‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 67 sur 152 · LITll II. — BteBKCI DK CHUSTOOt · texte numérisé non relu

LITll II. — BteBKCI DK CHUSTOOt

supérieur, après avoir réprimé à Barcelone les mouvements populaires à Toccasion desquels il avait été nommé, s'était vu tout à coup menacé par Texpédition de don Carlos. 11 ne se troubla point, et, confiant dans la valeur de ses troupes, il eut ridée de fermer le passage à Texpédition, en s'appuyanl sur deux petites places, Grà et Guisona , et en s'abs^ tenant d'attaquer directement les carlistes en pleine campagne.

Le plan réussit : les généraux carlistes eurent la prétention de le débusquer des points fortifiés qu'il avait occupés, et ils furent repousses avec perte devant Grà. Ce succès valut au baron de Meer le titre de comte de Grà, que le gouvernement s'empressa de lui envoyer en raison de ce fait d'armes (4i juin).

Les résultats de cette action furent considérables : quoique l'on ait beaucoup reproché au baron de Meer de n'avoir pas poursuivi les ennemis après leur déroute, il y eut, croyonsnous, plus de sagesse de sa part à rester dans l'attitude de la défense. Les carlistes étaient plus nombreux : ils venaient de l'emporter dans deux actions précédentes; les poursuivre, c'eût été compromettre le succès ; eu s'aventurant en dehors des poinis fortifiés, on pouvait leur fournir l'occasion d'un avantage qui aurait établi leur supériorité morale en Catalogne ; au contraire, leur prestige dissipé à Grà, il y avait tout avantage à leur laisser supporter toutes les oonsé* quences malheureuses d'une excursion à travers des pays pauvres, montagneux et inhospitaliers; et la preuve, c'est que Télat-major de don Carlos ne songea plus un seul instant après cet événement è séjourner en Catalogne : il occupa Solsona, y résida seulement pendant cinq jours, y prit quelques dispositions relatives à Torganleation de la guerre civile dans la province, puis renvoya une partie de ses bouches inutiles, ol ne songea plus qu'à aller tendre la

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main à Cabrera, de qui on attendait un appui bien autrement décisif.

Peut-être le baron de Meer eût-il pu mieux prévoir les intentions de ses adversaires, et eût-il dû les harceler avec plus d*acharnement pendant le long trajet qu'ils eurent à parcourir depuis Solsona jusqu'aux rives de TEbre, entre Mora del Ebro et Tortose (du 49 au 39 juin) ; mais^ si Ton songe qu'il avait affaire, en même temps qu'à l'expédition royale, à une province rebelle, où existaient plusieurs centres d'insurrection, on doit comprendre qu'il considérât comme un grand triomphe le fait d'avoir éloigné de son territoire la colonne expéditionnaire.

En traversant l'Ëbre, don Carlos entrait dans le domaine ordinaire des exploits de Cabrera. Le monarque absolu dut, dès l'origine^ éprouver certaine jalousie du haut degré d'influence qu'en peu d'années avait su acquérir un simple étudiant. A la place de l'anarchie catalane, on vit apparaître un petit corps d'armée opérant avec ensemble et régularité, plié à la discipline et obéissant avec une résignation absolue à tous les ordres qui lui étaient donnés. Cabrera, dès qu'il avait appris que don Carlos avait franchi le Sègre, s'était empressé de lui envoyer deux de ses amis les plus dévoués, pour le prier de pénétrer dans le Maestrazgo ; il promettait de tout fournir^ provisions et munitions, et s'engageait luimême à faciliter, aux environs de Cherta« le passage de TEbre, qui se présentait comme une opération difficile. On eut en lui une confiance qui ne fut pas démentie par les faits. Cabrera parvint à déjouer les efforts des deux lieutenants d'Oraa, Nogueras et Bor$o, qui cherchaient à opérer entre eux une jonction pour empêcher l'armée royale d'aborder sur la rive droite; il fit transporter par terre de San Carlos de la Rapita un nombre suffisant de barques, arrêta la marche en avant de Nogueras du côté de Mora

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del Ebro, tint en respect Borso aux environs mêmes de Cherta, et, aux applaudissements de toute la colonne expéditionnaire, accompagna le prétendant dans la chaloupe qui le trausportait sur la rive droite (29 juin).

La réorganisation de son armée, après l'affaire de Rincon del Solo, et la perte de Cantavieja avaient coûté à Cabrera bien moins d'efforts qu'il ne l'aurait cru lui-même : la nouvelle de son retour avait causé dans tout le pays une surexcitation de confiance et d'espoir qui avait donné de suite un nouvel élan à la cause carliste. Pour l'accroître, il avait proflté avec habileté de la désunion qui régnait entre les divers lieutenants du commandant en chef de l'armée du Centre ; il avait fait subir à deux d'entre eux, aux lieux dits las Cabrillas et Pla del Pou, des revers qui lui avaient rendu en peu de temps la supériorité morale. Trois mois après son retour de San Miguel d'Aïmazan, en avril 1837, il dominait déjà presque tout le territoire du royaume de Valence; les libéraux de la capitale n'osaient plus sortir de leurs murailles ; des exécutions sanglantes, ordonnées par Cabrera dans des conditions qui en faisaient toujours ressortir la cruauté et qui étaient de nature à répandre partout la terreur, avaient surexcité les esprits ; les chefs des colonnes libérales, ahuris, inquiets, isolés, laissaient ravager sous leurs yeux et la belle Huert') de Valence, et même celle d'Orihuela, située beaucoup plus au sud. Instruit de cet état de choses, le gouvernement libéral avait cherché à rétablir l'unité de la discipline, en soumettant les généraux divisionnaires à un commandant ferme et énergique, et son choix s'était porté sur Marcelino Oraa, le chef d'état-major à l'armée du Nord, qui avait contribué avec Espartero à la levée du siège de Bilbao. Oraa avait pris en main le commandement avec la fermeté qui lui était habituelle ; disposé d'abord à mépriser

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