‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 23 sur 152 · CHAPITRE Yll. — MBND1ZABAL. W · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yll. — MBND1ZABAL. W

les anciennes Cortès du Sttitut royal, furent vivement émus par cette dissolution qui brisait une partie de leurs armes ; . ils commencèrent alors dans toutes leurs publications contre le président du conseil une lutte acbarnée, ils raccusaient de tromperie, de charlatanisme et lui reprochaient d'être la cause snprème de tontes les misères qui écrasaient la nation. A les entendre, il n'avait jarais eu ni initiative, ni connaissance des affaires, ni espritd'administration; sonbut secret consistait en un projet insensé de vendre à l'Angleterre, par un traité de commerce, toute la consommation de la Péninsule, au grand détriment des fabriques espagnoles. C'est pour cela qu'il était soutenu avec tant d'opiniâtreté par l'ambassadeur anglais, M. de Villiers; c'est pour cela que M. de Rayneval, l'ambassadeur de France, était si mal reçu au Prado, pour cela que les contrebandiers étaient spécialement protégés, pour cela que l'introduction dos articles britinniques, sans payer de droits, était tolérée d'une manière aussi scandaleuse sur toutes les côt-s de l'Andalousie.

La répétition audacieuse et journalière de pareils propos eut pour résultat de miner le crédit de Mendizabal, et comme sa dictature n'avait d'autre fondement que son empire sur l'opinion publique, affaiblir son prestige, c'était préparer sa ruine. Attaqué par les amis de Martinez de la Ro3a et de Toreno, le président du conseil aurait bien voulu associer à sa politique les principaux chefs progrossistes ; mais de ce côté il n'éprouvait que des refus. Isturitz et Galiano, Arguëlles, GaballeroetsonamiLopez, successivement appelés à entrer dans le cabinet, refusèrent do courir les chances d'une politique qui avait trop promis pour ne pas être un jour maudite dans un accès de désillusion ; il valait mieux pour eux recueillir l'héritage de Mendizabal que de partager sa responsabilité.

Gelni qui n'avait pas désc-^péré de son pays au moment le

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plus critique, quand Tanarchie avait suspendu le payement de toutes les contributions, celui qui avait hasardé une levée de 100000 hommes quand les flnances étaient hors d*étiit d'entretenir les troupes déjà sur pied, celui qui avait refusé toute intervention étrangère et qu'on accusait cependant de connivence avec l'Angleterre, devait soutenir son œuvre Jusqu'au bout ; comme il devait seul en avoir la gloire, il devait seul en courir le risque.

Mais tandis que, parmi les sommités des partis, Mendizabal rencontrait une si vive opposition ou une si coupable indifférence, il essayait de conserver sa popularité auprès de la grande masse du pays par Tardeur qu'il mettait à poursuivre la suppression des communautés religieuses.

A Madrid, le gouverneur civil, Olozaga, s'était chargé d'assurer l'exécution des mesures prises contre elles ; aidé de ses alcades, il accomplit si sérieusement sa mission que des soixante-douze couvents de la capitale, il en fit démolir immédiatement dix-sept situés sur les points les plus importants, sous le prétexte qu'ils opposaient de véritables obstacles aux nécessités de la circulation intérieure. Tous ceux dont la démolition n'était pas jugée nécessaire furent trans« formés en casernes et en écoles ou appropriés à quelque autre service public.

Le même gouverneur alla visiter les principales localités de la Nouvelle-Castille ; beaucoup de vieux couvents d'Alcala furent changés en établissements universitaires à la tête desquels on plaça des professeurs jeunes et intelligents. Ces mesures précédèrent do quelques jours seulement la publication du décret célèbre auquel est restée associée la mémoire de Mendizabal, et qui est connu sous le nom do décret de desamoriiiacion (voir note H)« Ce décret, publié le 19 février, était le coup décisif que la Révolution portait au clergé en réponse aux efforts constants tentés* par le

parti clérieal pour rétablir l'absolutisme ; il avait pour objet de mettre en vente pour le compte de TBtat la masse énorme de biens fonciers qui appartenaient aux commu** nautés religieuses déjà supprimées, ceux qui avaient déjà été adjugés à la nation et ceux qui le seraient à l'avenir ; son but était de détruire par co changement radical Tan* cienne omnipotence du clergé en Espagne, de créer le crédit de la nation en mettant à sa disposition un capital considé* rable et de faciliter enfin ramortissement d'une partie con* sidérable de la dette publique dont les titres devaient être reçus pour prix des biens achetés K

Un second déci*et, en duto du 6 mars, déclarait en état de rachat tous les cens, impositions et charges de quelque nature qu'ils fussent, appartenant aux communautés relll^euses, et donnait à leurs débiteurs des moyens d'amortir les rentes qui pesaient sur eux. Un troisième décret, en date du 9 mars, vint compléter les deux premiers ; il éten-^ dit aux couvents de religieuses les dispositions touchant les religieux ; il limita le nombre des établissements autorisés ; il Oxa rindemnité à paye^ à toutes les religieuses qui sortiraient des clottres^ mais il s'attacha surtout à mettre entre les mains de l'Etat les nombreux immeubles que possé-> daient ces communautés*

Mendlzabal se jugea sufflsamment autorisé pour rendre ces décrets par le vote do confiance qu'il avait obtenu ; et, dans les conditions spéciales où se trouvait l'Espagne, de« vant le funalisme encore si vivace, la résolution qu'il prit implique de sn part un courage civil qu'on ne saurait mé^ connaître*

* En 1S84, il y avait en Espagne 36000 religieux, dont 11 000 mondianU, et 17000 reUgieusea; en tout, 53 000 individus consacrés h la vie contemplative. Au commencement du siècle ce total dépassait 93000.

