‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 34 sur 152 · CHAPITRE YIII. — SOULkTnSNT DE LA 0RANJA · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII. — SOULkTnSNT DE LA 0RANJA

commencer, mais les gardes eux aussi acclament la Consti* totion. Tous ensemble se dirigent alors sur le pnlais ; leurs musiques jouent Thymne de Riego, les soldais en répètent le refrain ; ils arrivent sur la plac) contiguë au palais, et se disposent à y camper, tandis qu'une entrevue de leurs chefs avec la régente va décider des destinées du pays.

Christine, exposée pour la première fois directement aux exigences d'une émeute triomphante, s'était vivement émue au premier récit qui lui avait été fait des événements de la soirée. Elle avait auprès d'cPe un seul ministre, celui de grâce et justice, Barrio Ayuso, le comte de San Roman, le duc d'Alagon, plusieurs gentilshommes du palais, les commandants de la garnison rt les dames du palais.

Elle ne pouvait refuser de recevoir une députation des rebelles, et ordonna qu'on fit entrer ceux qui avaient été désignés par leurs compagnons, deux sergents et un simple soldat. Ce fut un des sergents. Alexandre Gomez, qui prit la pnrole ; nprès avoir baisé, h genoux, suivant l'usage espagnol, la main de la régente, il s'exprima avec une certaine vivacité, se plaignit du refus de proclamer la Constitution malgré le vœu des provinces, du désarmement de la garde nationale, de la persécution systématique de tous les libéraux cl des tendances du ministère h traiter avec lesfactieux .

Christine feignit d'ignorer que l'étal du pays fût tel qu'on le lui dépeignait. Après elle, Barrio Ayuso flt quelques objections à la proclamation immédiate de la Constitution, dont Tarlicle 192, mal interprété, donnait la régence à don Carlos. Le sergent resta ferme dans ses appréciations, et demanda qu'il fût donné une satisfaction à ceux qui attendaient sur la place. Après trois heures de conférences, on décida que la régente transmettrait au comte de San Roman un ordre royal par lequel elle s'engageait à présenter aux prochaines Gortès un projet de Constitut'on.

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San Roman voulut aller annoncer lui-même aux troupes cette décision : il fiit mal aeouellli, on refusa de Fentendrei et il dut revenir auprès de la régente avec les mandataires de Tinsurreotion.

La première entrevue avait été solennelle. Croyant trouver une force dans leur supériorité d'éducation, les courtisans avalent afleclé une gravité qui s'alliait peu aux craintes et aux terreurs qui les rongeaient. Cette fois, après Tinsuccès du comte de San Roman , ils cessèrent de dissimuler ; la confusion s'empara des esprits^ et chacun pressa la régente de céder.

Elle s*7 soumit enOn, et signa le décret suivant : « Comme Reine gouvernante de l'Espagne, J'ordonne et « décrète que Ton promulgue la Constitution politique a de 1812, Jusqu'à ce que la nation, réunie en Cortès, mani- « feste expressément sa volonté, soit en faveur de cette « Consliiulion, soit en faveur de toute autre conforme aux « besoins de la nation. » (13 août 1836.)

Ce fut la fln du tumulte. Quelques doutes s'étaient élevés parmi les troupes sur la signature du décret, quand il fut lu devant elles; mais ils avaient été dissipés par un sergent nommé Garcia, attaché aux bureaux du comtede San Roman, qui s'était approché, et se porta garant de l'authenticité de la signature, qu'il avait eu occasion de voir fréquemment. Les soldats rentrèrent dans leurs casernes, y restèrent toute la Journée du 13, pendant la grande chaleur, et n'en sortirent qu'à six heures du soir, pour proclamer, en grande cérémonie, la Constitution, le tout sans exct'S et avec le plus grand ordre.

Le ministère sut à Madrid, dès la matinée du 13, par dl- ^'erses dépèches du ministre de la Justice, les événements de la Granja. Il convuqua aussitôt un conseil de gouvernement, où furent appelés les membres du conseil de régence,

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Quesada et le marquis de Miraflorto, président de Pestamento des procërès. (Jae faire? Si la garnison de Madrid allait châtier eelle de la Granja, Vémeute qui grondait dans la capitale aurait bienlAt triomphé. Fallait-il adhérer à la décision prise par la régente, ou considérer le décret comme arraché parla violence? Aucun de ces personnages n*enten* dnjt sacrifier sa situation personnelle au salut de la patrie ; on ne pouvait cependant douter de la volonté générale du pays. La décision prise fut que le ministre de la guerre, Mendez Vigo, partirait à Tinstanl pour la Granja el essayerail sur les soldats Tascendant qu'on lui supposait avoir acquis à Tarmée du Nord.

