CHAPITRE 1. — LES EXPÉDITIONS CARLISTES
son onnemi, il en était venu peu à peu à se persuader quo ses ressources pour le réduire étaient bien loin d'être suffisantes. Cabrera, sans se laisser effrayer par les manœuvres de son nouvel adversaire, était parvenu à reprendre possession par surprise de Ganta vieja (25 avril); il s'était ensuite e.nparé de San Mateo, dont il avait démoli les forliQcations ; puis il avait failli s'approprier un riche convoi destiné à approvisionner Morella, et enfin avait mis pour la quatrième fois le siège devant la cité de Gandesa, qui avait persisté dans sa résistance et ne s'était sauvée que grâce à l'arrivée opportune de Nogueras (fin maij.
Quand l'armée de don Carlos eut opéré sa jonction avec les troupes de Cabrera (:29 juin), il n'y avait donc dans tout le levant de la Péninsule aucun corps ennemi en état d'opposer une résistance sérieuse à ces forces combinées ; ainsi lu situation pour les libéraux devenait plus dangereuse qu'elle n'avait jamais été à aucune autre époque de la guerre. Il fallait à tout prix concentrer en quelques jours une armée presque égale ; ce fut la mission que s'imposa Oraa. Sans perdre de temps, il se dirigea sur Teruel, où il trouva la division Iriarte, qui lui avait été envoyée par Espartero; il appela ensuite des bords de l'Ëbre Nogueras et Borso en les chargeant tous deux d'observer l'expédition et delà suivre jusqu'aux plaines de Valence, si, comme on s'y attendait, elle tentait défaire une diversion sur cette importante capitale ; enOn il réclama le concours de la division Buerens, el lui envoya Tordre de descendre les rives de l'Ëbre par Moya, afin de couvrir la route de Cas tille.
Don Curlos et Cabrera avaient hésité quelque temps sur le parti qu'ils devaient prendre : ils s'étaient enfin décidés pour la direction du Sud, et par Lldecona, San Mateo, Burriana, Nules, étaient peu à peu descendus jusqu'aux
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plaines du Guadalaviar sans trouver d'autre résistance que celle de Gastellon de la Plana, qu'ils avaient inutilement sommée de se rendre (8 juillet).
Oraa sut mettre le temps à proflt ; il avait envoyé par devant la division Irlarte pour occuper la ville de Segorbe ; la division Nogueras l'avait déjà rejoint; pour Atre en état d'agir il ne croyait plus avoir besoin que d'opérer sa jonction avec Borso ; quelques mouvements habiles lui permirent d'atteindre ce but, et le i 4 juillet, il était déjà en position, à la tète de ces trois corps, de couvrir Valence, tandis que l'armée carliste, maîtresse des montagnes, s'était emparée à Gheste et h Gbiva de tous les points dominant la route de Gastille. Mais il n'y avait pas un instant à perdre; s'il n'attaquait immédiatement, les carlistes pouvaient par une course rapide prendre les devants, et comme la route était à eux, ils n'avaient qu*à marcher sur la capitale en laissant derrière eux l'armée du Gentre. Oraa sentit ce danger, et, quoique inférieur en forces, voulut engager la lutte; il eut le bonheur de surprendre adroitement la division carliste établie à Gheste, et, profitant du premier désordre causé par cette surprise, fit avancer toutes ses lignes, chassa les ennemis de Ghiva, les poursuivit sans leur permettro de se mettre en position, et par cette action plus heureuse que sanglante, dans laquelle il put faire 300 prisonniers, reprit possession de celte route, objet de tous ses efforts (14 juillet).
