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CHAPITRE IV

Troisième période : 1820-1828. — Le réveil du pays en 1820 se manifeste surtout dans les journaux et dans les clubs. — Miscellanea. El ïmparcial, El Censor» — Les sociétés patriotiques.

Fondation du collège de San Mateo. — Ardente jeunesse qui vient se grouper autour de Lista.

Les tJiéfttres ; compagnies d'acteurs. — Le drame et la tragédie sont abandonnés pour l'opéra.

Dts que le roi, après les scènes des 8 et 9 mars 1820, se fut décidé à jurer la Constilulion de 1812, la nation espagnole se crut unmoment arrivée d'un seul coup à la Iranquille jouissance d'une liberté régulière et d'institutions constitutionnelles ; nous nous sommes plu à signaler ces courls instants de joie et d'allégresse pendant lesquels elio crut arrivé le moment de sa régénération décisive *.

La presse devait être la première à profiter du nouvel essor donné à la pensée. C'est elle, en effet, qui élait appelée tout d'abord h marquer le ton que Topinion publique devait prendre vn cette époque difficile, et son infiuence devait être d'autant plus grande que le silence des six années précédentes avait été plus complet.

Elle eut, dès l'origine, parfaite conscience de son rôle, et les premiers jours virent éclore un nombre considérable de publications. Entre elles se distinguait en première ligne la Miscellanea de Xavier de Burgos, esprit pratique, doué de goûts très-littéraires et désireux d'introduire dans son piiys tous les rouages de l'administration française, auxquels il

* Voir le chapitre !•' dujtome II.

LETTRES, SCIENCBg ET Â1IT8 SOUS FERDINAND YII. 39

attribuait une valeur exagérée. Le succès de ce recueil détermina Bnrgos à le transformer en un grand journal, El Impareial^ dans lequel, avec la collaboration d'hommes distingués, comme Sébastian de Mifiano, il entreprit l'éducation de ses compatriotes si arriérés sous tous les rapports qui constituent la grandiur des peuples modernes.

D'autres hommes, non moins distingués, marchèrent sur ses traces, et c'est avec un certain respect que nous avons pircouni une collection de dix-sept volumes, publiée à celte époque sous le titre à^El Censor, par Lista, Hermosilla, Mifiano, Gallego, etc. Nous y avons reconnu, il est vrai, une quantité considérable de morceaux traduits de ceux de nos auteurs qui défendaient le mieux,à cette époque en Fnmce les idées libérales, MM. Comte, Dunoyer, Say, et mémo le promoteur du socialisme, Henri Saint-Simon ; mais, pour n'être pas originale, cette œuvre n'en étidt pas moins un grand bienfait. Combien n'ét^iit-il pas utile de vulgariser alors de l'autre côié des Pyrénées le fécond enseignement qui pouvait ressortir des leçons de ces divers écrivaiosl Quel succès s'ils avaient pu être compris du peuple espagnol 1 Malheurensement, il ne pouvait y avoir de disciples pour un enseignement particulièrement adressé aux hommes qui vivent de lu vie industrielle, dans une population exclusivement composée, comme celle de Madrid, de courtisans, d'employés, de militaires et de dômes* tiques.

Le nombre des lecteurs était insufQsant pour faire vivre toutes les feuilles publiques qui furent créées après 1820; la plupart des publications qui avaient vu le jour le lendemain de la révolution durent disparaître, et le journalisme ne tarda pas à devenir tout simplement une arène pour la lutte des passions politiques.

Dans les quelques mois antérieurs à l'entrée du ducd'Âa-

goulème en Espagne, la presse Q*a déjà plus que ce caractère d'instrument de combat; les journaux les plus influents ne s^occupent plus de raisonner et d'éclairer, ils agitent, ils excitent. La Tercerola^ el Zurriago ne songent qu'à échauffer les esprits et à irriter les passions. Il fallait bien au reste que le parti libéral employât cette arme avec une certaine énergie, car les apostoliques, qui d'abord avaient affecté de ne considérer If s journaux que comme des feuilles d'avis et d'annonces, avaient commencé à comprendre Tusage qu'on en pouvait faire pour agir sur les masses?. Ils y mettaient autre chose que les degrés de température, les fêtes du calendrier, les numéros gagnants delà loterie, les détails sur les confréries, l'annonce des ventes et adjudications; ils avaient déjà leurs organes spéciaux, rédigés, il est vrai, presque toujours sans talent, mais avec une connaissance approfondie de toutes les préventions et de Ions les préjugés sur lesquels il fallait s'appuyer pour reculer le triomphe de la raison et maintenir le règne delà superstition.

