‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 26 sur 152 · CHAPITRE TH. -* MBIIBIZABAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE TH. -* MBIIBIZABAL

m sans avoir tiré d'autre résultat de cette démonstration, qai lai causa cependant des pertes sensibles, que d'avoir fourni à Espartero Foccasion d'effectuer une marche difficile sur le chemin de Viltorîa & Bilbao par Durango«

C'est sous l'impression de cet acte que Cordoba entreprit résolument dans les premiers jours de décembre la con-* strnction de lignes destinées à se relier entre elles par des points fortifiés ; il se réserva à lui-même leur organi-^ sation du côté de Test, laissant à Espeleta et & Espar* tero le soin de les établir entre Vittoria et la mer Cantar brique.

De Pampelune à l'Ëbre, au-dessous de Puente la Reina^ il fortifia le pont de Larraga, et fit sauter tous les ponts dd TArga. La possession momentanée d'Ëstella, qu'il occupa un jour entier (15 novembre), mais qu'il fut obligé d'abandonner aussitôt, lui laissa croire un instant qu'il pourrait relever la ligne du sud bien au-delà d'Arcos et de Lerin : mais il dut bientôt se convaincre que cette espérance était chimérique.

L'essentiel du reste était pour lui-de fermer toutes les communications entre la Navarre et le haut Aragon ; il importait extrêmement d'empêcher le départ d'une nouvelle colonne pour la Catalogne, et de s'opposer au retourdes débris de la troupe de Guergué ; ses efforts réussirent en partie seulement ; un des généraux divisionnaires d'Ëguia, Iturralde, fut arrêté dans sa marche Sur le haut Aragon; un lieutenant de Guergué fut surpris avec toute sa troupe, dans les environs d' Aoiz, au moment ou il se croyait déjà en sûreté sur le territoire navarrais (30 novembre); mais. Guergué lui-même, avec les quelques soldats qui lui restaient, put échapper et reparaître à la cour de don Carlos au milieu des plus vives acclamations, ce qui ne l'empêcha pas de subir de longues et justes lécriminations pour l'in-

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décision qu'il avait montrée pendant toute ion expédition.

En voyant Gordoba occupé du cAté de la Navarre, Bguia crut le moment favorable pour agir eur la cA(e cantabrique ; il fit presser Saint-Sébastien, bloqué déjà depuis le mois d'août, ordonna d'assiéger des forts placés entre celte cité et la frontière française, et en attaquant le château de Gue* taria montra son désir de s'assurer une station navale où il pût organiser une force maritime.

Saint^Sébastien était en état de résister, et on put envoyer à temps un secours suffisant au château de Guetaria; aussi n'y avait-il pas lieu de trop s'inquiéter de ces dé« moostrations. Cependant Gordoba, après avoir obtenu, dans une entrevue avec le ministre do la guerre, l'approbation de tous ses plans, sentit qu'il était nécessaire, malgré l'hiver, d'éloigner le gros de Tarmée carliste des deux importantes plaoes.de Sainl*Sébaslien et de Bilbao, sur lesquelles elle pouvait tenter quelque coup dangereux, si elle restait trop longtemps maltresse de ses mouvements.

En conséquence, vers les premiers jours de Janvier, des forces importantes furent de nouveau concentrées à Vittoria. Eguia, informé à temps, s'empressa d'arriver au défilé d'Arlaban. Ce fut là même que Gordoba voulut cette fois allergie chercher; malgré la rigueur de la saison, malgré l'aspérité du terrain, malgré les dangers que le froid et le vent offraient dans ces parages, il conduisit ses divisions à l'assaut des positions occupées par les carlistes (16 Janvier i 836), se rendit maître de plusieurs d'entre elles au prix des plus grands sacrifices, mais sans obtenir d'autre résul* tat direct que celui d'envoyer à Madrid quelques bulletins pompeux où l'impuissance était dissimulée avec art sous les descriptions poétiques et les déclarations emphatiques. En célébrant le courage déployé par Narvaei et la ténacité d'Espartero, il prépara la renommée future do ces deux

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généraux et voulut s*appliquer à entourer leurs actes de cette auréole militaire qui enthousiasme à un si haut degré les imaginalions espagnoles.

