‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 14 sur 152 · LA [QUADRUPLE ALLIANCE · texte numérisé non relu

LA [QUADRUPLE ALLIANCE

%% »vril-i8 août 1834.

Attitude prise pur le goavernemeot français k la mort de Ferdinand VII. — Instructions adressées à M. de Hayneva].«- M. Mignet est envoyé à Madrid. <— La France et l'Angleterre reconnaissant la reine Isabelle. — En Portugal dou Miguel continue à agir d*ac« ecrd avec don Carlos. — L'ambassadeur espagnol quitte Lisbonne. — Succès de don Pedro. «— Ambassade du marquis de Miraflorès à Londres. — Ses négooiations avec lord Palmarston et le prinot de Talleyraud. — Signature du traité de la quadruple alliance. — Campagne du général Hodil en Portugal. — Don Miguel et don Carlos sont forcés de quitter la Péninsule. «^ Don Carlos à Ports^ iDOuth et à Londres. ^ Jl abandonne tout à coup l'Angleterre et se transporte au milieu des troupes de Zumalacarreguy. — Cet événement décide les quatre cours alliées à resserrer leur alliance. •« Articles additionnels signés le 18 août 1834.

A la mort de Ferdinand VU, il y avait déjà près d'un an que les affaires, en France, étaient dirigées par le cabinet du 11 octobre 1832, lequel, sous la présidence du maréchal SouU, comptait daqs son sein, comme ministres principaux, MM. Guizot, Thiers et de Broglie. Ces hommes d'Etat, bien informés par leur ambassadeur à Madrid, M. de Rayneval, de la situation en Espagne, ne pouvaient être surpris par un événement que tout le monde prévoyait depuis longtemps; ils avaient été dans Torigine prévenus en faveur de la loi salique et contre la succession féminine par les préjugés dynastiques du roi Louis-Philippe, qui avait toujours attaché une grande importance aux droits éventuels qu'en qualité de Bourbon il pouvait faire valoir à la couronne

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d'Espagne ; mais, peu à peu, comprenant mieux les dangers qui pouvaient résulter pour la branche d'Orléans de Talliance intime qui tendait à s'établir entre les légitimistes français et les apostoliques espagnols, ils s'étaient décidés à prendre parti pour Christine et Isabelle. M; de Rayneval avait reçu l'ordre, le lendemain du décès de Ferdinand, de se considérer dans la position d'un agent dont le caractère officiel est comme suspendu jusqu'à ce qu'il ail reçu de son gouvernement de nouvelles lettres de créance ; mais il n'en devait pas moins offrir immédiatement à la reine tout l'appui qu'elle pouvait désirer de la part de la France, et se concerter avec l'ambassadeur anglais, M. Villiers, qu'on supposait avoir reçu de Londres des instructions analogues, pour qu'ils parussent agir collectivement et que l'identité parfaite de leur attitude frapp&t tous les esprits.

Aussitôt qu'il eut appris la mort de Ferdinand, M. de Broglie, ministre des affaires étrangères, voulut que M. Mignet se rendit à Madrid et commentât de vive voix ces instructions soit auprès de M. de Rayneval, soit auprès du gouvernement espagnol. M, Mignet remplit avec une grande célérité la mission spéciale qui lui était conflée, et le jour même de son arrivée (10 octobre) M. de Rayneval annonça officiellement à la régente et à Zea Bermudez que la France reconnaissait la jeune reine et lui offrait son appui.

Cette reconnaissance fut accueillie à Madrid avec la plus grande satisfaction : on s'empressa de la publier dans la Gazette^ et quant à l'assistance offerte, loin de la repousser, on se monli^ très-disposé à y avoir recours si les circonstances l'exigeaient.

