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Eq matière de finances, le Statut avait bien été obligé de reconnaître la sanction de la ("hambre des procuradorès ; il disposait que le budget des recettes et dépenses leur serait annuellement soumis, et qu'aucune contribution ne pourrait être imposée sans leur approbation. Cette seule clause eût suffi à l'opposition pour prendre Tavantage, si elle se fût composée d'hommes capables de bien comprendre les besoins du pays, et de faire face à toutes les dirficullés contre lesquelles on avait à lutter. Par malheur, elle n'avait alors dans son sein aucun financier en état de tenir tête au comte de Toreno ; celui-ci, dès son entrée au ministère, s'était montré désireux d'attacher son nom à une grande mesure, et il avciit conçu le projet de rétablir sur les places étrangères le crédit de TEspngne par une grande opération de rè« glement de la dette publique.
C'était là un vaste et noble projet, une heureuse inspiration, et il eût été du devoir des progressistes, bien loin de gêner cette opération, de la faciliter de tout leur pouvoir. Us n'en jugèrent pas ainsi et, entraînés par la passion, au lieu de voir l'immense avantage qu'il y avait pour l'avenir des finances espagnoles à relever le crédit de l'Espagne, ils crurent bien faire en empêchant^ autant qu'ils le pouvaient, la reconnaissance de l'emprunt Guebbard.
Sans doute, les Cortès pouvaient, ajuste titre, voir avec douleur Tinscriplion sur le grand-livre des titres émis par la régence d'Urgel pour soudoyer les bandes apostoliques, criminels auxiliaires des armées du duc d'Angoulême; mais elles auraient dû comprendre que cet emprunt, reconnu par décret royal, avait été divisé de telle sorte que les titres de la régence ne se distinguaient plus de ceux qui avaient servi au payement des dépenses de l'Etat, et qu'en frappant les porteurs actuels, on pouvait être injuste envers des détenteurs de bonne foi. Leur passion devait donc se tairo
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devant la nécessité et devant le senlîment de la justice. Répéter la Taule que Ferdinnnd VII avait commise en 1823, c'était appaniitre aux yeux de Tétranger aussi coupable que lui. Qui traiterait désormais avec TEspagne^ si chacun des deux partis qui la divisaient répudiait à son tour les oldigations contractées par l'autre?
Quand on relit de nos jours les discussions sur le projet de Toreno, on reste effrayé de la légèreté avec laquelle il fut examiné ; ce ne sont que disputes personnelles ; la part qui revient à chacun dans les emprunts des Gorlfes et de la régence d*Urgel est la seule préoccupation de tous les orateurs. De la portée de Topéralion, des ressources réelles de l'Espagne, de sa force productive, de la proportion entre son capital et la oJi'irge qu'elle allait s'imposer, il n'en est que peu ou point question. C'était pourtant là le point essentiel, et c'est par là que Toreno se montre véritablement grand au milieu des individualités qui glapissaient contre lui pour des vétilles, sans voir que l'avenir du pays était réellement en jeu.
En analysant le plan de Garay * et les réformes de Ballesteros •, nous avons déjà eu l'occasion de jeter un coup d'œil sur les finances espagnoles ; ni l'un ni l'autre de ces deux ministres, malgré leurs louables efforts, n'avait osé tenter une liquiilation sérieuse des dclles nationales ; et les pilotes eux-mêmes n'osant jeter la sonde, il était généralement admis qu'il y avait là des gouffres dont nul ne pouvait apprécier la profondeur. Déjà, sous Garay, on évaluait à 42 milliards de réaux environ le capital de la dette publique ; depuis 1817, cette somme n'avait fait que s'accroître, bien qu'il y eût eu quelques valeurs amorties et quelques charges viagères éteintes. Nous avons vu les Cortès de 1820 obli-
» Voir t. I, p. 329 à 337.
• Voir t. II, p. 335 à 342.
