CHAPITRE 111. — LB8 COBTf» DB
palltés, les députations provinciales flrent entendre de graves protestations. Le pouvoir central se vit forcé de mettre en état de siège plusieurs provinces ; il dut abandonner presque partout à l'autorité militaire la direction des affaires. Palnrea à Malaga, le comte de Gléonard à Cadix et à Seville, devinrent aussi omnipotents dans leurs provinces que l'étaient Espartero, le baron de Meer et Oraa dans les districts dont ils disputaient par la force la possession aux carlistes.
Une grande partie delà session se passa en discussions sur ces deux points; à la fin^ faute de s'entendre, toute décision fut ajournée sur les municipalités. Quant à la dîme, il fut volé qu'elle serait encore perçue pendant une nouvelle année ; que l'Etat pourrait se réserver un tiers de ses produits, mais que les deux autres tiers devraient être consacrés aux dépenses du culte et du clergé, aux établissements de bienfaisance et au payement de pensions aux religieux chassés de leurs cloîtres. C'était une tentative de restauration définitive; elle échoua contre les dispositions des agriculteurs, heureux d'être enfin délivrés de celte contribution. Les populations perdent vite l'habitude de payer les impôts qu'elles détestent; la dime, dont en i805 on estimait le produit après d'un milliard de réaux, produisit avec difficulté 440 millions en J838; le moment approchait où elle allait complètement disparaître.
Une Chambre, vraiment préoccupée de soulager les maux de la patrie, aurait de préférence consacré toute son attention à étudier la triste situation financière du pays, et à examiner tous les détails du budget. Les Cortès se laissèrent intimider par l'état déplorable dans lequel se trouvaient toutes les administrations^ ; elles ne voulurent pas engager
* On devait plus d'un an d'honoraires aux magistrats. Le clergé
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de débat public pour ne pas monlrer le degré de pénurie extrême auquel le pays était descendu, et se coalenlèrent d'autoriser le gouvernement à recouvrer les impôts Elles régularisèrent la contribution extraordinaire votée par les Constituantes avant de se séparer, et donnèrent toute facilité au ministre pour contracter un nouvel emprunt, semblable à celui qui, au commencement de la guerre, avait été si heureusement effectué par Toreno.
Don Alejandro Mon, pendant tout le temps qu'il resta au ministère, consacra la plus grande partie de son activité à des négociations ayant pour but la réalisation d*un emprunt; il crut deux fois atteindre le but, d'abord avec un banquier de Barcelone, M. Safont; puis avec M. Aguado, marquis de las Marismas, qui avait acquis avec les emprunts espagnols une grande fortune dans les dernières années du règne de Ferdinand VU. Les conditions exigées pnr les capitalistes à un moment où la dette publique valait à peine 48 pour 400 étaient trop onéreuses pour qu'on pût s'entendre : il n'y eut aucun moyen de faire aboutir les négociations.
Le comte O'Falia, au ministère d'Etat, n'était pas plus heureux que son collègue des flnances ; de même que ce dernier voyait toutes ses propositions repoussées par les financiers étrangers, il n'éprouvait, lui aussi, que des refus dans ses efforts constants pour obtenir l'intervention. Les modérés avaient soutenu devant le corps électoral espagnol que Tunique raison pour laquelle le cabinet de Louis-Philippe s'était refusé à donner suite au plan de coopération
ne touchait qae le tiers de sa consignation. Le président du tribunal suprême de grâce et justice^ Gano Manuel, avait dû être enterré aux frais de l'État. On n'avait pas trouvé chez lui de quoi subvenir aux Arais des funérailles. Les prisonniers mouraient de faim dans les prisons, les malades dans les hôpitaux. On fusillait les criminels condamnés à mort par les tribunaux, parce qu'il n'y avait pas de fonds pour Tezécution des jugemeuts.
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formé par M. Thiers, c'était Tinsurrectioa de la Oranja, et la prépondérance accordée par le ministère Calatrava à Tinûuence de la légation britannique; devenus eux-mêmes prépondérants, ils se trouvaient naturellement mis en demeure de décider la France à cette intervention tant dési* rée. Mais il était évident qu'ils avaient toujours promis sur ce point beaucoup plus qu'ils ne pouvaient tenir : malgré les sollicitations du chargé d'affairesà Paris, malgré les instances de nombreux orateurs à la tribune des Gortès, malgré les plaintes d'une presse passionnée qui, s'adressanl au public madrilène, oubliait toujours les intérêts du peuple français, Louis-Philippe et son cabinet se maintenaient dans la ligne politique qu'ils avaient choisie. M. Mole ne craignit pas dans des démonstrations publiques d'affirmer que jamais il ne consentirait à intervenir dans les affaires de la Péninsule ; il coupa court ainsi à des démarches trahissant une insistance déjà honteuse et dérisoire, que faisaient auprès de lui des hommes d'Etat beaucoup plus préoccupés de leurs intérêts de parti que de l'honneur même du pays qu'ils représentaient.
