CHAPITRE Vil. — HiNDIZABAL
malheur à qui refusait un avis ou ne rournissait pas le3 rations demandées 1 Cabrera fit fusiller les deux alcades de Valdcnrgofa et de Torrecilla, qu'il accusait d'avoir donné h SCS advorssiires des renseignements sur une de ses marches. Dans son indignation contre cette atroce mesure, Nogueras demanda au capitaine général de la Catalogne de faire exécuter .\ Tortosa la mère même de Cabrera, en se fondant sur ce qu'on préparait dans cette ville une conspiration pour laquelle elle serv«iit d'intermédiaire entre son fils et les conspirateurs. Sous ce prétexte peu plausible. Mina eut la fiiiblessc do laisser se consommer cette horrible exécution où une pauvre femme, simple dans ses mœurs, en dehoi*s de tous les débats de la politique, fut inhumainement sacrifiée comme responsable des attentats commis par son fils (8 février 1836).
A la nouvelle de cet abus d'autorité, un sentiment d'horreur it de réprobation unanime éclata partout à Madrid, dans le reste de l'Espagne et en Angleterre. Des voix éloquentes flétrirent, dans les Certes espagnoles ainsi qu'au Parlement anglais, un acte aussi inique : si, dans les guerres civiles, la responsabilité morale doit s'étendre des enfants aux parents, où s'arrêteront les châtiments, où finiront les représailles?
Nogueras, enivré par l'ardeur du combat, surexcité par les nouvelles incessantes des crimes et des fusillades qu'ordonnait de sang-froid son implacable adversaire, avait évidemment outrepassé son droit de représailles. On le lui fit cruellement sentir, il dut résigner son commandement et l'épithète d'assassin et de bourreau durement associée à son nom imprima sur le reste de sa vie une tristesse que ne compensèrent jamais et le souvenir de ses courageuses actions et sa rentrée en acliviti de service (15 mars).
Quant à Cabrera, devenu digne de pitié malgré ses criîr es
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( qui eût pu le croire?), il songea d'abord à veoger, par ce nouvelles cruautés, le terniblo châtiment qui lui avait été infligé : quatre femmes d'offlciers libéraux, tombées entre ses mains, furent fusillées, victimes innocentes immolées en holocauste d'une première victime également innocente. Puis, après quelques jours consacrés au deuil et au chagrin, il reprit avec une nouvelle ardeur la suite de ses expéditions, sous raiguillon du désir de vengeance succédant h Tambition et à la rapacité satisfaites.
Au commencement de mars, toutes les bandes réunies et grossies de celles du cabecilla el Organista, qui opérait spécialement dans la province de Teruel, vinrent mettre de nouveau le siège devant Gandesa ; elles furent reponssées par Iriarte, l'un des généraux commandant les colonnes expéditionnaires de Mina.
Après avoir sauvé la place, le vainqueur pénétra dans les montagnes du côté de Hirta, et détruisit plusieurs des dépôts et magasins installés à si grands frais par Cabrera et restés jusque-là hors de toute atteinte (iO mars).
Palarea s'était, pendant le mémo temps, installé sur la ligne de la Cenia, frontière de la province de Valence et do la Catalogne, dans l'intention manifeste de combiner son action avec celle d'Iriarle. Pour parer à co danger, il était urgent d'attirer sur plusieurs points Tattention des troupes libérales. Cabrera envoya donc Forcadell et le Serrador menacer la ville de Segorbe^ tandis que lui-môme, se rejetant sur les fertiles vallées du Turia et du Guadalaviar, pillait la ville de Lirin, et continuait à répandre la terreur, en fu« siilant les gardes nationaux qui montraient des velléités do résistance * . Palarea dut abandonner les positions qu'il
1 Ce serait abuser de la patience et de la sensibililô de nos lecteurs que de nous appesantir sur les cruautés de Cabrera. Lorsque les troupes de Palarea entreront à Chiva après labandun
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occupait au nord delà proyince, et, pour rassurer la ville de Yalenoe, qui voyait déjà l'ennemi à ses portes, morcber au-devant des carlistes. Il réussit à les rencontrer à Ghiva et à leur infliger une sanglante déroute (30 mars).
Pendant le mois d'avril et la première quinzaine de mai, alors que ses lieutenants maintenaient en haleine, prir des incursions réitérées, les colonnes libérales, Cabrera se consacra uniquement à fortifier la petite ville de Gantavieja, où il établit ses principaux magasins ; il se proposait d'en faire le centre de ses opérations dans la pensée qu'il était déjà assez fort pour se défendre contre toute attaque. Déjà sa fonderie de canons de Beceite fonctionnait, et il se voyait prochainement renforcé d'une petite artillerie ; son fanatisme ne l'avait pas empêché de s'approprier les cloches d'un très-grand nombre d'églises. Il s'inquiétait peu de laisser de3 paroisses dans l'impossibilité de convoquer aux exercices religieux, pourvu qu'il eût do quoi fondre les pièces de 8 et de 12 qu'il ambitionnait.
Ce fut une grosse faute de ne pas troubler ces travaux préparatoires de Cabrera : on le croyait épuisé alors qu'il se rendait plus fort en armes, en munitions et approvisionnements, alors qu'il instituait une junte qui le remplacerait en son absence pour les détails de l'administration, et qu'il offrait des avantages sérieux à tous ceux qui viendraient partager ses périls.
En dehors de ces trois grands foyers d'insurrection, la Navarre et les provinces basques, la Catalogne et le Maes-
de cette viile par les carlistes^ elles y trouvèrent douze cadavres de gardes nationaux qui avaient dû subir les mutilations les plus dégoûtantes, les brûlures les plus horribles. Procédés orientaux attestant la révoltante bassesse de ces bachi-bouzouks apostoliques.
Plus tard^ le 18 avril, h Alcotas, Cabrera flt fusiller cent quarantecinq prisonniers, sous le prétexte qu'ils avaient profané des images et simalé son propre enterrement.
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trazgo, le carlisme ne parvenait à soulever aucune antre province. Quelques bandes armées parcouraient bien la Galice, la Nouvelle-Castille, rEstramadurc ci la Manche; isolées, peu nombreuses, elles n'étaient, aux yeux mômes des populations, que des ramassis de brigands, exploitant les grands chemins, souvent môme sans drapeau politique.
En Galice particulièrement, le capitaine général Morillo avait eu Theureuse inspiration de rendre les chapitres des cathédrales et les municipalités responsables par moitié des dommages causés par les Tactieux. Cette décision énergique contint d'une fagon notable la population très-dense ctli*èsignorante de cette contrée^ population analogue à nos Auvergnats, dont le nom seul (Gallegos) est synonyme, dans la Péninsule, de Force physique et d'opiniâtreté, et qui aurait pu fournir à la cause de don Carlos un contingent considé* rable, très-propre aux fatigues de la guerre.