L'Angleterre fit attendre un peu plus longtemps sa décision, ce ne fut que le 4 novembre que son ambassadeur fit la reconnaissance officielle; et avec une rare prévoyance qui prouvait le mérite de ses hommes d'État, les ministres

CHAPltU lil. — U QOADRtPLI ALLUtlâC. Il 3

anglais, avaient eu soin, dans le formulaire des lettres de créance, d'accréditer leur ambassadeur près de la jeune reine, et non, comme le cabinet français, près de la régente. Les Etats-Unis» la Suède et le Danemark imitèrent l'exemple qui leur était donné par les deux grandes puissances de l'Europe occidentale. Mais les trois cours de Berlin, de Vienne et de Saint-Pétersbourg s'abstinrent do reconnaître la succession féminine; c'était beaucoup de leur part de ne pas se déclarer ouvertement pour don Carlos, d'autant plus que, si elles s'y étaient décidées, leur conduite eût été à rinstant suivie par la Sardaigne et par Naples, qui favorisaient la cause du prétendant ; ces deux gouvernements hésitèrent cependant, en se trouvant tout seuls, à le reconnaître offldellement et se bornèrent à protester con trc la variation que subissait en Espagne la loi de suc ^ cession.

Une fois assnré de l'appui des deux grandes puissances constitutionnelles, le gouvernement de la reine Christine n'ent plus qu'une préoccupation, celle de les entraîner à une intervention active, pour Taider à vaincre le mouvement carliste. Pendant le ministère de Zea Bermudez, son frère, M. de Colombi, qui exerçait à Paris les fonctions de chargé d'affaires, avait déjà obtenu qu'on lui facilitât les moyens de contracter un emprunt, qu'on livrât 6000 fusils à Llauder, et qu'on approvisionnât de vivres Saint-Sébastien, bloqué par les carlistes.

Mais ces premiers secours étaient loin de paraître suffisants ; on voulait obtenir bien plus de la France et de l'Angleterre, sans, du reste, songer à rien leur donner en échange. Aussi, dès les premiers jours de février 1834, Martinez de la Rosa se décida-t-il à envoyer à Paris et à Londres deux hommes d'Etat, avec la mission spéciale ide peser

autant que possible sur les deux cabinets de manière à ob- T. ra. 8

tenir d'<iu)c ]e coocours le plut aolif possible en fKvear der deux reinei, Maria et Isabelle.

Depuis la mort de Ferdinand VU, les relations diplomatiques de TEspagoe et du Portugal s'éiaieut sensiblemept modifiées; si, du vivant de ce mooaiH}ue, Zea Bermudes avait cra devoir soutenir avec énergie les intérêts de don Miguel à cause de son opposiliou à la charte de don Pedro, ses sympathies S'étaient affaiblies peu à peu, à mesure que ce prince conlractait une alliance plus étroite avec don Carlos. U^ambassadeur espagnol à Lisbonne, don Luis Fer* nandez de Cordoba, dont nous avons expliqué déjà le rAle difflcile, chargé d'abord d'amener don Miguel à pratiquer un système plus modéré, avait dû insensiblement prendre une attitude menag^mte. S'il avait été autorisé à déterminer lui*m6me la ligne politique à suivre, dès le lendemain de la mort de Ferdinand il se serait déclaré adversaire de don Miguel et aurait fuit marcher contre lui le corps d'observation qui, aux ordres du général Saarsfleld, protégeait la frontière. Mais il n'était que l'exécuteur des ordres de Zea Bermudex, et ce ministre, dans sa politique à Tégard de don Miguel, manifesta jusqu'à la fin pour sa cause une préférence malheureuse, qui aujourd'hui encore pèse sur sa mémoire d'un poids accablant. Ni l'entrée de don Pedro h Lisbonne, ni les succès de Charles Napier et de Villaflor ne réussirent à lui ouvrir les yeux ; il ne sut pas reconnaître la jeune reine, dofia Maria, au moment critique où la moindre intervention de sa part aurait réduit à néant toutes les espérances des deux princes coalisés ; c'est à Cordoba, et h Cor* doba seul, queVon doit être redevable des habiles.manœuvres qui permirent de déjouer tous les plans de don Carlos pour pénétrer sur le territoire espagnol et qui empêchèrent la réunion aux troupes absolutistes du maréchal Bourmont et des autres officiers frangais soudoyés par les légitimistes de

cBAntM III. — u (^kVWPiM ktuàmiu. flK

France; bieu pltu. lorsque les autorités portugeiges reoon» nareot don Carioe, o'eet sans rintervention de son gouvernemont qu'il se décida à dentiander tes passe-ports et à abandonner le Portugal .