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Les élections se (iront dans toiile l'Espagne sous Tenipire delà forte impression produite dans les esprits par la mise en vente des biens du clergé; elles furent extrêmement favorables aux progressistes. Mendizabal fut élu dans sept provinces diiïéreutes. Martinez de la Rosa et Toreno ne purent obtenir un nombre de voix suffisant. Les modérés comptèrent h peine deux ou trois des leurs parmi les élus. Au contraire, tous les chefs du parti progressiste, Arguëlles, Antonio Gonzalez, Isturitz, Galiano, Caballefo, Lopez, las Navas, furent nommés à de grandes majorités. Madrid envoya à la Chambre Olozaga, le jeune gouverneur qui venait de procéder avec tant d'ardeur à la démolition des couvents et dont réioquence promettait un nouvel orateur à la tribune espagnole. Malaga, animé d'un esprit Irès-révolutionnaire, porta son choix sur des partisans décidés de la Constitution de Cadix, entre autres sur Cayetano Cardero, le Fieutenant du ^* léger, promoteur de Téchauffourée du 18 janvier i835.

Une tolh Chambre semblait au premier abord le meiU leur appui que Mendizabal put attendre de la confiance de ses concitoyens ; il arriva au contraire que, se croyant sûrs du triomphe, les progressistes, n'ayant à craindre aucune résistance, se divisèrent en groupes hostiles, et qu'il se forma bientôt parmi eux une fraction assez compacte pour servir de base à une combinaison ministérielle sur laquelle pourrait s'appuyer la régente en dehors de Mendizabal.

Les chefs de celte nouvelle fraction, sortie du parti progressiste, et que nous voyons peu à peu, par une pente in-> Fcnsible^ s'unir aux modérés, avaient donné des gages sincères à la cause libérale; c'étaient Isturitz, Galiano et le duc de Rivas, tous trois hommes d'esprit et de talent, le second réputé pour son éloquence hnrj ligne, le troisième

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arrivé alors par ses productions dramatiques à Fapogée de la gloire littéraire. Jusqu'alors ils avaient toujours fait cause commune avec les esprits les plus ardents ; à ce moment, en race du triomphe général du parti qu'ils ont tou* jours servi, comme tant d'autres révolutionnaires inconséquents, ils croient que la nation a besoin de s'arrêter sur la pente et ils veulent donner le signal d'un temps d'arrêt, d'un retour à Tesprit d'ordre et de stabilité. Ils veulent dire à la marée montante : Tu n'iras pas plus loin. Les modérés, exclus de la Chambre par le suffrage de la nation, accueillent avec faveur cet appui inespéré ; des pourparlers eurent lieu entre les principaux d'entre eux et ceux que le ressentiment naturel des autres progressistes va qualifier d'apostats. Quand les deux Gh'imbres se réunissent le 22 mars, on voit dès les premières séances se manifester, soit aux Procérès, soit aux Procuradorès, la ligne spéciale que se proposent désormais de suivre le duc de Rivas, Isturitz et Galiano. Isturitz était candidat à la présidence. 11 trouve le cabinet prévenu et déjà en garde contre son hostilité, et ne passe qu'avec la plus grande peine le quatrième sur la liste des candidats présentés au gouvernement pour la constitution du bureau ; pour se venger de cet échec, il prépare une opposition redoutable au cabinet pendant la discussion de l'adresse en réponse au discours de la couronne^ et il formule contre Mendizabal, son ancien ami, do vagues récriminations qu'une lâche calomnie devait bientôt transformer en accusations perOdes de malversation etd'improbité. Le président du conseil, devant cette accusjition attentatoire à son honneur, oublia tous les souvenirs d'une longue camaraderie et d'une vieille liaison ; il envoya des témoins à son adversaire, et Madrid apprit bientôt qu'up duel au pistolet, heureusement sans issue funeste, avait eu lieu dans les champs de San Isidro entre le président du conseil et Isturitz.

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De même qu'il ne prouve rien ni pour ni contre Mcndizabal, ce duel ne modifia en rien la situation politique respective des partis. Galiano et le duc de Rivas, qui n'avaient pAs avec le chef du cabinet les liens d*amitié qui retenaient Isluritz, creusèrent dans la discussion de Tadresse Tablme qui commençait h les séparer des autres progressistes.

