CHAPITRE V
Quatrième péHode : 1823-1830. — Découragement causé tout d'abonl par la réaction de 1823. — Les écrivains se relèvent ensuite et luttent contre le système dominant. Uttres, — Malgré Tabsence de compagnies, le goût du théAtre se maintient clans le public. — Comédies de maison. — La censure. — Le Père Carrillo.— Tpaduotion* des tragédies françaises. — Dreton de los Herreros et Gil y Zarate. — La Torre et la Concepcion Hodrigoez. — Fureur philharmonique. ^ Académie d'El Mirto. ^ Triste situation du journalisme. — La représentation de Xavier de Bnrgos. — El Europeo, revue philosophique publiée à Barcelone par Aribau et Lopez Soler.
Beaux-arts. — Influence de l'école de David. — Madrazo nommé peintre de chambre de Ferdinand VIL — Lopez conserve les traditions de Bayeu.*- Mort de Goya.— L'architecture et la sculpture produisent peu d'œuvres recommandables.
Sciences. — Aucune protection n'est accordée aux sciences. — L'observatoire de Madrid n'est pas continué. — Mort do Rodrigues. «- La botanique est la seule science qui fournisse quelques travaux sérieux. — Abandon où on laisse les dessins et manuscrils provenant des expéditions soientinques du dix-huilicme siècle. ^ Dette contractée 'par l'Espagne à l'égard de Mulis et de Mocino. •— Le botaniste Mariano Lagasca.
Conduite du gouvernement à l'égard des universités. — Plan de 1824, ses iendanoea. — Les recteurs nommés par le roi. -> Les universités perdent leur indépendance sans que l'Etat leur accorde un appui réel; leur décadence.
Le débarquement da roi à Puerto Santa Maria, lorsque Cadix se fut rendu au duc d'Angoulême, le i*' octobre i8â3, fut le signal d*un nouveau revirement dans les tendances du pays. A cette date fatale, tous les hommos instruits et distingués qui avaient mis la main à la révointion de i8âO, forent réduits à se cacher ou à émigrer ; des bandes d'assassins parcoururent les villes en faisant la chasse aux nègresy c'est-à-dire aux amis du progrès. Le clergé reprit
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partout son attitude insolente et dominatrice; il ne fut plus permis à un seul écrivain de défendre la cause de la liberté; le silence de la mort, les ténèbres de Tignorance planèrent à nouveau sur la malheureuse Péninsule.
Au premier abord on a peine à comprendre comment une nation entière pouvait ainsi passer en un instant par des alternatives aussi fortes ; mais, si Ton songe au peu de productions vraiment sérieuses que nous ont offertes les an*» nées 1820 à 1823, on comprend que, malgré la différence de système politique dans le gouvernement, un très-petit espace sépare la vie intellectuelle du régime constitutionnel, et le sommeil forcé des années subséquentes.
La vraie lutte aurait dû s'engager sur le terrain religieux ; mais les libéraux, par une faiblesse désespérante, avaient prétondu toujours concilier leur opposition au clergé et leur foi catholique. Engagée dans cette impasse dont elle ne pouvait sortir, la nation tantôt se laissait aller à un vigoureux effort confre les prêtres, tantôt, au contraire, écoutait leurs leçons avec recueillement et s'inclinait devant leurs discours. N'étaîent-ils pas, après tout, les défenseurs de la vraie religion, de celle qu'on tenait toujours associée à la grandeur de la patrie ? Ainsi, au lieu de s'élever dans une atmosphère pure et bienfaisante, la raison se maintenait volontairement dans une région malsaine ; le développement du pays, au lieu de se faire par un progrès normal et régulier, ne consistait qu'en une série de secousses plus ou moins violentes, suivant le degré de passion qui animait les divers personnages.
Dans les premiers moments qui suivirent le rétablisse-*
ment de l'autorité absolue, l'émigration des hommes les
plus distingués , tels que Toreno, Isturiz, Galiano, Saa-
. vedra, Martinez de la Rosa, jeta d'abord dans les esprits
un découragement profond. Ces émigrés étaient, pour le
LBTTIU, SCIIlfCBS IT AftTS S008 PBRDINAlfD TH. 4S
moment, les plus éminents représentants de la civilisation nationale'; c'étaient eux qui communiquaient le mouve* ment, qui donnaient l'élan. Que penserait-on en leur ab« sence 7 Quelle direction allaient prendre les lettres et les arts? On revint peu à peu sur cette première impression ; il fallut s'habituer au régime nouveau que les baïonnettes françaises avaient institué ; et, tandis que ces exilés se pénétraient, sur la terre étrangère, de tous les besoins des civilisations modernes, qu'ils étudiaient d'autres usages, d'autres mœurs, d'autres littératures, on cherchait à l'inté^ rieur k suppléer à leur absence.
Au milieu de ses plus grandes préoccupations, il faut au peuple de Madrid des fêtes et des spectacles ; privée de corn* pagnies dramatiques, la bourgeoisie madrilène organisa dans son sein des troupes d'acteurs, faciles à tourner en ridicule à cause de leur inexpérience, mais néanmoins utiles pour maintenir le goût et les habitudes du public dans une époque de laisser-aller et d'abandon.