La déroute de Ghiva eut un grand effet moral; elle détruisit dans tout le pays la terreur profonde qu'avait causée l'union des forces carlistes, et démontra que cette circonstance ne les rendait pas invincibles. Au point de vue stratégique, en rejetant l'expédition dans les pays montagneux, elle condamna les carlistes à vivre sur leurs approvisionnements, au lieu de les laisser croître et grandir par Texploitation
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de diBtricts richeâ et fertiles. Gomme s'il n'avait au<3une opération à tenter en ces graves circonstances^ Tétatmajor do don Carlos, trop divisé poiir combiner nn plan, passa nn mois tout entier à occuper toutes les positions qui autour de Cantavieja avaient été si souvent défendues par lessoldutïi de Cabrera (15 juillet au 15 aoÛt)< Ce n'est qu'après ce long repos qu'il songea à reprendre la campa* gnC) soit qu'il craignit d'être attaqué par Oraa dans ces parages^ goit qu'il crût avoir assez attendu pour laisser à une expédition commandée par Zariategui, qui était récemment sortie des provinces, le temps d'arriver Jusque sur Madrid et d'inquiéter aussi la capitale en la mennçant d'un autre c6té.
Après une si longue attente, il semble que les libéraux ne pouvaient plus être pris au dépourvu: n'avaient-ils pas eu tout le temps de se concerter et de prendre leurs précau* lions? A la grande douleur de la nation, il arriva pourtant que le premier effort des carlistes à leur sortie des défilés de Cantavieja leur fournit un des plus éclatants succès qu'ils eussent encore obtenus pendant toute la guerre ; ils atteignirent non loin de Daroca, aux lieux dits Herrera et Villar de les Navarros, une des plus belles divisions de Tarmée du Nord, celle que commandait Buerens, et lui firent éprouver une déroute complète. Cette division flottait indécise, recevant alternativement des ordres d'Espartero et d'Oraa, et ne sachant jamais auquel obéir de c«s deux commandants; son général, plein d'ardeur et de bonne volonté, ne se douta point qu'il avait en présence toutes les forces de l'armée carliste; il livra la bataille dans des conditions désastreuses et fut sur le point de perdre toute sa division. Au prix des plus grands efforts» son centre et son aile gauche purent s'échapper ; mais l'aide droite^ abandonnée à elle-même, ne voulant pas se retirer sans
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en avoir reça Torilre, s'étail formée en cnrréft pour ré* sisler aux agressions de Tennemi ; après avoir supporté sept charges, elle fut violemmont rompue, en partie décimée et en partie faite prisonnière. Les libéraux dans cette triste journée perdirent 90 officiers et près de 2 000 hommes, tués, blessés, et prisonniers : ils abandonnèrent près de 5000 fusils, leur artillerie, leurs bagages, tandis que le vainqueur comptait à peine une perte de cent hommes, parmi lesquels, il est vrai, se trouvait Tun des principaux factieux, TAragonais Quilez (24 août).
Aussitôt qu'il fut informé de ce revers, Oraa, qui campait dans le voisinage, s'empressa d'accourir pour recueillir tous les débris de sa malheureuse division; l'état de ses troupes, fatiguées et dénuées de ressources ne lui permetlait point de songer à se venger. D'ailleurs le gouvernement, pour rétablir Tunité de commandement, venait de le placer sous les ordres du commandant eu chef de Tannée du Nord, qui, obligé de faire face à divers dangers, ne voulait pas qu'on livrât d'engagement avant son arrivée sur le théâtre de la guerre. Ëspartero avait depuis longtemps déjà quitté les provinces du Nord, pour courir au secours de Madrid alarmé ; préoccupé à la fois et des tendances politiques d'une grande partie de ses officiers et de l'expédition de Zîu-iategui, dont nous aurous à nous occuper, et de la nécessité de pourvoir aux besoins constants et journaliers de ses troupes, il avait jusque-là négligé la poursuite directe de Tarméededon Carlos, dont tout le poids avait exclusivement pesé sur Oraa. A la nouvelle du désastre d'Herrera, il crut de son devoir de courir .de suite au-devant de Tennemi ; et abandonnant la capitale, où il était môle à toutes les luttes politiques, et où il venait d'être investi du portefeuille de ministre de la guerre, il se hâta de gagner par Jadraque et Siguenza la ville de Daroca, où il se trouvait, le 1*' sep-
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lembre, en contact avec le corps d'Oraa et les restes de la division Buerens.
