‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 76 sur 152 · CHAPITRE II. -— LES G0RTÈ8 CONSTITUANTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. -— LES G0RTÈ8 CONSTITUANTES

gressisles, tant que vécut Mina; mais après sa mort en décembre 1836, sentant l'autorité entre les mains d'un général trop âgé et incapable, aidés par une municipalité complaisante, dans laquelle ils comptaient beaucoup d'amis, ils crurent le moment venu et essayèrent un coup de force.

Le i2 janvier 1837, sur un ordre émanant d'un comité directeur, un groupe nombreux vint s'établir à Barcelone sur la place du Théâtre, tandis qu'un détachement de la milice nationale, au nombre de 1 000 à i 200, principalement formé par des hommes appartenant au 12° bataillon léger dit de la blouse^ et à celui des chasseurs, se fortifiait dans le couvent de Sainl-Augustin.

A la première nouvelle de cette sédition, les autorités se réunirent ; on appela sous les armes la milice nationale tout entière, et les personnages les plus importants du parti modéré, se serrant par peur auprès du général Parreflo, vinrent au fort de las Atarazanas, le supplier d*accueillir leur coopération, de réprimer énergiquement le désordre, et de substituer sa propre autorité à celle d'une municipalité qui n'était pas seulement progressiste, mais républicaine. Parreflo n'osait prendre sur lui de méconnaître l'autorité du premier alcalde don Mariano Borrell ; mais celui-ci ayant de lui-même proclamé la loi martiale, le général se décida à prendre en main la répression et à agir avec énergie. Il fit d'abord charger par un escadron de lanciers de la milice nationale les groupes de la place du Théâtre, puis forma avec toutes les troupes qu'il avait sous la main, auxquelles se .joignirent des marins anglais, une colonne d'assaut qui fut dirigée contre le couvent de Saint-Augustin. Les insurgés, qui peut-être avaient compté sur une autre altitude de l'aicalde, ne voulurent pas engager la lutte, et rentrèrent dans leurs foyers, sans avoir même songé à se préserver par une capitulation.

89 LIYHB II. •— RfiGBKCB Dl CHRISTINE.

Vainqueur sans combat, Parefio, quand il s'agit de rendre le pouvoir à rautorité civile, se laissa influencer par les conseils du groupe qui, au moment du danger, s'était réuni autour de lui à las Atarazanas; il décida que le bataillon de la blouse et celui des chasseurs seraient.désarmés, que tous les prolétaires seraient exclus de la milice, que la municipalité serait dissoute et substituée par une commission administrative nommée par l'autorité supérieure; enûn, que le journal le Sancko Gobemador serait supprimé. Parmi ces mesures, qui furent immédiatement exécutées, plusieurs mécontentèrent une grande partie de la population qui, sans vouloir de désordre, était cependant décidée à ne seconder aucune tentative réactionnaire ; de là un état de malaise qui devait durer quelques mois; la municipalité dissoute se rendit à Madrid pour se défendre des accusations lancées contre elle, etlU entendre ses plaintes au sein du gouvernement et à la tribune des Gortès. C'est pour faire face à la situation difficile qu'avaient créée à Barcelone, à la suite de celte journée, les prétentions diverses des trois partis hostiles, modéré, progressiste et républicain, que le baron de Meer avait été envoyé; à peine arrivé, il songea à prendre couleur et, mal inspiré, inclina d'une manière évidente vers les plus fougueux réactionnaires de la cité catalane. On avait laissé à sa discrétion le soin de décider si l'état de siège pouvait être levé, si les bataillons soumis pouvaient être réarmés, et s'il convenait de procéder aux élections pour la formation d'une nouvelle municipalité.

Il ne voulut point accueillir les deux dernières dispositions, et consentit àpeine, avant departirpour une expédition contre les carlistes, à modifier les conditions de l'état de siège; cette attitude et la sévérité d'un tribunal militaire réuni dans le couvent de Saint-Augustin pour décider sur

Page 1