CHAPITRE II. -^ LES C0RTÈ8 CONSTITUANTES
les événements du i2 janvier, amenèrent une nouvelle explosion à Barcelone.
Le 4 mai nu matin^ une bande nombreuse, composée de bourgeois et de miliciens en armes, s'empara de la place San-Jaime, en barricada toutes les issues, occupa toutes les maisons qui pouvaient y donner accès, et s'y établit •enfln comme dans une citadelle. Elle était, disail-on, commandée par don Ramon Xaudaro, dont les opinions étaient tout spécialement odieuses à ceux qui, en luttant contre la fraction modérée, voulaient rester sous la bannière du parti progressiste. Les défenseurs de Tordre, les autorités, les lanciers de la milice nationale, les marins anglais et les soldats de la garnison se réunirent de leur côté au fort de las Atarazanas, et la ville se trouva de nouveau divisée en deux camps.
Les insurgés ayant mis la plus grande activité à se fortifier, et ayant vu arriver autour d'eux une foule nombreuse, se crurent en état de tenter un mouvement en avant contre le fort où leurs adversaires étaient rassemblés ; une colonne sortant de la place San-Jaime alla, tambour battant et bannière déployée, gagner la Rambla par les rues du Gall, de la Boqneria et de Ferdinand VU : arrivée près de la Rambla de Santa-Monica, elle trouva une colonne de troupes fidèles qui la laissa passer au lieu de lui barrer le chemin ; sans être arrêtée par la pensée qu'elle va se mettre entre deux feux, elle continue à marcher en avant, et s'engage imprudemment; mais quand elle arrive sur la place du Théâtre, elle se voit cernée; du côté du fort avanç^ùt également un gros de soldats et de marins. Le moment décisif était arrivé ; les insurgés ne surent prendre aucune disposition ; une fusillade jeta parmi eux le désordre, celui qui portait le drapeau tomba blessé, ils se dispersèrent, et la cavalerie, par une charge, vint achever leur déroute.
88 LIYAB ir. — RtGBNCB DB CURISTINB.
Ce premier insuccès jet<i dans Toriginc un grand trouble dans l'esprit de ceux qui dirigeaient le mouvement, en même temps qu'il donna confiance aux troupes dans la bonne direction de ceux qui les conduisaient.
Aussi n'y eul-il aucune hésitation dans les mouvements qui forent entrepris de suite pour cerner les rel)elles de la place de Sainl-Jaime, et pour les forcer dans la citadelle qu'ils s^élaient improvisée. Des canons furent braqués dans toutes les rues qui conduisent à cette place ; toutes les terrasses des maisons furent garnies de soldats ; la journée entière fut occupée de part et d'autre à attaquer et à se défendre.
Cependant la nuit vint sans que la place eût pu être enlevée; le brigadier Puig, qui commandait les troupes, ne voulut pas pendant l'obscurité continuer la lutte, et préféra annoncer son intention de reprendre les opérations le lendemain, tout en faisant savoir aux rebelles qu^ils ne seraient pas inquiétés s'ils voulaient aller s'unir aux forces qui, dans la montagne, luttaient contre les carlistes. Cette manière d'agir produisit les plus heureux résultats; le lendemain matin (5 mai), il n'y avait plus personne dans la place Saint- Jaime; les rebelles n'avaient point voulu quitter la ville désarmés, mais ils s'étaient éparpillés et étaient rentrés à l'intérieur de leurs maisons.
L'insurrection s'étant apaisée sans nouvelle effusion de sang, toute la milice fut appelée sous les drapeaux, et s'empressa d'assurer partout lo rétablissement de l'ordre.
Le malheureux Xaudaro fut la seule victime qu'on ne voulût pas épargner; découvert deux jours après dans l'asile où il était caché, il fut conduit aux Atarazanas, sommairement jugé et fusillé dans les vingt-quatre heures de son arrestation. On se contenta d'envoyer au château de Belver, dans l'île Majorque, ceux de ses principaux coopérateurs dont les autorités purent s'emparer.