A peine venailron de recevoir à Madrid la nouvelle de ce choc où Ton avait acheté la gloire nu prix d'un sang si pré*cieux, que Tapparition d'une colonne carliste dans la Nou^ velle-Castille vint Jeter une inquiétude extrôme dans la population madrilène. G'étaitle chanoine Batanero qui, à la tète de S60 cavaliers bien montés, bien armés, avait franchi la ligne de TEbre, et avait pu pénétrer sans ren< contrer d'obstacles jusqu'à Signenza.

On se mita sa poursuite. Batanero, rançonnant les petites cités qu'il trouvait sur son passage, fut assez heurenx pour échapper à tous les pièges ; il menaça Ségovia et la Granja, se replia dans la province de Burgoe, et put rentrer en Biscaye avec tout son butin. Son expédition n'était qu'une opération de brigandage sur une grande échelle; cependant, comme elle s'effectua au milieu de populations dont l'esprit était des plus douteux, qu'elle surexcita vivement les espérances des carlistes de l'intérieur, et qu'elle sema la ter-* reur aux environs de la capitale, elle proflta considérablement à don Carlos.

Gordoba connaissait trop la faiblesse de Batanero pour s'en inquiéter; malgré lesinveclives de journaux madrilènes qui donnaient à ce détail une importance exagérée, il continua à poursuivre l'exécution de ses plans ; son attention se portait surtout sur les vallées aboutissant à la frontière française. Dans celles de Roncal, d'Âyezcoa et de Salazar, il fit armer ceux des habitants qui étaient bien disposés pour la cause libérale et chercha à établir entre eux unesorte de fédération pour les mettre en état de résister à toute agression. Dans celle de Roncevaux, il fortifia Burguete, et plus 1)88 Zubiri et Larissaona, de manière à posséder une ligne

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presque ininlerrompae do Valcarlos à Pampelune; il occupa le Baztan e(, afln de tendre la main aux troupes de Saint- Sébastien, il chercha à s'entendre avec le général Harispe, commandant en chef des troupes françaises de Tauire cAlé des Pyrénées, en qui il ne trouva qu'un concours très-peu efficace à cause du mécontentement qu*excilait dans le cabinet de Paris Tengouement malheureux de Mendizabal pour la libre Angleterre. Gfs opérations n*étaient pas achevées, lorsque Gordoba fut vers le 10 février rappelé à Yittoria par la nouvelle de quelques revers survenus du côté de Bilbao. Arrêté par les neiges dans les marais d*Ulzama pendant plus de dix jours, il ne put revenir avec la célérité suffisante; du reste, à peine avait-il atteint avec ses troupes la ville de Yittoria, qu'il apprenait déjà le percement de la ligne de Zubiri ( 4 mars), créée avec tant d'efforts.

La mission de fortifier la ligne de l'ouest entre Yittoria et la mer avait été confiée aux généraux Espeleta et Espartero^ le premier opérant sur le versant cantabrique, le second sur le versant qui fait face à TEbre : tous deux devaient s'entendre pour protéger Bilbao et pour établir des communications entre cette ville et Yittoria ; ils devaient garantir les deux points fortifiés deBalmaseda et de Yilli'Uba de Losa, qui assuraient, l'un la vallée du Mena et l'autre le passage de la Pefta de OrduAu. Eguia, dès qu'il vitle général en chef de Tarmée libérale engagé dans les vallées de Roncevaux et du Baztan, pensa qu'il aurait facilement raison de ses lieutenants, et qu'il pourrait les écraser avant qu'ils pussent être secourus : en conséquence il se précipitai sur Balmaseda, s'en empara (9 février), prit Marcadillo, et menaça de pénétrer danslaYieille-Gastille parYilla Santa et Yillarcayo. Ce fut la nouvelle de cette attaquequi détermina le départ de Gordoba pour Yittoria ; elle décida aussi Espartero à quitter ses positions pour se diriger par Pancorvo sur

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Villarcayo afln de protéger la Gastiile ; mais Egiiin, satisfait d^avoir pris Balmaseda, se replia, et sûr de n'être pas inquiété, il alla brusquement attaquer la petite ville fortifiée de Plencia, dont il s'empara (â5 février).

