‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 60 sur 152 · CHAPITRE I. — LES EXPADITIONS CAHLISTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — LES EXPADITIONS CAHLISTES

pour les cncoarager à obéir. Ceux-ci, fatigués des travaux sans nombre qu'ils avaient accomplis depuis trois mois, harassés, dégoûtés, se plaignaient, d'être mis sous la direction d'un militaire sévère dont le premier accueil avait été, disaient-ils, une méconnaissance absolue des services rendus par eux au pays : ils refusèrent de mnrcher aux ordres qui leur furent donnés, et Narvaez se vit dans l'obligation de laisser la faction se promener devant lui d'Ossuna à Cabra et essayer d'atteindre^ sans être att^tquée, les déQlés de Sierra Morena. Voyant à la lin qu'il ne pouvait obtenir d'obéissance de ses soldats indisciplinés, Narvaez rendit le commandement au général Alaix, en lui intimant l'ordre de continuer la poursuite des carlistes et de ne pas leur laisser un moment de répit. Quant à lui- môme, désespéré d'être signalé à Tanimadversion d'une partie de l'armée, il se bâta de rejoindre à Loja le corps qu'il commandait, perdit dès lors tout intérêt à la poursuite de la faction carliste, et se contenta désormais d'obéir scrupuleusement aux ordres du gouvernement, qui le ramena peu après vers le nord cl l'incorpora sous les ordres de Ilivero (mi-décembre).

Cette insurrection militaire de Cabra, symptôme déplorable des progrès de l'indiscipline dans l'armée et de la rivalité entre les chefs, fut la véritable cause du salut de Gomez; jamais il n'eût pu résister à la poursuite intelligente de deux divisions combinant leurs efforts, et les revers que lui fit éprouver la seule troupe d'Alaix montrent bien que déjà alors il était à bout de ressources.

Au moment où la colonne carliste se dirigeait vers Martos, une de ses divisions fut surprise à Alcaudètc par Tavant-garde d'Alaix, qui fut assez heureux pour s'emparer de cent quarante-trois prisonniers, d'un grand nombre de charrettes chargées de butin et d'une quantité considérable d'effets et de munitions de guerre. Cet événement fut le

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coup de grâce pour les expéditionnafres. Us perdirent dès ce moment toute leur énergie morale et ne songèrent pllis qu*à retourner promplement dans les provinces ; Tétut des chemins rendait d'ailleurs, dans cette saison, toutes les opérations excessivement difficiles.

En suivant les mouvements de Goniez depuis cette date du 29 novembre, on voit que Tidée du retour déOnitif est devenue sa seule et unique préoccupation. Le i*' décembre, il est aux pieds de De&peflaperros, dans les environs de Bailen ; dès le 3, il a déjà atteint les plaines de la Manche ; on le trouve le 6 à Uclès ; deux jours après, h Sacedon ; le 9, à GogoUudo ; il passe le 12 le Duero^ entre Aranda et Almazan; le J4, la petite rivière Arlanson, qui baigne la ville de Burgos. Dès le 17, au matin, il longe les bords de TËbre en cherchant un passage ; il le rencontre le jour même, pénètre dans la vallée du Losa, et, le 19, se retrouve enfln en pleine Biscaye, sous les murs d'Ordufia.

Pendant tout ce long trajet, les carlistes avaient été poursuivis avec acharnement par Alaix ; seulement, ayant eu prendre à l'origine quelque avance, ils Furent assez heureux pour ne pas se laisser atteindre. Le gouvernement, mécontent de la conduite d'AIaix à Cabra, lui avait fait parvenir Tordre, à Burgo de Osma, de résigner le commandement ; la persécution durait encore ; les soldats se reFusèrent Une seconde fois à admettre un autre chef et faillirent, par ce nouvel acte d'indiscipline, augmenter encore les dirflcultés de la situation. Alaix considérait san^ doute comme son premier devoir de rendre au général Espartero les mêmes troupes que celui-ci lui avait conflées; il ne se montra docile aux ordres du pouvoir central que quand ils lui furent transmis par son général en chef ; il se rendit alors à Burgos pour y attendre les décisions que prendrait à son égard le ministère, qui se jugeait insulté et

