CHAPITRE Vltl. — SOCLÈfEHINT DB LA GRANJA
8on preslige, il jugea son rôle terminé et ne tarda pas à envoyer sa démission nu ministère IsUiritz.
En présence de la dispersion générale des forces libérales, on se demande pourquoi Yillareal, au commencement du mois d'août, ne songea pas h se concentrer pour tenter un effort vigoureux. C'est qu'il eût fallu pour cela renoncer aux sièges de Bilbao et de Saint-Sébastien, au mninticu des communications avec la France, à Tattaque des lignes de Zubiri et de Balmasedn ef au système de harcMement constant qui empêchait les libéraux de détacher contre Gomez et don Basilio des forces sofOsantcs. Et Yillareal, obligé de faire face à tous ces besoins, malgré ses 34000 fantassins et ses i 100 cavalier.-", ne pouvait pas entreprendre une campagne offensivo.
Nous avons \u comment s*étaiont évanouies peu à ^ peu les grandes espérances un instant conçues par don Carlos sur Tinsarrection catalane; grftce à Ténergie de Mina, au patriotisme des Barcelonais, Tébranlcment produit par rinvasion de Guergué s*élait calmé. Au mois de juin^ la fortune en Catalogne avait continué à se dessiner de plus en plus en faveur des libéraux : le commandant en chef au nom de don Carlos, Torrès, acculé dans les montagnes du haut Aragon, s'était fait surprendre et fusiller, ainsi qu'un des principaux chefs de bande, Borges. Ces deux exécutions, sans décourager les autres chefs, diminuèrent cependant leur témérité ; aussi, pendant le mois de ju llet et la première quinzaine d'août, bornent-ils leurs exploits à de simples déprédations : ils pillent des convois, lèvent des contributions, incendient les maisons, saccagent des cités ouvertes; mais, à l'arrrivée des colonnes organisées par Miua^ ils battent en retraite et craignent déjà d'en venir aux mains, l/effectif total des insurgés est aussi beaucoup diminué; Brujo, qui parcourt les environs de
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Figucras» où ses terribles exploits devienDent le prétexte d*une émeute populaire qui coûte la vie au gouverneur, est alors le chef le plus important i il commande à 3 000 hommes ; Triatany en a i 600 et Ros de Eroles environ 1 500. En ajoutant une masse de 3 000 hommes qui, 60US des chefs distincts, parcourent les champs do Tnrragone, on arrive tout au plus à 10000 carlistes pour toute la Catalogne.
Les ministres de don Carlos étaient mis au courant de cette Iriste situation parle successeur intérimaire de Torrës, Rojo, qui, sans influence ni ascendant, essayait pourtant d'imprimer à l'insurrection une direction unique. Ils sentirent la nécessité d'envoyer en Catalogue un nouveau commandant doué de qualités vraiment militaires et capable de se faire obéir par les chefs de bande. Leur choix se porla sur Maroto, qu'on n'était pas fftché d'ailleurs d'éloigner de la cour h cause du prestige qui l'entourait et de la foule de mécontents qui, se réunissant autour de lui, se distinguait di^jÀ sous le nom de parti mnrolitte. Sitôt que la proposition lui en fut faite, Maroto accepta avec empressement et, sQiis le faux prétexte d'aller prendre les eaux, passa immé* diatemcnt en France, où il alt^^nfUt patiemment une occasion de traverser 1rs Pyrénées. Plus heureux que le comte d'Espagne, il réussit; dès la On du mois d'août, nousle verrons occupé, avec les chefs de bande qui s'étaient déjà groupés une fois autour de Guergné, à organiser on Catalogne une véritable armée régulière.
