‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 66 sur 152 · CHAPITRE ï* — LIS BXPtDlTIONS CÂBLIBTB · texte numérisé non relu

CHAPITRE ï* — LIS BXPtDlTIONS CÂBLIBTB

espérait voir affluer autour de lui uq très-grand nombre de partisans.

Combien ses espérances furent déçues 1 Point d'armée organisée, point de population enthousiaste, partout des vil-lages ennemis, des cultivateurs ardents à défendre leurs biens, des propriétaires cachant leurs richesses, des fermiers échappant à toutes les réquisitions et ne consentant à vendre du pain qu'au poids de Tor. Une junte ambitieuse, exerçant une grande influence sur un parti fanatique et ardent, mais plutôt pour conspirer que pour administrer, incapable de nourrir une armée, et aspirant cependant à asseoir son autorité sur les quatre provinces; puis des

chefs de bande, venant, il est vrai, offrir leurs services, Tun après l'autre, mais se montrant plus disposés à réclamer un concours qu'à en offrir ; on les voyait acharnés à demander des subsides et des récompenses, quoique peu prodigues de partager leurs munitions et leurs approvisionnements. Tel est le spectacle sous lequel la Catalogne, considérée d'abord comme une terre promise, se manifesta aux yeux des expéditionnaires; el encore l'armée carliste eut-elle soin de se maintenir dans les pays de montagnes où la cause qu'elle représentait pouvait aspirer à se considérer comme dominante. Que lui fût-il arrivé si elle s'était approchée du littoral tout dévoué à la révolution 7

Cette armée, qui en sortant de Navarre méritait d'être considérée comme un modèle de discipline, perdit beaucoup de ses qualités dans le passage des pays qui séparent le Cinca du Sègre : la faim est mauvaise conspillère, elle porta les soldats à. des actes qui dès les premiers jours les rendirent odieux à la population, elle grossit aussi à leurs yeux les inconvénients du mouvement projeté, et les excita contre la masse énorme d'employés et de fonctionnaires qui gênaient les opérations sans apporter aucun concours utile.

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Toutes les rivalités, les haines, les envies qui germaient au milieu d'elle prirent de plus grandes proportions ; les ofOciers subalternes se furent bientôt aperçus des divisions qui régnaient dans Tétat-major ; en plus d*une occasion on put voir que le général en chef et le chef d'étit-major général don Sébastian et Gonzalez Moreno avaient sur toutes choses des vues presque complètement opposées. Sébastian avait autour de lui un très-grand nombre d'amis, et s'il eût été réellement ambitieux, il eût pu penser plus, d'une fois à supplanter son oncle, dont l'incapacité avait trop d'occasions de se montrer.

Maroto n'avait pas réussi dans la mission qui lui avait été confiée au mois d'août de l'année précédente; un échec subi dès les premiers jours de son arrivée, au commencement de septembre 4836^ à l'attaque de la ville de Prats de Lusanes, avait dès l'origine détruit tout son prestige; ses idées de discipline sévère lui eurent bientôt aliéné les chefs de bande; lui-même, après avoir vu succomber son premier lieutenant dans une seconde action également défavorable, se dégoûta de mener une vie désastreuse plutôt fuite pour un chef de bandits que pour un tacticien comme lui ; il se décida à abandonner la partie : le 5 octobre il repassait la frontière et rentrait en France, où la police le tit interner et le maintint en captivité comme son prédécesseur, le comte d'Espagne.

La guerre, après son départ, avait continué à garder le caractère d'éparpillement qu'elle avait presque toujours eu jusqu'alors : seulement les diverses colonnes envoyées par Mina de tous côtés, à la tète desquelles se trouvaient placés des chefs intelligents comme Aspiroz, Ayerbe, Sébastian, Gurrea, Niubô, avaient pris partout un ascendant incontestable ; loin d'être poursuivies, c'étaient elles qui faisaient la chasse à leurs adversaires. L'hiver se passa des

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deux parts ca escarmouches, en actions isolées, en petits faits qui jetaient Tularme dans la contrée et le désordre dans les esprits, sans produire dans aucun sens un résultat sérieux : cet état de choses ne servait que les amis du désordre et du pillage, beaucoup trop nombreux dans ces contrées. Du côté des libéraux, la mort de Mina (26 décembre) avait contribué à relâcher Tunité du commandement et à diminuer la confiance dans le succès : son premier successeur, Francisco Serrano, n'avait aucune de ses qualités, ni son activité, ni son énergie; il n'avait point, surtout dans ces contrées si agitées, la popularité qui rend si facile l'exécution de tous les ordres.

Quant aux carlistes, ils reconnaissaient nominalement la direction du lieutenant auquel Maroto avait laissé Taulorité : don Blas Royo avait pris, vis-à-vis d'eux, le titre de commandant général ; en réalité son autorité, pendant tout le commencement de 1837, avait été presque nulle et son action inefDcace. L'approche de don Carlos eut pour résultat naturel de la relever. On crut que le roi arrivait avec de l'argent et des ressources de tout genre. Un certain nombre de chefs vinrent donc se ranger autour de Royo, et s'unirent avec lui à l'armée royale, lorsqu'elle eut passé le Sègre. Ce concours ne servit qu'à réparer les vides causés par les deux batailles de Huesca et de Barbastro. Encore ne devait-on pas attendre des Catalans indisciplinés les mêmes services que rendaient si bien les braves Navarrais et Basques qui venaient de succomber dans les plaines de l' Aragon.

Des troubles survenus à Barcelone avaient obligé le gouvernement libéral à remplacer le premier successeur de Mina et à choisir ponr capitaine général un homme de toute confiance, dont l'énergie de caractère fût à la hauteur des circonstances. Son choix s'était porté sur le baron de Meer, un des meilleurs généraux de l'armée du Nord. Cet officier

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