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amoindri par la conduite des troupes à Cabra et au Burgot Il semble que les fonctionnaires supérieurs de Tadminis-» tration carliste auraient dû accueillir avec enthousiasme le cher hardi qui avait promené Tétendard de don Carlos à travers toute la Péninsule , qui, en cinq mois, avait fait parcourir à ses soldats plus de 800 lieues, et qui ramenait au quartier royal un contingent supérieur à celui avec lequel il était partie Loin de là, à peine arrivé, Gomez fut enfermé dans un chÀteau; on lui Qt un procès sous le prétexte qu'il avait désobéi aux ordres du roi, en ne se bornant pas à organiser la guerre en Galice et dans les Asturies^ qu'il n'avait pas rendu un compte exact des capitaux dont il s^étail emparé à Gordoue, et qu*il avait abusé de son autorité en accordant des grades supérieurs à celui de commandant en second, pour lequel seul il était autorisée

Ce qui avait dû nuire principalement à la considération de Gomez dans l'esprit de don Carlos, ce sont les rapports et avis que Cabrera avait eu le temps de faire parvenir à la cour depuis le jour où, à Gaoeres, il avait dû, contre sa volonté, se séparer du reste de l'expédition. Les renseignements les plus exacts ne permettent pas de douter que la mésintelligence la plus complète n'ait cessé de régner entre les deux chefs carlistes pendant tout le temps qu'ils marchèrent ensemble d'Utiel à Cacères; c'était sans la volonté de Cabrera que les forces de Quilez et de Mirallès s'étaient unies à la colonne expéditionnaire venue des provinces basques. Dès les premiers jours, le chef de bande de Tortose, habitué au brigandage, n'avait cessé de murmurer contre un général sévère et inflexible, qui faisait la guerre avec plus de méthode et en se soumettant à certaines con-

> Parti avec 2700 fantassiiis et 130 chevaux, Gomez ramenait 3 153 fantassins et 633 chevaux. Il avait conservé ses deux pièces de campagne, et eonaidérabloment augmenté leur tntin correspondant.

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Tentions, qui le reléguait au second plan et daignait à peine écouter ses avis. A force de murmurer, de jalouser, d'envier, Cabrera en vint-il à ourdir une conspiration? On ne sait; toujours est-il qu'à Gacères il reçut Tordre de se séparer de Texpédition; qu'il put à peine emmener avec lui quelques compagnons d'armes, et dut passer par le chagrin de voir ses troupes valenciennes et aragonaises complètement détachées de son autorité. La mauvaise volonté de Quilez, qui n^avait jamais pu supporter sa domination, dut jouer un très-grand rôle dans toute celte affaire ; autrement on aurait peine à comprendre comment ces troupes purent consentir sans réclamations à son départ forcé. Toujours estil qu'une fois dégagé de Tautorité deGomez, avec son caractère vindicatif Cabrera dut employer toute son influence à perdre dansTesprit de don Carlos celui qui lui avait fait une injure aussi grave. Les faits prouvent qu'il réussit au gré de ses désirs.

On comprend facilement comment, exposé dans les plaines de TEstramadure à rencontrer sans auxiliaires des colonnes ennemies (3 novembre). Cabrera dut chercher à se mettre en relations avec les factions isolées qui opéraient dans cette province et dans la Manche. Jara, Orejita et d'autres chefs exaltés par la renommée qui s'attachait déjà à son nom, lui amenèrent quelques renforts. Au boul de quelques jours (12 novembre), il réunissait déjà autour de lui 900 cavaliers, avec lesquels il se sentit assez fort pour inquiéter les cités d'Albacète, do Quintanar de la Orden, et môme la capitale, aux environs de laquelle il osa s'approcher (21 novembre). Cependant son intention n'était pas de séjourner dans CCS parages dangereux ; il voulait conduire en Navarre les 900 cavaliers qu'il avait recrutés avant de retourner au centre ordinaire de ses opérations. Mais au moment d'atteindre le but de son voyage, il fut acculé sur

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