Beaucoup plus importante que celle de Plencia, la perte de Balmaseda compromellait tout le système de blocus du général en chef; aussi, à peine Gordoba fut>il de retour à Vittoria, qu'il songea à reprendre ce poste; il rappela Espsirtero auprès de lui, ordonna à Espeleta d'attaquer la garnison de Balmaseda, et, pour que rien ne pût le distraire de cet objet, chargea le général Lacy Ewans, chef de la légion auxiliaire anglaise, du commandement de toute l'aile gauche, qui comprenait aussi la défense des deux places de Bilbao et de Sain^Sébastien.

Espartero, dans sa marche sur Yittoria, rencontra les carlistes à Ordufia; il s'ouvrit un passnge, s'incorpora la division du général Mendez Yigo, la reconduisit à travers les montagnes jusqu*à sa jonction avec Espeleta, et, à son retour, eut un nouveau combat à livrer sur les hauteurs de Unza {W mars), avant de pouvoir communiquer avec Yittoria.

Pendant ce temps Espeleta recouvrait Balmaseda, rétablissait ses lignes et reprenait possession de la vallée de la Mena.

De son côté, I^cy Ewans renforçait peu à peu les garnisons de San Sébastian et de Bilbao, mettait cette dernière ville à couvert contre toute tentilive, et faisait expédier peu à peu de Santandcr à San Sébastian un corps de 8000 hommes, afin de pouvoir prendre l'offensive sur les derrières do l'armée carliste. Eguiu ne parut pas se douter de l'orage qui s'amoncelait derrière lui *, il avait commencé le siège de Lequcitio, petit port situé sur la côte cantabrique ; il s'y acharna jusqu'à ce qu'il s'en fût rendu maître (12 avril) ; il descen«

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dit ensuite sur Amurrio et Ordufla avec Tintention apparente de forcer une seconde fois les ligneâ de Touest; mais il rencontra les forces d'Espeleta et de Mendez Vigo^ qui, malgré leur infériorité, lui op^iosèrent à Orrantia une résistance invincible et donnèrent à Cordoba et à Espartero le temps d'accourir. Les forts de Balmaseda et de Yillalba de Losa résistèrent à toutes les tentatives qui furent dirigées contre eux. Eguia dut se retirer yers la fin du mois d'avril sans avoir réussi h autre chose qu'à attirer Tarmée de Cordoba au milieu des montagnes, où elle fut surprise par le mauvais temps et où, pendant plus de huit jours, elle eut à supporter toute sorte de privations et de fatigues.

Cependant les troupes dirigées par Lacy-Ewans au secours de San Sébastian étaient arrivées enfin par mer à leur destination : tout était prêt pour une attaque sérieuse contre les lignes fortifiées établies par les carlistes autour de cette place. La sortie eut lieu le 5 mai et fut couronnée de succès. Les assiégeants, délogés de leurs retranchements, durent se retirer à certaine distance, perdant une partie de leur artillerie et leur chef Sagastibelza, qu'une balle étendit sur le champ de bataille au moment même où il excitait ses soldats à marcher en avant.

Sans avoir une grande portée matérielle, ce succès exerça cependant sur la marche de la guerre une certaine influence ; il excita autour de don Carlos de grandes préventions conti^ Eguia; il fournit aux progressistes de Madrid un prélexfe d'exalter Lacy Ëwans au détriment du général en chef; il accrut l'importance des troupes auxiliaires aux yeux de la nation, et contribua enfin à relever le moral des libéraux. Un ordre venu de Madrid avait déterminé le général en chef à tenter une nouvelle marche en avant ; et, cette fois encore, il avait pour objeclif Arlaban, quand se )»assèrent à Madrid les incidents que nous avons racontés et qui

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amenèrent la démission de Meadicabal et Favénement du ministère Istarits.

