‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 22 sur 152 · CHAPITRE VII. ^ mNDIIAlAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. ^ mNDIIAlAL

loi, à un moment donné, l'homme delà nation, Thomme de la civilisation et du progrès.

Dans la composition de son ministère, Mendizabal dut faire comprendre aux progressistes qn*il avait pris vis-à-vis de la régente l'engagement formel de maintenir le Statut royal; c'est pourquoi don Ramon Gilde laGuadra, à qui le portefeuille de l'intérieur fut offert, ne put Taccepter, parce qu'il prétendait formuler dans son programme le rétablissemeut immédiat de la Constitution de Cadix. Ce ministère fut donné à un des fonctionnaires supérieurs de l'adminis* tration, don Martin de los Héros, qui, tout dévoué qu'il était aux idées d'Arguëlles, se montra cependant de plus facile composition. Don Alvaro Gomez Becerra fut choisi pour remplacer Garcia Herreros è grâce et justice; le portefeuille de la guerre fut conGé au comte d'Almodovar, et celui des affaires étrangères au général Alava, en ce moment ambas* sadeur à Londres. Mendizabal garda pour lui les flnances ■et la marine. Il eut la délicatesse d'offrir la présidence da conseil ao général Alava ; puis il se l'attribua définitivement, ainsi que le portefeuille des affaires étrangères, sur le refus du général, qnî préférait garder son poste diplomatique.

A peine installé, le cabinet entreprit la soumission des jantes provinciales ; il ne chercha point à les intimider, mais à les persuader. Elles étnient les plus fortes ; des ma* nifestations hostiles n'auraient servi qu'à donner des preuves de mauvaise volonté et d'impuissance. Le nouveau mi-* nistre de l'intérienr eut le tact de s'en abstenir; il promit aux juntes décédera toutes les justes réclamations qui lui seraient adressées,et de déférer aux Cortès l'examen desques* tions qu'il ne pourrait résoudre par lui-même ; il s'engagea à oublier les événements qui venaient de s'accomplir, et en peu de temps il amena les esprits à considérer le chan^

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gemeol de niinistère comme le but déOnitif du mottvein6ii| révolutionnaire qui avait été inauguré,

A ce succès contribua beaucoup la nomination comme capitaines généraux d'hommes publiquement dévoués à la cause libérale. Mina envoyé en Catalogne, Bspinosa en Andalousie, Quiroga à Grenade, O'Daly à Cartha-? gène, tournèrent Topinion des province s en faveur du pou-* voir central, et la rendirent plus disposée à raconnattre une autorité représentée par deschefo sympathiques. PulaToXyii populaire en Aragon, regut la mission de s'entendre avec lajunte de Saragosse« La sécurité que les populations eurent bientôt que les intentions du gouvernement étaient devenues essentidlement libérales, modifia à ce point leur manière de voir, qu'à Tirritation violente contre le comte Toreno se substitua tout à coup une crédulité absolue quant au mé* rite et aux talents de Mendisabal.

Le bruit se répandit que le ministre dos finances avait à sa disposition toutes les ressources nécessaires en hommes et en argent pour mettre fin à la guerre civile ; il devait ôtre le sauveur, rhomme prédestiné pour cette sainte mission; Favorisée par les engagements officiels que les ministres ne craignaient pas de prendre dans la Gazette officielie, cette rumeur prit en peu dé tempsuneconsi^lance extraordinaire, et la foi qu'on y ajouta explique seule le revirement inat* tendu qui se produisit*

La junte de Galice donna le sigiial la première, et se soumit sans conditions ; son exemple fut immédiatement suivi par celles de Valence, de Saragosse et de Barcelone. C'étaient celles qui avaient donné l'impulsion, celks qui agissaient avec le plus d'ensemble et de résolution ; aussi leur soumission fut«elle décisive. Les autres ne songèrent plus pour la plupart qu'à se rallier et à fixer peu à peu les conditions auxqu€kUes elles étaient prêtes à cMer. L*Anda*

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hmna seule montra quelque hésitation et nuniftstà le désir de oôniinuer son administration indépendante et lo^ eole ; mais peu à peu ]e courant en faveur de M endicabai prit une telle forée que les tendances décentralisatrices durent se réduire au silence*

La junte qui s'était établie à Andujar dès le comnience*" ment du mois de septembre était parvenue 4 se faire adop^ ter comme pouvoir central par celles de Malaga, Grenadoi Alméria et Jaen ; elle cherchait & s'approprier les ressources dont disposaient celles de Sévilie et de Cadix. C'était elle qui avait organisé la petite armée à la tète de laquelle le eomie de las Nàvas manifestait Tintention de franchir la Sierra iMorena pour envahir les plaines de la Manche* Cette armée, accrue des troupes qui avaient été envoyées contre elle avec le capitaine général Latre et qui avaient fait dé» feetion (47 septembre)^ inspirait à Madridnine terreur pro* fonde. A peine insialléi Mendisabal dut consacrer tous ssi efforts à la disséminer : des émissaires furent envoyée coup sur coup au comte de las Navas pour le prier de ne point marcher en avant. Ijaa Navas demandait que la Conslituliott de Cadix fût immédiatement promulguée, et il se maintint longtemps dans cette exigence i mais eniin, devant les aote4 du nouveau ministère, il cessa son hostilité et laissa s'épar^ piller les forces importantes qu*il était parvenu i réunir. Ce fut le signal de la paoiiioallon complète de l'Andalousie ; la junta centrale d' Andujar oe tarda pas à se dissoudre et les autree juntes locales s'empressèrent de faire leur son* mission (5 octobre).