Gnliano insistait avec acharnement sur les étranges oublis qu'il avait observés dans le message de la couronne : on n'y avoit parlé ni de l'obligation de présenter les budgets, ni de l'usHge qui avait été fait du vote de conOance. Le dictateur avait-il donc Tintention de continuer l'exercice d'une autorité excessive^ avec laquelle il n'avait pas encore, suivant sa promesse, mis un terme à la guerre civile ?

A l'cstamento des procérès le duo de Rivas, soutenu par une majorité modérée, faisnit voter une pétition sommant le gouvernement de suspendre l'exécution des décrets du <9 février et du 5 mars (0 mai).

A ces attaques, le parti avancé de la Chambre des pro« curadorès voulait répondre par des mesures énergiques ; il demandait au ministère, pour lui donner son concours, Tiiugmentalion du nombre des procérès, la révocation de Quesada et San Roman, directeurs généraux de rinfantorie et des milices provinciales, spécialement la retraite du g(5néral on chef de l'armée du Nord, Gordoba, dont on commençait de nouveau à redouler les idées politiques. Cette dernière mesure était particulièrement redoutée de la régente, qui avait une confiance extrême dans ce général et qui craignait par-dessus tout de voir à la tête des troupes en campagne contre don Carlos un homme dont elle pût soupçonner la fidéliié dynastique ; Mendizabal s'était déjà aperçu, dans ses entretiens avec Christine, qu'il devait, pour garder le pouvoir, ménager avec le plus grand soin cette susceptibilité spéciale ; aussi avait-il toujours entre-

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tenu avec Gordoba lee rapports les plus amicaux, quelques difOeulti^s que cherchât à lui susciter ce militaire adroit, préoccupé avant tout d*atlribuer devant ^opinion publique à l'exiguïté des ressources qu'on lui fournissait l'impuissauce nianifesle de ses efforts. Au mois de décembre 1835, le comte Almodovar, ministre de la guerre, s'était rendu lui-même en Navarre et s'était longuement entretenu avec le général en chef de tous les besoins des troupes ; le ministre et le général s'étaient mis parfaitement d'accord : aussi la régente n'eut-eUe aucun soupçon tant que le portefeuille de la guerre resta entre les mêmes mains ; mais lorsqu'à la fin d'avril Mendizabal, pour consolider le cabinet, confia le ministère de la guerre à Rodil et celui de la marine à Chacun, Almodovar passant aux affaires étrangères, Christine observa avec une attention particulière les premiers décrets qui furent présentés à sa signature : bientôt elle crut s'apercevoir d'un effort persévérant pour glorifier des subordonnés comme Ewanz, Espartero, au détriment du général en chef, et, sans soulever do discussion sur ce terrain, elle at* tendit Theure de manifester sa désapprobation h la ligne politique que suivait le cabinet : l'occasion se présenta le jour où la retraite de Quesada et de San Roman lui fut demandée ; elle s'y opposa d'une manière absolue et obligea par son attitude le ministère tout entier à donner sa démission (15 mai).

Le Ruccesseur de Mendizabal était tout indiqué, c'était le chefderopposilion dans la Chambre des procuradorès, Isturitz, que sa récente évolution jetait définitivement dans les bras des modérés, et que ceux-ci présentaient alors k la régente comme le seul homme capable, avec ses amis, de sauver le Statut royal, s'il consentait k entreprendre cette œuvre difficile.

Ainsi s'acheva le premier ministère de Mendizabal ; pen-

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dant sa courle durée do buil mois une secousse salutaire avait été donnée à la nation par la mise en vente des biens du clergé; et la grande question qui va se poser pour les nouveaux ministres sera désormais de savoir s'ils veulent encourager ce mouvement ou l'enrayer. Toute la politique intérieure de l'Espagne se bornera pendant longtemps au décret de désamortissement et à In façon de l'appliquer.

Nous n'avons pas eu encore occasion de signaler les diverses dispositions financières de Mendizabal, et cependant c'est de ce c6té qu'on attendait le plus de ses talents ; on lui attribuait une facilité extraordinaire à trouver des expédients et des ressources ; on croyait à des combinaisons ingénieuses qui changeraient du tout au tout la situation du Trésor. Grande folie, car une telle modification n'était et ne pouvoit èlre nu pouvoir de personne. Avec la guerre civile et les discordes intestines, l'absence de travail et la misère générale, la baisse des fonds publics et h disparition du crédit étaient inévitables ; en faire peser la responsabilité sur Mendizabal, comme ont entrepris de le faire les modérés, c'est commettre une injustice flagrante.

Go qui reste certain, c'est qu'en mettant hardiment la main sur les immeubles du clergé, il a remis en circulation un élément considérable de richesse. Que si, moins pressé de réaliser, il se fût efforcé de tirer directement des cultivateurs eux-mêmes les prix des biens aliénée, au lieu d'exciter la spéculation de la Bourse en admettant au payement certains titres de la dette, on n'eût pu lui rejtrocher d'avoir provoqué l'agiotage. N'oublions pas cependant que, sans ressources, avec un crédit ruiné et les énormes dépenses d'une gnerre civile, il se trouvait réellement à la merci des boursiers et spéculateurs.

Malgré tous les embarras do sa situation, il voulut cependant continuer l'œuvre entreprise par Torcno pour le règle-

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