Un écrivain spécialement dédié à la peinture des mœurs madrilènes S Mesonero Romanos a retracé dans un de ses ouvrages, avec un soin minutieux, une de ces comédies de maison^ comme on les appelait (comedia casera); il a esquissé toutes les difficultés qu'entraînait avec elle une représentation de ce genre; la confusion, le tumulte, Tinexpérience dont elles donnaient le spectacle, contribuèrent beaucoup à rehausser l'art du comédien, en en faisant ressortir l'utilité sociale. Pour organiser une comédie de maison, il fallait d'abord grouper toute une société de jeunes gens amis et enthousiastes ; une fois réunis, leur premier soin devait être le choix du président, car la représentation devait être mise sous le patronage d'une personne impor*
> Escenoi matritenses^ par El Corioso Parlante.
tADte; puis il fallait réanir àla fois les acieura^les contribuables et les spectateurs. On se divisait ensuite' en commissions pour le local, les décoriitions, les lumières, pour la copie des rôles, les costumes; il incombait naturellement au président d'obtenir le permis du gouvernement.. Venait ensuite le choix de la pièce, puis les répétitions, et enfin le grand jour de la représentation, se terminant parfois par des applaudissements enthousiastes, parfois aussi par le désarroi général de la troupe, reconnue incapable d'arriver au but qu'elle s'était proposé.
Quelle qu'en fût l'imperfection, ces comédies, néan* moins, étaient assez goûtées d'une importante partie du public, de celle qui voyait avec peine l'opéra italien se sub* stituer sur la scène même du théâtre del Principe, au répertoire de Lope de Vega, de Calderon et de Moratin. Leur succès détermina donc de nouvelles compagnies à se former^ et bientôt les théâtres de la Cruz et del Principe, sans abandonner les opéras, qui, par leur nouveauté, excitaient alors un véritable enthousiasme, se décidèrent à ouvrir leurs portes aux auteurs dramatiques et à leur demander de nou« velles compositions.
Il fallait de l'audace pour entrer dans la carrière, car il y avait à lutter contre deux censures : l'une ecclésiasliquei l'autre politique; toutes deux chagrines, inintelligentes, disposées à voir des allusions dans toute expression quelque peu hardie et piquante. Le succès était donc bien difficile ; et, à supposer que l'auteur réussit, il lui fallait se contenter du murmure approbateur que les applaudissements répandaient autour de son nom, car il n'y avait à espérer aucun profit matériel à une époque où la plus belle pièce ne donnait pas à son auteur plus de âOOO réaux, et où la propriété littéraire n'était pas respectée.
Il faut nous arrêter un instant sur le type du oenteur
LETTBBS, SGIENQW tT AIT! MHJS FERDINAND VII. 47
dramatique chargé du soin de reviser toules les pièces, sans l'avis duquel aucune représentation ne pouvait avoir lieu. Ce portrait nous donnera une idée exacte des misères auxquelles était alors condamné Tari dramatique. Le père Garrillo était un moine du couvent de la Victoire, d'un embonpoint excessif, aussi lourd dans sa démarche que dans son entendement, toujours sale, les habits tout couverts de tabac à priser, inspirant enfin à première vue le dégoût et la répugnance. Il cumulait, avec Tinspection des théâtres, le soin d'assister les criminels condamnés à mort et de les exhorter jusqu'au lieu du supplice. Déjà, dans son couvent, il s'était rendu célèbre par la violence avec laquelle il s'adressait aux malheureux pénitents qui venaient s'incliner devant lui au tribunal de la confession. L'un d'eux lui paraissait-il trop coupable pour l'absolution : «Allons! s'écriait-il avec des gestes furieux et un ton menaçant, c'en est assez : une voiture et en enfer I »
Pour les malheureux qu'il conduisait k la potence, son intervention devait ôlre plus pénible encore que celle du bourreau ; car il s'inquiétait peu des conditions spéciales dans lesquelles se trouvait sa victime; il s'agitait violemment devant elle, qu'elle voulût ou non se recueillir en elle-même. Ce qu'il lui fallait» c'était un pénitent bien préparé^ bien contrit, bien effrayé des supplices qui l'attendaient, s'il ne «e décidait pas à faire acte de contrition ; le père Carrillo soignait son œuvre avec amour, et triomphait en raison même des angoisses et des faiblesses du malheureux qui lui était abandonné. Un jour qu'il accompagnait ainsi un de ces condamnés, on vit tout à coup, un peu avant le moment fatal, apparaître sur le lieu du supplice un garde du corps qui agitait un mouchoir blanc pour annoncer à l'avance le pardon, et qui s'efforçait d'arriver à temps avant que le bourreau eût exercé son fatal office. Le père Carrillo
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ne put 8*emp6cher de froncer le sourcil : t Quel malheur ! disait-il ensuite ; mon homme était, si bien préparé pour la mort I »
Ajoutez à ces traits une ignorance désespérante, une gourmandise tournant plus à la voracité qu'à la recherche , une certaine affectation à passer pour homme de goûts littéraires; voilà le personnage devant lequel devaient s'incliner les directeurs de théâtre. Geux-ci, heureusement, eurent bientôt rencontré les moyens de se le concilier ; ils étudièrent ses vices et ses instincts; de copieux dîners offerts avec empressement rendirent au moine le séjour du théâtre plus attrayant; il voulait apparaître comme engoué de Tirso de Molina. Une foule de pièces de l'ancien répertoire furent attribuées à cet auteur, et c'était avec joie qu'il en autorisait alors la représentation, quel qu'en fût le sujet.
Pour tout le reste, on jugera de sa manière d'agir pnr quelques-unes des excentricités suivantes : le mot depauvre ne devait pas être prononcé, car il pouvait impliquer un blâme à la richesse. Ces expressions : Mon ange, je fadore^ si fréquemment prononcées en Espagne dans l'intérieur de la famille, ne devaient être employées que pour la Divinité. 11 fallait bien se garder de dire : J'abhorre la victoire; le public aurait pu faire allusion au couvent dont le moine faisait partie. Si Oreste tuait sa mère dans une tragédie de Clytemnestre, ce dénoûment devait être immédiatement modifié : un parricide ne devait pas paraître sur la scène ^
Malgré toutes ces extravagances, un écrivain dont l'Espagne peut encore aujourd'hui saluer les productions nouvelles, et qui a beaucoup d'analogie avec notre spirituel Scribe, parvint à se faire jour. Breton delos Herreros, tout Jeune encore, car il est né dans la première année de ce
< Galeria de la Htteratura espafhla, par A. Ferrer del Rio.