Pour favoriser ce mouvement» pour montrer combien il était, sincère dans ses intentions, Mendizahal avait trouvé un moyen de rallier au gouvernement ces forces révolution* nairee; par un décret en date du Si septembre il avait décidé le rétablijMtement des députations provinciales telles qu'elles

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étaient organisées par la Gonstitation de Cadix, et en même temps il avait voulu que sous le titre de commission d'armement et de défense les juntes continuassent à opérer jus* qu'à rélection de ces députations ; par ce moyen il utilisait toutes les forces locales qui voulaient travailler énergiquement au salut de la nation, en même temps qu'il donnait la sanction de la loi à toutes les mesures qu'elles pouvaient prendre dans l'intérêt commun.

En même temps l'état de siège était levé à Madrid, les prisons vidées, et une amnistie était proclamée non-seulement en faveur des condamnés politiques, mais en faveur de tous ceux qui avaient été poursuivis et jugés pour délits de contrebande.

Les mêmes Gortès qui avaient fonctionné de juillet 1834 à mai 1835 furent convoquées pour le 16 novembre (décret du 28 septembre). Aux termes du décret de convocation les deux estamentos des Procérès et des Procuradorès étaient appelés à réviser le Statut royal, à établir un nouveau système électoral et à délibérer sur divers points relatifs à la consolidation du crédit public. Heureuse transaction par laquelle Mendizabal tenait à la régente sa promesse de maintenir le Statut royal en même temps qu'il donnait aux défenseurs de la Constitution de Cadix les moyens de faire triompher leurs idées par une voie légale.

Le caractère principal des divers mouvements populaires était l'irritation profonde contre les communautés religieuses; nous avons vu que presque partout les moines avaient été chassés de leurs couvents ; les juntes avaient d'elles-mêmes considérablement étendu le décret de Toreno. Par une nouvelle décision en date du 11 octobre, la régente, sans l'intervention du pouvoir ecclésiastique, régla le sort de toutes les communautés qui ne se consacraient pas à l'enseignement des enfants pauvres ou à l'assistance des

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malades ; aucua des couvents qai avaient été fermés ne devailse rouvrir jusqu'à ce que les Cortès eussent pris une décision à leur égard \ de ceux qui subsistaient encore il ne pouvait y en avoir plus d'un seul appartenant à un même ordre dans une même cité : le gouvernement se réservait de les fermer soit sur la demande du prélat et des deux tiers des religieux y soit à la sollicitation de la municipalité appuyée par la députation provinciale. Les évêques devaient s'abstenir de conférer les ordres majeurs ; les ecclésiastiques perdaient tout droit à une juridiction spéciale ; des moyens coercitirs seraient employés contre tout évêque qui se reruserait à donner les indications dont le gouvernement aurait besoin pour opérer la vente des biens du clergé et la mise en circulation de tous les biens de main-morte qu'il possé-' dait.

Enfin, pour démontrer avec quelle ardeur il pensait se consacrer à la guerre , Mendizabal , après avoir décidé Tarmement complet des milices urbaines, qui devaient prendre désormais le nom de milice nationale, après avoir obtenu de la régente que sur sa propre liste civile elle équiperait et entretiendrait pendant la guerre trois bataillons de chasseurs, après avoir décrété rétablissement d'un hôtel des invalides, assuré rentrée dans les carrières civiles à tous les militaires que leurs blessures auraient rendus impropres au service, lança le 24 octobre un décret appelant aux armes tous les Espagnols de dix-huit à quarante ans, et ordonna la réunion immédiate d'un contin- < gent de cent mille hommes. Cette dernière mesure n'ctùt pas seulement destinée à accroître le nombre des soldats, elle avait encore une portée financière : tout individu voulant se racheter du service était obligé de payer une somme de 4,000 réaux, ou seulement de 1,000 en fournissant en même temps un cheval.

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Toutes ces dispositions furent accueillies avec enthousiasme par le parti avancé, avec désespoir par les conservateurs., qui ne jugent jamais arrivé le moment de foire un grand effort. Les dons patriotiques commencèrent à affluer dans les caisses du Trésor pour le salut de la patrie. Les principaux journaux de Madrid, les clubs, les réunions populaires décernèrent à Mendiiabal le titre de r^^générateur : à lui, h lui seul TEspagne allait devoir le triomphe définitif de la Révolution et de la Liberté ; Tanarchie avait disparu ; ceux qui tout à l'heure rédamaient la Constitution de Cadix les armes k la main, ne demandaient plus qu*k tourner ces mêmes armes contre les carlistes.

