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CHAPITRE IV

LSS CORTËS DE 1834.

i4 juillet J834-7jam 1835.

Composition des deux CSiambres formées suivant les prescriptions du Statut royal. — Esprit qui les anime. — Principaux orateurs et hommes d*Elat qu'elles contiennent. — Projet de loi sur la dette étrangère présenté par Toreno. — Emprunt des 400 millions. — Budget de 1835. — Llauder nommé ministre de la guerre. — Evénements du 18 janvier 1835 à Madrid. — Mort du général Ganterao. — Llauder est obligé de se retirer. — Son portefeuille est confié à Geronimo Valdès. — Mécontentement causé dans le pays par les revers de l'armée du Nord ^ Agitation des provinces. «- Séance du il mai. — Tous les ministres donnent leur démission, à l'exception de Toreno, nommé président du conseil et chargé de former un nouveau cabinet.

Martinez de la Rosa, dès le lendemain de l'ouverture des CSortès, put comprendre combien il serait rapidement puni de l'injuste déOance qu'il avait manifestée au principe de la souveraineté populaire ; il avait cherché, dans son malheureux Statut, à reconstruire un nouveau pouvoir avec les vieux débris de l'ancienne noblesse, et, suivant l'exemple des doctrinaires français, il n'avait appelé à partager le pouvoir avec elle que Tétat-major de la bourgeoisie. Or, il arriva que dans les classes mômes sur lesquelles il s'ap^ puyait se trouvèrent des défenseurs zélés àe la souveraineté nationale, seule base positive du droit public moderne.

Dans la Chambre des pairs (procérès), à côté des grands personnages de l'ancienne aristocratie espagnole, à côté des ducs de Médina Gœli, d'Albe, d'Ossuna et de Prias, flgurait Angel Saavedra, devenu duc de Rivas, un des députés les plus ardents de 4832, qui, par la fougue de son caractère et la celé*

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brité qu'il avait déjà acquise, pouvait devenir le chef d'une puissante opposition, si à ses facultés de pofite et d'orateur il joignait celles d*un homme d'Etat. 11 y avait aussi à craindre la turbulence du vieux comte de Monlijo, et ceUe de José Palafox, récemment nommé duc de Saragosse pour sa belle défense de 4808 ; ce dernier venait d'être compromis dans un complot mal tramé par un agitateur peu consciencieux, et sous le prétexte d'hostilité nationale à tous les afrancnadoi^ il . laissait pressentir une disposition à se ranger parmi les ennemis du ministère. Pour donner satisfaction h, l'opinion publique, il avait fallu donner le titre de procer.k des hommes ipnportants dont le nom était déjà inscrit dans les annales de l'histoire : à Garcia Herreros, à Alvarez Guerra, à Gil de la Guadra, à Quintana, àCayetano Yaldfes, à Gaspar de Yigodet, et ces hommes n'étaient pas de ceux que pouvaient satisfaire les maigres conditions du Statut. Il est vrai que, contre ces éléments indépendants ou hostiles, Martinez pou^ vait compter sur le concours du général Alava, du marquis de las Amarillai, de Xavier de Burgos, du dnc de Baylen, du comte de Garthagène, d'Ofalia et du marquis de Mirafiorte, associés à sa politique, qui, avec leur influence, en • traînaient dans leur orbite les membres les plus importants de l'aristocratie ; mais il devait aussi redouter l'attitude de Llauder et de Quesada, les deux militaires qui avaient provoqué par leurs manifestes la chute de Zea Bermudez, au* jourd'hui violemment hostiles Pun à l'autre^ mais exerçant alors tous deux sur l'armée une influence personnelle importante.

On voit, par cette rapide énumération, que la composition de la classe la plus élevée de la société espagnole n'avait pas permis au ministère de constituer uneChambre haute à sa dévotion absolue, bien que le Statut lui en eût livré la nomination, Néanmoins il s'y était assuré une minorité do«

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cilo, Uadis qu^U éUut loin d'en Atr»: ainsi dànt le leoond Estamento. Le corps électoral, tout restreint qu'il était» avait cboisi pour procur^dom un nombre considérable d'anciens détoaseurs de la constitution de 1913, et. on devût s'attendre de leur part aux plus grands efforts pour reprendre en lSâ4 la situation qu'ils avaient perdue en 1833 par le seul fait de rintervenlion de Louis XVIII.

Parmi ces libéraux Gguraient en. première ligne deux personnages au quels les électeurs d*Oviedo et de Cadix avaient dû eux-mêmes constituer, par une donation patriotique, la rente de 12 000 réaux que la loi électorale exigeait des prûçuraiorèê ; et certes, quand ou pense qu'il s'agissait des, deux orateurs les plus distingués de la tribune espagnole, d'Arguelles et de Galiano, on est révolté contre céS r^le-> ments qui prétendaient faire de la richesse une condition sifM qud non de la vie poliiique.

Après eux, on remarquait Isturitz, Flores Estrade, déjà célèbres par leur attitude dans les deux époques parlemen* laires qui avaient précédé» puis un noyau déjeunes tribuns, qui fiaient appelés ii jouer le plus grand rôle, comme repré* sentant spécialement les idées de la nouvelle génération ; entre autres, un avocat du barreau d'Alicanle Joaquim Maria Lopez, Fermin Gaballero, le comte de las Navas, Trueba et Antonio Gonzalez.

Pour résister à cette phalange qui s'apprétnit à soulever contre lui les débats les plus passionnés, le cabinet comp» tait d abord sur ses principaux membres, qui avaient été élus dans divers districts. Martinez, Toreno, Moscoso groupaient autour d'eux une fraction nombreuse et non dépourvue de talent ; mais la grande masse des députés, composée de personnes incertaines et irrésolues, laissait pressentir que diaque incident, chaque débat donnerait Ûeu h un partage différent des voix, suivant Timpressioa

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produite par les orateurs et suivant la marche des circonstances.