LBTTAB8, 8CIBNGB8 ET ARTS SOUS FERDINAND YII. 49
siècle, Taisait alors représenter ses premières comédies ; il inaugurait ainsi un charmant répertoire, plein de saillies, de finesse, de grâce, à travers lequel on peut suivre, pour ûnsi dire pas à pas, le développement des mœurs espagnoles dans ce siècle où elles passent par une si brusque transition.
Moins heureux, Gil y Zarate ne pouvait obtenir la repré' sentation de deux tragédies originales : Blanche de Bourbon el Don Rodfigo; il trouvait une opposition chez le moine, qui ne voulait pas qu'on traînât sur la scène, suivant son expression, des monarques trop dissolus (tan aficionados à las muchachas).
Très-hostile à toutes les nouveautés, le père Carrillo se montrait un peu moins sévère pour les traductions des tra* gédies françaises ; ce fut un bonheur, car Tapparition de deux acteurs de talent, Latorre et laGoncepcion Rodriguez, qui, marchant sur les traces de Maiquez, donnèrent à la tragédie un nouvel éclat, faisait vivement désirer au public la représentation de plusieurs œuvres de notre répertoire dramatique. Breton et Zarate durent consacrer leur talent à de simples traductions; ils s'y résignèrent gaiement, et, pendant toute cette période, le public espagnol assistait avec empressement à Taudition à'Andromaque^ d'Iphigénie^ de MUhridate^ de Marie Stuart, des Enfants d^ Edouard; ces pièces étaient traduites par des écrivains de talent et représentées par des comédiens de grand mérite. Les spectateurs étaient sevrés de Corneille et de Voltaire, mais on leur laissait Racine et Casimir Delavigne ; ce n'était pas une mauvaise nourriture pour le cœur et pour Tesprit ; et, alors que le romantisme s'annonçait déjà en France, il était heureux (|ue la société espagnole pût se bien pénétrer des beautés de notre théâtre classique ; il devait lui être ainsi plus facile de
suivre le débat qui allait s'engager entre les deux écoles, T. m. 4
30 INTBODVCT^ON,
classique et romantique, et de choisir sa ligne définitive en pleine connaissance de cause.
La dernière année de celle période, 1830, il fallut cepen« dent que Part dramatique s'avouât do nouveau vaincu par les charmes du nouvel opéra italien. Une chanteuse cé« lèbre, la Tossi, étant venue à Madrid» excita un tel enthousiasme philharmonique que Thalie fut complètement dédaignée. La population no voulait entendre parler que du phénix et des cbefi-d'œuvre de Rossini. Le principal imprésario, Grimaldi, qui avait épousé la Concepcion Rodriguez, cette actrice, Latorre, et un autre acteur distingué, Caprarai essayèrent en vain de résister à ce((e vogue furieuse; ils furent réduits à aller attendre à Séville des temps meilleurs. Breton de los Herreros les y suivit après avoir écrit contre la population madrilène une violente satire, où il lui reprochait amèrement de sacrifier le thé&tre national h la musique italienne ; il eût été plus sage de comprendre que l'engouement ne pouvait être que momentané^ en raison même de son excès, et que le plaisir que cause la magnifia ficence des opéras modernes est une conquête de notre civilisation qui a bien aussi son éclat et sa grandeur,
La poésie lyrique n'avait pas des adeptes moins fervents que la dramatique. Tandis que Quintana, au fond de TEstramadure, composait avec amour ce beau recueil de poé* sies choisies qui est aujourd'hui en Espagne dans toutes les bibliothèques, de nouveaux poètes se réunissaient autour de Tancien directeur du collège de San Mateo. Lista» forcé par les circonstances de fermer en 1823 rétablissement qu'il avait fondé, avait ouvert sa maison h quelquesuns de ses élèves dont il avait apprécié le génie naturel, et qui lui paraissaient doués d'une vraie inspiration poétique; il aimait à les encourager.de ses conseils et de ses avis. José de Espronceda» Ventura de la Vega, Patricio de Escosura,
LETTRES^ SCIENCU HT ÀlTt 9ùOê FERDINAND YII. [||
encore àl'&ge d'étudier; ayaient organisé entre eux, de» 1884» une académie de belles-lettres, désignée sous le nom A' El Uirîo^ dans laquelle ils ne se contentaient pas de traiter les pins graves questions de critique littérairoi mais où ils sd oommuaiquaienl encore leurs premières créations.
Il serait sorti sans doute quelque belle conception de réchauffement réciproque de ces cœurs enthousiastes» û peu à peu, sous Tinfluence des événements et sous la pression des circonstances, l'académie d'El Mirlo n'avait été^ par une police trop perspicace, transformée en une société politique, la Numantine» dont nous avons indiqué la courte existence et la rapide dissolution ^ Obligés de se séparer» les jeunes poètes que nous venons de citer suivirent chacun une voie différente. Vega, plus porté par ses goûts à recher* cher les applaudissements de la haute société et à se corn « plaire dans les raflinements d'une versiOcation soignée, s'ap« pliqua à devenir un poète élégant et aimable; il y réussit rapidement, et, devenu capable, à force d'art, de poétiser Ferdinand VU lui-même, il avait gloriflé, en 1838, dans une épître remarquable, la rapide paoiflcation de la Catalogne après la guerre des Agraviados. Patricio de la Escosura, moins préoccupé de la gloire littéraire que désireux de Jouer un r61e brillant dans sa patrie, ne put comme Vega se recommander d'un protecteur puissant lors de la disso« lution de la Numantine ; il dut s'exiler et aller un instant grossir à Paris le nombre des réfugiés espagnols ; mais il était trop jeune encore pour attirer l'attention du pouvoir. Il lai fut permis, peu de temps après, de revenir en Espagne, et, admis dans le corps spécial de l'artillerie, il abandonna les muses pour étudier Part militaire. Le dernier enfln de nos trois poètes, celui des trois à qui seul ce nom
• Voir t. 11, p. «97.