U s'agissait seulement de savoir comment cette politique serait acceptée par les Cortës ; l'opposition qu'avaient faite les procurador^s à Mnrtinez delà Rosa permettait de compter sur leur sympathie, mais on devoit au contraire s'attendre à Topposition de l'estamento des procérèS| où dominaient plusieurs des anciens ministres de Ferdinand VII, el surtout le marquis de Miraflorès, l'heureux signataire du traité de la quadruple alliance.

L'opinion publique fut bientôt rassurée, L'un et l'autre estamento montra dans la discussion de la réponse au message de la régente un vif désir de coopérer è la difficile mission de Mendizabal.

Encouragé par celte attitude, le cabinet réiolut de solliciter un vote de confiance lui conlirmaut \\ diclaturo qu'il .exerçait réellement depuis le 14 septembre. Sous le prétexte que le temps manquait pour présenter le budget de 1836, il demanda h (tre autorisé à percevoir toutes les contributions et taxes en vigueur, et h les employer aux dépenses publiques en o; érant des di minutions, s'il était possible, mais sans aucune augmentationi avec interdiction soit do contracter de nouveaux emprunts, Foit d'aliéner les hien^î ne

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TEtat, et avec engAgement de rendre compte duos la prochaine législature de l'usage qu'il aurait fait de ces facultés eitraordinaires.

Les Chambres, dont Tunique pouvoir était do voter Timp6t, et qui, sur les malières qui n'étaient paa soumises à leur examen, n'avaient qu'un simple droit de pétiiiouy étaient fondées à regarder comme excessive une autorisation aussi large, et cependant il y avait dans lousles esprits un tel désir de bon accord qu'il n'y eut aucune opposition sérieuse. La demande fut présentée par le gouvernement le 21 décembre 1835. Le 16 janvier 1836, elle avait déjà passé par l'épreuve des deux assemblées ^t elle était promulguée ; chex les procuradorèSi Martinei de la Rosa etTorono ne l'avaient combattue que par de fines insinuations, où ils laissîiient comprendre que le pays, aujourd'hui sous le charme du magicien (el mago), ne tarderait pas à revenir de son enchantementi et qu'aucune des promesses du discours du trône ne serait réalisée; Antonio Gonzalex et Galiano avaient répondu à leurs sarcasmes et à leur iro« nie par des discours passionnés et enthousiastes qui avaient entraîné leurs collègues. Les procérëa, quelles que fussent leurs pensées intimeSi se montrèrent encore plus empressés; il n'y eut chez eux aucune opposition; un seul suffrage se produisit au scrutin contre la proposition.

Les plus graves difficultés semblaient résolues par cette ^ décision des Cortès ; elles n'étaient cependant qu'iyournées. Le ministère avait soumis aux proouradorès un projet de loi électorale dans le but d'agrandir les bases du système adopté lors de la promulgation du Statut royal. Tous les partis se donnèrent rendez -vour sur ce prqjet de loi, et le besoin de parler, si puissant dans les races du midi, entraîna tous les orateurs à prononcer des discours intermi* nables. Martinez de la Rosa dans VAbeJQ^ Qaliano dans la

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Remta^ se servirent en outre de ce sujet pour soulever au dehors tous les problèmes constitutionnels. L^opinion, à Madrid, oublia la guerre dont le Nord était le théAtrc pour s'appesantir à nouveau sur les principes qui la divisaient. Entraîné dans cette impasse, Mendizabal , qui jusque*Ui, tout en prenant les mesures les plus radicales, s'était efforcé de ne point se livrer au parti progressiste, fut sommé d'opter entre les deux partis. En vain essaya-t-il de se placer en dehors du conflit ; en vain voulut-il laisser à la Chambre le soin de décider en pleine liberté si Télection devait être directe ou à deux degrés, si les capacités seraient admises ou non au droit électoral, sans payer contribution, si les éligiblés devaient avoir 6000 ou \ 2000 réaux de rente, si le vole devait avoir lieu par province ou par district ; les progrèssistes ne voulurent pas permettre au ministère une opinion personnelle en dehors de la leur sur des sujets semblables, et les modérés ne lui surent aucun gré des concessions nombreuses qu'il faisait pour arriver à une solution acceptable par tous. Les choses s'envenimèrent au point que sur certains articles du projet de loi les modérés parvinrent à réunir la majorité au grand désespoir des progressistes, qui se plaignirent hautement d'être abandonnés par le gouvernement.

En présence de ce résultat, les yeux de Mendizabal se dessillèrent : il comprit qu'il avait été trop loin dans ses concessions au parti modéré et, d'accord avec le conseil de régence, prononça k dissolution des Corlès. Le décret, lu le 27 janvier devant les procuradorès^ flxa au 27 du mois suivant la date des élections et au 22 mars le jour de la réunion des nouvelles Chambres : ces élections devaient se fiiire suivant le Statut royal; on n'avait pas eu le temps d'achever la discussion du projet de loi électorale.

Les modérés, si joyeux lorsque Mendizabal avait réuni

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