelques années plus tard, en 4847, non-seulement on put songer à constituer une académie complète, mais qu'on trouva réuni à l'avance tout le personnel nécessaire à la former.

Il est donc juste de rendre hommage à l'initiative de Burgos et de rapporter à ce ministre l'honneur d'une fondation qui doit exercer la plus heureuse influence sur les progrès de l'Espague.

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Lorsque les portes de la pairie s'ouvrirent pour les malheureux émigrés qui, ea 1833, avaient dû quitter le sol natal, Topinion publique n'oublia pas Téminent botaniste La Gasca, auquel s'attachait un si vif intérêt depuis la perte cruelle qu*il avait Taite à Séville de ses manuscrits en fuyant avec les Gortès devant l'armée du duc d'Angoulème. Il fut rappelé à Madrid, et, en lui donnant la direction suprême du Jardin botanique, on essaya de lui faire oublier les longues tortures de l'exil. Malheureusement, sa santé avait été atteinte pendant son séjour dans l'humide Angle* terre, et il ne put faire profiter longtemps la jeunesse espagnole de son précieux enseignement ; il dut abandonner sa chaire vers 1838 pour aller s'établir à Barcelone au bord de la mer, et la mort l'atteignit dans cette dernière cité en juin i839. Après lui, la direction du Musée des sciences naturelles passa aux mains d'un antre élève de Gal)anilles, Demetrio Rodriguez, qui devait la conserver jusqu'en 1846 sans jamais atteindre à la hauteur de vues et à l'étendue des connaissances de son prédécesseur.

Le temps n'était pas propice, au milieu des discordes civiles, pour les créations nouvelles et pour les longues et difOciles études; aussi n'avons-nous guère de progrès sérieux à enregistrer. En 1835, l'initiative privée fonda à Madrid l'Athénée scientifique ; en 1836, l'université d'Alcala fut transférée dans la capitale. Il fut question, pendant les Cortès de 1837, de réformer le plan d'études de 1824 ; mais on n'eut pas le temps d'achever cette œuvre difficile ; elle devait rester ajournée jusqu'en 184S> où elle fut si heureusement accomplie par le ministre Pidal, intelligemment aidé par Gil y Zarate. L'unique mesure prise en 1837 fut de permettre aux universités, pour suppléer à la diminution de ressources que leur occasionna la suppression de la dtme, d'élever le droit de matricule que payaient les étudiants.

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Néanmoins, nous ne saurions conclure sans arrêter un instant notre attention sur le mouvement d'idées qui se produisit avant et après 1840 en Catalogne ; il y eut là une seconde manifestation du premier mouvement tenté en i8â4 à Bai*celone par les fondateurs de VEttropeo, avec les mêmes tendances spiritualistes et religieuses, mais en même temps avec une plus complète notion des points de vue philosophiques ayant cours en France, en Ecosse, en Allemagne.

C'est sur l'ensemble des sciences morales et politiques, non encore haptisé de son vrai nom de science iociale ou sociologie^ que portent les méditations des penseurs catalans ; on les voit proclamer l'observation comme l'unique manière de découvrir les lois qui président au développement de notre esprit ; ils accueillent avec faveur la méthode bisto* rique comme seule capable de nous faire atteindre à la vérité. « La vérité n'étant due ni à un seul homme, ni à un seul siècle, mais étant une œuvre incommensurable à laquelle le genre humain a travaillé pendant toute son existence » (Murti), ils manireslent une grande aversion pour l'ontologie et la métaphysique, qui lancent les esprits sans boussole dans le domaine de l'absolu ; ils se déclarent hostiles à l'individualisme, à la centralisation excessive, au cosmopolitisme, et revendiquent avec ardeur les principes d'association» d'intérêts provinciaux et de nationalité. Seulement, tandis qu'ils accueillent ainsi, les bras ouverts, une bonne partie des idées générales que patronne la raison moderne, un invincible attachement les porte en même temps à vouloir soutenir la croyance catholique dans toute sa pureté, comme s'il n'y avait pas irréductible contradiction entre les affirmations arbitraires du dogme et les faits constatés par les sciences d'observation. Les écrivains cata» lans vont même si loin dans cette voie, qu'ils tentent une

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conciliation impossible entre la raison et la foi orthodoxe ; mais ils s'épuisent dans celle tâche ingrate, à laquelle nous voyons succomber plusieurs esprits supérieurs qui auraient pu donner de meilleurs fruits, et qui tombent à la Gn dans ce gouffre sans fond oh s*engloutissent tous ceux qui mettent Tautorité au-dessus de la raison.

