CHAPITRE y. — CONTSNTION DE YBROÀHÀ
brc, quoique évidemment rédigés sous un point de vue auquel elle devait se montrer hostile.
D'autre part, dans sa réponse au discours d'ouverture, la majorité réclama de la couronne une marche entièrement conforme à Tesprit de la loi fondamentale qui avait été jurée; sans cette marche, ajoutait-elle, ni la nation ne peut avoir la confiance nécessaire, ni la grande œuvre de la pacification du royaume ne peut être achevée^ ni nos institutions ne pourront se consolider.
Ainsi poussée dans ses derniers retranchements, la régente, sans se laisser arrêter par la crainte de mécontenter Esparlero, dont elle savait pourtant les relations intimes avec Alaix, préféra dissoudre les nouvelles Cortès plutôt que de remettre aux mains du parti progressiste, après la pacification de Yei^gara, la direction des affaires.
Le ministre de la guerre ayant opiné dans le sein du conseil pour la retraite du cabinet devant la majorité des Cortès, Christine accepta sa démission et. signa, le 31 octobre, un premier décret par lequel les séances étaient suspendues jusqu'au 18 novembre.
Avant de se séparer, la majorité eut le temps de voter, à la majorité de quatre-vingt-quinze voix contre trois, une proposition révolutionnaire de nature à exciter la nation à la résistance ouverte contre la volonté de la régente; elle rappelait que les Espagnols n'étaient obligés à payer aucune contribution ou taxe qui n'eût été auparavant volée ou autorisée par les Cortès, aux termes de l'article 73 de la constitution. Comme le ministère n'avait entre les mains aucune autorisation de toucher les impôts, il était menacé de ne pouvoir gouverner, si le peuple espagnol écoutait les suggestions de ses députés et se refusait au payement de ses contributions.
Ce fut le dernier acte de cette assemblée éphémère dont
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la vie fut si courte; ses membres^ séparés par le décret du 31 octobre, n'eurent plus occasion de se réunir. Avant le jour fixé pour la réouverture des séances, le 48 novembre, on vit apparaître dans la Gazette officielle le décret du dissolution, qui avait été précédé d'une reconstitution du ministère dana un sens modéré.
A côté d'Arrazola, qui avait soutenu la lutte avec tant d'énergie contre l'élément progressiste, la régente appelait à faire partie du cabinet un général portant le nom de Narvaez, mais n'ayant du reste rien de commun avec celui qui s'était fait dans la guerre civile une situation si élevée à cAté d'Ëspartero et de Cordoba, un ofQcier connu à la fois par ses talents et ses tendances politiques très-accentuées dans le sens de la modération, Montés de Oca, enfin un jurisconsulte^ Galderon Collantes, qui reçut, avec le portefeuille de l'intérieur, la mission spéciale de préparer de nouvelles élections.
L'irritation des progressistes égala, si elle ne dépassa, celle qu'avaient éprouvée les modérés au mois de juin précédent : ils exhalèrent leur mécontentement dans un manifeste où ils cherchèrent habilement à unir leur cause à celle de l'armée, et ils accusèrent le ministère d'avoir violé la constitution de 1837 et de s'être moqué de la représentation nationale. S'ils avaient, en volant le refus de l'impAt, pris une mesure susceptible d'occasionner des désordres, ils étaient dans leur droit strict; la constitution leur reconnaissante eux seuls la faculté exclusive de voter les impôts comme elle donne au trône le droit de suspendre et dissoudre les Gortès.
Ce qui était évident, c'est que le désir de s'emparer du pouvoir au moment où tout annonçait la fin de la guerre civile faisait perdre aux partis toute espèce de sagesse, toute espèce de pudeur ; modérés et progressistes voulaient voir
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les places et les honneurs se distribuer exclusivement à leur profit, et luttaient entre eux, sans qu'aucun des deux partis voulût concéder à son rival la part de représentation qui pouvait lui revenir par îe jeu régulier des institutions.
Tous les conseils de la sagesse la plus vulgaire étaient oubliés; chacun ne voulait obéir qu'à la voix de la passion.
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drap dont il avait besoin pour ses uniformes; il avait des ateliers pour la réparation des fusils et la fabrication des lames et épées ; le plomb, la poudre étaient abondants ; de nombreux pâturages, situés à des altitudes différentes, assuraient à ses chevaux une excellente nourriture. Il n'eût servi de rien de le bloquer dans le pays quHl occupait, car il y trouvait toutes les ressources nécessaires pour s'y maintenir.