Se voyant dans l'impossibilité de donner satisfaction aux désirs du parti modéré, et inquiet des manœuvres du parti progressiste, qui, mécontent de la régente, commençait déjà à se détourner d'elle, le ministère mit fin à la première session de la législature (48 juillet) ; il voulait concentrer toute son attention vers les opérations militaires, la pacification de la Manche et les préparatifs des deux sièges de Morella et d'Estella ; mais là encore il devait rencontrer les rivali^ tés politiques.
Le général Espartero, chaque jour plus jaloux de l'importance que les journaux de la capitale donnaient aux opérations de Narvaez dans la Manche, se plaignait auprès de la régente du parti pris conçu contre lui par les ministres : on
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laissait, disait-il, son corps d^armée sans ressources; sous prétexte de renforcer Tarmée du Centre, on cherchait à lui enlever les moyens d'entreprendre aucune opération; on tentait, à c6té de lui, dans les provinces hasques, sous la devise de : Paz et fueros^ de créer une nouvelle bannière qui ne devait servir qu'à accroître le désordre ; des dispositions étaient prises par les ministres Mon et Castro pour le remplacer par le général Cordoba ; Christine devait choisir entre le maintien à son poste du général en chef de Tarmée du Nord ou la séparation définitive des deux ministres Mon et Castro.
Ces observations excitèrent à Madrid les plus vives alarmes dans le camp modéré. Mon essaya de capter la bienveillance de la régente en s'engageant à payer par à-compte mensuels tous les arriérés dus à la maison royale, ce qui devait être spécialement agréable à une princesse dont la cupidité commençait à devenir proverbiale en Espagne. Isturitz, consulté, opina pour que le commandement fût enlevé à Ëspartero ; mais Martinez de la Rosa ayant été d'avis qu'il valait mieux temporiser avec lui, la régente conclut à ce que le ministère céderait sur tous les points secondaires, et à ce qu'on demanderait au commandanten chef deFarméedu Nord de ne pas insister sur la séparation de Mon etdeCastro.
Peut-être serait-on arrivé à un accommodement, sans Tamour-propre et l'ambition de Narvaez, qui, se voyant directement en cause, entreprit d'organiser un contre-poids suffisant à l'influence prépondérante d'Espartero. U menaça le gouvernement de sa démission, s'il cédait à l'illégale pression qu'un chef d'armée cherchait à exercer sur lui, et il écrivit au baron de Meer, à Palaréa, Oraa et Cléonard, pour chercher à les entraîner dans son orbite. Dès lors Ëspartero, instruit de ce fait, n'hésita plus ; il envoya sa démission.
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Les Madrilènes, qui comptaient déjà exclusivement sur lui pour mettre un terme à la guerre civilei apprirent avec douleur un tel événement; ils s'émurent d'autant plus que les nouvelles les plus graves circulaient à ce môme moment sur un grand désastre, éprouvé au siège de Morella par Tarmée du Centre ; des groupes nombreux se formèrent à Madrid dans la nuit du 29 août ; on cria : A ba$ le minis^ tèref Les ministres se décidèrent à présenter leur démission : elle fut acceptée par la régente, et les divers portefeuilles furent confiés à de nouveaux personnages (6 septembre 1838).
Le duc de Prias, très-connu dans la capitale par le rôle de Mécène et d'ami des arts qu'il aimait à remplir, mais trop distrait, trop occupé des détails de la vie élégante pour faire un homme d'Etat sérieux, fut chargé de remplacer le comte d'Ofaliaà la présidence du conseil et au ministère des affaires étrangères. Ruiz de laVéga, ancien révolutionnaire, rallié au parti conservateur, réputé jurisconsulte habile, succéda à Castro. Les finances et l'intérieur furent confiés à deux personnages de la haute administration, les marquis de Montevirgen et de Yallgornera. Le général Aldama fut appelé au poste le plus difficile, celui de ministre de la gaerre ; mais comme on ignorait quel accueil «erait fait h cette nomination par le puissant général de l'armée du Nord, sa nomination était purement provisoire : il n'était choisi que par intérim.
Aucun de ces personnages ne pouvait avoir la prétention de déterminer une ligne politique ; c'étaient plutôt des hommes du monde que des hommes de parti ; c'étaient en réalité de simples administrateurs chargés de diriger l'Etat jusqu'au triomphe décisif d'une influence supérieure.
Us jouaient aux yeux du pays le rôle de tiers arbitres entre les prétentions respectives des deux chefs de l'armée du
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Nord et de réserve. Espartero, maintenu dans son commandement, fut chargé de préserver les deux Gnstilles des incursions qu'elles avaient à craindre de la part de Cabrera, tout enflé du succès qu'il venait d'obtenir ; quant à Narvaez, il reçut la mission de continuer dans la province de Tolède Tœuvre de paciflcation qu'il venait d'accomplir dans la Manche.
Mais de nouveaux désastres arrivés en Navarre^ l'apparition de bandes dans les environs de Valludolid, de Burgos et de Soria,exigèrentbientôtaprès la translation dans les Castilles de la plus grande partie de Tarmée de réserve. Ordre fut donc donné à Narvaez de céder à Nogueras le commandement de la Manche, et de se transporter à Valladolid pour remplir les fonctions de capitaine général de la Vieille-Gastille.