5f ilmoDtfCTioiv*
convienne réellement^ don José de Espronceda, fut forcé par la perséculion de se cacher d'al)ord dans un couvent ; il y resta quelque temps malade, et, quand ses forces furent réparées, il s'enfuit à l'étranger. Les tracasseries de la police, Tcxigulté de sa fortune particulière Tobligèrent de mener à Lisbonne, à Londres, h Paris une vie errante de privations et de souffrances qui contrastait avec la beauté de sa figure, Vélégance de ses manières et l'éclut de son génie. Ëspronceda, comme Byron, comme Alfred de Musset, est le représentant de cette génération que nous avons vue réunir à le fois le scepticisme religieux le plus complet et les idées chevaleresques les plus élevées. Byron se dévoue à rindépendance de la Grèce ; Ëspronceda combat à.Paris sur les barricades de 4830, s'offre comme volontaire pour courir aa secours de la Pologne, et expose ses jours contre la Sainte-Alliance. A cette époque, Ëspronceda n'était encoro connu que d'un très-petit nombre d'amateurs; mais les éloges que Lista avait accordés à ses premières productions répandaient déjà autour de son nom une auréole brillante.
Rien n'est conUigieux comme le talent littéraire ; cette même société de jeunes écrivains, qui n'avait encore donné que des espérances, se flattait déjà de posséder un nouveau satirique, un second Quevedo ; en réalité elle le préparait pour l'avenir. Ventura de la Vega avait entrevu dans quelques productions de José Mariano de Larra, à peine âgé do vingt ans, des qualités de premier ordre, et, avec cette chaleur que possèdent seuls la jeunesse et le talent, on lui créait une renouimée, avant même qu'il s'en fût montré digne. Heureuse jeunesse que celle de 1830 1 En Espagne comme eu France elle avait l'amour de la poésie et le culte du talent I N'existerait-il plus aujourd'hui que le goût des plaisirs matériels ou l'unique passion de la richesse ?
Ëspronceda et Larra, les deux hommes en qui se résume
LCTTRBS, 8ClBlfCB8 R A1T8 SOUS FBRDINANO TH. (3
le mieux à nos yeux l'effort de l'Espagne moderne pour sortir de ses langes et de son impuissance, n'appartiennent pas à la période de 1830 ; ils sont en germe, mais ils n'ont pas d'action sur la société. Ils vont éclore, et nous ne les citons que parce qu'il nous parait utile de signaler les circonstances au milieu desquelles ils doivent faire leur apparition.
Par la censure qui pesait sur les ihé&tres, il est Tacite de calculer celle dont le journalisme était l'objet : la presse se trouvait exclusivement à la dévotion des sacristies, et il n'était permis à aucun écrivain de publier dans le pays des écrits politiques sans l'autorisation expresse du pouvoir. L'économie politique, le droit administratif étaient englobés dans Tanimad version des autorités pour tout ce qui constituait le progrès moderne, et on en aurait fait à la cour bon marché, si les besoins mêmes de lu répression n'avaient imposé à Ferdinand Tohligation de soigner ses finances et d'étudier les ressources du crédit public. Grâce à cette nécessité, le ministre Ballesteros put appeler autour de lui des hommes spéciaux comme Ganga-ArguéUes et Xavier de Burgos ; et ce dernier dut à la faveur dont il jouissait, aux services qu'il avait rendus à Paris en favorisant la réalisation de l'emprunt Guebhard, l'autorisation de faire circuler une représentation au roi. Get écrit, publié en 1826, eut un retentissement considérable. Si l'on pénètre au fond des choses, le mémoire de Burgos n'était pourtant pas un programme bien extraordinaire ; il se limitait à demander une amnistie, le nivellement du budget» un emprunt de 300 millions avec hypothèque des biens ecclésiastiques, la création d'un ministère de progrès (fomento), et l'établissement dans les provinces de délégués du pouvoir civil, indépendants de l'autorité militaire et de la magistrature ; mais, à cette époque, toutes ces réformes étaient si nécessaires, si indis-
Bi IHTBODOCTION.
peûsableB, le mémoire d^ailleurs était écril avec tant de netteté, de précision et d'élégance, que le |Miys tout entier raccueiUit avec empressement, et que, malgré Tatonie et l'abattement des esprits, il se répandit à des milliers d'exemplaires.
Madrid n'est pas une cité à études profondes, à tendances philosophiques ; on n'y aime guère les productions de longue haleine, les efforts vigoureux de la réOexion et de la raison. Aussi, tandis que nous voyons se former dans son sein, sous les efforts de Lista, une nouvelle école littéraire, nous y chercherions en vain des penseurs et des philosophes ; on dirait vraiment que la pensée n'est pas à son aise sur les rives du Mançanarès, et que le climat sec, variable, accablant, de la capitale de l'Espagne est contraire au fonc* lionnement régulier de la machine cérébrale.
