‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 21 sur 152 · MENDIZABAL · texte numérisé non relu

MENDIZABAL

14 septembre 1835. — 15 mai 1S86.

Meodizabaly devenu président du conseil^ obtient la soumission des juntes provinciales. — Décret appelant cent mille hommes sous les armes* — Ouverture de la deuxième session des Cof tes. — Discussion du vote de confiance et de la loi électorale. — Les Cortès sont dissoutes le 28 janvier. — Une nouvelle chambre est convoquée pour le 22 marn. — Suppression des communautés reli galeuses. — Vente des biens du clergé (desamortizacion). ^Elections.-* Le parti progressiste se divise dans la victoire. — Plusieurs de ses membres se rapprochent des modérés. ^ Réunion des nouvelles (Portés. ~ La régente refuse de signer des décrets présentés à sa signature.

— Le ministère donne sa démission. — Isturitz succède à Mendi» zabal. — Mesures financières prises par ce dernier pendant les huit

' mois de son ministère.

Système de lignes de blocus employé par le général Cordoba pour circonscrire la lutte en Navarre et dans les provinces basques* — Système offensif-délensif d'Eguia, successeur de Gonzalez Moreno.

— Combats d'Arlaban. — Course de Batanero. -^ Blocus de San Sébastian et de Bilbao. -^ Les carlistes s*emparent de Plencia et de Le^ueitio. — Abrogation de l'ordonnance française du 3 juillet 1835.

— Guergué en Catalogne. — Etat de ce pays depuis les événements du mois d'août 1835. -~ Mina est appelé à y exercer les fonctions de capitaine général. — Les 4 et 5 janvier 1836 à Barcelone. ^- Massacre des prisonniers carlistes. — Dans le Maestrazgo^ Cabrera continae ses dévastations. — Combat de Molina.

QueQe différence entre Toreno, Martinez de la Rosa, ou Bargos, et le nouveau ministre qui vient prendre en main , le 13 septembre 1835, les rênes du pouvoir à Madrid. Celuilà n'est pas un doctrinaire savant, lemporisateur, com* passé, cherchant en tout l'équilibre et la modération ; c'est Un homme d'action* n'ayant dans l'esprit que deux ou trois

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idées flxes bien nrrôtées, mais sûr de leur justesse, et prêt à foules les extrémités pour. en assurer le triomphe.

Mendizabal, élevé à Cadix, ayant longtemps résidé à Londres, croit à la bonté du système représentatif et à Tavenir des institutions libérales dans son pays. 11 acontemplé de près le mécanisme de la constitution anglaise, et n'ayant pas assez de génie pour faire la difTérenco des conditions spéciales des deux peuples espagnol et anglais, il a néanmoins assez dlnitîalive pour comprendre que ses concitoyens ont beaucoup à faire par eux«m6mea pour se rapprocher d*un état soci»il plus civilisé, . Ce qui surtout domine chez ce personnage d'origine juive, o'est rimportance qu'il donne à l'échange, an commerce, à la spéculation. Burgos» imbu des vieilles doctrines autoritaires, croyait uniquement au progrès par la voie d'une sage et féconde administration. Mendizabal, bien autrement s'agace, tend à modifler les habitudes invétérées de la nation ; H veut faire pénétrer le besoin du travail et le goût de la spéculation cbes un peuple endormi dans la routine ; il veut ftiire changer la richesse de mains, détruire partout le système des mainmortes, substituer enfln h, l'Indolence, des paysans de la Gastille et de la Manche l'activité des courtiers de Londres ou d'Amsterdam.

. Les habitudes de h vie monacale lui sont tout spécialement odieuses : il partage la haine du peuple espagnol contre ces moines qui ont fait, partout où ils ont passé, école de débauche et de fainéantise ; aussi se propose-t-il de briser dans sa hnse rédiUce élevé par le olergé catholique.