Il fallait que les libéraux comptassent sur une grande supériorité numérique pour s'arrêter au plan deCordoba; et, en effet, l'arrivée des troupes auxiliaires, la levée de iOOOOO hommes surtout, leur permettaient enfin d'ocouper les points les plus importants et de détacher plusieurs colonnes d'opération.

Mais des conscrits n'étaient point des soldats : il fallait les instruire, et pour cela affaiblir les cadres des meilleurs sous-officiers instructeurs, pour les enfermer, avec les re** crues, dans les dépôts.

On peut évaluer à 17 000 le nombre des renforts qui furent envoyés à Gordoba pendant les huit mois du ministère Mendixabal ; si encore ils étaient venus dans un état parfait d'équipement et d'habillement, si leur solde, leur nourriture eussent été assurées, les inconvénients de leur instriiciion eussent été rapidement compensés par les résultats prochains qu'on aurait pu attendre d'eux; mais, comme la vraie difficulté, avec la pénurie, était l'approvisionnement, le général en chef put se plaindre, avec juste raison, qu'on l'affaiblîssnit au lieu de le renforcer. 11 est plus difficile de nourrir 75000 hommes que 50000; et lorsque tout fuit défaut h la fois, provisions, munitions, habillement, l'arrivée des recrues peut devenir un embarms, une calamité ^

Toute la correspondance de Gordoba avec le ministère est pleine des réclamations incessantes du général; tout lui

^ On trouve des évaluations bien différenlcs de TeffecUf réel des troupes de Gordoba.

Voioi h m snjet ce qn'il dit Ini-ménie :

« Le commandement de l'armée de réserve avait mis sous mes ordres, avec quatre provinces de plus (Burgos, 8antaoder, 9oria et la Rioja), les troupes qui les occupaient et y tenaient sarnisou. C'était

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manque à la fois; il ne poui même pnyer la solde aux troupes auxiliaires et voit naître sous ses yeux Tindiscipline snns être en état d'y remédier avec l'énergie sufQsnnte, puisque TEtat se montre lui-même impuissant à satisriiiro aux besoins de ses soldats.

La licence des troupes prit, à certains moments, de telles jiroportions que, sans une forte répression, les liens de la discipline se seraient (oui à fuit relâchés. C*cst à Espartcro qu'on doit l'action énergique qui, dans cette grave circonstance, fit revenir l'armée sur elle-même et la ramena au sentiment de ses devoirs. Le V6 décembre 1833, instruit des excès les plus coupables commis par des volontaires basques, connus sous le nom de ehapelçùrrà^ il ordonna que le bataillon dont ils faisiiient partie, déshonorant l'armée par son exécrable conduite, serait inexorablement décim^. L'exécution de six victimes prises au sort arrêta le débordement d'une soldatesque effrénée. De violentes récriminations furent dirigées dans les Gortès contre une décision aussi terrible, d'autant plus douloureuse que parmi les victimes se trouva un patriote volontaire regretté de tons ; mais si le salut de l'armée tout entière dépendait d*une mesure semblable, comment la condamner? En face do Tennemi, il est indispensable que la discipline soit ]*es-

environ 80000 hommes, mais U n'y avait pas moyen de les déplacer des points où ils étaiont établis.

« Aussi, en évaluant h 190000 hommes rcfrccUr nomnial mis \ ma disposition, faut-il en déduire :

fc l« 49000 fanltssins et ITOOcavaUers maintenus dans les garnisons;

fc fo 20 000 hommes constituant ce qu'on appelait la force en commission (magasins, bureaux, absences, congés) ;

« 8« 21 000 hommes, pour les malades, blessés, et en général toutes les pertes provenant dos accidents de la guerre.

« Ce qui laisse une force réelle et active de 86000 hommes, s (Mémoire jusUQcatif du général Cordoba. Madrid, 1887.)

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