‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 64 sur 152 · CHAFITBB I. ^ LES EXPÉDITIONS CARLISTES · texte numérisé non relu

CHAFITBB I. ^ LES EXPÉDITIONS CARLISTES

pourvu, cnr une fois passé le premier moment d'hésita(ion causé par la levée du siège de Bilbuo^ ils avaient su, eux aussi, utiliser le répit qui leur fut laissé. Le commandement avait été ôté à Eguia et à Yillareal, bien plus coupables de n'avoir pas réussi avec des moyens insuffisants, que d'avoir péché par ignorance ou par faiblesse. Eno aussi avait été dépossédé des fonctions qu'il occupait. Le commandement général avait été donné à Tinfant don Sébastian, qu'un caractère généreux, le goût des beaux-aits et un grand esprit de tolérance éloignaient des fanatiques rt absolutistes. On lui avait en outre accordé comme secrétaire un ancien ami de Zumalacarreguy, Elio ; mais, en môme temps, par un esprit de dc^flance tout propre & don (Carlos, le vaincu de Mendigorria, Gonzalez Moreno, avait été investi des fonctions de chef d'état-major général : ne fallait-il pas donner toujours des gages à ce parti intolérant, bigot et cruel en qui seul on avait réellement confiance?

Ces nominations effectuées, on s^était occupé de réorganiser l'armée sur de nouvelles bases. Pour rester fidèle au principe de formation par provinces, on conserva les divisions navarraise, biscayenne, de Guipuzcoa et d'Alava; trois nouvelles furent créées sous les titres de Cantabraise, Aragonaise-Yalencienne et Castillane. Les chevaux furent répartis en quatre régiments ; des écoles furent instituées à Oftateet Mondragon pour les corps spéciaux de l'artillerie et du génie. L'effectif total misa la disposition de don Sébastian^ recruté au moyen d'une levée générale des hommes de dix-huit à cinquante ans qui fut rapidement exécutée, s'éleva à 32 000 hommes.

L'infant, nouvellement promu au grade de général, fit ses préparatifs en vue du plan de ses ennemis ; il opposa un corps d'armée à chacun des trois généraux qui devaient opérer contre lui, et se mit lui-même à la tète d'une colonne

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volante composée de huit bataillons et de trois escadrons, avec laquelle il devait successivement accourir sur les points où le péril serait le plus menaçant.

Son attention fut d^abord appelée du côté de Pampelune. Saarslield était parti de cette ville non le 10 mars, mais le il au matin seulement; son intention était de traverser du c6té de Lecumberri la chaîne qui sépare la Navarre du Guipuzcoa. Il pénétra jusqu'à moitié chemin, mais une tempête terrible l'arrêta tout à coup ; il craignit de s'aventurer dans les hautes montagnes, et, pour ne pas compromettre ses troupes, rétrograda jusqu'à Pampelune sans avoir rien fait pour l'œuvre commune.

Libre de cet adversaire, don Sébastian, dès qu'il le vit en retraite, se tourna versLacy Ewans.U était temps qu'il vint : les troupes carlistes chargées de garder les lignes d'Hernani avaient eu à supporter depuis le 10 mars une série de chocs qui avaient jeté chez elles le trouble et le désordre ; elles avaient perdu les hauteurs d'Oriamendi et se voyaient menacées jusque dans leurs derniers retranchements. L'arri* vée de don Sébastian changea complètement la face des choses; une nouvelle attaque tentée avec les renforts qu'il amenait fut couronnée d'un complet succès. Non^seulement Ewans fut chassé des hauteurs dont il s'était emparé, mais il dut se replier en désordre jusque sous les murs de Saint-Sébastien. Les trouiies auxiliaires anglaises surtout, qui avaient cédé à une honteuse panique^ furent taillées en pièces et poursuivies avec acharnement : on évalue à 400 morts. 900 blessés et 137 prisonniers la perte des libéraux dans la journée du 16 mars.