On voit, d'après ce taltleau, que le ministère Isturltz, qui pouvait adresser de justes reproches à Cordoba pour avoir laissé passer les deux colonnes de don Basilio et de GomoE, n'avait que des éloges à donner au vieux Mina, que son âge n'oinpôchait pas de suivre avec une activité prodigieuse tontes les opérations militaires ; sur un point cependnnt, son
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inlervention laissait à désirer, c'était dans la protection constante que réclamaient les cités catalanes placées au sud de la province snr les rives de l'Bbre. C'est que là Mina avait à lutter contre un ennemi jeune, actif, obstiné, dont il aurait fallu s'occuper exclusivement avec les troupes dont il disposait ; Mina ne pouvait rien contre Cabrera, qui était devenu, dans Tété de 1836, une source permanente d'alarmes et d'inquiétudes pour toutes les populations de l'intérieur de la Péninsule.
Tandis que les travaux de fortiQcation continuaient à Cantàvieja avec un véritable acharnement, quatre des principaux lieutenants que nous avons déjà eu occasion de citer, Llangostera, Quilez, le Serrador et Forcadell, infestaient avec leurs bandes tous les territoires avoisinants; leurs soldats, habitués à l'extrême mobilité d'une vie presque sauvage^ ne redoutant aucune fatigue, désespéraient, par la rapidité de leurs mouvements, Vofflcier chargé de les poursuivre. Us opéraient, en général, par masses de 2000 à 3000 hommes et étaient si bien commandés, qu'à force égale ils refusaient rarement le combat contre les troupes régulières et en sortaient souvent à leur honneur. Quilez, dans le bas Aragon, ayant rencontré à Dafios une colonne de i 100 fantassins, la mit complètement en dé« route, lui flt 900 prisonniers, et jota par cet éclatant succès une indicible terreur dans toute la province. Il essaya d'en proQter pour soumettre Alcoriza et Montalban (28-30 juin); mais les habitants se défendirent avec courage, et ne céd^.rent même pas devant l'incendie de leurs propres foyers ; ce fut à regret que Quilei abandonna une proie qu'il avait cru pouvoir saisir. Dans une autre de ses courses, (Juilez descendit jusque sur les bords du rio Jucar; il menaça même la cité d'Alcoy, importante par ses fabriques du draps, et dépista plnsieurà colonnes inutilement envoyées pour le
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cerner. Gantavieja, Deceilc s'enrichissaient des dépouilles qu'ily accumulnit; pendant ce temps, Llnngostera metlait à feu et à sang la rive droite de l'Ebre ; il pillait Caspe, essayait de surprendre Gandesa, et menaçait Amposta et Tortose. Le Serrador et Forcadell avaient les yenx plus spécialement Oxés sur la côte maritime, depuis lu ligne de la Genia jusqu'à la vallée duTuria; deux points Tortiflés, Alcala de Ghisvert et Torreblanca, étaient tombés entre leurs mnins(ll juin); ils aspiraient à posséder Morella et Lucena, dont la conquête leur eût livré le pays.
Pour arrêter des progrès aussi alarmants, le ministère Isturitz se vit forcé de considérer Gabrera comme un adversaire qui méritait une attention toute spéciale, et de réunir, sous le nom d'armée du Gentre, toutes les colonnes destinées à opérer dans les provinces deHuesca, Saragosse, Teruel, Gastillon, Valence, Alicante, Murcie et Albacete , c'est-à-dire depuis les Pyrénées jusqu'à Almeria d'un côté, depuis l'Ebre jusqu'à la sierra Morcna de l'autre. Ge vaste territoire avait, entre ses points extrêmes, une distance de plus de 750 kilomètres; c'était beaucoup pour une protection efficace, mais non pour l'approvisionnement, parce qu'en même temps que le général était autorisé à faire vivre les troupes sur le pays qu'il défendait, il lui était interdit d'exercer la moindre réquisition sur Us provinces voisines. Une division de 3 000 fantassins et 140 cavaliers, bien commandée par le brigadier Narvaez, fut détachée de l'armée du Nord pour opérer dans ces contrées : elle accrut assez le nombre des défenseurs du bas Aragon et du royaume de Valence pour obliger les lieutenants de Gabrera à rentrer dans leurs retraites de Gantavieja et de Beceite; il fallait maintenant aller les forcer jusque dans leurs repaires (15 août), et le général en chef don Felipe Montes était absorbé par des préparatifs dans ce sens,
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lorsque son attention dut se fixer sur les dissensions intestines du parti libéral et sur le maintien de la discipline militaire.