La même transformation s'était opérée dans le sein des sociétés patriotiques. D'abord fréquentées par des hommes de mérite, des orateurs de vraie distinction, copfime Alcala Galiano, elles avaient été peu à peu dominées par des talents secondaires, obéissant à des vues étroites et mesquines, à des intérêts sordides ; aussi, après avoir contribué à répandre dans le peuple de précieux enseignements, à donner le goût de l'éloquence et du beau langage, elles étaient devenues peu à peu des succursales des halles et marchés publics ;les applaudissements les plus vifs y étaient décernés à l'injure la plus grossière, à la phrase la plus violente.

La mode des banquets, qui s'était répandue après la grande fête patriotique célébrée au Prado le lendemain de la journée du 7 juillet, fut plus favorable aux lettres que

LBTTRBS^ SaSNCKS £T ÀETft 0OOS FERDINAND Yll. 41

celle des clubs ; à ]a suite de ces repas, il n'était pas rare de voir apparaître d'habiles improvisateurs qui, par des vers brillants, gracieux, bien appropriés à la circonstance, excitaient les applaudissements des convives.

On avait parfaitement senti en Espagne, durant cette période, la nécessité d*une réforme universilaire, et dès 1821 une nouvelle loi sur Tinstruction publique avait été votée par les Gortès. Si elle eût pu être immédiatement appliquée, de grands résultats n'auraient pas tardé à se manifester ; mais les ressources manquaient, et le beau plan resta fixé sur le papier^ rien de plus.

Ce qu'on ne put réaliser pour la masse, quelques intelli* gences distinguées le mirent à exécution pour les classes les plus élevées de la société ; elles organisèrent, sous le nom de San àtateoy un collège dont renseignement pro* mettait avant tout d'être libéral, et dirigé dans le sens du progrès des idées modernes. Lista, directeur de ce collège, et professeur de trois facultés distinctes, eut le bonheur de réunir autour de lui une foule de jeunes gens, qui tous manifestaient le plus ardent désir d'allumer le flambeau de la civilisation espagnole; cet honnôte homme, à la fois poëte^ critique et savant, plein de sagesse et de modération, malheureusement trop enclin au doctrinarisme que Royer-Gol* lard mettait à la mode en France, ennemi de la passion, ferme dans ses convictions, plus tard beaucoup trop hostile aux tendances du romantisme, aura toujours sa place dans rhistoire de son pays. C'est auprès de lui que se formèrent la plupart des écrivains qui vont honorer la littérature espagnole : Espronceda, Patricio de Escosura, Yentura de la Vega, Roca de Togores, pour ne citer que les plus illustres, et omission faite de généraux, de diplomates et d'hommes d'État qui formeront plus tard l'arrière-ban du parlementarisme.

Le succè8 du collège de San Mateo fut complet ; mais il excitait trop le roéconteiitement des apostoliques pour résister à la chute du système coustilutionnel : il fut fermé le jour même où le duc d'Ângoulême entra dans Madrid à la tête de ses troupes.

De son côté, l'art dramatique contribua fort peu au progrès général de la société; il ne se trouva aucun acteur pour prendre la pince de Maiquez, et la tragédie perdit ainsi le plus grand de ses attraits. La foule, éloignée depuis longtemps des théâtres par Tinsuffisance des pièces qu'autorisait la censure, ne put y être rappelée, et les compagnies d'acteurs qui expbitaient les principales scènes se laissèrent nller au plus sombre découragement. Elles avaient offert en vain quelques pièces de circonstance, quelques drames prohibés ; ces essais n'avaient point satisfait le public, et la modo s'était déclarée avec fureur pour les opéras de llosbini, dont tous les journaux étrangers répétaient alors les louanges avec l'accent du plus vif enthousiasme.

Il fallait, pour satisfaire cette nouvelle exigence du public, des compagnies plus riches, des scènes tout autrement dis* posées que celles qui existaient alors à Madrid; sous Tem* pire de cette nécessité, toutes les anciennes comi^gnies d'acteurs furent forcées de se liquider, et les auteurs qui auraient pu se vouer à la composition des pièces dramatiques cherchèrent dans la presse ou à la tribune les triom« phes que le théâtre leur refusait.

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