CHAPITRE Y* — GOimniTIOlC DB TEBGABA
jours après de reprendre l'avantage dans les champs d'Arroniz; il faillit cette fois écraser une colonne qui, placée sous les ordres de don Manuel de la Goncha, courut les plus grands périls. L'énergie de ce chef distingué parvint à la tirer d'embarras. Coucha maintint sa posilion en saisissant lui-même les étendards et en les faisant planter en terre là où la résistance était nécessaire ; ses dix compa* gnics perdirent deux cents hommes, mais Tennemi fut vivement repoussé.
Dans la province d'Alava» Zurbano, prenant de jour en jour un plus grand ascendant, et disposant par la volonté du gouvernement de forces plus nombreuses, osait déjà attaquer le chef carliste auquel Maroto avait donné la garde de ce territoire : il lui fit éprouver un revers, le 14 mai, dans les environs de Gamarra.
Ces succès, bientôt connus dans la Péninsule et très-exagérés par la presse libérale, furent récompensés par le ministre Ari'azola avec une rare prodigalité. C'est ainsi qu'Es partero fut nommé grand d'Espagne de première classe et reçut le titre de duc de la Victoire; le général Diego Léon obtint un titre de Castille sous la désignation de comte de Belascoain ; quant à Zurbano, il reçut la croix de commandeur d'Isabelle la Catholique.
Dans le camp carliste au contraire tous les ennemis de Maroto s'empressèrent d'exagérer l'importance de la défaite qu'il avait subie ; pour lui, conrime il se contentait d'affirmer qu l'armée n'était pas en état de s'exposer à un engagement général, il conseilla à don Carlos de réunir un grand conseil de guerre dans lequel seraient étudiées toutes les mesures à prendre dans ces difficiles circonstances. Le conseil se tint en effet à Zornôza le 29 mai, et là il fut décidé que l'armée carliste se contenterait d'hostlliser les envahisseurs à mesure qu'ils voudraient pénétrer sur le
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territoire basque, qu'il ii*y avait pas Heu de tenler une uclion suivie, et même qu'il était sage d'évacuer la ville de Bulmaseda.
A la suite do ce conseil, Maroto se b/Uta d'abandonner cette cité, qu'il no vouloit pns dérendre ; il évacua de môme Amurrio et Ordufla, et alla s'établir aux environs de Llodio d'Areta et d'Orozeo, afin de couvrir les routes conduisant à Durango (12 juin).
Les apostoliques, dès qu'ils eurent connaissance de ces mouvements en arrière, crurent de leur intérêt de propager dans tout le pays basque des proclamations dans lesquelles Maroto était directement accusé de trahison : leurs calomnies réitérées eurentpour effet d'accroître le découragement; bientôt on vit reparaître dans les rangs carlistes la mémo tendance à la désertion qui s'était déjà manifestée après la bataille de Pefla Gerrada ; le général on cbef de l'armée du Nord s'efforça de la stimuler, en publiant qu'il nccueiJlcniit sans les fusiller tous ceux qui se soumettraient volonlairement.
Pour modifier cette disposition des esprits, don Cn'losful excité par les nouveaux conseillers Monténégro, Ramirez do la Piscjfla et surtout Marco del Pont, qui, en qualité de ministre des finances, avnit pris une assez grande influence à se montrer directement aux troupes dans leurs quartiers. Il quitta un instant la petite cour de Durango 1 1 se présenla aux soldats, qui le reçurent avec une certaine effusion (18 juin); au bout de doux jours, il les avait à nouveau abandonnés et se trouvait déjà de relour à Durango.
Tout d'abord Espartero n'avait pu calculer l:i portée des premiers succès qu'il avait oblenus ; il s'occupa donc exclusivement de fortifier 1rs lignes nouvellement conquises de Balmaseda à Ordnfia, et de surveiller les fortifications que Maroto cherchait à établir à Areta ; mais bienlôU en apprc-
CBAPITIIB V. — CONYBNTION DE TBHOAEA. 458
nanl les divisions des carlistes, en voyant les propositions de transaction qui lui étaient faites de tous côtés par Mnpoto directement, puis parles représentants do l'Angleterre et de la France, il comprit que Poccasion était venue de tenter un grand coup, et il se décida à envahir Tintérieur même do la Biscaye et du Guipuzcoa.