Le général Saarsfleld avait été chargé d'abord de surveiller tous les pas t*t démarches du prétendant, alors qu*il essayait d'organiser à Gastello*Branoo un noyau de volontaires; mais ce militaire ayant été appelé par le gouvernement à paoifler les provinces basques et la Castille, où les carlistes paraissaient avoir groupé leurs principales forces, la lâche d'observer la Frontière du Portugal fut dévolue au capitaine gé« néral d'Estramadure, Rodil, l'ancien défenseur du Gallao. Cet officier fut autorisé à pénétrer sur le (erriloire portugais, i s'emparer de la personne de l'infant, et à le ramener pri* sonuier pour Tenrermer soit à Bodi^os, soit en tout autre point qui lui paraîtrait plus sûr (S4 octobre). Mais, en lui communiquant cet ordre» le ministère, dont toutes les forces étaient employées à la répression des bandes carlistes» ne mettait à sa disposition aucune troupe. Rodil re« fusa donc pour le moment de s'aventurer dans une expédition Iiasardeuse et insista auprès du gouvernement pour qu'un corps de 6000 hommes lui fût envoyé, si Ton voulait qu'il exécutât l'importante misaion qui lui était confiée ; en attendant, d*accord avec Morillo» capitaine général do la Galioe, il se borna h intercepter toutes les correspondances qnQ doo Carlos cherchait à établir avec les partisans qu'il comptait dans cette province et en Estramadure.

Tant que Zea llermudez fut à la tète des affaires, on né. gligea do donner satisfaction au juste désir manifesté par Rodil ; mais, dès que Burgos et Martinez prirent la direction des affaires, ils songèrent de suite à former le corps destiné à opérer en Portugal : les ressources n'étaient pas grandes; aussi ce ne fut qu'au mois d'avril 1834 que Rodil se trouva

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réellemeot en état d'ouvrir la campagne. Avant de l'entreprendre il était nécessaire de savoir comment elle serait accueillie par les gouvernements auglais et français ; et tel est le véritable motif de la mission donnée par Martinez à ses deux ambassadeurs de Paris et de Londres, le duc de Prias et le marquis de Mirafiorès. Les relations entre le gouvernement de Louis-Pbilippe et celui de la reine Christine étaient telles qu*il n'y avait aucun doute à avoir sur les dispositions du cabinet français ; c'était surtout l'opinion de lord Palmerslon, chef du Foreign Office, et jaloux défenseur de rinfluence anglaise en Portugal, que Ton redoutait.

Le marquis de Mirafiorès, parti de Madrid le 21 février, était arrivé à Paris dans les premiers jours de mars ; il y resta près d'un mois, occupé ostensiblement à traiter des questions financières avec le baron Rothschild, et, selon toute probabilité, se mettant d'accord avec les ministres sur la ligne politique qui devait être suivie avec les cabinets anglais et portugais. Enfin il partit pour Londres, et le 9 avril il avait déjà sa première conférence avec lors Palmerston. Celui-ci se montra d'abord très-froid et très-réservé ; puis tout à coup, trois jours après, il se déclara favorable à l'intervention et disposé à signer un traité dont les bases seraient aussitôt discutées. Dans l'esprit de lord Palmerston, ce traité devait simplement être offert à l'adhésion de la France ; mais notre ambassadeur à Londres, M . de Talley* rand, voulut y entrer comme partie contractante, et le ministre anglais y consentit, quoique à regret. Le chargé d'affaires du Portugal, au nom de la jeune reine dofia Maria, fut également appelé à coopérer aux négociations, et s'empressa de donner son consentement aux bases convenues entre lord Palmerston et le marquis de Mirafiorès.