Restait Ëspartero, qui, fidèle à la convention, était aussi parti de Bilbao le 10 mars en marche sur Durango : il prit possession de cette dernière cité, dont il s'empressa de met* tre les fortifications en état, et s'avançait déjà sur Moudra-

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gon lorsqu'il apprit le désastre d'Ewans. A cette nouvelle, il jugea prudent de baltro en retraite, et crut avoir rem* porté un véritable succès en sauvant sa colonne des attaques réitérées dont elle fut l'objet et en la ramenant le 21 dans les murs de Bilbao sans avoir perdu plus de 500 hommes. Don Sébastian eut le regret de voir lui échapper une proie sur laquelle déjà il avait presque compté ; mais néanmoins ii avait bien modifié à l'avantage de sa cause la situa^ tion générale.

C'était désormais aux libéraux à redouter Tavenir ; Oriamendi leur avait fait perdre tout le prestige que leur avait un instant donné le succès du pont de Luchana. L'armée carliste paraissait en état d'entreprendre de grandes expéditions, elle était enorgueillie de son succès, et pleine de confiance dans le nouveau chef qui lui avait été donné.

L'état-major de don Carlos songea donc à utiliser cette disposition générale des esprits ; il sentait la nécessité de décharger les provinces basques et la Navarre du poids de la guerre, et comprenait que le moment était venu d'étendre partout la lutte, si l'on voulait conserver le concours il important des juntes locales. Il fut décidé que don Carlos partirait lui-même à la tète d'un corps d'armée, emmenant avec lui tout son personnel administratif, tous ses fonctionnaires ; qu'il se dirigerait par la Catalogne, TAragon et le royaume de Valence^ de manière à grouper autour de lui tontes les forces de ces contrées ; qu'après les avoir réunies il tenterait sur la capitale môme un coup de main qui pourrait changer la face des choses. Les préparatifs de cette grande expédition furent masqués avec soin ; pour expliquer ce qui ne pouvait être caché, on parla d'une nouvelle excursion projetée en Castille. En réalité^ tout fut conduit pendant le mois d'avril avec assez de mystère pour que le général Espartero s'engageât dans les premiers jours de mai

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dans une entreprise qui, une fois commencée, ne devait plus lui permettre de s'opposer au plan de Tétat-major carliste.

On conçoit que le gouvernement de Madrid avait h&te de relever sur les lieux niêmes le prestige que lui avait fait perdre le désastre d*Oriamendi ; tous les généraux de Tarmée libérale étaient animés du même esprit; ils supportaient avec peine Téchcc qui leur avait été infligé devant les lignes d'Hcrunni, et brûlaient du désir de les reprendre par la force. Ii!spartero, au lieu de viser à un but plus nlile^ eut la faiblesse d'écouter leurs clameurs; il aurait dû se préoccuper exclusivement de ces intentions secrètes de Tennemi qui cachaient un si grand péril; loin de là, il aima mieux, avec ridée lointaine de fermer toutes les communications des provinces avec la France, embarquer une partie de ses troupes pour Saint- Sebastien et se diriger lui-même sur ce point. 11 y était déjà le iO mai, croyant attirer sur lui l'effort principal des carlistes ; mais quel ne fut pas son désespoir, lorsqu'il ajiprit que don Carios, à la tète de la masse la plus imposante de ses forces, au lieu de venir audevant de lui, s'était dirigé vers l'est, et paraissait disposé à s'ouvrir de vive force le chemin do Saragosse, et peut-être celui de Barcelone I

Revenir sur ses pas, c'était faire un trop long détour et laisser trop d'avance à ses adversaires ; le mieux était de briser les lignes d'Hernani, qui fermaient l'entrée du Guipuzcoa, d'atteindre, si l'on pouvait, la ville de Pampelune, et, une fois là, de menacer sur ses derrières l'expédition royale, et au besoin de se placer entre elle et la capitale. C'est à cette dernière résolution que s'arrêta Espartero, et il s'occupa aussitôt de la réaliser : le 15 mai ses troupes occupèrent les hauteurs d'Oriumendi ; le 16 elles s'emparèrent d'Hernani, qui leur fut abandonné presque sans résistance.

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