‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 28 sur 152 · CHAPITRE TU. » MBNBIZABÀL · texte numérisé non relu

CHAPITRE TU. » MBNBIZABÀL

L'occupation de la ville d'Olot, à Penlrée de TAmpurdan, eût été pour lui un succès considérable, en lui donnant une base d'opérations. Mais, au moment où il la serrait de près, il entreprit tout à coup de nouvelles opérations, laissa devant la place un de ses orficiers, Juan O'Donneli, avec un corps insufCsant, et dispersa ses troupes en plusieurs colonnes.

Devant tant d'indécision et d'impuissance, les libéraux se remirent facilement de la panique que leur avaient d'abord causée les premiers succès de Guergué. La junte de Catalogne sut d'ailleurs étendre son action jusqu'aux limites extrêmes de la province et faire sortir de la capitale des bataillons entiers de la milice nationale pour soutenir le drapeau de la cause libérale. C'est ainsi qu'Olot fut sauvé par l'arrivée opportune de secours venus en toute hâte, et le succès qu'obtinrent en cette circonstance les libéraux fat encore relevé par la capture de Juan 0*Donnell, oFflcier de cavalerie très-distingué dont les carlistes faisaient le plus grand cas.

Si le comte d'Espagne fût parvenu à franchir la frontière, les échecs provoqués par l'indécision de Guergué eussent été bientôt réparés; mais, accompagné par deux des princi* paux chefs catalans, Sansoetel Muchacbo, le comte avait été égaré par son guide dans les Pyrénées, ramené en France lorsqu'il croyait déjà avoir atteint le territoire espagnol, Burpris par un détachement de gendarmes français et livré à la police de Louis-Pbilippe [\^ octobre 1835). Reconduit à Géret et de là à Perpignan, il fut emprisonné à Lille et soumis, pendant dix-huit mois, à la plus étroite surveillance.

La nouvelle de cfette captivité remplit les libéraux de joie et les carlistes de tristesse; parmi les cbefs de bande cependant, plusieurs redoutaient l'arrivée de ce général renommé pour sa sévérité ; quoi qu'il en Tût de ces sentiments

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diverB, son absence flt retomber le poids du commande^ ment sur Guergué, que don Carlos investit du litre de général en chef par un décret du 26 octobre.

La mission qui lui était confiée se trouvait des plus difflelles ; elle s'étendait à un vaste territoire et devait s'exercer sur 25 000 hommes qu'il Tallait nourrir, équiper et habiller si Ton voulait les soumettre à une discipline régulière. Guergué, qui venait de rançonner de trës-ricbes pays, se trouva quelque temps en mesure de se faire obéir, mais il ne sut pas profiter de Toccasion; il choisit, pour commander dans chaque district, ceui qui s'étaient déjà signalés, avec Tinlention de les soumettre à Tautorité supérieure de son étatmojor. Malheureusement pour lui, ces chefs n'étaient que des pilliirds; ils curent bientôt détruit son prestige.

De plus, Tindiscipline des bandes catalanes gagna Ie3 bataillons navarrnis que Guergué avait amenés avec lui ; fatigués de marches et de contre-marches au milieu de populations ennemies, qui sonnaient les cloches à toute volée au moindre signal de leur approche, à travers des montagnes abruptes et des ravins profonds, ils se mutinèrent et, pro* fltant d'un hasard qui les avait ramenés vers l'Aragon, ils réclamèrent violemment leur retour en Navarre. On tenta inutilement de les calmer; à la (In Guergué, sentant qu'il n'arriverait jamais à se faire obéir des Catalans, céda, se mil à la tète des Navarrais et, précédé de son lieutenant Cardcro, reprit le chemin de la Navarre (premiers jours de décembre). Nous savons déjà que Cardero, enveloppé, fut fait prisonnier, tandis que son chef, plus heureux, réussit à ramener un millier d'hommes auprès de don Carlos.

Abandonnés à eux-mêmes, les chefs'de bande ne songèrent plus qu'à reprendre leurs habitudes; en vain un offlcier, l)eaucoup plus capable que Guergué, Torrès, chargé du commandement par intérim au nom de don Carlos,

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chercha-t-il Jt leur faire comprendre Iqs avantages de l'union ; sa voix ne fut pas écoutée, à renthousiasme succéda le découragement. Les bandes devinrent peu à peu moins nombreuses, et leurs chefs ne songeaient pins à s'unir que par groupes de deux ou trois pour tenter un coup de main : louta action collective leur devenait de plus en plus odieuse.

L'horizon, au contraire, s'éclaircissait pour les libéraux ; Mina, nommé capitaine général par Mendizabal, était ac* • couru à Barcelone et, malgré son grand Age, avait pris résolument en main la succession de Llauder. La junte s'était effacée devant lui; toute la population l'avait ac« clamé : l'ordre et le travail s'étaient rétablis dans la grande cité catalane autant que le permettaient ces temps calamitenx et la présence de l'ennemi dans le voisinage.