Ainsi se trouva, en quelques jours^ arrêtée et conclue la

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convention duS2 avril 1831, connue sous le nom de irai.'é de la quadruple alliance^ et appelée, soiis ce ti(re, à une si grande célébrité dans la politique européenne.

En lui-même, le traité était exclusiveinent consacré aux affaires de la Péninsule (voit* note B), et stipulait, en effet : Fobligation poar don Pedro de chasser du territoire portugais rinfant don Carlos ; l'engagement de la part de la régente Christine de faire entrer en Portugal un corps de troupes qui devait coopérer à l'expulsion définitive des deux iorants, don Carlos et don Miguel, et de le retirer une fois le résultat obtenu; la promesse du gouvernement anglais de faci* liter les opérations par l'envoi d'une flotte auxiliaire; l'obligation pour le gouvernement français de faire tout ce qui serait déterminé d'un commun accord entre lui et ses alliés au cas où sa coopération serait jugée nécessaire. En outre de ces stipulations, il y était dit qu'une amnistie générale serait accordée en Portugal aussitôt les infants expulsés, et que tous deux auraient droit de la part de leurs monarques respectifs à une rente, proportionnée à leur rang et à leur convenance. Malgré l'objet tout particulier de ce traité, l'opinion publique s'acharna à y voir un projet d'union des puissances de l'Europe occidentale et constitutionnelle contre les tendances absolutistes des trois cours de Berlin, de Tienne et de Saint-Pétersbourg, et c'est sous cet aspect qu'il devint, à peine signé, l'objet de toutes les conversations politiques de l'Europe entière.

Au point de vue spécial de TEspagne, c'était un véritable triomphe pour elle, après l'expédition de 1823, que d'engager la signature de la France et de l'Angleterre pour l'éloignement définitif du trône de celui qui voulait maintenir chez elle le règne de la superstition et de l'ignorance. Aussi le service rendu à cette époque à son pays par le marquis de est-il de ceux qu'une nation ne doit jamais on-

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èUer ; service inspiré par le patriotisme le plus sincère et .qui .eût ^ avoif de bien plus féconds résultats pratiques, mais qui a eu. néanmoins Timmenie avantage de rapprocher i'jBsptgne des puissances libérales^ en l'éloignant des montrchies absolues*

Nous aurons si souvent à revenir sur les difficultés que devait susciter l'application de ce célèbre traité, sur les ri* valités auxquelles il donna lieu entre les deux grandes puissances coopératives, ainsi que sur le mécontentement qu'il excita dans les cours du Nord, qu'il nous paratt inutile de nous 7 arrêter ici ; il nous sufOm de dire qu'il excita le plus vif enthousiasme à Madrid et dans toute l'Espagne, et contribua ainsi beaucoup à calmer le désenchantement général produit à cette même époque par la promulgation du Statut royaL

Déjà même avant que le public en etlt officiellement connaissance, le ministère avait jugé à propos d'en oom* mencer Texécutlon ; il lui tardait d'expulser du Portugal l'infant don Carlos, qui affectait de se tenir à l'extrême frontière. Rodil, resté si longtemps l'arme au bras, reçut donc l'ordre d'entrer en campagne dès que les plénipotentiaires tarent convenus des bases du traité, et avant même qu'ils eussent reçu leurs pleins pouvoirs. Son quartier général était depuis longtemps établi à Ciudad«Rodrigo, ville située à quelques lieues de la frontière et voisine de h forteresse portugaise d'Alméidn, laquelle tenait encore pour don Miguel. Il fallait décider la garnison de cette citadelle à changer son drapeau, car Almélda était un point d'appui de la plus grande importance pour les deux prétendants. Dès quMl eut connaissance des premières démarches de Rodil^ soit qu'il crût par sa présence pouvoir entraîner l'armée espagnole, soit qu'il songeât à tenter une résistance déses-^ pérée, don Carlos s'enferma dans la place avec la ftiible es-