6i nous voulons rencontrer quelques hommes sincèromeUt dévoués aux larges méditations de la pensée, c'est à Barcelone que nous les trouverons. 11 y eut dans cette cité, avant les tristes événements qui signalèrent la domination du comte d'Bspagne, et sous l'influence de quelques réfugiés français et italiens, un effort qui, s'il avait été énergiquement suivi, aurait conduit à la création d'une école catalane de quelque distinction* Sous le titre à' El EuropeOf la publication d'une revue philosophique ftit tentée en 1824, à Barcelone, par Aribau, Lopes Soler et autres ; mais les événements vinrent dissoudre le petit groupe avant qu'il eût pris MCine, et Lopes Soler, qui s'était particulièrement distingué par ses tentatives ponr propager en Espagne l'esthétique allemands^ dut s'arrêter dans son enseignement.
Laissons à un Catalan, M. Leopoldo Feu, le soin de qualifier à sa manière les tendances des rédacteurs d'/T/ Ehfopeo : s Aribau, dit^ii, et surtout Lopec Soler se distinguent avant tout par une physionomie spiritualisto ; leur
LETTRES, 8CIBRCM BT ÀITI BOUS FERDINAND TH. 5V
eonnalssanee des bonDes théories esthétiques, particulièrement de celles de Schiller, leur affection pour le moyen âge cl les usages de la chevalerie, l'importance qu'ils accordent à réddoation de l'homme, leur enthousiasme pour Tart mu« sical et l'opéra italien, leur aspiration au roman lismo dans le bon sens du mot, leur respect profond pour les coutumes nationales en tant qu'entièrement liées avec la religion, le climat, les lois et les autres éléments sociaux, tout cela indique une renaissance prochaine et salutaire, très-notable dans une société gênée depuis si longtemps comme la nôtre par des préoccupations religieuses et politiques. »
Comparés aux lettres pendant cette période, les arts ne nous offrent pas dans l'origine un abattement aussi complet ; mais on sent moins aussi l'espoir d'un prochain essor. Le grand artiste, à la puissante flgure, qui domine toute l'iScoIe au commencement de ce siècle, Francisco de Qoya, disparaît de la scène ; il est remplacé par des hommes à manières académiques, dénués de toute inspiration, moins épris du beau qu'adorateurs de certaines formes conventionnelles. Nul ne cherche à saisir les imaginations par une grande création ; l'unique éloge qu'on puisse donner aux écoles est de conserver avec soin les procédés et les règles de l'art.
L'influence extrême exercée par David sur les jeunes peintres qui avaient été envoyés comme pensionnaires à [lome était devenue prépondérante à Madrid même, aussitôt après leur rentrée dans cette capitale. Le triomphe déli* nitif de ce genre fut assuré par la nomination de José de Madrazo comme peintre de chambre de Ferdinand VII et professeur à TAcadémie. C'est Tépoque des grands tableaux de l'histoire grecque et romaine. Madrazo exécute la Mort de ViriathCy celle de Lucrèce^ le Combat des Gi^ecs et des Tro^ns sur le corps de Patrock. José de Aparicio, encore
plus hardi, veut transporter les poses théâtrales et roides des gladiateurs antiques dans les scènes modernes^ comme dans son tableau de la Faim de 1811, à Madrid ; et le succès est tel que c'est lui qui est chargé par Ferdinand Yll de léguer à la postérité, sur une grande toile, le souvenir du débarquement au Puerto Sanla Maria.
Parmi les hépiliers de Bayeu et de Maella, quelques-uns résistèrent énergiquement à Texagération du genre de David ; citons parmi eux Viceute Lopez, déjà peintre de chambre sous Charles IV, et qui conserva cette position sous Ferdinand. G^esl à lui que nous devons un admirable por^ trait de Goya, qui nous donne une parfaite idée de cette puissante nature. Lopez, peintre finisseur, voulait encore retoucher le portrait pour en perfectionner les détails ; mais Goya, satisfait du résultat obtenu, le lui enleva brusquement ; il craignait de voir disparaître Ténergie et l'ensem* ble de sa physionomie sous une retouche trop fine et trop savante.
Lopez, comme Madrazo, comme Jean-Antoine Rivera^ Tauteur du Cincinnatm et du Vamba^ est devenu le chef d'une famille d'artistes distingués. Ces noms de Lopez, de Hivera, de Madrazo se retrouvent désormais à chaque page dans Thistoire de l'art espagnol contemporain : la célébrité des pères a rejailli sur les fils, et ceux-ci, à leur tour, défendent avec ardeur la mémoire de leurs ascendants.
C'est une excellente garantie pour la conservation des bons procédés que l'existence de ces familles où de père en fils un même art est cultivé avec enthousiasme ; mais quelquefois elle forme une barrière trop compacte à l'élévation des jeunes talents. Ce domaine de l'art doit être accessible à tous ; il ne faut jamais consentir à ce qu'il devienne l'apanage exclusif de quelques privilégiés.
Le genre de Goya ne se prête guère à la formation d'une
LBTTRBS^ SCIBNCra BT A1T8 80U9 PBKDINAND Tir. 57
école; nous comprenons notre Delacroix s'inspirant des œnvres du peintre espagnol, et s'habituant, en les reproduisant, à se faire une main rapide et un coup d'œil profond, pour ébaucher en un instant Tesquisse d'une scène ou d'un paysage ; mais, en dehors de la recherche de Timpression et de l'effet, ériger en règle l'imperfection volontaire d'un grand peintre qui terminait à l'occasion, ce serait vouloir faire du désordre la condition normale de l'art. Goya reste donc seul au milieu du mouvement artistique ; la tournure de son esprit, son originalité^ sa manière font de lui un peintre à part, dont l'œuvre tout entier sera toujours admiré; mais il ne joue pas le rôle de chef d'école. Son écla* tant succès est la meilleure preuve que les romantiques puissent invoquer contre les classiques ; ce serait pourtant ne pas comprendre le romantisme que de vouloir l'enfermer dans le style irrégulier, haché, incomplet à beaucoup d'égards, qui caractérise le génie du peintre aragonais.
