CHAPITRB II. — LES CORTÈS CONSTITUANTES
Privé de demander aucune ressource à Temprunt, Mendizabal se décida à solliciter des Gortès une nouvelle contribution extraordinaire. Il obtint un vole favorable en ce sens Tavant- veille du jour où il devait donner sa démission (16 août). Ainsi il fut autorisé à prélever un vingtième sur le revenu des terres et maisons, et une annualité de sub* side industriel. C'était une bien faible ressource, mais enfln c'en était une; et le successeur qu'on lui donna, Pio Pita Pizarro, le môme qui avait remplacé Lopez au ministère de Pintérieur pendant la discussion de la Constitution, et qui, le J 9 juillet, avait été forcé de se retirer à cause de ses tendances trop modérées^ ne l'aurait certes pas obtenue.
Le 18 août 1837 est, en effet, une date très-importante dans rhistoire des Corlès que nous étudions. Avant cette date, elles sont en harmonie avec la marche politique des principaux ministres, Calatrava et Mendizabal; au lendemain de ce jour, elles se mettent en opposition avec la régente, qu'elles voient par une pente insensible glisser vers les chefs du parti modéré. Le nouveau ministre des finances, Pio Pita Pizarro, au moyen duquel s'est faite surtout cette transition, qui a préparé les voies pendant son passage au ministère de l'intérieur et qui, remplaçant aujourd'hui Mendizabal, ne cache plus ses vraies aspirations, leur est spécialement antipathique ; aussi se gardera-t-il bien de leur rien demander, et se contentera-t-il d'administrer avec les lois existantes, jusqu'au jour prochain où la réunion des nouvelles Assemblées législatives, qui doit avoir lieu le 19 novembre, permettra à la régente d'arborer franchement une nouvelle politique.
La conduite du parti progressiste, alors qu'il avait été maître d'imposer sa volonté, si elle avait été accueillie avec satisfaction par une portion nombreuse du parti modéré, avait mécontenté les plus ardents amis de la Constitution de
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1812, ceux qui tendaient au Iriomphe décisif de la démocratie et à rétablissement du système républicain. Se trouvant sans repri^sentation aux Certes, ces dcrpiers s'étaient vus tout à coup déçus de toutes les espérances que leur avait fuit concevoir le mouvement de la Granja; ils n'avaient pas su modérer leur dépit, et quelques mouvements tentés par eux à Barcelone et à Reuss en janvier et mai 4837, qui n'avaient pas été trop difficilement réprimés, avaient eu pour conséquence de diminuer dans le pays l'influence progressiste et de redonner du prestige à la réaction modérée.
Il importe de s'appesantir un instant sur ces mouvements, parce qu'ils témoignent de Tapparition sur la scène du parti républicain ; les insurrections antérieures n^avaient eu jusqu'alors d'autre portée que d'imposer une constitution an monarque régnant ; elles respectaient le principe monarchique. Cette fois, au contraire, on eut à signaler des symptômes tout nouveaux ; à l'idée de décentralisation qui a toujours été si chère aux Catalans, ou à celle du principe fédératif auquel ils ont toujours été sympathiques, vient s'ajouter une tendance toute nouvelle, celle de remplacer l'autorité royale par un système régulier d'institutions républicaines.
Pour le Vapeur y pour le Sancho Gvbernador^ pour le GuaV" dia nacionaly tous journaux qui se publiaient à Barcelone à la fin de 1830, ainsi que pour les nombreux clubs qui se tenaient dans cette cité, Calatrava et ses amis les éclectiques ne sont que des modérés déguisés, Madrid ne mérite que le nom de Sodome corrompue^ et la révolution espagnole, loin d être arrivée à son apogée en 1836, doit être considérée comme n'ayant pas achevé son œuvre, tant qu'elle n'a pas renversé tous les fondements du trône. Ces journaux et ces clubs ne se jugèrent pas assez forts pour essayer par euxmêmes un mouvement qui enlèverait le pouvoir aux pro-