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CHAPITRE I. — LES EXPÉDITIONS CARLISTES

Ces dispositions prises, le blocus Fut recommencé sur de nouvelles bases dans les premiers jours de novembre. Au lieu d'attaquer directement les portes de la ville^ Eguia dirigea spécialement son attention vers les forts. Le 9 novembre, il occupait Banderas et Gapuchinos sur la rive droite, et le 10, prenait d'assaut sur la rive gaucbe le fort de San Mamès, où il trouvait huit canons, des fusils, des munitions et des vivres en abondance ; ces divers succès le rendaient maître de la navigation du fleuve et lui permettaient d*assurer ses communications sur les deux rives.

Sans perte de temps, Eguia continua ses opérations en investissant les forts de Burcena et de Luchana ; l'un et Taulre tombèrent entre ses mains. Il ne restait plus aux libéraux que le Desierto. Heureusement, cette dernière citadelle fut mise par les commandants de deux navires anglais en un tel état de défense, que les carlistes n'osèrent pas l'attaquer ; ils durent, bien malgré eux, la laisser aux mains de leurs adversaires.

C'est seulement quand tous ces préparatifs furent achevés qu'Ëguia consentit à ouvrir les travaux d'approche ; couvert sur la rive gauche par Villareal, établi à Gastrejana^ et sur la rive droite par l'infant don Sébastian, campé à Deusto, il commença, le 45 novembre, une série de parallèles qui devaient le conduire aux portes mêmes de la ville; le i7, il se crut assez avancé pour lancer une colonne sur le couvent de Saint-Augustin, placé en dehors de Tenceinte, à l'une des extrémités de la ville du côté du nord. Cet édifice, bien défendu, résista h toutes les attaques; une lutte acharnée s'engagea dans les environs.

Le feu terrible que les défenseurs essuyaient à la barricade la plus proche, la fit baptiser de ce nom funèbre : le Transit à la Mort, La fureur, et non le découragement, fut excitée chez eux à la vue des nombreuses victimes qui res-

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(aieni sur le théâtre de la lutte; les cœur« s'enfiammèrent de cet eotbousiasme héroïque qui assure le succès eq stiinulaat le sacrifice de la vie.

Arrêté quelques jours par le mauvais temps, Tassaut de ce couvent, tenté eu vain le 41 novembre, fut renouvelé le 33 d'abord, puis le tS, toujours avec le même insuccès. Mais un nouvel effort des carlistes leur réussit mieux le 37. Cette fois, une colonne hardie parvint à pénétrer dans Védilice. Elle put même essayer de s'y installer. Une grnude alarme s'élait répandue dans la population ; car, à la nouvelle de ce désastre venait se joindre l'idée qu'on n'avait plus à complet' sur l'intelligenle direction du commandant en chef. Une grave blessure venait d'éloigner du théâtre de la luUe le brave Sanlos San Sfiguel. Hais les habitants de Bilbao ne (ardèrent pas à recouvrer leur sérénité; un nouveau chef fut immédiatement choisi par la junte d'armement. A son appel, une masse de volontaires se précipita sur l'édifice que Te une mi occupait et parvint à le livrer aux flammes.

Grâce à ce sacrifice, grâce au dévouement général, il fut bicntAt possible de réparer la ligne de défense ainsi violée en un de ses points principaux; le nouveau commandant, en y accumulant avec soin tous les moyens défensifs que possède Tari nnlitaire, parvint enfin à atténuer un accident qui aurait pu devenir désastreux.

Deux jours après, le 39 novembre, de l'autre côté du Nervion, sur la rive gauche, les assiégeants tentèrent un nouvel effort ; ce jour-là ils attaquèrent l'hôpital de la Conception et parvinrent à y ouvrir une brèche ; mais devant les dispositions des assiégés ils se découragèrent bientôt et ne se décidèrent point à tenter l'assaut.

A partir de cette date, bien qu'ils restassent encore soumis au blocus le plus rigoureux, les habitants de Bilbao

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furent beaucoup moins éprouvés. Ils notèrent un ralentissement considérable dans toutes les opérations des assiégeants, et comprirent bientôt par leurs mouvements de troupes, ce que déjà au reste ils savaient par le télégraphe, que Tarmée libérale accourait à leur secours.

Cette armée était commandée en chef par celui de tous les généraux de division qui, depuis le commencement de la guerre, s*élait le plus concilié FaiTection du soldat et la reconnaissance du pays par le strict accomplissement de tous ses devoirs, par sa patience, son courage et son abnégation. Esparlero n'avait d'abord été nommé commandant en chef que par intérim ; on venait seulement de lui donner rinvestiture définitive (10 novembre). L'effectif disponible de son armée n'était que de quinze bataillons; à cette insuffisance dans le nombre, venaient s'ajouter et Tabsence complète de fonds, et la difficulté de se procurer des vivres, et l'état d'insubordination de corps auxiliaires mal payés, et enfin l'indiscipline générale dominant parmi les soldats et accrue de la rivalité des chefs. Tous ces traits suffisent à peine à donner une idée exacte de la déplorable situation à laquelle Espartero eut à fuire face pour venir au secours de Bilbao.

Quand toutes les difficultés provenant de ces causes eurent été vaincues par lui, il eut encore à lutter contre le mauvais temps, le délabrement des routes et le manque de moyens de transport. Voilà pourquoi, malgré son ardent désir de signaler par un coup d'éclat la prise de possession du commandement, il ne put arriver avant le %0 novembre à Gastro-Urdiales. Cinq journées^ entières durent encore être employées par lui, du âO au 95, à gagner Portugalote ; la plus grande partie des transports entre ces deux points ne put se faire que par mer.

Enfin, c'est le 27 seulement, le jour même où le couvent

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de Saint- Augustin étail si violemment attaqué par les carlistes, qu'Espartero avait pu révéler sa présence. Ce jour-là^ son avant-garde, descendue sur la rive gauche, s'empara de Burcena et put avancer jusqu'au pont de Gaslrejana; mais là elle rencontra les bataillons de Yillareal si bien disposés à la résistance, qu'il eût été dangereux de chercher à les déloger.

Ne voulant pas s'engager dans une entreprise compromettante, Espartero replia directement ses troupes sur Portugalete. LÀ, les génémux de l'armée libérale tinrent conseil^ et il fut décidé que l'on devait s*avAncer par la rive droite et non par la rive gauche Dès lors, tous les travaux commencèrent pour préparer le transbordement de l'armée. Un concours précieux fut apporté par lu marine britannique; on organisa des ponts de bateaux. Quelques troupes jetées en avant obligèrent les assiégeants à diriger vers le dehors les pièces de siège jusque-là tournées du côté de la ville. C'était déjà pour les assiégés un vrai répit; et, en somme, un résultat important, si l'on songe au petit nombre de pièces dont disposaient les carlistes. Ceux-ci, obligés à des travaux considérables, ne purent bientôt plus recruter d'ouvriers pour les exécuter; leurs munitions allèrent s'épuisant; tant de résistance dépassait toutes leurs prévisions.

Bilbao, pendant ce temps, supportait avec résignation toutes les souffrances de la privation et de Tattente ; en rapport avec le général en chef par la voie du télégraphe, elle le priait de bâter ses opérations et l'appelait avec anxiété. Elle ripostait par des coups de canon aux boulets encore dirigés contre ses murs, et par des contre-mines aux souterrains que creusait le génie ennemi. Pendant les trois premières semaines de décembre, elle s'attendait chaque jour à être délivrée, et vit chaque jour reculer l'instant de sa délivrance.

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