Depuis la fin de juillet, la Péninsule était dans un état d'agitation extrême; Tirritation des progressistes contre les ministres apostats, Tabus d'autorité commis par la régente en dissolvant les Cortès dans Tintérèt du parti modéré, la flèvre de la lutte électorale, Tinquiétude causée par les incursions de don Basilio, de Gomez, de Cabrera, les publications de la presse, les discours des clubs, la misère générale avaient surexcité au dernier point l'opinion publique. Le ministère, ayant réprimé quelques petits mouvements à Malaga, Grenade et Garthagène, avait été un instant, à la fln de mai, maître de la situation ; mais sa supériorité fut de très-courte durée. Les chefs du parti progressiste avaient contre lui trop de haine pour ne pas employer toute leur inQuence à le renverser : ils s'étaient considérés comme insultés et bravés par le décret de dissolution des Cortès, et ce sentiment poussa la plupart d'entre eux à employer contre la couronne des moyens révolutionnaires. Le Statut royal, en ne leur donnant que le droit de pétition dans les Chambres, annulait au profit de la couronne los prérogatives des procuradorès et des procérès, el il fallait pour sortir de cette situation imposer une seconde fuis à la royauté^ comme en 1820, la Constitution de Cadix.
Ce mol d'ordre une fois donné et accueilli partout, on s'occupa de le mettre en œuvre. Le souvenir des juntes triomphantes de 1835 était trop proche pour qu'il fût bien difficile d'obtenir de nouveaux pronunciamentos ; dans la plupart des villes de province, il suFOsait de la volonté de quelques hommes influents pour décider un mouvement. Si leurs tendances concordaient avec les dispositions de la garde nationale, le succès était certain : il n'y avait presque
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nulle part une quantité de troupes BuFasaute pour faire respecter la volonté des ronctionnaires publics, lorsqu'elle étiiit en conlradiction avec les vœux des populations*
Les villes maritiffles de TAncIalousie étaient celles qui avaient vu avec le plus grand regret la chute de Mundizabal; sous son ministère, plusieurs d'entre elles s'étaient enrichies par Tintroduction frauduleuse d'articles anglais. A Malaga spécialement on voyait, dans le retour de Tin «^ fluence française que semblait patronner Isturilz, la fln d'un état de choses qui avait été pour la cité une source de pros-^ périté ; aussi ne falhiit-il pas grand effort pour y décider un mouvement populaire, et même l'argent qui y serait em^ ployé pouvait être facilement retrouvé ; il sufTisait que les vainqueurs voulussent bien autoriser l'entrée en contrcbaude des cargaisons de quelques navires britanniques. G^est donc là que les principaux meneurs dirigèrent leurs coups pour y donner le signal d'un mouvement qu'on espérait pouvoir transformer facilement en révolution.