Ce que devait surtout rechercher le général en chef de Tarmée du Centre, don Marcelino Oraa, c'était de conserver avec soin les places qu'il possédait encore sur le territoire carliste proprement dit, telles que Morella, Beni-Carlo, Gandesa, Yinaroz, Lucena. Les deux premières lui furent enlevées dans le courant de janvier 1838.
Beni-Carlo, port de mer de quelque importance, capitula après quelques jours de défense; il fut pillé et condamné à payer une contribution de 8000 douros. Sa garde nationale, emmenée prisonnière, alla pourrir dansées effroyables dépôts où les carlistes enterraient leurs prisonniers. Cabrera ne jugea point utile pour ses intérêts de conserver la possession de cette cité; il en fit détruire les fortiflcâtions et l'abandonna ensuite.
La prise de Morella était bien autrement importante pour lui, quoique cette cité ne comptât que cinq mille âmes. Le succès fut dû à une action d'éclat tentée par un jeune Catalan de vingt-huit ans qui, à la tète d'un faible détachement, osa, pendant une nuit d'hiver (25 janvier), escalader une des tours du château fort qui la commande. Se croyant garantie par l'aspérité des lieux^ la garnison bloquée vivait dans une trop grande confiance : elle se vit tout à coup assaillie par quelques hommes hardis qui, exagérant leur nombre par l'intensité et la fréquence de leurs cris, parvinrent à s'emparer de la porte principale et du dépAt de
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munilioDS. Dans le tumulte qui suivit leur apparition, les défenseurs du château ne surent prendre aucun parti ; ils se réfugièrent à la fin dans la ville, située tout au bas du château^ puis furent réduits à se retirer à Vinaroz, quand le corps carliste chargé du blocus eut été introduit dans le château par les premiers assaillants. A peine Cabrera se vit-il maître de cette cité, très-forle, très-facile à défendre, centre le plus important du territoire qu'il occupait, qu'il travailla activement à la fortifier pour en faire le siège même de sa domination.
Il songeait en même temps à se jeter dans de nouvelles entréprises ; c'est ainsi qu'il fit pour la cinquième fois attaquer la ville de Gandesa, et s'il ne put s'en emparer à cause de l'arrivée d'un renfort, il la réduisit du moins à un tel état de délabrement que ses habitants se virent réduits à l'abandonner et ' allèrent mendier dans toute l'Espagne, pour prix de leur courage et de leur héroïsme, un asile que la pauvreté générale ne permettait pas de leur accorder partout (28 février).
Les malheureux habitants de Gandesa s'étaient réfugiés surtout dans la ville de Saragosse. Or, cette ville même faillit tomber entre les mains des carlistes. Le procédé employé par eux pour s'en emparer parait tenir plutôt du roman que de l'histoire. Les libéraux étaient, en effet, si mal gardés, que, dans la nuit du 4 au 5 mars 1838, un des lieutenants de Cabrera, Cabafiero, put s'approcher des murailles, sans être aperçu, avec une colonne de SSOOfantassins et 300 chevaux; il pénétra dans la cité sans coup férir, et quand les habitants se réveillèrent, ils trouvèrent leurs places principales occupées par des bataillons qui acclamaient à la fois et leur roi Charles Y et leur chef Cabafiero. Qu'on juge de la stupeur générale : la milice nationale ne perd pourtant pas courage ; chacun individuellement court
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aux armes, descend dans la rue et cherche à s'aboucher avec son voisin. Des indications de points de réunion circulent bientôt parmi ces soldats improvisés^ malgré l'ennemi qui cherche à profiter de ses avantages ; des groupes se forment à Téglise de la Seo et à celle de Notre-Dame del Pilar ; bientôt la lutte s'engage, les carlistes ne peuvent résister aux flots d'ennemis qui les pressent de toutes parts; il leur faut songer à la retraite et avouer leur impuissance en abandonnant sur le théâtre du combat deux cent dix-sept morts, soixante-six blessés et sept cent trente*deux prisonniers, dont vingt-neuf chefs et officiers. De leur côté, les libéraux n'avaient perdu que onze morts, cinquante blessés et cinquante-quatre prisonniers. On se demande, en présence de tels événements, où était le capitaine général chargé de la garde de Saragosse; que faisait-il, que voulait-il ? Etait-il traître pu seulement malhabUe 7 II est tel degré d'imprévoyance qui, chez un militaire, devient plus qu'un crime. Tout portait à croire que le général Esteller était incapable de trahison; mais pendant le combat, sous le poids de la nouvelle qui était venue le surprendre dans sa tranquillité, il est certain qu'il perdit la tète ; il ne sut prendre