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gées de sousarire des emprunts ^our combler les déficits : le goavernenient de Ferdinand YII avait suivi la môme voie, et, pour sa parf, il avait ajoulé un peu plus de 2 milliards pendant sa dernière période ; ajoutez qu'on n'avait point payé les intérêts des emprunts-Cortès depuis 1823, et que, par suite, le capital représenté par raccumulation de ces intérêts s'ajouterait forcément un jour au tolal de la dette.
Le comte de Toreno savait bien que les banquiers priur cipaux de Paris et de Londres avaient résolu de fermer ces deux marchés au gouvernement espiignol, s'il n'était fait droit aux justes réclamations des souscripteurs aux em* prunts-Gorlès ; il savait aussi que, malgré la prospérité apparente des années 1828 et 1829, le budget n'avait jamais cessé de se solder en déGcit; que les dépenses annuelles, surtout avec la guerre civile, dépassaient 900 millions, tandis que les recettes atteignaient à peine 700 millions. 11 pensait bien qu'avec une meilleure assiette des impôts, les revenus se développeraient beaucoup ; mais il ne se dissimulait pas aussi que la paix intérieure, condition essentielle de ce développement, était difOcile à réaliser. Déterminé par ces circonstances, il négocia avec les banquiers de Paris et de Londres les bases d'une conversion déOnilive des anciens titres, et suffisamment éclairé sur leurs prétentions, il proposa aux deux Chambres un projet de loi ayant pour objet le règlement de la dette étrangère et Tautorisation d'emprunter 400 millions effectifs.
Aussi bien chez les procérès que chez les procuradorès, ce projet devint le prétexte des discussions les plus vives, des récriminations les plus amères ; à la fin, cependantf il fut voté sans modifications sérieuses et, revêtu de la sanction royale, il était promulgué le 16 novembre 1834 dans la Gazette officielle (voir note D).
Par le premier article, le plus important et le plus dis-
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puté^ PEspogne reconnaissait tous les emprunts conlraclés pnr elle à l'étranger antérieurement et. postérieurement à 1823 ; il était dit ensuite que Ton procéderait immédiate* ment à l'examen et h la liquidation de toutes les créances.
Toute la dette étrangère devait ôtrê partagée en dette active et en dette passive, et la conversion des anciens titres en nouveaux devait se faire sur la base de deux tiers de dette active et un tiers de dette passive.
Les intérêts en retard des anciens emprunts seraient remboursés en valeurs de la dette passive ; cotte dernière était sans intérêt, mais amoitissable par des dispositions ultérieures, et la partie ainsi donnée en échange des coupons d'emprunts non payés et des billets primés devait, en douze ans, à partir du 1" janvier 1832, se transformer en dette active, sans préjudice des autres moyens qui pourraient être employés pour le remboursement.
On établissait un fonds d'amortissement d'un demi pour 100 par an sur la totalité du nouveau fonds emprunté, qui devait rapporter un intérêt de 5 pour 100 ; et il était stipulé qu'après avoir amorti une certaine quantité de dette active, on appellerait par la voie du sort une quantité égale de passive à jouir de l'avantage de l'intérêt et de l'amortissement ; seulement on ne fixait pas & l'avance quelle serait cette quantité.
Enfin le ministre des finances était autorisé à contracter un emprunt suffisant pour qu'il pût réaliser 400 millions effectifs.
Toreno était en mesure d'exécuter la conversion que les Cortës avaient décidée; il s'était, en effet, réservé d'écouter jusqu'au 30 novembre les propositions qui lui seraient faites pour la mènera bon terme, et à l'expiration de ce délai des offres lui avaient été remises. Il n'avait que l'embarras du choix^ et se décida pour le banquier qui avait présenté les
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eoaditions les plus avantageuses. C'était le même personnage qui avait émis les emprunts-Cortès et qui avait avancé» par Tentremise de Mendlzabal, les sommes néces*' saires aux premiers armements de don Pedro. M. Ardoin avait, en effet, le plus grand intérêt à ce que les Tonds émis par lui reprissent les cours qu'ils n'auraient jamais dû pcr* dre; il prit l'emprunt de 400 millions au taux de 60 pour iOO, et le 6 décembre 1834 signa avec le ministre Fobligation, non--seulement de lui fournir le total de l'emprunt à des dates flxes et stipulées à Tavance, mais encore d*opérer lui* même la conversion à l'étranger de toutes les anciennes dettes.