Dès qu'ils eurent avis de son approche, les carlistes ne se crurent plus en état de gagner lia province de Guadabijara ; ils redescendirent à la Sierra de Albarracin, où Cabrera vint les rejoindre avec un renfort important, laissèrent Espnrlero descendre jusqu'à Cuenca, s'avancèrent ensuile plus au sud, puis tournant tout à coup à l'ouest, par des marches forcées et rapides, se présentèrent à Tarancon le iO, passèrent le Tage près de Fuenteduefia le i i , atteignirent le i2 la côte d*Arganda, et purent ce même jour envoyer leurs cavaliers jusqu'aux portes de la capitale.
Madrid les attendait ; les incursions précédentes de don Basilio et de Gomez, celle beaucoup plus inquiétante de Zariategui, avaient forcé depuis longtemps Padminist ration à prendre pour sa défens3 toutes les précautions possibles. Tout ce qu'il y avait dans la capitale d'hommes valides, d'anciens militaires, s'était offert généreusement à prendre les armes : on était décidé à la résistance. La milice nationale, très-unnnime, n'était partagée devant ce péril par aucune division; si l'alarme existait quelque part, c'était peut-être exclusivement dans le palais, où dl)n Carlos ne manquait, du reste, point d'intelligences et de relations.
Il est très-probable que, dans le quartier général carliste, on avait toujours calculé que l'approche seule de l'armée royale suffirait pour déterminer une révolution dans le sens absolutiste. Les faits démontrèrent combien cette espérance était mal fondée ; pas un cri ne se fit entendre en faveur du roi absolu ; il n'y eut que des malédictions contre les fauteurs de la guerre civile.
L'inquiétude^ si malgré la haine il y en eut quelque peu, ne dura qu'un instant. Espartero, devancé à Cuenca, arriva
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aussilôt sur les talons de Tannée carlibte; une fois qu'il la tint aux environs de Madrid, il ne lui laissa plus un mo* ment de répit.
Les généraux les plus intelligents de cette armée auraient voulu qu'on livrât bataille, mais ils ne purent l'obtenir : après les fatigues énormes qu'on avait éprouvées pour gagner la cnpit^tle, il semble que toute puissance d'ngir avait disparu; les forces humaines avaient été dépassées; des symptômes d'une lassitude extrême se manifestèrent chez les ofDciers, comme chez les soldats, et, comme toujours, dans ces occa* sions, l'esprit de discorde prit le dessus sur tous les autres sentiments. Incapable de tenir la campagne en présence d'Espartero, l'armée carliste ne pouvait avoir la prétention de mettre le siège devant Madrid; elle ne portait avec elle que des provisions insuffisantes et se trouvait condamnée à vivre sur le pays. On sentit instinctivement que le grand effort accompli n'aurait aucun résultat; dès lors un grand découragement commença h s'emparer d'elle, et lorsque, le 19 septembre, elle fut attaquée à Aranzueque, son attitude molle et languissante trahit sa faiblesse d'une manière évidente ; elle se laissa repousser des positions qu'elle occupait sans les défendre, et commença à se disperser sans combattre. Ce mouvement, une fois inauguré, prit de telles proportions, que deux jours après, à Brihuega, au lieu de f 9000 hommes, don Carlos n'en comptait plus autour de lui que 4Ô00. Des divisions entières, celles de Zabala et de Sanz, Cabrera lui-même, avaient quitté le gros des troupes, ne songeant plus à trouver leur salut que dans leur propre initiative. Dans une telle situation, il ne pouvait plus être question que de retourner le plus promptement possible dans les provinces et en Navarre -, Tétat-major de don Carlos n'eut plus d'autre préoccupation ; toutefois, pour assurer sa retraite et se défendre contre les poursuites de l'ennemi, il chercha
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à se mettre en communication avec Zariâtegui, et lui envoya Tordre de rejoindre Tarmée royale.
