CRAPITHB II. — LB8 CORTÈS CONSTITUANTES
dette intérieure, échu en avril 1837, ne fut également point payé. L*expédition<le Gomez^ le siège deBilbao^ l'expédition de don Carlos troublèrent à tel point tout le mouvement économique et administratif du pays pendant cette période désastreuse, que^ s'il avait fallu faire face à cette lourde dépense, il eût fallu négliger les besoins de Tarmée et suspendre la répression de la guerre civile.
Quelle que fût la répugnance de Mendizabal à frapper dans sa source le crédit public, il préféra lui porter une sérieuse atteinte plutôt que de faiblir un seul instant dans la lutte, et de mollir au moment même où un seul effort pouvait amener le triomphe de la cause libérale.
Qi^'étaient-ce que les produits de Texemption pour la conscription, la mobilisation et la réquisition, de l'emprunt forcé de 200 millions, du surplus des caisses coloniales^ de la vente des biens nationaux, meubles et immeubles, en face d'un budget de dépenses de 1 570 millions, pour lequel les contributions ordinaires, si elles avaient pu se toucher régulièrement ne pou valent jamais fournir queSOO millions?
Il n'y avait pas à se faire d'illusion ; toutes les opérations reposant s^ur de nouvelles émissions de dette flottante ne pouvaient plus amener que la ruine ; les ressources étaient insuffisantes; un emprunt était devenu nécessaire. Mais cet emprunt même, comment le négocier, alors que le 5 pour iOO, malgré les avantages qui lui avaient été accordés pour la vente des biens nationaux, était descendu à 20 et ââ pour 100; alors surtout que deux coupons de la dette étrangère et un de la dette intérieure étaient impayés?
11 fut d'abord question de demander aux gouvernements français et anglais leur garantie pour l'émission de l'emprunt décrété; mais, dès l'origine des négociations, il fallut^ devant la résistance des ministres de Louis-Philippe, perdre toute espérance d'obtenir la garantie de la France.
82 LITM U. — RÉ68NCB DE CHBI8TINB.
Les relations de Mendizabal avec les ministres d'Angleterre semblaient devoir rendre plus praticable une combinaison qui avait pour but d'hypothéquer pour un nouvel emprunt les rentes de Ttle de Cuba, en chargeant le gouvernement anglais de les percevoir et de les distribuer. Mais Ih on vit tout à coup surgir une nouvelle diffîcuité. Lord Palmerston oITrit la garantie de son gouvernement, sous la soûle condition que les Cortès ratifleraient un traité de commerce qui assurerait la libre entrée en Espagne des produits de rindustrie anglaise.
A cette nouvelle, de très-nombreux intérêts qui jusqu'alors avaient énergiquement soutenu Mendizabal commencèrent à s'alarmer ; ils virent en lui un homme trop préoccupé du commerce, trop peu inquiet de développer dans la Péninsule les forces industrielles. La junte de commerce de Barcelone, la commission des fabricants de Catalogne répandirent de nombreux manifestes contre le ministre; elles l'accusèrent de vouloir sacrifier, aux visées ambitieuses de l'Angleterre, l'avenir tout entier du pays, qui n'entendait pas rester éternellement à la merci des producteurs britanniques.
Le gouvernement français, par un sentiment de jalousie contre l'Angleterre, joignit tous ses efforts à ceux des Catalans pour empêcher la signature du traité de commerce, et s'aida auprès de la régente de toute l'influence des intérêts soulevés, afin de l'empêcher de donner son acquiescement à une mesure que l'industrie française aurait naturellement vu réaliser avec un profond dépit. Ses efforts furent couronnés de succès, et le traité de commerce ne fut pas signé ; ou s'il fut convenu entre le ministre des finances et le chargé d'affaires anglais, il ne fut point admis par la régente. Les Catalans eurent satisfaction, mais l'argent continua à manquer dans les coffres de l'Etat.