Le 35 juillet, quelques gardes nationaux se réunissent en tumulte dans une des grandes rues de Malaga, forcent les tambours à battre la général '^ et se déclarent en état d'insurrection. Le gouverneur militaire, de la même famille qu'un do nos conventionnels les plus illustras et portant comme lui le nom de Saint-Just, se présente avec courage devant les révoltés; il veut les ramener à la concorde; une fusillade est dirigée contre lui, et il tombe sous une grèlo de balles. Le gouverneur civil, comte de Donadio, traité d'apostat par les habitants do Malaga, parce qu'eu 1835 il était un des principaux membres de la junte révo« lulionnaire, au lieu d'ôtre, comme en i836, représentant de l'autorité centrale, se réfugie à cette nouvelle dans la ca* serne et demande l'appui de la troupe qui y était réunie ; les olUciers tentent de le sauver^ mais les sergents sont
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d'avis de ie livrer. La force brutule triomphe à la Gn et Donadio est livré à la garde nationale; on l'assassine lâchemenly et c'est à peine si le chef reconnu de rinsurrectioa^ Escalante, qui avait tout fait pour s'opposer à sa mort, peut empêcher que son cadavre ne soit traîné dans les rues^ comme l'avait été à Barcelone celui de Bassu un an auparavant. A la suite do ces lugubres scènes, la population, la municipalité, la garde nationale, Tarmée proclament d'un commun accord leur t(/o/d/r(<e Constitution de 1812; elles s'unissent toutes quatre dans le serment unanime de la faire triompher, et, n'ayant en face d'elles aucun ennemi à vaincre, constituent immédiatement par voie d'élections la junte provinciale à rinôlar de celle qui avait fonctionné en 1835.
Aussitôt qu'il eut connaissance de ce mouvement, le capitaine général de Grenade, Lopez Banos, essaya de s'y opposer : il* voulut ramener au devoir les soldats révoltés et la milice insurgée ; non-seulement sa voix ne fut pas écoutée, mais encore la garde nationale de Grenade et une partie de la troupe S3 soulevèrent ; il fallut qu'il abandonnât la cité avec ceux d^entre les mililaireo qui voulaient rester fldèles au pouvoir centrai.
Cadix ne pouvuit rester en arrière de Malaga : le 29 juillet, dès qu'on y eut conuiiissanco do ce qui s'était passé à M.ilaga, la garde nationale prit les armes et acclama la Constitution. Séville suivit son exemple le lendemain 30 ; elle entraîna le capitaine général de l'Andalousie, Carlos Espinos, qui se rallia lui-même à l'insurrection. Cordoue se prononça le 31 juillet, et lluelva lu 3 août. Ainsi» en quelque jours, le Statut royal était déchu dans toute la basse Andalousie.
A Sarîigosse, le ministère avait concentré touie l'autorité militaire et civile entre les mains de don Evaristo San Miguel,
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l'ancien ministre des affaires étrangères de 1822, devenu capitaine général. Une longue intimité l'unissait à Isturitz, Galiano et Saavedra, et leur avait fait compter sur son dévouement. Mais, avant d'être leur ami, San Miguel était homme de parti : il n'entendait pas s'exposer à la haine populaire qui se déclarait contre les ministres, ei il ne voulait pas, comme eux, se séparer des progressistes pour tendre la main aux modérés. Dès qu'il eut connaissance des événe* ments de Malaga, U réunit la députalion provinciale, et, celle-ci ayant appelé dans son sein toules les aulorités militaires, les chefs delà milice, une députation de Tacndémie, une autre du chapitre, on mit aux voix la conduite h tenir dans les circonstances actuelles. Après une longue délibération, où furent pesés et débattus les avantages et les inconvénients de la Constitution de 4812, il fut convenu que Saragosse devait la proclamer immédiatement, mais en admettant à l'avance toutes les modifications que des Gortès convoquées à cet effet jugeraient utile d'y apporter. Sous l'empire de celte résolution, Saragosse se déclara indépendante du gouvernement actuel, arbora le drapeau de la Constitution de i812, et refusa d'obéir à un ministère incapable ei inepte (!*' août 1836). Troupes et milices confondues acclamèrent le mouvement, et, sans aucun désordre, des proclamations furent adressées aux armées du Centre et du Nord, pour les exhorter à proclamer la Constitution, sans rompre les liens de la discipline militaire.