La mission du ministre de la guerre était des plus difDciles : elle exigeait du tact, de la finesse et de la résolution. Un instant elle faillit réussir ; mais des propositions gros* sières d'argent, de places, d'honneurs, excitèrent bientAt la défiance. Le sergent Garcia fit comprendre à ses compagnons qu'il y aurait danger h revenir sur ce qui avait été fait, et qu'il valait mieux persévérer; si la garnison de Madrid ne s'était pas encore déclarée pour la Constitution, on avait de bonnes nouvelles des armées du Centre et du Nord; le succès n'était point douteux.

Les avis de Garcia furent écoutés, et lu Joie et la tranquillité qui avaient signalé la journée du \3 furent remplacées le 14 à la Granja par l'hostilité el la méfiance réciproques. Les sergents s'organisèrent pour la défensive : on ferma les grilles de la Granja; on empêcha de sortir du palais deux fourgons chargés de bagages que l'on dirigeait sur Madrid.

Mendez Vigo, convaincu de son impuissance, offrit à la reine sa démission et son exemple fut suivi par le ministre de la justice et par le comte de San Roman L'ambassadeur d'Anglelerre, M. Villiers, et le chargé d'affaires de France, M. Bois le Comte, consultés par la régente, répondirent

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qu'il y avait danger h résister davantage, que si le trAoe d'Espagne venait h ôtre renvcrs<^, les gouvernements de France et d'Angleterre se croiraient obligés à reconnaître don Car os Le changement ministériel s'imposa dans lesprit de la régente, et Mendez Vigo désigna lui-môme parmi les progressistes Galatrava, Gil de laCuadra, Ferraz, Uilon, Ferrer, Seoane et Rodil. Il resta chargé de signer les décrets qui appelleraient chacun d'eux à ses fonctions respectives, en même temps que de communiquer aux ser* gents el soldais les nouvelles garanties qui leur étaient données.

De leur côté, les insurgés^ bien conseillés, en étaient arrivés à formuler leurs aspirations d'une manière correcte et décisive; par une pétition qui Ait rédigée le 14, ils demandaiont immélialcir.en! :

La destitution de San Roman et de Ouesada;

Le réarmement de la garde nationale de Madrid;

Un décret ordonnant la proclamation dans toutes les provinces de la Constitution de 1812 ;

Et enfin Li nomination d'un nouveau ministère.

Tous ces décrets furent écrits, signés et lus aux troupes dans la nuit du 14 au 45.

Cette même nuit, à deux heures et demie, l'ex-ministre de la guerrCt accompagné d'un capitaine de la garde natio* nnle, d'un garde du corps, du sergent Gomez et d'un soldai partit pour Madrid, afin de communiquer officiellement aux ministres réunis dans la ciipitale les événements accomplis le 14 à la Granja.

Madrid, malgré la nouvelle de ce qui se passait au de* hors, était encore tout entier aux mains de Quesada ; cependant il y avait eu beaucoup d'agitation dans la journée du 1 4. Si un colonel du régiment de la R( ina Gobernadora avait iié lue, cette mort avait été cruellement vengée par celh

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de plusieurs gnrdcs nationaux ; dans la nuit, le couvent de San Basilio ayant été pris par des insurgés qui voulaient s'y retrancher, une compagnie envoyée avec des canons suFGt pour les faire capituler. Ils s'étaient rendus sans condition et auraient été fusillés séiince tenante sans l'intervention d'Isturitz. Mais la physionomie de la ville changea du tout au tout à l'arrivée <^ Mendez Yigo et de ses compagnons. Quand elle connut les nouveaux décrets, la garde nationale, frémissante d'indignation , reprit partout le haut du pavé ; les troupes se retirèrent dans leurs casernes; les gens violents et désordonnés lancèrent des imprécations contre Ques^vla, leur maître de la veille, et songèrent avant tout à se venger sur lui de la terreur qu'il leur imposait depuis un mois.

Dos amis généreux avertirent le malheureux général que la fureur populaire se concentrait contre lui et qu'il était menacé du sort de Bassa et de Donadio. Il essaya de fuir, parvint à sortir de l'enceinte même de Madrid ; mais àpelnc av.iit-il mis le pied dansle petit village de Hortaleza. situé à quelques minutes de la capitale, qu'il fut ari'ôté par les gardes nationaux du village, et enfermé dans une petite maison, voisine de la grande route. La nouvelle de son arrestation ne tarda pas à se répandre, et une bande de meurtriers accourut aussitôt. Personne ne s'opposa à l'expédition de ces malfaiteurs; le général était désarmé; ils se précipitèrent sur lui, et lui portèrent à l'envi des coups mortels. Leur fureur, non assouvie par la mort de leur victime, le^ porta h mutiler son cadavre pour en faire d'horribles trophées qui furent exposés aux yeux de tous au café Nuevo.