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corte de 500 à 600 hommes qui TaecomiNignait. Il partir, un insUint, que la question allait se décider sous les murs d'Alffléidn, car si Rodil, par un mouvement rapide, parvenait h bloquer hermétiquement cette place, la captivité du prince allait dépendre exclusivement dos opérations du siège; mais pouvait-on attendre des preuves d'héroïsme des courtisans qui entouraient le fanatique prétendant, et qui étaient partagés déjà en deux factions ennemies, dont l'une suivait les avis de dofta Francisca, et l'autre se rangeait autour de Pévêque de Léon, A barra, nommé premier ministre 7 II n^y avait parmi eux aucun militaire, aucun diplomate vraiment capable de diriger, en homme d'Etat, la difOcile entreprise de don Carlos; un seul homme, un Pmn^is, M. Huguet de Saint-Sylvain, plus connu souslenom de baron de los Vallès, appréciait les événements avec aagacité; mais il était attaché directement à la personne du prince, il n'avait point voix dans les affaires intérieures de r Espagne; c'était à révèqne de Léon qu'incombait la conduite de tous les graves intérêts de la cause carliste, et ce prélat fanatique et astucieux était aussi incapable de concevoir un plan que de le suivre avec décision. Avec de tels auxiliaires, don Carlos lui-même, au dire d'un témoin oculaire, ne savait rien faire de ce qu'il eût dû entreprendre dans les circonstances où il se trouvait ; il n'avait point de représentant auprès des cours étrangères qui auraient pu Tnider, il ne savait point se mettre en relation avec tous les partisans qu'il comptait dans la Péninsule ; il ne savait se procurer aucune ressource flnaociëre, à tel point que le petit nombre de soldats qui s'étaient rangés sous ses ordres en étaient réduits à piller pour subsister, et par cetto triste nécessité excitaient contre lui la haine des Portugais. Dans une telle extrémité, don Carlos ne se sentit pas l'audace néces- Kiire soil pour rester dans Alméida, soit pour pénétrer à

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ses ris(iu0S et périls «sur le territoire espagnol, et pour rejoindre sous ua déguisement ses vaillants défenseurs des provinces basques et de la Navarre ; dès qu'il eut acquis la conviction que les troupes envoyées contre lui n'étaient nullement disposées à l'acclamer, il aima mieux se résigner à la fuite. Profltant avidement d*un instant de répit qu'accordait à ses soldats le brigadier chargé de Tinvestissement d'Alméida, il abandonna tout à coup cette place pour se réfugier dans Tinlérieur du Portugal.

La campagne de Rodil, après cette fuite, ne fut plus qu'une promenade triomphale; il décida les défenseurs d'Alméida à reconnaître dofla Maria ; il poursuivit don Carlos, qui se retira d'abord à la Guarda, puis h Santarem ; il se mit en communication avec les chefs portugais qui combattaient pour don Pedro et la jeune reine, et, d'accord avec eux, il s'occupa de faire mettre bas les armes à toutes les bandes miguelistes qui infestaient le nocd du Portugal. Cette opération, puissamment aidée par la conclusion du traité de la quadruple alliance, dura tout un mois; enfin, vers le 15 mai, le moment vint de porter les coups décisifs; un mouvement combiné fut convenu entre les troupes de don Pedro et celles de Rodil ; les premières devaient descendre vers la capitale, en passant par Thomar, tandis que les secondes occuperaient Santarem, que protégeait une petite division carliste aux ordres du général Gonzalez Moreno, devenu tristement célèbre depuis l'exécution du malheureux Torrijos. Aucune résistance sérieuse ne fut opposée ni par les miguelistes, ni par les carlistes ; le duc de Terceira, général de don Pedro, put occuper Thomar, tandis que Rodil entrait facilement à Santarem.