En même temps, pour frapper vivement l'esprit des populations rebelles, il ordonne à ses généraux de division de montrer à la fois la plus gronde rigueur envers tous ceux qui voudraient continuer la lutte, et la plus grande douceur envers ceux qui se soumettraient ; il commande d'incendier les moissons partout où les paysans voudront faire cause commune avec l'ennemi, et il révoque les ordonnances par lesquelles le commerce avait été autorisé avec les déparlements du midi de la France. Tousses lieutenants promirent d'exécuter ses ordres avec ponctualité ; et aulour de Balmaseda, dims la Solana et aux environs de Viîtoria de violents incenrlies et d'immenses déprédations exécutées prouvèrent bientôt aux Basques et aux Navarrais que ce n'étaient point de vaines menaces qui leur avaient été adressées.
Marolo, poursuivre les négociations qu'il avait déjà entamées de plusieurs côtés à la fois, et qui se conlinuèrent presque ostensiblement h la connaissance des chefs des différents corps, aurait voulu obtenir uno suspension d'armes : ses demandes réitérées vinrent se briser contre l'obstination de son adversaire, qui vo.ilait proGter de tous ses avantages et obtenir des conditions meilleures, soit en abusant de la fausse position du général carliste, soit en déterminant une grande émotion dans les populations, soit en profilant de 81 supériorité militairo pour envahir de plus en plus le territoire rebelle et s'y établir définitivement.
Alors môme qu'il annonçait déjà autour de lui la probabilité d'une paix prochaine, Maroto était donc obligé, dans
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des proclamations fréquentes, d'exciter encore les soldats à la lutte : il croyait que les libéraux allaient tenter une attaque sérieuse sur Llodio et Ârela, lorsqu'il apprit dans les premiers jours du mois d'août que, tandis qu'une division aux ordres du général Gastafteda s'avançait sur Tintérieur de la Biscaye par Gordejuela et Sodupe, Espartero lui-même avec tout son corps d'armée se dirigeait directement sur Vittoria pour franchir le Guipuzcoa par les célèbres lignes d'Arlaban, témoins déjà de tant de combats.
11 fallut, h cette nouvelle, que les carlistes changeassent complètement leur système de défense : les travaux qu'ils avaient faitsà Areta leur devenaient inutiles; c'était aux limites d'Alava et du Guipuzcoa que la question semblait devoir se résoudre. Le i4 août, les troupes libérales arrivèrent sur les crêtes qui séparent les deux provinces ; elles les trouvèrent occupées par quelques bataillons carlistes ; mais ceux-ci n'avaient déjà plus de goût à se battre; ils se mirent d'eux-mêmes en retraite sans attendre l'ordre de leurs chefs. Maroto fut forcé de se replier en arrière sur les hauteurs de Salinas, laissant à découvert la route de DurangO; qui n'était plus protégée que par le fort de San Antonio de Urquiola.
Défendue par :1e comte de Negri, pourvue de canons et de vivres, cette forteresse aurait pu tenir quelque temps Espartero en échec ; mais, soit lassitude des ofQciers et des soldats, soit volonté de Maroto de ne pas verser inutilement du sang, elle fut également abandonnée, et le chemin de Durango ouvert aux troupes libérales (20 août).
A la suite de cet événement, la position d'Areta n'était plus tenable : elle fut donc également délaissée par les carlistes, qui, se voyant attaqués par derrière, évacuèrent bientôt presque tout le territoire de Biscaye; et Gastafteda
CHAPITM T. — COlItlNTlON DB YBRâARA. i5t
put rejoindre à Darango les troupes qui y étaient arrivées en passant par le territoire d'Alava.
Diego Léon de son cAté ne restait point inactif en Navarre ; il avait déjà ravagé les plaines de la Solana, puni les habitants d'Allo et de Dicastillo, protégé les agriculteurs de la Rioja ; cette fois il s'occupa de rayonner de Pampelune sur toutes les vallées de la haute Navarre ; partout il bri' sait les liens par lesquels les chefs carlistes avaient assuré leur domination dans cesparages. Ses adversaires, au lieu de s'unir devant l'imminence du péril, laissaient croître dans leur sein l'anarchie et le désordre. Elio, aidé par Zariategui, ne pouvait rien pour maintenir la discipline et robéissance« Déjà le 8 août le cinquième bataillon de Navarre s'était déclaré en insurrection formelle à Yéra aux cris de Vive le roil A bas Maroiol Mort aux traîtres I Son exemple avait été aussitôt suivi par les onzième et douzième bataillons, cantonnés l'un dans le Baztan, l'autre à Urdax ; et aussitôt plusieurs des chefs exilés après les fusillades d'Ëstella, Ëchevaria, Basilio Garcia, étaient venus se mettre à leur tète, donnant à ce soulèvement une grande importance politique; leur présence indiquait en effet que c'était le parti apostolique qni voulait reprendre la direction de l'armée, et il y avait lieu de supposer que don Carlos lui-même approuvait leur conduite. Malgré cette insurrection, néanmoins, Elio, à force de courage et d'intelligence, parvint à protéger Girauqui et Estella contre toutes les tentatives de Léon; ce dernier général, plus brave et intrépide qu'adroit et intelligent, éprouva aux environs de ces deux cités deux revers qui vinrent l'arrêter au milieu de ses succès.