Il n'était ni sage ni prudent pour Goya de vivre à la cour de Ferdinand Vf! à l'époque des proscriptions qui suivirent la réaction de I8S23; obligé de séjourner dans la capitale en qualité de peintre de la cour, il demanda l'autorisation de faire un voyage à l'étranger, et elle lui fut accordée. Transporté, en France, dans un milieu plus conforme à Fallure de son esprit, Goya ne voulut bientôt plus abandonner notre patrie ; il y resta cinq ans, et s'établit à Bordeaux^ où il retrouva l'auteur du Si de las Ninas, l'élégant et gracieux Moratin. Ces deux vieillards se plaisaient à poursuivre ensemble de longs entretiens, où la conduite qu'avait tenue l'Espagne en 1808 et 1812 était appréciée sous toutes ses faces. En 1837, Goya dut retourner à Madrid pour solliciter nn congé définitif ; et, l'ayant obtenu, il se hâta de revenir à Bordeaux, où la mort l'atteignit l'année suivante, au milieu de sa famillci à l'âge de quatre-vingt-deux ans et quinsse
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jours. Moratin mourut aussi à Paris celte même année 18â8. Le poète comique et le peintre emportèrent avec eux les regrets de plusieurs générations qui déjà avaient pu jouir de leurs œuvres,
Le ton un. peu glacial que nous avons dû signaler dans les Inivaux des peintres de 1823 à 1830^ apparaît aussi dada ceui des architectes : leur style est timide» maniéré, exclusif; c'est du gréco-romsin soumis à des prescriptions inflexibles. Aucun artiste n'arrive à la hauteur de Ventura Rodriguexi tous se contentent de suivre TimpiiU sion donnée par ce maître. Parmi ceux qui méritent d'ôlre cités, Tun, Percz, est Tauteur du théâtre Vittoria ; on lui doit la reconstrucliun de San Sébastian et d'importnnts édiflces dans les provinces basques ; un autre» Yelasquex, dégage la place d*Orient à Madrid et améliore les résidences royales d'Aranjuex et de la Oranja; un troisièmei Aguado, élëvela maison de Vista Hermosa, dresse les pions du théâtre lloyal, et construit enQn cette affreuse porte de Tolède, qui fait à Madrid un contraste si choquant avec le beau mo« nument bâti sous Charles III, qui domine toute la rue d'Alcala.
Nous avons peu de chose à dire de la sculpture : don José Alvarez, qui avait étudié en Italie avec Canova les magnifiques œuvres de l'antiquité ; Sola> l'auteur des statues de Cervantes et de Daoiz et Yelorde ; Oinez, quelques élèves d*Adam, tels sont, dans celte période, les seuls représentants de cet art difficile auquel les Espagnols ne rendent pas assez hommage.
C'est toujours quand on arrive à l'étude du mouvement scientifique que se manifeste de la manière la plus triste le degré d'infériorité de la nation espagnole relativement aux autres sociétés européennes; nous avons peine à trouver la figure d'un vrai savant ayant contribué réellement au pio-
LETTRES, SCIBNCEt ET ABTt lOCS FERDINAND Vif. 69
grès de Tesprit humain. Point de ces belles vies consacrées tout entièreB au culte de la science^ et venant se résumer dans une de ces grandes découvertes qui honorent notre époque et lui donnent un caractère spécial en dehors de toutes les générations qui nous ont précédés.
Les causes de cette infériorité sont faciles à énumérer pour qui a longtemps vécu en Espagne. Notons d'abord et avant tout Tabsenee complète de capitaux dans ce pays. Abstraction faite de quelques familles placées par leur richesse tout à fait en dehors de la société, et qui« par mal^ heur, ne savent pas faire usage de leur fortune en faveur du développement des sciences, fort peu de propriétaires et de capitalistes jouissent d'une aisance suffisante pour consacrer leurs efforts au progrès d'une science déterminée. Ceux qui se décident à tenter cette œuvre difDcile ne sont pas enconragés par la considération publique, cette noble récompense que peuvent toujours offrir les sociétés civilisées ; puis les luttes infécondes d*une politique toute personnelle attirent les plus nobles intelligences et les portent à user toute leur vie en efforts stériles. Peut-être enOn le climat, en beaucoup de lieux ^ s'oppose-t-il à un travail long et soutenu de la pensée ; mais c'est là un point de vue que nous sou^ mettons aux physiologistes» sans nous juger aptes à le résoudre par nous-mêmes. En dehors de ces causes, qui prennent leur racine dans l'état économique et moral de la société espagnole, ainsi que dans le milieu où elle vil, Tintolérance religieuse et la haine des lumières qui ont caractérisé le règne de Ferdinand Yll, furent des obstacles transitoires qui, pendant cette période, empêchèrent tout progrès scientiflque.
Loin d'accorder la moindre protection aux sciences, les divers ministres qui dirigèrent la marche des affaires s'occupèrent surtout à leur opposer des barrières ; se Vouer à
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rétude était le moyen le plus sûr de se condamner à la misère, et d'eiciterla haine, soit d'une police ombrageuse, soit d'une populace fanatisée.
