CHAPITRE III. — LES CORTÈS DE
examiner les responsabilités et juger en parfaite connaissance de cause. Espartero voulut se rendre lui-même sur les lieux ; il arriva à Pampelune le 10 novembre, convoqua de suite un conseil de guerre, le présida et rendit cinq jours après un verdict déOnitif qui fut immédiatement exécuté. Par ce verdict le colonel Iriarte, le commandant Bourcart et huit sergents furent fusillés; tous les autres sergents furent décimés; ceux que le sort épargna restèrent condamnés à quatre ans de galères. Tous les soldats devaient terminer le temps de leur service dans la garnison de Geuta.
Il est facile de concevoir TefTet immense qu'avait produit dans toute la Péninsule une répression aussi sévère, poursuivie avec sang-froid et méthode. Elle fut énergiquement blâmée par quelques députés progressistes, imbus de la fausse idée que la libellé est compatible avec le désordre et l'indiscipline; mais, approuvée par la grande masse du pays, elle accrut dans une énorme proportion le prestige et Tinfluence d'Espartero ; déjà après Luchana son nom s'était gravé dans tous les cœurs ; lorsqu'il eut préservé Madrid des attaques carlistes^ refoulé dans les provinces l'expédition de don Carlos, et rendu à l'armée du Nord la discipline et le respect d'elle-même, il devint le maître réel de la situation, sans avoir même besoin d'occuper le ministère qui lui était offert.
Ne pouvant à cause de lui disposer du portefeuille de la guerre, les chefs du parti modéré le laissèrent jusqu'au 17 janvier 1838 entre les mains du baron del Solar, qui le dirigeait par intérim, puis ils le donnèrent au général Garratala, dont les bonnes relations avec le chef de l'armée du Nord étaient bien connues; mais les difficultés auxquelles on devait s^attendre ne tardèrent pas à s'élever. Garratala fut obligé de donner sa démission et les modérés reportèrent
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alors leur confiance sur don Manuel Latre, qui avait avec eox des liens plus étroits (19 mars).
Le commandant de Tarmée de réserve, Narvaez» qui avait contre lui Tanimosité d'Ëspartero, avait senti dès Torigine qu*il ne pouvait guère compter sur Tappui financier du gott« vernement pour augmenter ses troupes ; il s'était fait autoriser à s'adresser directement aux députations provinciales et aux municipalités d'Andalousie. On le vit alors, avec un empressement qui eût été des plus louables s'il avait été exclusivement conseillé par le patriotisme, courir dans tout le Sud de ville en ville et presque de bourg en bourg pour obtenir des subsides en hommes et en argent (janvier 1838). A Malaga, à Grenade, h Loja, à Jaen, à Cordoue, à Cadix, à Séville, il trouva l'accueil le plus empressé, et fut bientôt en état d'armer, équiper et soutenir un corps de 1 200 fantassins et iOOO cavaliers; la générosité des populations avait été vivement stimulée par une course hardie de don Basilio, descendant des bords de l'Ebre jusqu'aux rives du Xenil. Toutefois Tunique résultat que Narvaez put atteindre, ce fut la formation de deux colonnes, qui opérèrent dans les montagnes de la Sierra Morena pour garantir l'Andalousie contre l'expédition de don Basilio et contre les bandes de Tallada et Paliîlos. C'est que les cadres lui manquaient et les commandants en chef du Nord, de Catalogne et du Centre n'avaient garde de se dessaisir de leurs meilleurs officiers pour une combinaison qu'ils jugeaient superflue ou du moins exclusivement conçue dans un but de politique intérieure. De Madrid, tant que Carratala fut au ministère de la guerre, Narvaez ne reçut aucun secours, et dut se contenter des subsides que lui fournirent les deux capitaines généraux de Malaga et de Cadix, Palarea et le comte de Cleonard, intéressés à son succès et désireux de le voir triompher de toutes les difficultés ; mais lorsque
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Latre arriva au ministère, Tappai devint pins efficace, les subsides furent plus réguliers ; il fut évident qu'âne partie du gouvernement commençait à prendre cette armée au sérieux et songeait au besoin à s'appuyer sur elle.
Le plus éminent représentant de Tadministration actuelle, celui qui lui donnait le principal caractère, était l'élève de Toreno, don Alejandro Mon. Il n'avait pas manifesté dès Torigine des tendnnces trop réactionnaires ; aussi s'était-il concilié quelques sympathies même dans les rangs da parti progressiste. Il avait, en effet, repoussé avec énergie la proposition de suspendre la vente des biens nationaux en se fondant sur ce que ces biens étaient affectés au payement de la dette; c'était, avait-il dit, vouloir faire une véritable loi agraire que de songer à faire de ces biens une nouvelle réparlilion. Celte seule déclaration avait donné à toute la marche des affaires une grande solidité, en même temps qu'elle avait irrité au suprême degré la partie violente delà faction modéré*", qui voulait revenir aux anciennes habitudes de Ferdinand VII. Celle-ci avait obtenu que le ministre Mata Yigil^ avant de céder sa place à Castro, refusAt la sanction royale à la loi sur le règlement du clergé séculier ; et fière de ce succès, elle pensait déjà qu'il lui serait facile de réaliser tous ses autres désirs.
Mais elle s'était trompée sur les intentions du ministère. Mon, disposé à rétablir Tordre et la paix, était trop intelligent pour ne pas vouloir faire jouir le trésor public et son pays du grand bienfait du désamortissenient des biens nationaux ; il fut inébranlable sur ce point, et môme prit rinitiative d'ordonner dans l'île de Cuba la vente de 40 millions de biens de couvents.
De même il s'opposa à l'admission comme député d'un ecclésiastique envoyé par le corps électoral au mépris d'un article de la Constitution.
108 LIVRE II. — mtGBNCB DK CHRISTINE.
La majorité des députés consentit à suivre le miaistère dans cette direction, d'autant plus que des élections partielles effectuées à Madrid le 17 février étaient venues rendre aux progressistes un peu d*influence par lu nomination d'Ar* guëlles, de Seoane, Gantero et Mendizabal ; mais elle prouva l'existence des sentiments qui la dominaient par la façon dont elle interpréta les incompatibilités que la Constitution avait établies entre les emplois salariés et les fonctions de sénateur et de député : loin de susciter au gouvernement de nouvelles difQcultés pour s'attacher les députés par des nominations et des avancements, elle s'nppliqua au contraire à renverser toutes les barrières élevées par la loi. C'était indiquer qu'elle entendait bien plutôt être un instrument entre les mains du pouvoir, qu'une autorité réelle agissant avec une volonté bien arrêtée.
Les progrossistes avaient beau jeu pour résister devant l'opinion publique aux tentatives d'un parti qui abdiquait ainsi tous les principes de la morale politique; aussi leur opposition devint-elle assez vive pour empêcher toute réaction bien sérieuse. Les principaux chefs des modérés, en acceptant la Constitution de 1837, s'étaient proposé d'en atténuer toutes les conséquences libérales et démocratiques, en confectionnant des lois organiques favorables aux principes monarchiques et aristocratiques ; ils auraient voulu dès la première session, qui s'ouvrait pour eux avec des chances de bon résultat, inaugurer cette œuvre et à cet efftit commencèrent à élaborer un projet sur les municipalités, qui en confiant au pouvoir exécutif le droit de nommer les alcaldes, détruisait dans sa base les dernici^ vestiges de l'ancien droit municipal espagnol. En même temps ils demandèrent le rétablissement de la dîme. Ces deux prétentions vinrent rendre aux discussions politiques Tanimation qu'elles avaient un instant perdue ; les munici-