Maroto avait compris tout de suite que l'insurrection de Yéra, en minant son prestige, allait lui enlever toute autorité pour traiter des conditions de la paix déjà presque convenue en principe ; il demanda à don Carlos de tenter on effort
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pour faire rentrer les rebelles dans la voie du devoir^ Don Carlos promit de sa rendre lui-même auprès des insurgés ; en réalité il se contenla d'avoir une longue conférence avec Echcvarrla, où il est permis de croire qu'il s'occupa moins de convaincre son inlerloculeur, qu'il ne chercha avec lui les moyens de propager dans les autres divisions de Tarmée le môme mouvement déjà inauguré en Navarre.
Toute la conduite de don Carlos montre en effet dès cette époque qu'il n'a qu'une seule pensée : rétablir son autOTité directe sur les troupes et se débarrasser de Maroto. , Des chefs de corps reçoivent des ordres qui émaueat di^ reclement du quartier royal ; on les engage à ne pas obéir au général en chef, jqui est considéré comme un traître. Ainsi mis en demeure, ce furent ces chefs qui surent prendre riniiiative d'une résolution; tous à peu près étaient d'accord pour répudier le prétendant auquel ils s'étaient inutilement sacrifiés ; ils se séparaient seulement sur cet autre point, que les uns avaient confiance en Maroto et voulaient le laisser l'arbitre de leurs destinées, tandis que les autres accusaient ce personnage des plus mesquines pas* sions ; ils le croyaient capable de les vendre pour un intérêt particulier. Pour sortir de l'impasse où ils étaient engagés* ils pensèrent à entrer eux-mêmes directement en négo^ ciations avec Espartero. A partir du 24 août on voit les ofO** ciers carlistes La Torre, Urbiztondo suivre avec* les géné^ rauiZabala et Linageles conférences dqàinaugurées entre Maroto et Espartero.
Dès le commencement, le gouvernement espagnol a'était montré disposé à reconnaître tous les grades et emplois dans l'armée carliste ; c'était là une concession capitale et qui influa d'un poids sérieux sur tous les événements, n n'y eut de difficultés vraiment sérieuses que sur la que»« tion des fneros. Les carlistes voulaient que le représen^
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tant du gouvernement libéral leur en garantit absolument le maintien ; Espartero déclarait que les Cortès seules pouvaient trancher cette question ; il ne pouvait prendre lui-même une résolution définitive, et s'offrait seulement à intercéder auprès d'elles pour qu'ils leur fussent conservés.
Le désaccord sur ce point faillit arrêter toute transaction au moment même oh Ton se croyait le plus assuré du résultat. Carlistes et libéraux durent se séparer sans avoir rien conclu. Après un tel éclat, il n'était pas possible à Maroto de dissimuler plus longtemps à don Carlos les tentatives de négociation qu'il avait essayées ; il lui communiqua donc officiellement un projet de traité très-distinct de celui qui avait été réellement discuté, projet où figuraient, en sus de la conservation de tous les emplois et hon-> neurs accordés dans Tarmée et l'administration carlistes, la reconnaissance de don Carlos comme infant d'Espagne et la promesse du maintien des fueros.
Les ministres qui entouraient le prétendant, quoique nommés dans l'origine avec l'assentiment de Maroto, accueillirent comme une preuve de haute trahison la publication de ce document faite le 25 août ; on vit en même tempH don Carlos arriver lui-même à Elgueta, quartier général des troupes carlistes. 11 essaya à nouveau d'intéresser à sa cause les bataillons castillans, navarrais et guipuzcoans cantonnés entre Elgueta et Elorrio, et, passant devant eux à la tête de son état-major, leur demanda si réellement ils voulaient suivre un autre drapeau que le sien. Reçu avec froideur, ne pouvant arracher d'eux aucun cri, contrarié même par de nombreuses démonstrations de : Vive Maroto 1 il comprit que tout était perdu, et ne songea plus à les ramener à lui par un nouvel effort
De son côté, Maroto commença ouvertement à déclarer k
iOÛ LITHB II. — MGBNCB DB CHBISTUTB.
ses amis quHI abandonnait le service de don Garlos et qu'il ne songeait plus pour sa part qu*à mettre un terme à la guerre civile ; il fit arrêter le comte Negri qui avait été nommé k sa place, et officia à tous les divers commandants de corps pour leur faire connaître ses résolutions pacifiques.