Aucun centre n^existait auquel les savanls pussent adresser leurs travaux, et Ferdinand ne songea point à combler cette lacune. 11 y avait bien une Académie espagnole, créée dans le but de fixer l'élégance et la pureté de la langue castillane, avec cette devise : Limpia^ fija y da esplendor; il y avait bien une Académie d'histoire pour éclairer l'histoire d'Espagne dans toutes ses parties; il y avait encore une Académie dite de San Fernando pour les beaux-arts. 11 n*y avait pas d'Académie des sciences.
Les plans de l'Observatoire de Madrid avaient été achevés par Villanueva ; il eût suffi de quelques subsides pour doter la capitale de l'Espagne d'un établissement aussi utile. On avait en même temps sous la main un homme capable de diriger les travaux astronomiques ; on laissa mourir le géomètre Rodriguez sans utiliser ses connaissances, et nul ne songea à réaliser les projets de Goronado, qu'avût si fortement encouragés le prince de la Paix.
A l'observatoire de San Fernando, il s'était rencontré un directeur intelligent, don José Sanchez Gerquero, qui aurait élevé cet établissement à la hauteur des nécessités de la science moderne ; tout ce que put faire cet astronome distingué, ce fut de se mettre au courant de tous les progrès accomplis dans les observatoires de Greenwich> de Paris et de Bruxelles, et de recueillir des notes pour réaliser de véritables améliorations, le jour où le gouvernement parviendrait à en comprendre l'utilité.
Dans les dernières années du siècle précédent, un beau travail avait été commencé par les professeurs du Jardin botanique de Madrid, l'étude de la flore d'Espagne. Gette œuvre avait été poursuivie avec ardeur par GavaniUes,
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pendant les trois années où la direction du Jardin Ini fut confiée, de 1801 à 1804. Si une mort prématurée n'était venue enlever cet homme distingué à ses amis et aux jeunes élèves qu'il animait de son ardeur scientifique, nonseulement, dès les premières années de ce siècle, l'Espagne eût possédé un vaste recueil de toutes les plantes de son territoire, mais encore la science moderne lui aurait dû la connaissance complète de toute la flore de l'Amérique cen-> traie et méridionale et de plusieurs provinces asiatiques.
En effet, les divers gouvernements espagnols^ excités par les réclamations des savants de toute l'Europe, avaient compris qu'il ne leur était point permis de priver la civiii* sation moderne de toutes les ressources qu'on pouvait tirer de la magnifique végétation des colonies. Pour se faire par* donner l'extrême sévérité avec laquelle ils interdisaient aux étrangers l'entrée de certains territoires, ils organisèrent plus d'une fois de vastes expéditions scientifiques, dont la mission était de recueillir avec soin des spécimens de tous les produits des trois règnes : animal, minéral et végétal ^
Disons à la louange des gouvernements que ces expéditions furent réellement exécutées , qu'elles furent suivies avec régularité et persévérance pendant des années ; mais, par une fatalité sans exemple peut-être dans aucune autre nation, tout le zèle disparaissait au moment de livrer à la publicité le fruit des travaux des expédilionnaires*. L'Ës^ pagne aurait cru se jiuire à elle-même en faisant jouir le monde entier du résultat de ses efforts; comme un avare
I Voir dans Colmeiro, la Botanica y hs Botanicos, des détails inté* fessants sur toutes ces expéditions.
' «Destin fatal qui semble accompagner toutes nos expéditions scientifiques. Les expéditionnaires ne négUgent aucun effort, n'épargnent aucune fatigue pour atteindre le but; ils reviennent dans leur patrie chargés de dépouilles opimes, et quand il n'y a plus qu'à publier leurs travaQi pour se couvrir eux-mômes de gloire, pour augmenter celle de
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qui gftrda ses trésors, elle a enfoui dans le Jardin botanique de Madrid des herbiers et des dessins dont les savants ont été privés* et dont elle ne se sert pas elle-môine, faute d'avoir daigné achever par un dernier saeriOce Tœuvre qu*eUe avait entreprise (voir note D).
L'activité, l'énergie, la persévérance de Cavanillea p6N mirent de tirer profit de quelques-uns des travaux exécutés par les botanistes espagnols tant dans l'aneion que dans le nouveau continent. C'est h lui qu'on doit la publication des dessins de plantes et d'animaux recueillis par la commission qui accompagna, en 1789, le navigateur Malespina dans son voyage autour du monde. L'élan qu'il avait commun!** que s'arrêta à sa mort, en 1804; bientôt les troubles intérieurs, la guerre de l'indépendance interrompirent d'une manière fatale l'essor donné aux sciences naturelles.
A la rentrée de Ferdinand, en 1814, elles reçurent poup« tant une nouvelle impulsion d'un autre botaniste éminent, Mariano Lagasca, qui fut appelé à la direction du Jardin botanique. Gomme Cavanilles, Lagasca occupe un rang à part parmi les savants espagnols ; pendant vingt-cinq ans, il fut de l'autre côté des Pyrénées Je représentant le plus élevé de la science; il était en relation avec les hommes les plus distingués de France, d'Angleterre, d'Allemagne et d'Italie. Quoique l'absence de ressources et la guerre civile aient souvent arrêté ses bonnes intentions, et l'aient spécialement empêché de publier les travaux de Mutis et de Mocino, il n'en a pas moins rendu des services éminenti qui le placent à un haut rang parmi les naturalistes. L'Es-
leur patrie, tooi lenrt efforU viennent te briiep eontre lee elMonetanoes malbaureuseï au milieu detqueUei se débat le paye et contre dee oau* •ee tout à fait étrangèree k la aolenoe. • (Extrait du dieoonre de ré« oepUon de M. Laureano Perei Aroai à TAcadémle royale dei selanoet exaotee, pbyslqaee et naturelles, 186S.)
