‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 27 sur 152 · CHAPITRE TH. -« MENDiZABAL. S8l · texte numérisé non relu

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peclée, et quand un corps tout entier s*y soustrait, celui qui a la responsabilité se trouve souvent entraîné à une sévérité nécessaire.

On conçoit que les ministres et les généraux de don Carlos cherchassent à-tirer tout le parti possible de la connaissance qu'ils avaient de la pénurie et de l'indiscipline de l'armée libérale. Des efforts constants tendaient à faire npparallre Tarmée carliste comme toujours mieux nourrie, mieux approvisionnée; obligée à des marches plus rapides, mais beaucoup moins longues, elle trouvait ses approvisionnements disposés partout où elle se rendait ; le paysan, généreusement payé, et d'ailleurs en conformité d'idées, s'empressait d'apporter tont ce qui faisait défaut. On espérait aussi propager la désertion parmi les auxiliaires; ainsi une compagnie de déserteurs anglais avait pu être formée sons les ordres du capitaine Wilkinson; quant aux soldats espagnols, s'ils offraient parfois, pour obtenir la vie sauve, do s'incorporer dans les rangs carlistes, ils cherchaient, pour la plupart, une occasion de retourner* sous leurs drapeaux et la saisissaient avec le plus louable empressement.

Acharné dans son idée de constituer un ministère général qui étendit son action à toutes les provinces de la Péninsule, don 'Carlos se trouvait sourdement en lutte avec les juntes de Navarre et des pays basques. Les besoins de la nouvelle cour croissaient de jour en jour ; on voyait affluer autour du monarque des courtisans assidus, à la langue dorée, critiquant les actes des militaires, mais ne se battant jamais» voulant qu'on luttât pour eux, mais que tous les ténéfices de la victoire leur fussent attribués; cette cohue d'inutiles avait mérité, par son altitude, un surnom bizarre, celui d*o/aiûteros, provenant de leur exclamation favorite : Ojalà se aioque y gatiemos, ojalà ! Plaise à Dieu qu'on at- Uique et que nous gagnions! Epithètc d'^autant plus ridicule

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et plaisante que le mot espagnol kojalateroi signifie ferblantiers. Antipathiques aax véritables soldats qui connaissaient et supportaient seuls les dirilcultés de la guerre» cesj conseillers d*anticbambre étaient peut-être encore plus détestés des hommes dévoués qui, dans les juntes, avaient tout le fardeau ingrat de Tadministration ; déjà la junte de Biscaye, mécontente, avait eu de vifs démêlés avec Ëguia, et les bataillons biscayens maugréaient de n'être pas payés régu* lièrement par la députation provinciale.

Ce qui mécontenta surtout les juntes, ce fut Tobligation d'établir de nouveaux impôts contraires à leurs habitudes d'économie et de sage administration ; Taggravation de souffrances qu'ils infligeaient aux populations faisait déjà pressentir tous les maux d*une obstination aveugle.

Un coup terrible avait été porté à l'industrie de ces provinces par le décret français du 3 juillet 1835, qui prohibait tout trafic entre les départennents frontières et le pays carliste : il eût fallu, pour compléter cette mesure, que lo blocus de Gordoba fût organisé dès lors. Mais les libéraux espagnols n'étaient pas en état, à cette époque, d'utiliser lesl)onnes dispositions du gouvernement français.

Plus tard, pendant le ministère de Mendizabal, on se rappelle lu faveur dont jouit à Madrid la politique anglaise à Texclusion de toute autre. Le plus clair résultat de cette préférence fut de mécontenter Louis-Philippe, blessé dans son nmonr-propre et dans ses visées diplomatiques; sous rinflueuce de ces nouvelles dispositions, les réclamations du midi de la Fnince, qui se plaignait très-vivement de la suspension de son commerce avec le nord de TEspagne, n'eurent pas de peine à faire abroger la prohibition par une ordonnance du 36 mars 4836.