Zariategui s'empressa d'accourir à Tappel qui lui était fait, et éprouva une bien cruelle déception quand il se fut assuré du triste état auquel était réduite la belle expédition partie d'Estella le 45 mai dernier. Lui, au contraire, n'avait fait que prospérer et marcher de succès en succès, depuis le 20 juillet, époque où il avait quitté la province d'Alava à la tète de six bataillons et de deux escadrons ; il avait pu repousser sans trop de difOcullé le chef de la légion portugaise, das Antas, qui avait cherché à lui barrer le passage; il s'était réuni à un autre chef de colonne, Goiri, qui^ après avoir traversé PEbre en un point plus élevé, lui avait amené deux autres bataillons et un escadron^ puis, à la tète de cette troupe déjà imposante (environ 4500 bommes), il s'était engagé dans les sierras de la province de Burgos, où il avait organisé tous les éléments d'une guerre sérieuse, réduisant les points fortifiés et armant les populations sympathiques à sa cause. Lorsqu'il eut soumis les sierras, il s'était trouvé à l'entrée des plaines de la Yieille-Gastille, mattre de se précipiter à son gré sur plusieurs capitales de provinces; alors il avait trompé par une feinte habile les officiers qui le poursuivaient, et tandis qu'on le croyait à Pefiaflel et Roa, en route pour Valladolid, il s'était tout à coup précipité sur Ségovie, avait obligé cette ville à capituler, et même avait pris possession de l'ancien Alcazar royal, aujourd'hui brûlé, mais cher à tous les cœurs espagnols par les souvenirs qu'il évoque (4 août).
Ségovie n'est pas à plus de 80 kilomètres de Madrid; elle n'en est séparée que par la chaîne de Somo-Sierra ; on comprend donc que l'occupation de cette cité par les carlistes produisît plus d'alarme dans la capitale que n'en avait jamais jeté rapproche de don Basilîo ou de Gomez (4 août). Le
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gouvernement ne se crut en sûreté que quand il eut appelé pour sa défense tous les généraux qui commandaient à des colonnes importantes; il fallut queMendez-Vigo, Puig-Samper et Aspiroz accourussent de TOuest pour fermer toutes les issues de Somo-Sierra et du Guadarrama et couvrir Madrid ; cela ne suffit même pas : Espartero fut appelé et dut cesser de poursuivre don Carlos pour accourir, avec son armée, au secours d'une population agitée par la peur.
Zariategui, iiiatlre de Ségovie, s'occupa d'abord de la fortifier : il pénétra ensuite dans la résidence royale de la Granja, traversa la montagne et lança ses éclaireurs sur le versant méridional, jusqu'à las Rozas et Torreledones, d*où l'on distingue parfaitement les nombreux clochers de la capitale des Espagnes ; en présence des dispositions prises, il dut pourtant reconnaître son impuissance, et se vit forcé de retourner en arrière pour tenter des entreprises plus faciles (iO août). Il croyait avoir le temps d'envoyer une colonne sur Avila; mais ses adversaires ne le lui permirent pas; informés de la faiblesse numérique de ses troupes, ils se décidèrent enfin à prendre Toffensive. Zariategui, trop isolé, n'osa pas diviser ses forces en laissant à Ségovie un contingent suffisant pour défendre cette place, il se décida, quoiqu'à regret à l'abandonner, et, le iS août, reprit le chemin de la Sierra de Burgos dans un ordre parfait, sans avoir éprouvé le moindre revers comme prix de son incroyable témérité.
Une fois dans les montagnes, Zariategui recueillit le fruit des sages mesures qu'il avait prises au commencément de son expédition; ses points fortifiés, ses dépôts de malades bien établis, lui permirent de tenir la campagne contre un ennemi beaucoup plus nombreux; il eut des succès, put livrer à Nebreda une action qui fut presque indécise, obligea les places de Burgo et de Lerma à capituler