aucune décision, il laissa Tennemi se retirer en paix en emmenant ses prisonniers. Cette conduite excita contre^ lui l'irritation à un tel degré, que des groupes commencèrent à se former dans la ville; on demanda aux autorités municipales de décréter son arrestation, et quand il eut été conduit dans un cachot de Tinquisition, la foule, loin de s'apaiser, se laissa entraîner par un ardent désir de vengeance; elle envahit sa prison, Ten arracha avec violence et Tassassina lâchement. Cette tentative sur Saragosse était aussi par trop téméraire de la part des carlistes : elle n'aurait pas dû être tentée par eux, mais elle montre bien à quel degré ils étaient arrivés d'extraordinaire confiance dans leur supé-
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riorité et dans Tintelligence de leurs chefs. Cabrera essaya de réparer cet échec en emportant la place de Lucena, déjà bloquée une fois paV lui dans ses courses rapides, mais attaquée maintenant dans toutes les conditions d'un siège régulier (17 mars-5 avril). Le général en chef de l'armée du Centre ne pouvait, sans perdre toute espèce de prestige, abandonner à son rival cette importante place, qui domine toute la vallée de Mijarès : aussi crut-il de son devoir d'aller au secours de cette ville avec tous les corps qu'il put rassembler ; il fut assez heureux pour arriver à temps et eut la joie d'entrer dans Lucena le 5 avril et de voir son ennemi se désister de son entreprise. De son côté, sûr de l'impunité pour quelque temps, Cabrera s'empressa d'en profiter pour dévaster le bas Aragon avec la plus extrême célérité ; par suite de la concentration des forces libérales autour de Lucena, il s'empara de Calanda, Alcorisa et Samper (48 au 30 avril), fit prisonniers un très-grand nombre de miliciens nationaux dans tous ces bourgs, ravagea les plaines d'Alcaniz, et essaya de s'emparer de la ville même d'Alcaniz, qui ne lui aurait pas résisté longtemps si Oraa n'était de nouveau accouru pour la protéger (7 mai). Ce qui achevait de rendre vraiment redoutable la puissance de Cabrera, c'est que les districts qu'il occupait devenaient peu à peu le rendez-vous de tous les débris des factions vaincues dans le reste de la Péninsule ; c'est là qu'étaient venus chercher asile les restes des colonnes de don Basilio et de Negri, ceux des bandes organisées par le curé Merino en Castille, les fuyards échappés au désastre subi par Tallada dans les plaines d'Orihuela, et enfln tous les partisans que la persécution assidue de Narvaez avait chassés de la Manche et de la Nouvelle-Castille. Le gouvernement de Madrid parut enfin s'émouvoir de cet état de choses ; il manifesta au général en chef de l'armée
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du Centre son intention de faire affluer vers lui la majeure partie des ressources dont il pourrait disposer si, de son côté, il consentait à tenter une opération décisive. Se laissant, malgré son grand &ge, entraîner par la perspective d'atteindre le degré de popularité dont jouissait Espartero, Oraa offrit de diriger une expédition sur Morella, et de tenter la reprise de cette ville forte, si on lui promettait des renforts et si on lui assurait une quantité sufilsante d'ap* provisionnements. Les ministres d'alors (Mon, Castro, Latre) confirmèrent au Vieux Loup (El Lobo Cano, c'était le surnom d'Oraa) toutes les promesses d*un concours sérieux, et dans leur ardent désir de diminuer la haute position prise par Espartero, ils donnèrent Tordre à leurs journaux d'exalter par avance le mérite de la grande opération qui allait se tenter. Donc, pendant deux mois, de mai à juillet 1838, il ne fut question dans toute la Péninsule que de Texpédition projetée par Oraa sur Morella : une publicité maladroite exagéra les préparatifs de tout genre qui étaient réunis par les libéraux pouçia .mener àèien, tandis que les carlistes, bien prévenus, étaient encouragés à prendre toutes les précautions qui leur permettraient de résister avec succès.
Si le ministère eût été assez fort pour emprunter momentanément à Tarmée du Nord une partie de ses forces, certes, il eût pu se proposer aveo^ utilité de contenir dans des limites plus restreintes Tascendant que prenait Cabrera dans le Levant ; mais Espartero ne consentait point à se dégarnir, et la régente, ayant toute confiance en lui, ne voulait pas qu'en fait d'opérations militaires on allât contre sa volonté. Force fut donc de réduire à trois divisions et à une réserve l'ensemble des forces dont pourrait disposer Oraa pour son expédition ; ce nombre était insuffisant ; on ne tarda pas à le voir. En effet, lorsque la division Borso,