Ainsi se trouva résolue par Tactivité et l'énergie d'un homme d'Etat intelligent la plus grande difOculté du mo^ ment, en présence des déficits constants de chaque budget annuel et des fortes dépenses exigées par les circonstances. 400 millions de réaux effectifs n'étaient, certes, pas une somme très-considérable, et les procuradorès, qui s'effrayaient de la quotité de l'emprunt et cherchaient à le réduire, ne se doutaient guère des embarras qui pesaient sur le trésor public toujours à sec et toujours assailli ; à voir le peu d'effet que causa l'entrée de ce capital dans les caisses de l'Etat^ on est porté, au contraire, à se demander comment, sans lui, on aurait pu faire face à la situation. De plus, il faut observer qu'un retard de quelques mois aurait rendu l'opération impossible par suite do la baisse des fonds, et la dépréciation aurait exclusivement pesé sur le gouvernement espagnol, tandis qu'après l'émission elle retomba en partie sur le banquier et sur les capitalistes.
Les Cortès forent ensuite appelées à discuter le budget de 4635; Toreno en évoluait les recettes à 766 millions, les dépenses, y compris le service des intérêts de la dette, à 937, et il complail sur un déficit de 170 millions. Duns lin-
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tentiun de frapper les esprits par l'espoir d'un nivellemeni prochain, le ministre estimait que des augmentations de produits faciles à obtenir pourraient très-probablement di« minuer de plus des deux tiers cette différence trop considérable ; mais, à côté de ce calcul par trop hypothétique et présenté sans doute pour faciliter l'émission des 400 mil* lions, il se voyait obligé de faire pressentir que, si la guerre civile continuait, loin de compter sur une diminution du déGcit, il fallait plutôt prévoir la nécessité prochaine de recourir soit à un nouvel emprunt, soit à tout autre moyen extraordinaire (note E).
La discussion des recettes et des dépenses offrait un trop Taste champ d'attaques à l'opposition, pour qu'elle le négligeât dans l'état d'irritation où elle se trouvait ; en outre, ayant remarqué une mésintelligence naissante entre les di* vers membres du cabinet, elle prit à tâche d'accrottre ces germes de discorde.
Au mois de novembre, le ministre de la guerre, Zarco del Yalle, fatigué de la lourde tâche qui pesait sur lui^iivait donné sa démission, et la régente avait insisté pour qu'il fût remplacé par le capitaine général de la Catalogne, don Ma* nuel Llauder.
Le crédit de ce personnage auprès de Christine, l'activité militaire qu'il avait déployée, firent craindre à ses collègues qu'il ne prit un ascendant prédominant et suscitèrent contre lui toutes leurs jalousies, toutes leurs attaques. Tandis qu'ils intriguaient sourdement et qu'ils publiaient dans les journaux des articles violents contre ses tendances absolutistes, ils encourageaient publiquement son rival, le général Quesada, mécontent de s'être vu enlever un poste honorifliiue qu'il occupait au palais. Une autre scission se produisait ; il y avait désaccord entre les tendances de Toreno et celles du ministre de l'intérieur, Moscoso.
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Gelni-ci ne voulait pas abandonner le recouvrement des re< venus provenant de son département; il s'opposait à la sup* pression des gouverneurs civils, réclamée par le ministre des finances au profit de ses intendants, et ces tiraillements, in* dices de rivalités ambitieuses, étaient apparus au grand jour dans le rapport de présentation du budget.
Le président du conseil n'avait pas une énergie suffisante pour étouffer dans leur origine ces germes dangereux qui pouvaient amener la dissolution de son cabinet; Tautorité de Toreno devenait, d'ailleurs, prépondérante dans le con* seil depuis la conclusion de l'emprunt ; le ministère allait donc s'affaiblissant de jour en jour, lorsque l'esprit public fut tout à coup agité par un soulèvement militaire qui éclata à Madrid.
