‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 95 sur 152 · CONVENTION DE VERGARA · texte numérisé non relu

CONVENTION DE VERGARA

Février à novembre 1839.

La paix était devenue une nécessité absolue pour les provinces basques et la Navarre. — Par diverses mesures le gouvernement s'efforce d'en développer le désir. — Le ministre de la guerre Alaiz consacre de préférence^ en 1839^ toutes les ressources de l'Etat à approvisionner l'armée du Nord. — Campagne d'Espartero en 1839; prise des forts de Ramalès et Guardamino. — Occupation de Durango. — L'armée libérale envahit la province de Guipuzcoa par le Sud. — Conférences entre les généraux en chef. -— Les insnrgés de Vera. — Convention de Vergara (30 août). — Don Carlos se retire en France. — Paciflcation des provinces basques et de la Navarre.

Elections de 1839. — Triomphe du parti progressiste. — Abstention des modérés. — La majorité veut renverser le ministère. <— Résistance d'Arrazola. — Question des fueros dans le sein du congrès. — Division du cabinet. — Alaix donne sa démission. — La session des Cortès est suspendue le 31 octobre ; elles sont définitivement dissoutes le 18 novembre.

Le courant d'opinion qui devait faire tomber les armes des mains des carlistes avait fait en très-peu de temps des progrès rapides; d'abord très-indécis à son origine, il s'affermit peu à peu à mesure que les circonstances lui permi* rent de se développer plus librement.

On savait, dans les provinces basques^ que la parole de transaction prononcée à la tribune des Cortès, à la première session de i 838, par le député le plus influent, Toreno, avait été favorablement accueillie par le Congrès ; cette nouvelle avait rapidement circulé et fait entrevoir un premier arcen-ciel dans l'horizon.

On s'aperçut ensuite qu'Espartero, en même temps que

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par une mesure très^rigoureuse il ordonnait Tcxpulsion du pays libéral et la connscalion des biens pour tous les parents des carlistes qui avaient les armes h la main, affectait de se montrer généreux envers les prisonniers : il renvoyait dans leurs foyers, pour être compris dans un futur^échange, tous ceux qui se montraient disposés à prêcher à leurs concitoyens des idées favorables à In paix.

Cette rigueur et cette humanité combinées, jointes aux dispositions connues des Gortès et du gouvernement, devaient produire d'aulant plus d'impression que, du côté de don Carlos, le désordre intellectuel et moral était à son comble. Là où tout devait reposer sur l'auloriié royale, celle-ci avait été solennellement méconnue; la confiance dans le monnrque avait tout à fait disparu ets*était reportée sur un général dont le moindre revers pouvait en un instant détruire le prestige.

Puis il n*était pas probable que les apostoliques vaincus souscriraient facilement à leur défaite. Le cabinet de Madrid avait chargé un agent spécial, Avirancta. d'exciter leur ressentiment ; il n'en était pas besoin ; on pouvait s'attendre à ce qu'ils chercheraient à employer la violence pour recouvrer leur influence perdue. BalmaseJa avait pu s'échapper et, avec les ressources que lui fournirent les nombreux personnages que Maroto avait fait exiler, il s'était mis tout de suite h l'œuvre pour fomenter dans le sein des files carlistes un mouvement favorable au parti qu'il représentait: ne pouvait-il pas d'ailleurs compter sur l'appui de Cabrera, le maître du Maestrazgo, et sur le concours des bandes de Catalogne, également hostiles au système do transaction modérée qui semblait triompher avec Maroto ?

A ces éléments de décomposition il faut ajouter les suggestions d'un certain nombre d'agents qui furent envoyés dws les provinces par le ministre Arrazola avec mission

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«ecrëte de prêcher le découragement et le désir de la paix ; «t enflQ les efforts de celui qui avait arboré la bannière spéciale de Paix et Fueros. Mufiagorri n'était parvenu à réunir autour de lui qu'un très-petit nombre de partisans ; cependant il donna à son entreprise assez de consistance et de notoriété pour frapper les imaginntions,et leur faire coni*prendre que le retour de la paix pourrait n'être pas suivi d'une abolition complète de tous les vieux usages auxquels le pays tout entier était si attaché; les premiers chefs carlistes avaient toujours vivement insisté pour répandre dans les masses celte idée, que les libéraux tenaient absolument à «upprimer les fueros; on minait le carlisme dans sa base en établissant que leur maintien n'était pas incompatible avec la pnix.

D'un autre côté, le ministre de la guerre de Madrid, Alaix, on complot accord avec Esparlero, n^avait rion négligé pour que la campagne de 1839 pût s'effectuer dans les meilleures conditions; n'étant plus arrêté, comme ses prédécesseurs, par la crainte de voir ce général acquérir une trop grande popularité, il n'nvnit pas prétexté, comme on l'avait fait Tannée précédente, la nécessité de consacrer les ressources de l'Etat h l'armée du Centre. Tout ce qui dans l'état de détresse du trésor espagnol avait pu ctie elTeclué, l'avait été cette fois pour l'armée du Nord.

Aussi Espartcro ét«il-il en mesure d'entreprendre une opération d'enscMiblc; il résolut d'attaquer lui-même nar l'extrême gauche^ de recouvrer de ce cAté Tascendunt que les troupes libérales avaient perdu par l'abandon de Balmascda, de couper les nouvelles lignes que les carlistes avaient essayé d'établir dans la vallée de Carranza, et surtout de lenr fermer toutes communications avec la province de Santander. La supériorité de son arlillerie lui donnait un avantage incontestable ; et s'il pouvait faire tenir à

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86S troupes seulement uae campagne de quelques jours, comme Maroto était hors d'état d'engager une action générale, des résultats considérables pouvaient être obtenus en peu de temps. L*armée libérale sortit donc de Villarcayole i7 avril, et le 28 seulement elle rencontra les troupes carlistes au village de la Neslosa; après un faible engagement celles-ci se replièrent à Tabri des forts de Ramales et de G uardamino. Esparlero provoque alors ses adversaires à un engagement décisif, et, voyant qu'ils n'acceptent point, songe à s'emparer des deux forts à main armée. C'est à atteindre ce but que furent employés les premiers jours du mois de mai ; le 8, Ramales fut enlevé après avoir été réduit en cendres par les boulets libéraux et incendié par ses propres défenseurs; quant à Guardamino, mieux pourvu de canons, quoique ceux dont il disposait fussent en très-mauvais état, il fut bloqué après une action assez sérieuse livrée le il mai, dans laquelle se distingua le chef d'état-major Léopold O'Donnell. Dans cette action les libéraux comptèrent environ cent morts, sept cents blessés ; mais en revanche le fort leur resta. Maroto, se sentant dans l'impuissaQce de forcer le blocus, songea à sauver sa garnison; il permit dès le lendemain au commandant de capituler, sous la condition que ses hommes seraient échangés contre un nombre de prisonniers correspondant. Gomme conséquence de ces opérations, les carlistes se virent forcés d'abandonner toute la vallée de Garranza.

Au même moment où s'effectuaient ces opérations sur la gauche, à droite le général Léon, nommé vice-roi de Navarre, reprenait une autre fois le pont de Belascoain et déployait dans son attaque, en forçant lui-même uneredoute à la tète de son escorte, ce genre de courage téméraire qui exalte à un si haut degré l'enthousiasme des Espagnols (!*' mars). Elio, qui lui avait été opposé, essaya quelques

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