Mina^ avecTacUvité prodigieuse dont il était doué, rallia facilement autour de lui tous les hommes dévoués du pirti libéral ; il s'occupa d'armer et de grouper tous ceux qui, dans certaines localitf^s, comme la vallée d'Aran, la Ger« dagne, se montraient hostiles à la cause de don Carlos; loin de déprécier l'appui de la garde nationale, il sut au contraire en tirer le plus grand profit en l'embrigadant avec les troupes régulière?, et en la plaçant sous la direction supérieure d'orflciers de l'armée.

Ces mesures excellonles augmentèrent considérablement ses forces, que vinrent encore accroître les bataillons d'auxi* liaires de troupes portugaises et françaises^ ce qui lui permit de reprendre partout l'offensive vers la fin de décembre 183â. En même temps qu'il ordonna de résister hardiment à toute incursion, il marcha lui-môme sur le massif de montagnes que domine Solsona, et au sein de ce môme massif, dans les environs de San Llorens de les Pitens, il vint mettre le siège devant le sanctuaire de Notre-Dame

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del Horl, qae les carlistes avaient fortiQé pour en faire leur dépôt et leur place de rassemblement.

Situé sur un rocher presque inexpugnable dans une con-* trée où le transport de rartillerie rencontrait les plus gra* ves difOcultés, ce refuge bien défendu pouvait arrôter long* temps les efforts d'une troupe même considérable. Mina, décidé à frapper un grand coup, surmonte tous les obstacles, force les carlistes à abandonner la campagne et h mettre une garnison dans le fort ; puis il investit cette garnison, la somme de se rendre, et sur son refus laisse un corps d'observation cbargé d'organiser un blocus rigoureux.

Une «agitation extrême s'empare des carlistes de Gatalo^ gne h la nouvelle de cette attaque inopinée; leur dispersion ne permettait point d'entreprendre une action commune et cfQcace et ils étaient pourtant menacés jusque dans leur retraite la plus inaccessible. Comme symptôme de cette émotion et en représailles des sévérités de Mina, qui faisait fusiller impitoyablement les ofUciers rebelles tombant entre ses mains, il y eut une recrudescence notable de pillages, de massacres et d'incendies partout où la guerre civile étendait ses ravages.

En peu de temps les passions atteignirent des deux côtés un degré d'intensité extraordinaire. La multitude à li.'ircclone était très-impressionnée par les récits do toutes ces atrocités ; elle en vint à douter de l'énergie de ses chefs, de la sévérité même de ^lina, malgré les preuves irrécusables qu'il en donnait chaque jour et le souvenir vivant encore dans tous les esprits de l'incendie de Castellfolil. On suivait avec une attention fiévreuse les progrès du siège de Notre-Dame del Uort, lorsque le 27 décembre le bruit se répandit dans la ville que les carlistes réfugiés dans le sanctuaire menaçaient de mettre à mort tous les prisonniers qu'ils avaient entre les mains, si Ton cherchait à les ré-

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duire, et qu'ils avaient déjà commencé l'exécution de leur menace en massacrant trente-trois de ces malheureux, dont ils avaient précipité les cadavres du haut de leurs rochers. Ce ne fut qu'un cri d'indignation dans loute la cité ; la population futémue jusque dans sos bas-fonds; et comme il ne manque jamais d'éléments de désordre pour traduire en actes un sentiment populaire, des bandes commencèreat à se grouper autour de la citadelle, du fort d'Alarazanas et du Grand-Hôpital, où Ton gardait et soignait un certain nombre de prisonniers carlistes. L'autorité militaire étiit entre les mains du général Alvarez et de Pnstors, commandant de la ciladuUe; ces deux ofOciers ne purent s'entendre sur la ligne de conduite qu'il y avait à suivre. Ce dernier , mû par un noble sentiment d'humanité et d'affection sympathique pour un de ses prisonniers, le jeune et brave colonel pris à Olot, Juan O'Donnell, voulait à tout prix qu'on maintint la multitude et qu'on embarquât les malheureux destinés au rôle de victimes expiatoires sur des navires anglais ancrés dans le port. Le premier, qui disposait vraiment de la force, craignant des désordres plus grands si certaine satisfaction n'était donnée à l'irritation du peuple, était opposé à toute mesure qui pouvait amener l'effusion du sang entre la troupe et la garde nationale à propos des prisonniers. De cette inaction calculée résultèrent le A janvier 4836 de nouvelles scènes de barbarie ; la citadelle, à peine gardée, fut envahie par une foule armée secondée par les soldats, qui pénétra dans les cachots, y massacra tous les prisonniers, puis promena triomphalement dans les rues la tète et le corps de Juan O'Donnell, comme elle avait fait déjà du cadavre du général Bassa. Pastors s'était opposé à ces actes avec une loyale et vaillante énergie ; mais tous ses efforts avaient été inutiles contre la rage populaire déchaînée. Alvarez, à la tète de la milice convoquée, de

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