Le 18 janvier 1835, à cinq heures du malin, une forte patrouille du 2" régiment d'infanterie légère d'Aragon, commandée par un simple sous-lieutenant, s'était présentée au poste central de Madrid, donnant sur la Puerta del Sol, et, pourvue du mot de passe, avait pu s'y introduire ; d'au* très patrouilles du même régiment, conduites cette fois par le lieutenant Gayetano Gardero, l'avaient bientôt suivie^ s'étaient emparées des armesdetous les militaires de service, et dès avant six heures, tout le grand hôtel des Postes (aujourd'hui ministère de l'intérieur) était occupé par 758 hommes révoltés, qui se déclaraient en état d'insurrection ouverte.
Gardero n'avait avec lui d'autre officier que le sous-lieutenant Ilueda; il avait agi de concert avec les principaux chefs du parti exalté, dont il attendait un concours énergique ; il croyait n'avoir à donner qu'un signal, et s'imaginait que l'exemple donné par lui serait immédiatement suivi par la milice et le peuple de Madrid. Il savait qu'une partie des modérés, ceux-ci en haine de Llauder, ceux-là
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parce qu'ils se groupaient autour de Quesada, ne verraient pas d'un mauvais œil un mouvement dont ils espéreraient profiter ; dans les sociétés avec lesquelles il était en rapport direct, il avait su que deux anciens chefs de Tépoque constitutionnelle de 1820 à 1823, Quiroga etPalarea, préparaient une insurrection dans les provinces. Confiant dans toutes ces circonstances, Gardero avait osé prendre sur lui de soulever son régiment ; et soit par connivence, soit par négligence, il avait pu, dans la nuit du 17 nu 18, éloigner de la caserne tous les officiers qui pouvaient lui faire ombrage ; il avait entraîné avec lui le porte-drapeau et tous les sergents ; quant aux soldats, ils s'étaient laissé conduire, ils avaient suivi leur bannière, et une fois engagés dans le mou* vement, comprenant rimpossibilité de rétrograder, ils mirent leur honneur à y persévérer^ quelles que dussent être les conséquences de leur conduite.
L'émotion fut grande dans la capitale, lorsqu'à son réveil elle apprit qu'un régiment insurgé était maître d'un poste de première importance et appelait aux armes tous les ennemis du ministère. Un effort de la part du peuple, et le gouvernement se trouvait renversé ; mais cet effort ne fut pas fait. L'audace de Gardero effraya, sans doute, les chefs du parti progressiste ; ils n'osèrent pas se mettre en mouvement et abandonnèrent l'initiateur à tous les périls d'une situation qu'ils avaient tant contribué à créer.
Gardero attendait, de moment en moment, à l'hôtel des Postes, l'exécution du plan qui avait été convenu ; les avis qu'il recevait ne lui apportaient que des déceptions. Un groupe de conjurés devait se rendre chez le capitaine général et le faire prisonnier; cette partie du programme ne fut pas remplie, et, rapidement prévenu par ses aides de camp de l'acte de rébellion, le général Gmterac, cet ancien chef de l'armée du Pérou, qui avait rendu tant do services
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à son pays adoptir dans le nouveau continent» 8*était empressé d^aecourir auprès des soldats soulevés. U arrive, armé de son bAton de commandement, et, toujours énergique en face du danger, quoique dominé alors par une colère qui Taveuglait, il n'épargne ni menaces ni supplications pour ramener les rebelles au sentiment de leur devoir. À ses cris, Cardero se présente et veut lui expliquer le but général du soulèvement ; le général ne lui répond qu'en le repoussant du poing et en le Frappant de son bâton. Il agit de même envers un lieutenant-colonel de la milice urbaine, qui, revota de son uniforme, était venu se joindre à l:i troupe insurgée. Gelul-ci et Cardero, plus calmes que le général, savent se contenir ; Torts de l'ascendant qu'ils exerçaient sur les soldats, ils ne répondent point par la violence à l'injure qui leur est faite, et se contentent d'annoncer au générai qu'il doit se considérer désormais comme privé do sa liberté.