Ce n'était pas une dissolution, mais une dispersion sur un territoire plus étendu de l'armée de réserve. Narvaez se crut tout k fait sacriflé à son rival, et, dans l'espérance de faire revenir le gouvernement sur cette décision, il se hâta de remettre à Nogueras le gouvernement de la Manche et d'arriver à Madrid (8 octobre).
Sa présence dans cette capitale, celle d'une certaine quantité de troupes qu'il avait amenées avec lui, rendirent à ses amis de l'élan et au parti modéré un certain aplomb. Les Cortès furent convoquées pour le 8 novembre : la régente fit défiler devant son balcon les troupes nouvellement arrivées (17 octobre), et l'heureux général fut autorisé à soumettre au gouvernement un plan d'après lequel, au moyen d'une nouvelle levée et d'une réquisition de 6000 chevaux, l'armée de réserve devait être élevée au chiffre de 40000 hommes, et les deux capitaines généraux d'Andalousie placés sous les ordres de son général en chef. Un nouveau ministre de la guerre, le brigadier Hubert, occupant provisoirement le portefeuille de la guerre, qui, aban-
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donné par Aldama, venait d'être donné en toute propriété au général Alaix, le bras droit d'Espartero, eut la faiblesse d*approuver ce plan, contre lequel devaient protester les ar^ mées du Nord, du Centre et de Catalogne (23 octobre).
Les amis d'Ëspartero et les progressistes^ dès qu'ils eurent connaissance de ce nouveau décret, comprirent qu'ils devaient faire cause commune dans ce grave moment, s'ils ne voulaient être relégués au second plan par les ambitieux groupés autour de Narvaez. Des pourparlers s'établirent alors entre les chefs de la milice nationale et les hommes qui avaient le plus la confiance du commandant en chef de l'armée du Nord. Tandis que celui-ci s'empressait, dans un document public adressé, le 31 octobre, du quartier général de Logrofio à la régente, de protester contre l'accroissement considérable donué à l'armée de réserve par le décret du 23 octobre^ les autres se mettaient en mesure de résister à toutes les tentatives à main armée qui pourraient être tentées sur la capitale. Bien leur en prit de se mettre ainsi sur la défensive ; en effet, le 28 octobre, sur l'indication do ministre de l'intérieur qu'une échauffourée se préparait à Madrid, Narvaez flt approcher toute sa division des murs d'enceinte qui entourent la cité dans toute son étendne, occupa toutes les portes, et parut vouloir prendre les dispositions nécessaires pour assurer son autorité de vive force. Il avait agi d'accord avec le ministre de la guerre, mais sans l'autorisation de don Antonio Quiroga, capitaine général de la Nouvelle-Castille, qui était contraire à toutes ses prétentions, et aux ordres de qui la milice nationale était prête à marcher.
Quiroga se plaignit vivement'dans un manifeste de l'isolement dans lequel il avait été laissé par le ministre et le commandant en chef de l'armée de réserve ; ses déclarations éveillèrent l'attention publique; il devint évident que l'é-
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chaoffourée, si elle avait eu lieu, eût été l'œuvre de quelques-uns des ministres aspirant à une politique toute modérée, alors que les autres voulaient se maintenir dans l'expectative et l'inertie. Narvaez, voyant ses trames dévoilées, se décida à abandonner la capitale, et, avec l'idée sans doute de trouver en Andalousie un terrain mieux préparé, il présenta sa démission de capitaine général de la Vieille- Castille, et partit en toute hâte pour Loja, son lieu de naissance, où il résidait d'habitude (â novembre).
Cet abandon de leur chef ne désespéra point quelques-uns de ceux qui avaient le plus vif intérêt à l'émeute; il fallait qu'elle eût lieu. Le 3 novembre il y eut donc à Madrid une certaine agitatioiL ; des groupes dans les rues, des cris, du désordre ; il suffit de réunir la garde nationale pour rétablir le calme. Les esprits s'apaisèrent tout à fait quand on sut que le capitaine général Quiroga retirait sa démission, que le ministre provisoire, brigadier Hubert, avait au contraire présenté la sienne, et que le portefeuille de la guerre était désormais confié au fidèle lieutenant d'Ëspartero, qu'on savait le plus sincèrement dévoué à son œuvre, et le plus acharné ennemi de Narvaez, au général Alaix.
Pour détourner de ses propres manœuvres l'attention populaire, le gouvernement mit à exécution un décret rigoureux, ordonnant l'expulsion de Madrid des femmes et enfants de toutes les personnes au service de don Carlos : toute correspondance avec ces personnes était interdite sous peine de la vie ; ceux qui leur enverraient un secours quelconque devaient être jugés et punis par un conseil de guerre.
Le ministère parvint, en effets par ce triste moyen à éviter que la fureur populaire ne s'acharnât après lui ; mais dès que les Cortès furent réunies (8 novembre), il dut aussi reconnaître son incapacité absolue pour résister aux doubles