A ces déterminations le parti apostolique répondit par un déluge de pamphlets, par des récriminations les plus violentes, par des promesses d'argent pour séduire les chefs et soldats ; tout fut mis en jeu. La situation de Maroto était des plus perplexes ; il était accusé de trahison d*un côté, et de Tautre il n*avait pu faire aboutir les négociations à une issue décisive; il ignorait même si les troupes sous ses ordres voudraient donner leur assentiment à ce qu'il aurait convenu ; dans cette effroyable incertitude, on le voit un jour déchaîné contre don Garlos, le lendemain lui demandant pardon, insistant auprès de ses amis pour la paiX; puis se décidant à recommencer la lutte et excitant de nouveau les esprits par des proclamations très-belliqueuses.
Enfin le commandant de la division biscayenne, La Torre, comprenant que le péril grandissait à chaque instant et qu'une solution était indispensable, se décida à accepter les offres d^Ëspartero au sujet des fueros; dès lors tout fut décidé. Les chefs de deux autres divisions, castillane et guipuzcoane, se rangèrent à Tavis de La Torre, et Maroto, tout à l'heure disposé à recommencer la camp«igne, consentit alors à envoyer un exprès au général de l'armée libérale pour lui annoncer son intention de souscrire aux propositions qui lui avaient été faites. Espartero s'empressa de répondre qu'il était prêt à accorder tout ce qu'il avait promis ; on nomma de part et d'autre des députés, et après quelques pourparlers on en vint à se mettre d'accord sur les termes du compromis fameux connu sous le nom de Convention
CHÀPITRB T. — CONTENTION DE YERGARA. 161
de Vergara qui devait mettre fin à la guerre civile. (Voir note G.) L'acte fut signé le 30 août, et de part et d'autre il fut convenu que le lendemain les troupes carlistes viendraient se présenter à Vergara au général en chef de r armée libérale. Maroto donna à tous les commandants des ordres en conséquence, et craignant lui-même de ne pas être obéi, se rendit le premier, au matin du 31 août, dans le camp libéral avec tous ses aides de camp et son escorte.
Il attendit une grande partie de la journée l'exécution de ses ordres; enfin la division castillane commandée par Urbiztondo se décida la première à se présenter dans les champs de Vergara ; elle fut reçue avec la plus grande effusion par Ëspartero à la tête de son état-major. Les Biscayens suivirent ; ils étaient pleins d'allégresse et manifestèrent le désir de se mêler jusqu'à la fin de la guerre civile aux troupes de la reine.
Les Guipuzcoans n'arrivèrent que deux jours après ; ils s'étaient divisés. Un petit nombre, avec Guibelalde, avait voulu s'unir aux insurgés de Veraet s'était déclaré contre la convention : la plupart l'avaient accueillie avec empressement comme l'annonce d'une nouvelle ère de paix et de tranquillité. L'arrivée de ces dernien à Vergara fut saluée par de vives acclamations.
Restaient les divisions Alavaise etNavarraise; elles furent attendues jusqu'au 7; voyant enfin qu'elles ne se présentaient point, Ëspartero se décida à aller au-devànt d'elles et se mit en marche pour Cerauqui, Ëstella, las Amezcoas et tout ce massif important qui avait toujours été commela place d'armes du carlisme. Beaucoup voulaient résister et continuer la lutte, mais les esprits étaient trop divisés, le découragement était trop général. Tous ceux qui tenaient à rester fidèles à don Carlos prirent le chemin du Nord ; le
■R IV. il
f62 LIVRE II. — RfiGBlfCt DB CHtISTINB.
plus grnnd nombre voulut jouir du bénéfice de la convention et consentit h déposer les armes ou à s'incorporer dans Tarmée libérale
II ne fallait plus qu'un très-faible efTort pour chasser don Carlos du territoire espagnol. Espartero ne manqua point de Taccomplir, et après avoir disposé un rideau de troupes pour fermer le chemin de l'Aragon, il se mit à piquer avec son avant-garde tous les partisans isolés qui songeaient encore au triomphe du parti apostolique et à la rovauté de don Carlos.