Ganterac ne fait point cas de cet avis , et ordonne au soldat qui raccompagnait de courir à sa caserne pour donner Tordre que tout le régiment dont il fait partie vienne châtier les révoltés. Le soldat est arrêté au passage et ne peut exécuter sa mission. Ganterac sent redoubler sa colère, il oublie l'étrange situation dans laquelle il se trouve, et court au-devant des soldats pour les haranguer de nouveau; il les apostrophe, les excite à tuer les deux officiers qui les ont conduits à l'hôtel des Postes, et plus il voit sa fureur inutile, plus il s'exalte. Il en arrive à se précipiter lui-même sur Cardero et & lui arracher son sabre. Cardero répond avec sangfroid : « Général, cette action n'est pas digne de vous. » Les soldats restaient immobiles ; mais, à voir leur altitude, il était facile de juger qu'une semblable scène ne pouvait durer plus longtemps sans dégénérer en comédie ou en drame.
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Le dénoûmenl devait être tragique. Tant qae Ganterac parcourut les rangs des soldats au cri de : Vive le Statut royal/ les soldats se contentèrent de lui répondre par ces mots : Vive la liberté/ Mais il oublia dans ce moment suprême la mort de Ferdinand Vil et, dominé par ses anciens souvenirs, poussa un cri de : Vive le roi/ Ce mot malheureux, à une époque oh il était le mot d'ordre des carlistes, produit le plus déplorable effet. Les soldats chargent leurs armes; des bourgeois, qui avaient pénétré dans Tintérieur de Thôtel, les excitent contre leur vieux général. Un tumulte s'ensuit, des coups de feu retentissent, et Ganterac tombe, frappé mortellement, victime de son zèle pour la discipline.
Ge fut un moment de stupeur pour les spectateurs de ce lugubre événement ; il y eut comme un pressentiment que cette circonstance décidait Tinsuccès de la révolte : tous les bourgeois qui se trouvaient dans l'hôtel l'abandonnèrent de suite ; Gardero et ses hommes restèrent seuls en face du cadavre et de leur effrayante responsabilité.
Dans ce redoutable moment le courage ne les abandonna point ; quoique pénétrés à chaque instant de la certitude de leur isolement, ils ne songèrent point à se rendre, et pensèrent d'abord, par une résistance énergique, soit à donner au peuple le temps de se soulever, soit à obtenir au moins, pour eux-mêmes, de bonnes conditions.
Leur position était forte ; on ne pouvait faire jouer l'artillerie contre eux à cause de la direction oblique des rues qui avoisinaient l'hôtel ; le poste, bien fermé, pouvait être facilement défendu ; chaque soldat avait trente cartouches, et, avant que le blocus fût établi, on pouvait se procurer quelques vivres.
Avant de commencer les hostilités, le gouverneur de la place vint faire une nouvelle sommation à Gardero ; celui-
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ci en profita pour expliquer son rôle politique; il était prêt à jurer fidélité h la régente et à la reine, mais U demandait expressément la suppression du Statut royal et la chute du ministère.
Le gouverneur se hâta d'aller rendre compte de sa mis* sion au conseil des ministres. Parmi eux, le plus intéressé de tous à voir Tissue du drame, Llauder, voulait aller se mettre lui-même à la tête de la garnison, qu'il avait déjà réunie, et enlever de force Thôtel des Postes ; on s'opposa à ce qu'il prit la direction des troupes; il fut forcé par ses collègues de rester avec eux au sein du conseil, et dut laisser au gouverneur de la place toute la direction du siège.
En peu de temps, cinq colonnes provenant des différentes casernes de Madrid débouchèrent par des rues afférentes sur la Puerla del Sol. La lutte s'engage, on entend la fusillade, et la population effarée se retire dans ses foyers, abandonnant aux combattants le théâtre de ses travaux journaliers.