Ennemi des couvents, il Test àueii de don Carlos atdasa eour; par conviction, par tempérament, par éducatÎDQ^ il est hostile à ce vieux monde où les préjugés de la naiwâncô^ sontétMitement unis à Tabdioation de la raison etderioitiative individuelle; aussi n'y a«t-il à craindre de ta parL

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aucune transaction .On gent qu'il résumn en hii lea a^pim^ tions de la vie moderne ; il en a l'appétit du bien-être en môme tennps que la volonté d'y parvenir.

Appelé au ministère dans un moment difficile, nlors que tous les esprits sont divisés, que les partis ont perdu toute cohésion, il cherche à puiser sa force en lui-même, et vise à obtenir personnellement une influence assez grande pour qn'on lui laisse exercer une dictature absolue. Tant que la situation est vraiment critique, tant qu'il y a donle sur le succès de la grande œuvre, la mise en vente des biens du clergé, toutes les opinions, par un besoin instinctif, se rangent autour de lui ; on le laisse agir, car il est considéré^ comme nécessaire. Mais à peine le coup décisif sera-t-il porté, à peine le décret qui jettera dans la circulation une masse énorme de biens fonciers aura-t-il été rendu, toutes les divergences reparaîtront, toutes les luttes d'opinion re* prendront une nouvelle intensité ; nous le verrons dispa* raître de la scène aussi rapidement que nous l'avons vu s'emparer de la présidence du conseil.

Dans son manifeste-programme, publié \iBLv]hGozêiteôf^ ficieliêdn 14 septembre, voici comment il annonce son avènement ; il a été appelé par la reine « pour sùtUfav^ toy» teê besoins légitimée, calmer toutes fes pnsêiotiêy éteindre toutcê' lié diseordeê. U doit, 9nns auirei renonreen que celles de l» nation, donner un rapide et glorienx dénotiment à la guerre civile ; fixer d'une seule fois et sans hésitation le sort futur des corporations religieuses, qui elles-mêmes demandent h être réformées d'accord avec la convenance publique; eonîigner dans des lois sages tous les droits émanant du système représentatif; enfin créer et fonder le crédit public, dont la puissance énergique doit surtout être étudiée dans l'opulente et libre Angleterre. »

nien déplus facile que d'àppelerun semblable programme

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œuvre de charlatan et de présomptueux : parler de concorde guand toutes les villes de la Péninsule obéissaient à des juntes indépendantes ; annoncer la fin de la guerre en face d'un ennemi victorieui ; promettre la réforme des corporations religieuses à un clergé hostile et à une nation fana^ tique ; chercher à organiser le système représentatif avec une régente qui, en donnant le Statut royal, croyait avoir excédé la limite du possible, et avec un peuple resté adorateur de la Constitution de 1812 ; s'engagera asseoir sur desolides bases le crédit public quand toutes les ressources étaient épuisées, et que la misère générale était à son comble, c'était en vérité déGer l'impossible. Mais doit -ou s'abstenir de viser un but désirable parce qu'il est lointain, voire même temporairement inaccessible? Mendizabal, appelé aux affaires dans un moment suprême, indiquait la voie où il fallait entrer : on ne doit pas lui reprocher ce qu'il n'a pu accomplir, mais bien plutôt lui savoir gré des résultats qu'il a obtenus.

En fait, son nom reste pour toujours attaché à l'époque la plus critique de la Révolution espagnole; alors que tout semblait perdu, que l'anarchie était triomphante, que les esprits les plus dévoués et les plus patriotes commençaient à désespérer, que les modérés craignaient d'agir de peur d'aboutir au désordre, et que les progressistes s'agitaient sans provoquer aucune mesure utile, c'est lui qui est venu imprimer la bonne direction et a ainsi déterminé le triomphe de la liberté. A ce point de vue,il a une physionomie à part entre les divers ministres espagnols ; son nom conserve une popularité que nul ne partage au même titre, et c'est avec justice que sa statue a été élevée trente-trois ans plus tard sur une des principales places de Madrid. Tandis que la plupart de ceux qui l'ont précédé et suivi au pouvoir n'ont été généralement que des hommes de parti, il a été.

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