Don Carlos et don Miguel, réduits à abandonner tous les pays situés au nord du Tage, se concentrèrent avec les débris de leurs troupes à Evora, seule place qui leur restât

cHinrsB uié — u quamuplb aluamgb. ISt

eacore i mais bientôt abandonnés, sans hommes ni res^ sources, ils ne songèrent plus qu'à traiter personnellement pour obtenir les conditions les plus avantageuses ; ils s'adressèrent donc à l'ambassade anglaise de Lisbonne, et, grâce au concours bienveillant des diplomates britanniques, échappèrent l'un et l'autre aux conséquences rigoureuses de leur défaite.

Don Miguel traita le premier et, peu soucieux de compro* mettre ses intérêts pour ceux de son oncle et allié, il se préoccupa exclusivement, dans les négociations qui précédèrent la convention d'Evora, d'assurer, par une soumission comfdète, à ses partisans les bienfaits de l'amnistie générale promise par le traité du 22 avril, et à lui-même une pension de 400 000 francs et la libre disposition de toutes ees propriétés particulières (26 mai 1834).

Ainsi réduit à ses seules ressources, don Carlos, craignant de tomber entre les mains de Rodil, se décida à accepter les propositions qui lui avaient été faites à diverses reprises par l'amiral anglais Parker, et k évacuer le Portugû. L'amiral donna ordre à un de ses officiers, le colonel Wysse, d'accompagner le prince jusqu'au lieu choisi pour l'embarquement, Aldea-Gallega, l'accueillit sur un de ses navires, le Donegalj frégate de soixante^quatre canons, qui devait le conduire à Portsmouth, en Angleterre, et consentit même à l'embarquement de sa famille et de soixante personnes qui furent considérées comme faisant partie de son cortège (27 mai). Ce départ trop précipité, et que don Garlos aurait dû retarder jusqu'au moment où il aurait assuré la vie de toutes les personnes compromises dans sa cause, laissa sans aucun moyen de défense contre une population justement irritée un grand nombre d'officiers accourus k AJdea-Gallega pour s'embarquer avec leur chef. Aussi voudrions-nous n'avoir pas à signaler les désordres

A%^ txnat I. — * Uginci db onittmi.

dont le petit port d*Aldea-Gallega fut le théâtre; lee nclione que les Portugais y eoinmirent sous le coup de la colère qu'ils avaient amassée pendant les dévastations de cette campagne, nous paraissent aussi blàntables que la lâcheté de ceux qui avaient abandonné leurs compagnons au sort le plus lamentable, sans les garantir par aucune capitulation.

Seuls, 270 carlistes purent s'évader pour TAngleterre et éviter d'être dirigés sur les dépôts intérieurs, où Rodil réunissait ses prisonniers; ils ne durent leur salut qu'au dévouement de la princesse de Beira, qui mit ses diamants*en gage pour fréter deux navires de commerce.

On comprendra sans peine quel fut le chagrin du général espagnol» à qui ses instructions prescrivaient de s'emparer à tout prix du prétendant, lorsqu'il se vit prévenu par les Anglais ; il exhala ses plaintes dans quelques notes acerbes dirigées aux autorités portugaises, qui n'étaient point responsables, tout étant l'œuvre de la diplomatie britannique, plus coupable en cela d'humanité que d'intention politique.

Tout ce que put faire le cabinet de Madrid, de son cAté, fut d'écrire à Londres au marquis de Miraflorès pour l'autoriser à faire des offres à don Carlos, par l'intermédiaire du sous-secrétaire d'Ktat du Foreign OfOce. Dès son arrivée à Portsmoutb, on proposa donc au prétendant de s'engager à ne pas pénétrer dans la Péninsule, moyennant quoi une pension de 30000 livres sterling lui seiait assurée.