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pagne loi doit la propagation de la dosaifleation des plantes en familles naturelles, la continuation des belles études déjà commencées sur la Dore espagnole, un vaste travail suf les céréales péninsulaires, sur les lichens et les crypto* gamest sur les plantes à soude, sur les herbages et les prairies.
Lorsque les Cortès abandonnèrent Madrid en 4833, et que, réfugiées d'abord à Séville, elles furent forcées par le duo d'Angoulème d^aller chercher un abri derrière les remparts de Gadii, Lugasca, qui en faisait partie et votait avec les exaltés, eut le chagrin, au milieu du désordre qui suivit Fabandon de Séville par les troupes constitutionnelles, de voir piller par le peuple de Séville une belle collection qu'il traînait avec lui; il perdit alors des manuscrit s précieux, et ne put jamais se consoler de celie perle douloureuse. Après la capitulation de Cadix, il accompagna en exil Télite de la population que le fanatisme chassait de ses foyers ; après un long séjour à Londres et à Jersey, ce ne fut qu'en 1831 qu'on lui rendit la direction du Jardin botanique de Madrid, poste où il aurait pu rendre tant de services à son pays*
De toutes les sciences, la botanique est celle qui, depuis le commencement de ce siècle, a été cultivée en Espagne avec le plus de succès et de soin ; les autres sciences natu* relies, la physique, la chimie, la biologis ne comptent aucun savant qui se soit élevé à la hauteur de Gavanilles et de Lagasoa.
Pour comble d'infortune, l'état de l'instruction publique était tel qu'il ne se prêtait point au développement scientifique des nouvelles générations.
Depuis le plan général de 1807, la plupart des hommes d'Etat espagnols songeaient à détruire l'ancienne indépen* dance des universités. Nous avons déjà signalé la première
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épuration doat avait été victime en 1814 Taniversité de Salamanque; après 1823, elle resta fermée durant une année entière , et, quand les portes en furent rouvertes, il se fit un travail d'élimination si sévère tant parmi les professeurs que parmi les élèves, que cet antique établissement fut bientôt tout à fait déchu de sa splendeur passée ; de sept raille qu'il avait atteint à d'autres époques, le nombre des étudiants se trouva réduit à sept cents.
L'université destinée aux jeunes Catalans fut maintenue avec soin à Gervera, malgré les désirs de Barcelone, qui aurait voulu la posséder et qui offrait aux élèves de bien autres ressources que la ville de Cervera, éloignée de toute communication.
Pendant le régime constitutionnel, il avait été question de transférer h Madrid Tancienne univereilé d'Alcala. On se garda bien d'accomplir cette réforme, qui aurait doté la capitale du personnel ardent et révolutionnaire qui lui manquait.
Les dispositions du gouvernement de Ferdinand VII à regard de renseignement public nous sont retracées dans le plan générai de 1824, qui vint remplacer le grand projet des Gortès de 1820. Ce plan avait été improvisé dans l'espace d'un mois par le père Martinez de la Miséricorde, un des plus fougueux instruments de la réaction ; il est en arrière même du plan de Gaballero de 4807 pour tout ce qui touche aux matières de l'enseignement. Quant à l'organisation intérieure des universités, il déclare abolis les anciens statuts, et détermine un état de choses qui ne pouvait produire que le marasme et l'ignorance. En effet, en détruisant par la base toutes les anciennes prérogatives des universités, il ne remplace pas les forces résultant de l'énergie individuelle des corporations et des commissions locales par un appui sérieux de TEtat.
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Les neuf uniyersités qui subsistaient encore avec quelque éclat, celles de Salamanque, Gervera, Alcala, Santiago, Sé- Ville, OviedOy Grenade, Valence et Saragosse, restent abandonnées à elleshmèmes et doivent faire face à toutes leurs dépenses. Seulement, leur administration, qui autrefois était tout entière entre leurs mains, passe dans celles du roi; c'est le pouvoir royal qui se charge désormais de nommer lui-même le recteur, devenu, par la suppression de la charge de chancelier, le seul chef de l'établissement. L'unique privilège qui leur est conservé est de présenter une liste de trois candidats qu'elles doivent choisir parmi les chanoines ou dignitaires des cathédrales, pourvus du grade de docteurs. Les étudiants devaient jurer de ne pas reconnaître le dogme de la souveraineté populaire, et de s'abstenir de faire partie de toute société secrète*.
Le plan de 1824, si fatal à l'enseignement public, devait avoir force de loi jusqu'à la réforme déûnitive de 1845 due aux efforts intelligents d'un ministre éclairé, don José Pidal, et d'un homme de grand talent, Antonio Gil y Zarale, auxquels revient Thonneur d'avoir mis en pratique le plan conçu par les législateurs de 1820.
Si l'on songe à la misère dans laquelle devaient languir les universités dénuées de toutes ressources, à l'absence de tout cabinet de physique, de laboratoires et de collections, au mépris que les autorités elles-mêmes témoignaient pour les savants, au peu d'importance que Ton accordait aux examens, aux grades et aux concours, au dégoût avec lequel devaient travailler des étudiants qui savaient à l'avance l'inutilité de tout effort, au découragement que devait
I Voir VEitpagne scientifique, par Ed. Mailly, Bruxelles, 1868, et De la imtruccion publica efi Espaf^a^ par don Antonio Gil y Zarate, 3 vol. in-80. Madrid, 1855.
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causer l'idée qu'il fallait compter exclusivement »ur la faveur pour réussir dans sa carrière, la décadence de TEspagne n'est vraiment pas difficile à expliquer, et peut-être doit-on plutôt s'étonner de ce que les générations actnellca ne soient pas encore descendues plus bas dans l'échelle de la civilisation.