La milice avait été convoquée, mais chez elle la compassion dominait ; elle était évidemment sympathique au drapeau que les rebelles avaient arboré. Aussi la fusillade, de son côté, n'était guère vive, et Gardero, s'en étant aperçu, permit à deux de ses sergents d'entrer en relations avec des officiers chargés de garder les abords de l'hôtel du côté de la rue de Carrelas, hnstruit de cette circonstance, le général Sola vint bientôt lui-môme, au nom du gouverneur, proposer une capitulation à Gardero ; on tarda beaucoup à s'entendre ; le lieutenant abandonné comptait toujours apprendre la nouvelle d'un mouvement ; il savait que les Cortès devaient se réunir, et engager le débat au sujet d'une pétiiion qui leur avait été adressée; aussi voulait-il gagner du temps. De son côté, inquiet des dispositions de la milice et
H^ . UTAB I. •— ifiGIlCCB DB GSBItTiMB.
de celles des procuradorès, le minist&re avait hâte d*on finir.
Après de longs pourparlers, Gardero proposa la capitulation suivante :
1^ Un voile serait jeté sur tous les événements qui s'étaient accomplis en ce jour ;
2^ Chaque militaire conserverait son emploi respectif, sans qu'aucune mention fût faite sur sa feuille de service de la part qu'il y avait prise ;
S'' La garnison sortirait de rhôtel, tambour en tète et la baïonnette au bout du fusil, jusqu'en dehors de Madrid ;
A^ De Madrid elle serait dirigée sur l'armée du Nord, pour se battre au milieu d'elle contre les ennemis de la patrie et donner à TEspagne de nouveaux jours de gloire.
Âpres quelques hésitations, ces bases furent adoptées ; les ministres, la régente donnèrent leur approbation, et la population tout entière assista le mémo jour au défilé vers les barrières de la ville de cette troupe énergique qui, durant une journée entière, avait fait face à toute une armée. Le détachement alla s'incorporer dans l'armée du Nord. Quant à Cardero, il resta jusqu'à Burgos à la tôte de ses soldats ; là, il en fut séparé et on l'envoya aux Baléares.
C'était vraiment pour les révoltés se tirer avec bonheur du mauvais pas où ils s'étaient engagés. Quelle que fût l'impopularité du Statut, il n'appartenait réellement pas à un lieutenant d'infanterie légère de prendre l'initiative d'une insurrection ; il risquait d'ailleurs de compromettre l'avenir même du parti qu'il comptait servir. Le mouvement de Riégo ne fut tant acclamé que parce qu'il était absolument nécessaire, et que la patrie foulée aux pieds réclamait un vengeur. Quant à celui du i 8 janvier, il ne pouvait servir que des influences de coterie ; aussi l'énergie de Gardero ne doitelle pas faire oublier qu'il avait manqué à tous les devoirs
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de la discipline militaire, discipline qui doit être d'autant plus inflexible que les lois sont plus libérales et les mœurs plus démocratiques.
Quant au cabinet de Martinez de la Rosa, une fois cette capitulation conclue, il se trouva vraiment condamné à mort ; sa chute, celle même du Statut royal, ne pouvaient plus se faire attendre longtemps. L'un et Tautre devaient descendre peu à peu les derniers degrés de Timpopularilé. Jusqu'au jour prochain où sera votée une nouvelle constitution, l'Espagne n'offre plus qu'une série ininterrompue de vaines agitations, compliquées de tous les malheurs d'une guerre civile implacable.
Il serait difficile de rendre l'impression que fit sur les provinces la nouvelle de ces événements ; elles ne purent concevoir la faiblesse dont le gouvernement venait de donner une preuve si flagrante ; ne tenant aucun compte des considérations d'humanité qui avaient dû diriger les ministres, de la difficulté naturelle que présentait le siège d'un poste inaccessible à l'artillerie et défendu par sept cent cinquante soldats bien commandés, elles ne virent que de la faiblesse et de l'irrésolution dans la capitulation qu'il avait consentie, et de tous côtés les ambitions personnelles s'agitèrent et songèrent à se partager les dépouilles d'une administration dont la ruine paraissait imminente.