La garde nationale de Madrid ne pouvait apprendre sans émotion le triomphe de l'insurrection dans des provinces aussi importantes que l'Aragon et TAndalousi^ ; elle comptait dans son sein un élément progressiste très- considérable, et, dans sa grande majorité, elle était tout à fait opposée au ministère. Mais il y avait dans la capitale des troupes en assez grand nombre pour repousser toute tentative; elles
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étaient sous le commandement du général Quesada, et disposées à lui obéir aveuglément. Quesada était connu pour an des plus acharnés défenseurs du Statut royal, des privilèges de la royauté et deriuQuencc du parti modéré. Quelques symptômes d'agitation s'étant fait jour le 3 août, Madrid fut déclaré en état de siège, une commission militaire fut instituée, la peine de moil décrétée contre quiconque proférerait un cri séditieux, el la garde nationale dissoute. En môme temps, un manifeste de la régente, daté de la Granja, 4 août, revendiquait fièrement ce qu'elle appelait les droits de la couronne, et traitait de faction anarchique et désorganisatrice le parti puissant qui venait de proclamer la Constitution sur plusieurs points du territoire.
Mis en demeure de se prononcer, le pays condamna par son attitude le ministère et la régente. Tandis que les députés, convoqués pour le 24 août, étaient déjà nommés, au lieu d*at'endre leur réunion pour résoudre légalement la question ministérielle, il préféra manifester sa répugnance pour le Statut royal et son affection sincère pour la Constitution de 1812.
Avant de connaître le manifeste royal, Badajoz et rEstra* madure s'étaient déclarés d'accord avec les juntes andalous.s et amgonaises dès le 3 août. Après sa publication, Yalenco, Alicante, Murcie, Carthagènc se prononcèrent du 8 au 11. L'opinion de Barcelone n'était pas douteuse : dès le 12, elle se manifestait par une pétition solennelle, que les autorités, d'accord avec la population, envoyèrent à Madrid^ pour demander à la régente d'éloigner ses conseillers actuels et de remettre aux prochaines Cortès le sort futur de la Péninsule. Contente de son capitaine général, la population craignait les suites d'un désordre qui aurait pu compromettre cette autorité ; mais elle désirait aussi coopérer au triomphe de la Constitution. On parvint le 15 h con- T. m. 21
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cilier ces deux idées par une transaction semblable à celle de Saragosse. Quelques exaltés ayant essayéi par leurs criti d'entraîner la population, Mina, pàloi souffrant, affaibli par la maladie, se Gt conduire sur la place, deman Ja au peuple s'il avait confiance en lui, et, sur la réponse affirmative do tous les assistants, se fit apporter un siège et déclara son intention formelle de rester assis jusqu'à ce que les groupes se fussent dissipés*. Des acclamations unanimes accueillirent cette déclaration; en un instant, tous les assistants se séparèrent, rentrèrent à leurs foyers, et, i son retour au palais, d'accord avec la municipalité, Mina or* donna que la Constitution fût solennellement proclamée, sans que la ville eût à regretter le moindre trouble dans la tranquillité publique, sans que les affaires commerciales fussent même troublées un seul instant.