Ce revirement rendit la vie aux provinces insurgées et porta le coup de grâce au système de Gordoba ; tous les

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efforts tentée par ce général pour affamer Farinée carliste devenaient inutiles. Les juntes, sûres de s'approvisionner à la frontière et puisant dans les droits de douane, habile^ ment exploités, une nonvelle source de richesses, n'eurent plus à craindre la disette et Tabsence de numéraire. C'est ainsi que Cordoba, partisan décidé de rinfluence française, se trouva la victime expiatoire des afQnités britanniques de Mendi^abal et des progressistes.

Les difDcultés que rencontraient les ministres de don Carlos avec les jantes de Navarre et des provinces basques leur faisaient vivement désirer le moment où la monarchie absolue pourrait trouver ailleurs une armée plus maniable; aussi attachaient-ils de jour en jour plus d'importance aux progrès de la guerre civile sur les autres points de la Pé« ninsule.

Pendant toute la période du ministère de Mendizabal, un effort considérable fut tenté pour organiser la lutte en Ca« talogne d'une manière régulière. Nous avons déjà vu que les éléments ne faisaient pas défaut, particulièrement dans 1 1 montagne, dont les tendances superstitieuses étaient depuis longtemps en désaccord avec l'esprit libéral des villes et du littoral. Dès que Guergué, avec sa colonne navarruise, eut pénétré dans le haut de la proviuce de Lerida, il rallia autour de lui la plupart des chefs de bande : Borges, Sanso, Ros de Eroles; il se vit renforcé de plus de 5 000 hommes, et se trouva à la tète d*uno véritable année (On septembre).

C'eût été le moment de tenter quelque coup décisif : les habitants de la Catalogne, encore sous Timpression des événements qui venaient de s'accomplir, privés de chef, aiguillonnés par la junte de Barcelone, mais n'ayant en elle qu'une conflance limitée à cause de son caractère exclusivement local, étaient hors d^état de se grouper pour opposer une résistance efficace. L'officier qui avait pris le

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commandement des troupes libérales après la relfaile do LIauder, Pastors, avait pu tenir tète à la colonne navarraise tant qu'elle avait été réduite à ses seules forces ; mais le jour où les troupes d'Aragon restèrent sur le territoire de cette province, tandis que les bandes catalanes venaient s'ajouter à la colonne de Guergué, de poursuivant il devint poursuivi et dut abandonner non-seulement les doux vallées de la Noguera Pallaresa et du Sègre, mais encore tout le massif de montagnes situé entre le Sègre et le Llobregat, que domine la ville de Solsona ; il se retira d'abord à Cardona, puis à Agramunt, laissant à chaque cité le soin de se défendre elle-même contre Fenvahisseur.

Le plus vaste champ se trouve alors ouvert aux déprédations des carlistes; s'ils eussent été bien dirigés, ils eussent proOté de ce moment de répit pour compléter leur organisation; mais Guergué éiait au-dessous de sa lâche; il ne se considérait pas comme le général appelé à régulariser la guerre civile en Catalogne; il savait que cette mission avait été conOée au comte d'Espagne, à ce terrible personnage dont nous avons raconté les sanglantes barbaries sous le règne de Ferdinand VU, et il se contentait d'agir en simple commandant d'éclaireurs.

Les chefs de bande furent chargés d'attaquer les bourgades qui pouvaient donner la clef des montagnes, Solsona, Pons, Berga, Prats de Llusanès; mais leur faiblt^se les condamnait à être repoussés. Guergué, au contraire, s'élançait jusque dans les vallées du Ter et du Fluvia, parcourait le haut et bas Ampurdan, se présentait à la frontière, en apparence pour se mettre en relation avec les autorités françaises, en réalité pour faciliter l'entrée du comte d'Espagne, qu'on savait échappé des mains de la police française et dont on espérait l'arrivée d'un moment à l'autre.

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