En vain songea-t-on à offrir pour victime expiatoire aux m&nes du général Canterac le ministre de la guerre. C'était à la fois une injustice et une faute. Llauder n'eut pas de peine à démontrer que le mouvement avait été spécialement dirigé contre lui, qu'il avait déployé beaucoup d'activité et d'énergie pour réunir en quelques instants toute la garnison. Son plaidoyer devant les Chambres fut inutile ; il était condamné à l'avance par cela seul que son ascendant était le plus redouté. Sa chute satisfaisait un
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trop grand nombre d'ambitions pour qu'on écoutât ses justifications. Il fut donc sacrifié, et tout ce que put faire la régente pour un homme à qui elle avait songé plus d^une fois pour diriger les affaires, ce fut de le renommer capitaine général de cette même Catalogne où il avait rendu de si grands services après le trop fameux comte d^Ëspagne. C'était là tout un triomphe pour le général Quesada, qui, délivré d'un rival redouté, devenait l'homme d'épée indispensable du palais (24 janvier).
La retraite de Llauder entraîna peu après celle de deux autres ministres, Moscoso et Qarelly, remplacés par deux personnages d'une importance secondaire. Quant au porte** feuille de la guerre, après maintes hésitations, il fut donné à l'ancien compagnon d'armes du malheureux Ganterac, à don Geronimo Valdès, dont le mérite et la bravoure avaient été trop souvent mis à l'épreuve pour ne pas inspirer confiance à tous les partis (17 février).
Valdès n'était pas homme à se mêler aux intrigues sans nombre dont Madrid était alors le théâtre ; exclusivement dévoué à la cause nationale, il se consacra à la guerre et se fit accorder 150 millions par les Cortès pour y faire face; il envoya de nouvelles forces en Navarre, créa de nouveaux bataillons, et insista vivement pour l'établissement de corps francs et pour l'organisation d'une milice sérieuse; son activité, soutenue par les ressources financières qu'avait fournies l'emprunt réalisé par Toreno, ranima un inslant les espérances des modérés.
Ce ne fut qu'une éckircie de courte durée: le raouve* ment du 1 8 février devait retentir à la fois et dans le pays et dans les Cortès.
Trois émeutes successives éclatèrent, à Malaga, à Sara* gosse et à Murcie (5 mars au 6 avril).
A Malaga, le commandant militaire, s'étant opposé à une
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sérénade que les habitants voulaient donner au gouverneur civil, avait été désobéi, et forcé, devant Texaspération popu< laire, de résigner le commandement ; la municipalité vie-* torieuse s'était emparée de toute l'autorité et l'exerçait tranquillement avec l'appui de la milice.
 Saragosse, malgré tous les efforts du capitaine général» huit religieux avaient péri victimes de la fureur populaire, et l'archevêque, accusé d'être en correspondance avec don Carlos, avait dû se réfugier à Barcelone.
A Murcie, l'évéque et Tintendant, terriflés par un léger désordre qui avait fait trois victimes, s'étaient enfuis, croyant leurs jours en danger.
Renouvelées sur des points si différents, ces agitations avaient immédiatement leur contre-coup à Madrid et dans l'enceinte de la Chambre basse. Mécontents de leur impuissance, les procuradorès s'étaient d'abord consacrés à obtenir du gouvernement la sanction et la promulgation de leur loi sur la milice urbaine. Mis en demeure par une pétition formelle, le ministère y avait enOn consenti, mais ey exi-* géant de son côté le droit de la mobiliser et de la placer sous les ordres de l'autorité militaire ; ce qui lui livrait la direction exclusive de cette réserve, forte de 233000 hommes, dont 96000 déjà armés et 137000 pouvant l'être.
Ce résultat acquis (fin mars), la remuante activité des procuradorès progressistes prit une nouvelle direction; en présence de l'inquiétude nationale croissant avec les succès des carlistes, ils accusèrent le gouvernement de mollesse dans les hostilités et d'un secret désir d'employer Tintervention étrangère, non-seulement contre don Carlos, mais anssi contre eux-mêmes.
Des négociations, dont nous aurons à parler plus bas,
avaient été entamées à Paris et à Londres [iour l'exécution
du traité de la quadruple alliance ; d'autres conférences T. m. 10