Cependant la révolution, triomphante dans les provinces, ne pouvait se considérer comme définitivement victorieuse tant que la régenfe persisterait à garder son ministère : le drame commencé devait se dénouer, soit à Madrid, où étaient restés les trois ministres directeurs, Isturitz, Galiano et le duc de Rivas, soit à la résidence royale delà Graiya, oîi, suivant son habitude, Christine avait fixé sn résidence d'été. Les environs de ces grands châteaux nyaux h^ont ordinal* rement pour habitants que des familles \ivant de charges et emplois rétribués par la liste civile. Ce n'est point là qu'il faut chercher les éléments susceptibles d'opérer un coup de main révolutionnaire : on troiiverait difficilement des habitants plus paisibles que ceux delà Granja, de Ifi^^curial ou d^Aranjuez. Si quelque sentiment pouvait jamais armer leur bras, ce serait plutôt le fanniisme monarchique que la passion de la liberté. De ce côté^ les modérés et le ministère n'avaient donc h redouter aucune pression sur la régente. Mais dans la troupe destinée à la garder, troupe qui devait
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être alors foroémeni nombreuseï à eauee des bandes de factieux qui infeeCuieut la Gastille» régnaient des disposi* tions bien autrement dangereuses pour les df^fenseurs du Statut royal*
L'armée, en présence des malheurs de la patriei surtout depuis la grande levée de Mendizabal» renfermait un élément jeune, ardent, patriotique, plein d'enthousiasme pour la liberté, et qui ne se souciait nullement de servir d'appoint aux menées ambitieuses de quelques personnages plus désireux du pouvoir que du bien public; elle ne comprenait pas l'opposition hargneuse des modérés à la Constitution de 1812, et, en présence de l'enthousiasme universel du pays, slrritait du rôle qu'on voulait lui faire jouer contre ceux qui en demandaient la promulgation immédiate. Le corps des officiers, fortement imbu des idées de discipline, était systématiquement opposé à tout acte d'insubordination ; mais les sous-officiers, très -jaloux de leurs chefs, mécontents de voir les grades plus souvent accordés à la faveur qu'au mérite, se laissaient aller à confondre misérablement la liberté et la licence : leurs rancunes, exploitées pur des hommes de parti à qui l'expérience avait enseigné qu'aucune révolution ne peut se faire en Espagne sans le concours de l'armée, les rendaient facilement accessibles à des idées de rébellion* Il y avait là un foyer d'incendie facile à allumer. Le comte de San Roman, partisan, comme Quesadn, des principes mimarchiqueS) commandait à la Granja. 11 avait sous ses ordres huit compagnies (garde royale et garde provinciale), deux escadrons de gardes du corps» deux de grenadiers. L'esprit dominant dans sa troupe ne lui était pas inconnu : les sergents, réunis dans le café du Théâtre, où ils lisaient et commentaient les journaux, conspiraient pour ainsi dire au grand jour ; ils s'entretenaient souvent avec des gardes nationaux venus de Madrid, qui blâmaient vio<-
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lemmeoty et avec raison, la mesure ordonnant leur dissolution, au moment même où Ton redoutait l'approche de l'ennemi. Se jugeant beaucoup plus fort qu'il n'était réellement, San Roman crut pouvoir faire acte d'autorité, et commença par défendre dans les rangs toute musique, tout chant patriotique. Cet ordre fut le signal de la rébellion. Le 12 au soir, le bataillon de la garde provinciale, qui était réuni, allait rompre les rangs : un groupe de sergents s'approcha du tambou^major, et lui demanda de jouer l'hymne de Riego. Celui-ci refuse, mais les musiciens s'empressent de le jouer. Le commandant intervient, arrête les musiciens et le tambour-major, double la garde, ordonne aux officiers de rester au milieu de leurs compagnies, et défend aux sergents de sortir de la caserne.
Malgré la présence de leurs chefs, les sous-officiers se concertent et décident que le soir même, à dix heures, ils se prononceront. Lorsque cette heure vient à sonner, un silence terrible précède un instant la détermination solennelle. Bientôt un cri de : Aux armes/ retentit dans la compagnie des voltigeurs. Chaque soldat s'élance alors sur son fusil, et descend prendre son rang, comme pour une sortie habituelle. Les ofllciers sont remplacés à leurs places d'ordonnance par des sergents ; le drapeau est déployé, et le bataillon répète les vivats suivants, où se traduit sa pensée : Vive la ConMutionI Vive la Reine constituiionnellef
La caserne était située un peu en dehors de la ville. Une belle grille en fer protégeait l'avenue qui mène au palais. Pour surmonter cet obstacle (car, aux premières rumeurs, la grille avait été fermée), une compagnie de chasseurs se déploie en tirailleurs, et menace de tirer sur la porte si on ne la lui ouvre pas. Les soldats chargés de la garde, au lieu de résister, se joignent aux insurgés. On marche sur la caserne des gardes du corps. Il semble ue la lutte doive