L'expression d^exaltadoê^ sous laquelle on avait désigné, en 18S2, les adversaires de Blartinez et de Toreno, qualifiés eux-mêmes de moderadoê (modérés), fut remplacée, à l'ouverture des Cortès, par celle de progre$it$(e$. C'est désormais le nom que vont prendre tous ceux qui se proposent de renverser le Statut royal.

Les débals s'engagèrent de suite à propos de la réponse qui devait être adressée, dans les deux Chambres, au discours de la couronne. Les pairs (procérès) s'empressèrent d'approuver une maDifestation louangeuse félicitant la régente pour Toctroi du Statut royal, et refusèrent de s'associer au duc de Rivas, qui réclamait à la fois une déclaration des droits, une loi qui assur&t la liberté individuelle, une autre loi sur la liberté de la presse^ une troisième sur l'organisation de la milice urbaine, enfin l'application immédiate d'un régime encore plus constitutionnel.

Tout ce programme, au contraire, fut chaudement accueilli par la Chambre des procuradorès,et si, après une longue discussion, la majorité consentit à ne pas en conseiller aux ministres Texéeution stricte, die tint énergiquement k affirmer que tous les maux de la patrie provenaient d'une admimstration arbitraire et d'une réaction obstinée contre les principes reconnus inséparables de toute bonne organisation sociale. C'était faire comprendre d'une manière assez précise que, pour sa part, la Chambre des procuradorès obéissait à des convictions toutes diflTérenles de celles qui avaient inspiré la nouvelle charte octroyée ; elle acceptait le Statut comme fondement (cimiento) d'un nouvel édifice, mais sous la condition expresse que la liberté de la presse, l'organisation de la milice urbaine, l'établissement du jury indépendant du pouvoir judiciaire et la responsabilité mi-

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nislérielle yiendraient garantir les droits des citoyens. Un homme d'une éloquence passionnée, don Joaquin Maria Lopez, rapporteur du projet d'adresse, avait su dominer tout ce débat ; et^ sorti vainqueur d'un tournoi où Martinez et Toreno- étaient ses adversaires, il avait conquis du premier coup Pestime de ses coUëgues et la sympathie de la nation.

Aux termes des articles 31 et 32 du statut, les procura* dorés ne pouvaient délibérer valablement sur une question qui n'aurait pas été expressément soumise à leur examen en vertu d'un décret royal ; seulement ils conservaient le droit d'adresser des pétitions au roi, suivant le mode et dans la forme fixés par le règlement.

Sous le bénéfice de ces dispositions, le ministère, bien que certain d'avoir en face de lui une majorité opposante, ne crut pas devoir se retirer des affaires, tant il est vrai qu'il n'avait pas en l'intention d'organiser réellement un parlement et une monarchie constitutionels, mais bien de garder le pouvoir à la régence en faisant seulement quelques concessions de forme.

Il laissa, ce qui est toujours facile dans une Chambre espagnole, le temps de la session se consumer en de vaines Inttes oratoires où brillaient les talents des Arguêlles, des Galiano et des Lopez, et s'attacha à empêcher les Chambres de sortir des bornes étroites qui limitaient leur action. Les procuradorès réclamaient-ils l'abolition définit! vedu vote deSantiago, déjà supprimé par les Cortès de 1812 et de 1820, il s'empressait de présenter lui-même un projet de loi, évitant par là qu'une pression de l'opinion ne l'obligeât à leur reconnaître un droit d'initiative. S'agissait-il de l'une quelconque des grandes réformes consignées dans l'adresse en réponse au discours de la couronne, il ne consentait à ce qu'ils s'en occupassent qu'autant que leur résolution serait

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présentée à la régente sous forme de pélition. G'eBt ainsi que, ridée leur étant venue de formuler tous les droits que la nation espagnole eût désiré voir écrits dans son Statut, une longue discussion de principes, qui occupa un grand nombre de séances, n'aboutit qu'à une vaine déclaration, siins être suivie d'aucune sanction de la part de Pautre Chambre ou de la couronne.

U est facile de comprendre à quel point une semblable impuissance était humiliante pour des hommes qui avaient encore présente à l'esprit l'autorité souveraine des assemblées de 1812 et de 1822; aussi ne perdaient-ils aucune occasion de faire sentir au ministère leuis sentiments. Consultas sur l'exclusion de don Carlos et de sa famille à tous droits-éventuels à la succession du trône, ils s'empressèrent d'accueillir nfflrmativement une disposition qui leur convenait, mais en même temps pcoGtèrent de l'occasion pour relever le principe de la souveraineté nationale. Le gouvernement, n'ayant qu'un nombre de soldats insufQsant pour réprimer les soulèvements, avait été obligé de présenter un projet d'organisation de la milice urbaine ; les progressis^ tes, au lieu d'accepter le projet ministériel, s'occupèrent à reconstituer sur les bases les plus démocratiques cet ancien instrument de leur supérioritéi qui avait alors le double avantage de les protéger contre toute tendance usurpatrice du pouvoir, et d'assurer la répression des désordres du porti carliste.

Une pétition énergique leur assura encore d'autres alliés, à savoir : tout le personnel des anciens fonctionnaires de 1820 à 1823, revenus de l'émigration et impatients de retrouver leurs anciennes positions. La Chambre des procuradorés demanda leur réintégration sous cette considération que le temps était venu de réagir contre la triste période qui avait suivi l'expédition du duc d'Angoulême.

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