Le plus obseiTateur, le plus patient des savants qui forment ce qu'on peut appeler ricole catalane^ fut Ramon Martin auteur de la Philosophie élémentaire. Ses écrits le rattachent tout spécialement à Técole des Ecossais ; il fait de la conscience le fondement de toute spéculation ; elle est pour lui un fait simple résistant à toutes les tentatives d'analyse et de décomposition ; généralisée, elle devient le sens commun; la philosophie ne peut comprendre Tessence des facultés de Tesprit, et ne doit se préoccuper que des phénomènes.

C'est lui qui éloigna ses compatriotes de tous les sys* tèmes qui ne reposent pas sur Tobservation et sur l'analyse, et leur apprit à mettre de côté, comme sciences imaginaires, la métaphysique et Fontologie.

A côté de lui brille le jurisconsulte Samponts, qui, dans la préface d'une édition de las Partidas^ rechercha avec profondeur les bases des droits civil et naturel ; c'est à ce dernier principalement que l'on dut la vulgarisation en Catalogne de la méthode historique de M. de Saviguy; rien ne pouvait plaire davantage aux habitants de cette province qu'une théorie justiflant la vénération qu'ils ont toujours montrée pour leurs vieilles coutumes.

Il est bien fâcheux que de nouveaux talents ne soient pas venus féconder les germes semés par Marti et par Samponts ; c'est après eux que nous voyons l'école catalane dévier tout à fait et s'égarer dans le spiritualisme exagéré de la religion catholique. Cette déplorable tendance est due

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surlout au talent de deux hommes qui ont exercé ane grande influence sur leurs contemporains : nous voulons parler du prêtre don Jaime Balmès et de l'écrivain don Pablo Piferrer, morts tous deux en 1848, Tun à Tftge de trentehuit ans, et Tautre ayant h peine atteint la trentaine.

Balmès a laissé un très-grand nom parmi les catholiques espagnols; c*est qu'il employa toutes les Tacultés d'une nature ardente, vigoureuse, passionnée, sévère, à défendre sa foi contre les coups terribles que lui portaient la science et ce qu'il appelait Ckéréête. A la fois philosophe et vulgarisatenr, il chercha, dans les deux livres intitulés l'un Philoso^ phie élémentaire et l'autre Philosophie fondamentale, à éclairer par des principes certains, d'accorJ autant que possible avec les données des sciences, les esprits de ses coreligionnaires; en même temps, dans son livre du Protestant tisme, il leur fournit des arguments pour lutter conlre les progrès que la propagande anglaise essayait de faire sur le territoire de la Péninsule. Prêtre rigide, très-modeste dans ses manières, énergique dans sa pensée, laconique dans l'expression, Balmès rappelle involonliirement ces fortes natures qui, au moyen âge, luttaient avec tant de passion contre les premiers défenseurs de la raison humaine, condamnés alors à élever si timidement la voix.

Piferrer ne fut pas, comme Balmès, un polémiste ardent ; son mérite est plutôt d'avoir songé à mettre en pratique la méthode historique indiquée par Marti et Samponts, en fouillant avec persévérance les monuments de Tart pour en faire jaillir l'histoire même de la Catalogne. C'est à lui qu'on doit la belle publication de Recuerdos y Bellezas de Espaha, dont le plan apparut en 1839. C'est qu'il fut moins homme de science que d'imugination et de sentiment ; il appartient à l'art par le soin qu'il mit à découvrir les règles, la distribution, le sens mystique de l'architecture byzan*

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tine. Le malheur voulut seulement qu*au lieu de comprendre la marche réelle du progrès, il s'attardât dans les vieilles croyances ; il aimait trop les vieilles poésies, les vieux édiflces, pour songer de préférence à Torganisation du nouvel édifice social, ce qui cependant doit être notre vraie préoc* cupation.

Nous devons rattacher à ce court aperçu des principaux membres de l'école catalane le savnnt archiviste d'Aragon, l'historien BofaruU, dont la vie tout entière s'est passée à compulser les documents et à qui l'érudition est vraiment redevable de la connaissance presque parfaite de l'histoire des comtes de Barcelone.

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