Incapables de toute résistance sérieuse, ces vains débris se précipitèrent sur la frontière de France ; parmi eux se trouvaient les insurgés de Yera qu*on pouvait considérer comme les soldats les plus dévoués du parti apostolique. Et pourtant quelle confiance pouvait avoir en eux don Carlos pour sa propre défense quand il sut qu^ils avaient mis à mort le général Moreno, l'ancien bourreau de Malaga, et l'ennemi acharné de Maroto I Ce dernier ayant voulu mettre un peu de discipline dans les rangs du H* bataillon de Navarre, avait reçu en pleine poitrine une décharge des soldats mutinés, et avait été ensuite achevé par eux à coups de bayonnettes. Ce crime mit le comble au découragement de don Carlos; il se décida le i4 septembre à abandonner par Urdax le sol espagnol; plus de vingt mille hommes émigrèrent avec leur roi et consentirent à aller manger le pain deTexil. T^e préfet des Basses-Pyrénées avait disposé des troupes sur toute la frontière pour recevoir les fuyards; il veilla avec soin à leur internement, et leur interdit la rentrée dans le pays qu'ils venaient d'abandonner. Grâce à ces dispositions, le mois de septembre n'était pus fini que la pacification des provinces basques et de la Navarre pouvait être considérée comme complète ; la capitulation du château de Guevara, en date du 35 septembre, fut le dernier
CHAPiTRK T. -— coimnnriON de tihigaiia. 463
acte de quelque importance qui dans ces provinces malheureuses marqua le terme de la longue guerre civile que nous avons eu à raconter.
En signant la convention de Vergara, Espartero avait dû réserver sur la question des fueros le droit exclusif des Cortès : c'est à ces dernières qu'il appartenait de prononcer le dernier mot.
Or, il arriva précisément qu'au moment où libéraux et carlistes s'embrassaient dans les champs de Vergara, toute une nouvelle Chambre composée de députés récemment élus se réunissait à Madrid dans Tenceinte de la représentation nationale (i" septembre).
11 n*y avait aucun doute sur les tendances de la majorité ; la dissolution des Cortès, signée au mois de juin dernier par le ministère Arrazola, avait découragé le parti modéré ; les principaux chefs avaient décidé de s'abstenir. Les progressistes avaient donc presque partout triomphé sans combat; ils arrivaient tous dans la capitale avec l'idée qu'un changement complet de politique allait mettre immédiatement entre leurs mains la direction des affaires.
Le* ministère, de son côté, tout fier de se présenter avec la gloire d'avoir mis fin à la guerre civile, croyait avoir assez mérité de la nation pour ne pas rencontrer une opposition systématique; avec une Chambre modérée, on l'avait vu décréter une dissolution ; maintenant, dans les conditions nouvelles que lui faisait la volonté nationale, il demandait la récompense de son ancienne impartialité ; il prétondait qu'il serait aussi dangereux d'abandonner exclusivement la direction des affaires à ceux qui venaient de triompher dans les élections, qu'il l'eût été naguère de céder entièrement à leurs vainqueurs.
On ne peut s'ompôcher de voir derrière cette attitude des ministres l'intention persévérante de la régente de recou-
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vrer peu à peu Tautorité absolue, au mépris de la constitution de 1837, sans vouloir jamais, ni dans une circontance ni dans une autre, s'incliner devant les représentants de la nation.
Elle courait, en agissant ainsi, le plus grave de tous les dangers; car si elle pouvait mécontenter l'un et l'autre parti sur lesquels elle avait besoin de s'appuyer, et si tous deux lui devenaient hostiles, que lui restorait-il 7 L'armée. Or, celle-ci ne pouvait être entre ses mains qu'à une seule condition, c'est que le chef suprême à qui elle en avait conGé le commandement consentit à devenir Tinstrument de ses menées ambitieuses. Devant l'enthousiasme général dont il se sentait l'objet dans toute la nation, devant l'incapacité des partis à constituer un régime stable, devant leurs misères et leurs intrigues, il se pouvait que l'ambition du général en chef vint à s'éveiller et qu'il songe&t à travailler pour lui-même : sur quel contre-poids pourrait alors s'appuyer la régente lorsque partout autour d'elle elle aurait semé la haine et le mécontentement 7
Christine se croyait sûre de la fidélité d'Espartero ; elle affectait en toutes les circonstances importantes de' s'en rapporter à sa décision; elle avait tenu à le combler des plus grands honneurs, et se flattait, en lui faisant occuper dans l'Etat le poste le plus élevé après le sien, que l'ambition du soldat étant complètement satisfaite, jamais elle ne trouverait un obstacle à ses desseins politiques.
