CHAPITRE IV
APOSTOLIQUES ET TRANSACTIONNISTES.
Octobre 1837-févriep 1839.
But du parti carliste à la fin d'octobre 1837 après le retour de don Csdos de sa grande expédition. — L'influence des apostoliques devient prépondérante. — Luttes soutenues par Uranga dans les pro* vinces basques et en Navarre pendant Tabsence du prétendant. — Le maréchal de camp Urbiztondo essaye d'organiser les bandes en Catalogne. ~ Une junte catalane s'établit & Berga après la prise de cette ville par les carlistes. — Cabrera dans le Maeztrazgo menace Lucena et Morella. ^^ Deux nouvelles expéditions sous la direction de don Basilio Garcia et du comte de Negri sortent des provinces pour l'intérieur de la Péninsule. — Insuccès de Guergué à Pena- Cerrada. — Le commandement en chef des troupes carlistes dans les provinces basques et en Navarre est confié au général Marolo. — Mécontentement des apostoliques menacés dans leur influence par le prestige du nouveau commandant; leurs conspirations. — Quatre des principaux conjurés sont fusillés à Eslella. — Maroto, d'abord déclaré traître par don Carlos, parvient à lui imposer sa volonté et exige un changement de ministère et le bannissement de ses adversaires.
Pendant la difficile retraite des bords du Duero jusqu'aux rives de TEbre, l'expédition royale avait été divisée en deux corps dont l'un était commandé directement par le roi et sous ses ordres par Gonzalez Moreno, tandis que l'autre marchait sous le commandement de l'infant don Sébastian, aidé de Zariategui etd'Ëlio.
Dans une journée de péril, un ordre envoyé par le roi à l'infant, d'après lequel le second corps devait se réunir au premier, ne put être exécuté par snite d'une manœuvre de l'ennemi. Les courtisans qui entouraient don Carlos s'empressèrent aussitôt de saisir cette occasion pour soutenir
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qu'autoar de Pinfant s'était organisée ane fraction décidée à agir pour ses propres intérêts sans tenir aucun compte de ceux du prétendant ; que Zariategui, Elio, de même que Villaréal et la Torre déjà soupçonnés, tous les meilleurs officiers en un mot, appartenaient plus ou moins à cette fraction; que le refus de se joindre au corps commandé par le roi n'avait eu d'autre but que de l'abandonner dans une situation critique, et que si l'on ne mettait un obstacle à ces dangereuses intrigues, on serait bientôt soumis à la volonté de ceux qui parlaient hautement de transiger avec le pouvoir établi à Madrid.
Sous le coup du désastre qu'il venait d'éprouver, don Carlos avait perdu toute espèce d'initiative et de sain jugement ; éloigné par les circonstances des seuls hommes qui donnaient à sa cause une consistance sérieuse, il eut la faiblesse d'écouter les avis d'ambiteux qui foulaient aux pieds rintérét général, et, dans une proclamation qui fut répandue à profusion à son entrée dans les provinces Basques, il osa, nous l'avons dit, dénoncer à la haine et à l'animcsité de ses partisans ceux-là mêmes qui dans le cours de la campagne lui avaient rendu les plus importants et les plus signalés services (29 octobre 1837).
Cette proclamation fut en peu de temps dans tous les pays basques le sujet de tous les commentaires ; elle divisa tous les esprits. Le plus grand nombre refusa de croire aux allégations de trahison que le roi avait lancées lui-même contre ses meilleurs serviteurs ; presque partout on se déclara hostile aux instigateurs de cette proclamation, qui de leur côté cherchèrent à constituer un parti puissant, compacte, en état d'exploiter à son profit l'autorité royale.
De là une scission complète de tous les carlistes en deux camps : l'un, formé de tous les bigots fanatiques, partisans décidés de l'inquisition, ennemis de tout progrès et n'ayant
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jamais à la bouche que les mots de pouvoir royal, autorité absolue, foi, religion ; l'autre, accessible à toutes les idées modernes, prêt à se rendre à la voix de la raison, composé de tous les officiers qui aspiraient à rentrer dans l'armée régulière espagnole en y faisant reconnaître les grades qu'ils avaient acquis dans leurs rudes campagnes, et de tous les cultivateurs laborieux, désireux seulement du rétablissement de la paix et de la conservation de leurs antiques fueros. Les premiers prirent le nom d'apostoliques; à la suite des événements que nous allons avoir à raconter, on s'est Habitué à donner aux seconds le nom de transaction" nistes.
Après la proclamation d'Arciniega, don Carlos crut devoir se confier aux mains des apostoliques. C'est ainsi qu'il changea entièrement son ministère, chargea des finances l'intendant Lavandero, et confia les trois portefeuilles de la guerre, de grâce et justice, et des affaires étrangères à don Arias Tejeiro, qui devint, à l'instar d'Erro, une espèce de ministre universel. Ce Tejeiro était une créature de l'évèque de Léon, dont nous avons eu si souvent à déplorer les tendances inquisitoriales ; il s'était imposé à la confiance du roi à force de bassesse, de duplicité et d'hypocrisie, et se préoccupait bien moins d'atteindre à un résultat politique que de profiter des circonstances particulières où il se trouvait placé pour assurer son élévation personnelle ; il connaissait les idées favorites du prétendant, et ne songeait jamais qu'à caresser ses préjugés et ses superstitions. C'est lui qui avait eu l'idée de profiter de l'étal d'abattement dans lequel se trouvait don Carlos après son expédition pour exciter sa colère ; il s'en servit encore pour se faire donner la direction des affaires, et aussitôt qu'elle lui eut été remise il ne songea plus qu'à rechercher les moyens de la maintenir jusqu'à la fin entre ses mains.
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Le commandement suprême de l'armée fat retiré à l'infant don Sébastian ; on enleva môme ses fonctions au chef d'état-raajor général Vicente Gonzalez Moreno, qui cependant ne pouvait être impliqué dans les reproches lancés contre Tin faut, puisqu'il était resté aux côtés du roi pendant toute la retraite. Le successeur qui leur fut donné fut le général Guergué^ chef d'une expédition désastreuse tentée en Catalogne, homme dépourvu de tout ascendant sur Tarmée et la population, militaire sans talent et sans initiative, qui n'avait d'autre mérite que de promettre une obéissance aveugle à tous les ordres qui émaneraient du ministère.
Ces mesures prises, les généraux Villareal et la Torre furent internés dans deux dépôts de Tintérieur ; Zariategni et Elio, Gabaiias, Tancien ministre de la guerre, furent enfermés dans des châteaux forts ; on resserra la captivité d'Ëguia ; et on éloigna de leurs fonctions tous les officiers et employés qui manifestaient quelques sympathies pour ces hommes en qui* étaient vraiment concentrées toute l'énergie et l'inteiligence de la rébellion carliste. Il s'ensuivit un mécontentement général, auquel Tejeiro voulut répondre par une recrudescence de dispositions sévères et vexatoires ; dès lors ce ne furent plus que procès, arrestations, jugements, captivités. La moitié de l'armée jugeait, exécutait, condamnait Tautre.
Rien ne pouvait être plus défavorable à la cause carliste qu'une telle division, et les fatales conséquences qu'elle était appelée à produire ne devaient pas tarder à se faire sentir.
Il eût été bien facile à don Carlos de réparer avec rapidité les pertes qu'il avait subies dans son expédition, car indépendamment des renforts qu'avait amenés Zariategui après l'occupation de Ségovie et Yalladolid, les opérations