Don Carlos s'était trop avancé; il avait trop confiance dans son prétendu droit, dans rinOuenco du parti apostolique et dans les succès qu'obtenait alors Zumalacarrcgu y, pour écouterde semblables propositions. Son échec en Portugal ne l'avait nullement découragé ; il s'imaginait toujours qu'il lui Bufllssitde somontrerà son peuple pour être immédiatement acclamé. Aussi, soutenu par cette espérance, songea-t-il, aussitôt après son débarquement, à se procurer les moyens

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de passer en Bspagne sans être inquiété par les polioes anglaise et française, et son principal agent, M. de Saint^ Sylvain, se mit à l^œuvre immédiatement

ToQt fut en effet bientôt disposé ; grftce à la liberté dont il jouissait sur le territoire anglais, et malgré la surveillance dont il était Tobjet de la part de Tambassadeur espagnol» il put, dès le i*' juillet, abandonner sa résidence de Olooester-Lodge et passer sur le continent. Débarqué à Dieppe, il traversa toute la France en passant par Paria, Toars, Bordeaux et Bayonne, reçut Thospitalité de plusieurs personnes influentes dn parti légitimiste finnçais, et pénétra enfin le 7 juillet sur le territoire espagnol. Nul n'était prévenu de son arrivée, pas même Zumalacarreguy, qui cependant l'avait Invité plusieurs Tois par les lettres les plus pressantes à venir animer de sn présence les nombreux soldats qui s'étaient dévoués à sa cause ^

L'impression produite à Madrid, à Paris et à Londres par les deux nouvelles du départ de don Carlos d'Angleterre et de son arrivée en Navarre, nouvelles qui furent presque simultanément connues, fut d'abord frfes-gran le. On se souvenait encore des rentrées triomphales de Ferdinand dans sa capitale en 1814 et en 4M3, et les tory s anglais, les légitimistes de France, aidés par les apostoliques espagnols, firent ccoire pendant quelques jours, à force de le répiHer, qu'il suffirait à don Carlos de se présenter en personne pour être salué roi. Mais l'illusion fut de courte durée ; on s'nperçut

1 On raconte que, dans la Iraversée de Paris, la chaise de posle oîi se trouvaient don Carlos et M. de Saint-Sylvain se croisa avec une voiloro qui conduisait à Neuilly Louis- Philippe et quelques membres de sa famille. Don Carlos s'empressa de les saluer, sans pourtant ôLre reconnu ; puis, se tournant vers son compagnon de route : « iMon cousin d'Orléans^ lui dit-il, est bien loin de se douter qu'en ce moment je traverse ses Etats sans son autorisation, pour aller briser avec la pointe de mon épée son traité de la quadruple alliance. » Phrase de lïéros dans la bouche d'un pygmée !

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bientôt que, grAce à Tincapacité notoire de ce prétendant aussi ambitieux qu'obstiné, il n'y avait réellement en Navarre qu'un factieux de plus (un faccioso mas), et les mômes diplomates qui avaient déjà signé le traité de la quadruple alliance, un instant ébranlés par cet incident, ne songèrent bientôt qu'à modifier leur convention primitive en tenant compte do la nouvelle situation.

Le traité de la quadruple alliance avait eu pour motif primitif rexdusion de don Miguel et de don Carlos du territoire portugais ; on décida par des articles additionnels : i® que le gouvernement français empêcherait que par la frontière des Pyrénées aucun secours en hommes ni en argent ne pût parvenir aux carlistes qualifiés de rebelles; 3^ que TAngleterre fournirait les secours d'armes et de munitions jugés nécessaires, en outre de la flotte déjà promise, et finalement, que le Portugal aiderait la régente par tous les moyens en son pouvoir. Ces articles élargissaient le but de l'alliance, puisqull ne s'agissait plus seulement de chasser les infants du Portugal, mais encore d'assurer la paix dans la Péninsule; ils furent signés le 18 août 1834, et spécifièrent d'une manière définitive le genre de concours que devaient donner à l'Espagne pendant tout le cours de sa guerre civile ses trois alliés occidentaux, la France, l'Angleterre et le Portugal (voir note G).

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