Quesada mourut en homme de courage ; que n'eut*il, avec sa bravoure, une plus grande conflance dans la liberté, une plus claire intelligence des destiné< s de son pays I

Isturitz, Galiano et le duc de Rivas pouvaient redouter le même sort et durent se cacher. Isturitz, avec un passo-port

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et un eoBtame de ccurrier anglais, eut de la peine à s'éehapper et à gagner Lisbonne. Qaliano et le duc de Rivas, pins heureux, s'enfuirent sans trop de diffleuUé et allèrent rede* mander h la France Tasile que trois ans auparavant elle leur donnait encore. Plusieurs autres chefs du parti modéré, To* rcno, Mira&orès, les représentants les pins connus de la vieille aristocratie, les ducs d'Ossuna, d^ Snn Carlos, de Ycrngun, obéissant à un sentiment de terreur qu'il était de bon goût et de bonne politique d'exagérer, émigrërent aussi et allèrent blâmer à l'étranger les violents excès d*une nation qui avait le mauvais goût de réprouver leur funeste poli* tique.

Cependant, tandis que la révolution triomphait le 15 à Madrid par Tabdioation simultanée de tous les défenseurs du parti modéré, il fallait à la Granja faire rentrer dans Tordre les bataillons soulevés ; c'était la première difOcullé qui s'offrait nu nouveau président du conseil, Galatrava, et au nouveau ministre de la guerre, Rodil. Ces deux personnages prenaient possesssion de leurs portefeuilles dès le 16 août et entraient en pourparlers avec le sergent Garcia, reconnu par tous ses collègues comme principal chef de l'insurrection.

Leur but était d'enfratner à Madrid toutes les troupes rebelles, nflndcles confondre avec celles de Madrid restées constamment Ddèles. Ils y réussirent le mômejour, mais en souscrivant à certaines conditions. 11 fallut que Rodil, ayant à ses c6tés le sergent Garcin, consentit à commander les compagnies rebelles et à faire avec elles dans Madrid une espèce d'entrée triomphale, qui eut lieu le i8, peudantqne la régente, accompagnée de ses deux filles, rentrait le i7 sans aucun accomp'igneinent et presque honteusement dans sa capitale.

Les deux chefs de Tarmée du Nord et du Centre étaient

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complètement d'accord avec la politique du ministère Isturils ; aussi n*était-on pas sans inquiétude sur la matiifere dont ils allaient accueillir la nouvelle des événements de la Granja. On fut bientôt rassuré.

Montés, déjà très-mécontent de l'esprit d'indiscipline qui régnait dans quelques-unes des divisions do Tarmée qu'il venait de former, sachant qu'un grand nombre d'officiers remués par des proclamations de San Miguel adhéraient au mouvement, se garda bien d'écouter les insinuations de Narvaez, qui, désireux de jouer un rftle politique, voulait l'entraîner à Madrid ; il flt proclamer la Constitution par ses troupes et se contenta de donner sa démission. En même temps chacune des colonnes qu'il avait commencé à réunir pour l'attaque de Cantavieja était renvoyée à sa résidence antérieure; la brigade de Narvaez recevait la mission de garantir la seigneurie de Molina et l'Alcarria contre les déprédalions de don Basilio. Les uns et les autres semblaient ne pas comprendre qu'en mettant leurs mes.]iiines passions au-dessus des intérêts généraux du pnys, ils servaient exclusivement la c lusc des carlistes et augmentaient les forces de Cabrera.

Quant à Cordoba, son rôle politique était beaucoup trop accentué pour qu'il pût garder le commandement sous l'empire de la Constitution de 1812, dont il avait toujours affecté d'être l'implacable adversaire. Depuis le commencement du mois sa situation au milieu des troupes était devenue insoutenaMe ; il avait d'abord fait face avec la plus grande difficulté, et en faisant preuve de courage personnel, à une insubordination du bataillon de Gcrona. Mnis toute son influence était venue se briser contre la division de cavalerie de la Ribera, qui sur la nouvelle du mouvement de Saragosse avait proclamé la Constitution. Celte division d'ailleurs était animée des sentiments les plus patriotiques:

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au moment même où elle se meltait, sur la politique inlérlenre, en opposition avec son cbef, elle battnit, sous les ordres du général Uribarren, les carlistes à Caliiborraet leur faisait une centaine de prisonniers. Dès qu'il connut les événements de la Granja, Cordoba, sans attendre Tacceptation de sa démission, passa en France : ses principaux ofDciers, par marque d'estime, raccompagnèrent jusqu'à la frontière. Les derniers conseils qu'il leur donna furent de proclamer la nouvelle Gbartc que la nation se donnait, et do fortifler dans leurs corps respectifs l'esprit de discipline que ces événements n'avaient que trop ébranlé (août i836).

I/cxpatriation de Cordoba et la démission de Moulés assuraient au ministère Calatrava, sûr de la Catalogne cl déjà mattre de Madrid, les deux seules agglomérations de troupes qui auraient pu dans l'Flspagne libérale s'opposer à la proclamation delà Constitution de 1812.

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