L'arrivée d'une Chambre entièrement progressiste lui avait été extrêmement sensible, mais elle pensait que, la paix définitive devant calmer l'exaltation des esprits, il lui serait bientôt facile de s'en défaire, et d'obtenir d'autres élections au moyen desquelles elle inaugurerait un régime plus conforme à ses goûts.
Dans ses conférences avec ses ministres elle les engagea
CHÀPITBB y. — CONTINTION Dl TSBGÀIÀ. 165
à tenir tôte à Forage et à ne pas céder aux premières exigences de la mojorilé. Los députés, dirigés par des hommes de talent tels que Galatrava, Cortina^ Olozaga, Lopez, Arguelles, n'étaient nullement disposés à voir bafouer en leur personne la yolonlé nationale ; ils se sentaient les plus forts et voulaient recueillir les bénéflces de leur victoire. Aussi dès les premières séances se présentèrent-ils devant le ministère dans une attitude menaçante.
La lutte commença à s'engager sur le texte même du projet de loi par lequel devait être ratiflée la convention de Yergara, et fixée la situation des provinces basques et de la Navarre sur le sujet si important des fueros.
Le gouvernement se contentait de demander à la Chambre la confirmation des fueros actuels et s'engageait à présenter très-prochainement un nouveau projetquiauraitpourbutde les modifier en conciliant l'intérêt des provinces avec celui de la nation et avec la constitution politique de la monarchie. La commission chargée de Texamen de cette proposition se divisa quand il s'agit de formuler son propre ra])port ; la majorité avec Arguelles voulait que les fueros fussent exclusivement respectés pour tout ce qui concernait les côtés municipal et économique, mais que, pour le reste, le régime constitutionnel fût seul reconnu ; la minorité insistait pour que tous les fueros fussent respectés en tant seulement qu'ils n'étaient pas en opposition avec les droits politiques inscrits dans la constitution de 1837.
Plusieurs séances furent occupées à discuter laquelle était la plus avantageuse de ces deux formules : tel était en apparence l'objet du débat; c'était en réalité la durée du ministère qui était en question sous des formes vagues et pompeuses derrière lesquelles se dissimulaient à peine les luttes de parti. La volonté bien arrêtée de la régente de ne pas modifier son ministère se trahit par la résistance
166 LiniB 11. — itanici db cbmbtiri.
inflexible qu'opposa Arrazola à toutes les attaques des progressistes; il semblait qu'un vote qui pouvait nuire à la paciOcation générale du pays allait avoir lieu sur une question d'urgence exclusivement nationale, lorsque, cédant à un de ces mouvements d'enthousiasme dont les assemblées délibérantes donnent parfois le spectacle, une scène attendrissante dont le général Alaix et Olozaga donnèrent le signal vint faire présager une réconciliation entre le ministère et ]a majorité (7 octobre).
Il résulta de cette suspension d'hostilités le vote, à l'unanimité des cent vingt-trois membres présents, des deux articles suivants, qui réglèrent la question des fueros.
Article premier. Les fueros des provinces basques et de la Navarre sont conflrmés, sans préjudice de l'unité constitutionnelle de la monarchie.
Article deuxième. Le gouvernement, dès que les circonstances le lui permettront, après avoir entendu les provinces basques et la Navarre, proposera aux Cortès les modiûcations indispensables aux fueros que réclame l'intérêt même de ces provinces concilié avec celui de ia nation et la constitution de la monarchie. En attendant et provisoirement il appartiendra au gouvernement de résoudre tous les doutes et toutes les difficultés qui se présenteront d'après les bases indiquées dans le projet de loi; il rendra compte aux Cortès de tout ce qu'il aura fait.
Les faits ne tardèrent pas à démontrer combien était peu sincère, au point de vue de la lutte intérieure des partis, l'accord apparent qui avait signalé la séance du 7 octobre ; Arrazola affecta de représenter toutes les lois organiques proposées par le parti modéré pour modifier dans un sens' favorable à ses vues la constitution de 1837. C'est ainsi que les projets relatifs aux municipalités, à la milice nationale, à la liberté de la presse, furent soumis à la nouvelle Gfaam-