CHAPITRE YI. — CABHBRÀ
partie de Castellon, se fut unie, aux alentours de MoreUa, à celle de Santos San Miguel, partie d'Alcaniz, et au reste de Tarmée venu dé Teruei sous le commandement direct du général en chef, tous ces corps réunis ne parvinrent pas à couper les communications entre la ville qu'ils venaient bloquer et les troupes carlistes (16-30 juillet). Gabrera,après avoir confié au comte de Negri la défense de Morella, resta en état de tenir la campagne, et, avec tous les bataillons venus autour de lui, harcela ses adversaires sans désemparer; il avait donné Tordre de brûler les moissons, et comptait bien que la disette et la famine ne tarderaient pas à se faire sentir dans les pays pauvres et montagneux où on était venu le chercher; ses calculs furent bientôt justifiés par les faits. Oraa, ne trouvant rien sur le territoire où il s'était compromis, obligé de tout faire venir d'Alcaniz, où il avait établi ses approvisionnements, fut forcé d'employer une grande partie de ses forces au transport constant des denrées et fourrages qui lui étaient de première nécessité; néanmoins, pendant quinze jours, il travailla à occuper toutes les hauteurs qui entourent Morella, à former ses batteries de siège et à les dresser; mais déjà, vers le 45 août^ les approvisionnements commencèrent à lui manquer, et la brèche n'était pas ouverte.
Dans cette conjoncture, on décida de tenter un assaut, et le 16 août au matin deux colonnes furent lancées contre la place ; les feux de l'ennemi n'étaient pas éteints ; l'effort fut inutile, et les libéraux durent rentrer dans leurs quartiers après avoir perdu un sang précieux.
Nouvel assaut le lendemain 17; cette fois, l'escalade est tentée sur trois points différents en même temps que la résistance de l'ennemi est appelée d'un quatrième côté par l'attaque d'une très-forte colonne. L'épreuve, cette fois encore, tourna à l'avantage des carlistes. Des pertes
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cruelIeB, celle d'un jeune chef d'état-major, qui marchait à la tôtc de la colonne , celle de Tancien gouverneur de Morella, qui remplit sa promesse de rentrer dans la place ou de mourir, jetèrent le désarroi parmi les assaillants et les déterminèrent à renoncer à l'attaque.
Pendant ce temps, les approvisionnements manquaient toujours; les fournisseurs ne remplissaient pas leurs engagements, le ministère manquait à ses promesses. Oraa comprit que le succès était compromis ; il réunit ses ofQciers en conseil de guerre^ et là, le soir même du malheureux assaut, il fut décidé que le siège serait levé et Texpédition abandonnée. La retraite commença le lendemain même, et, au plus grand étonnement des défenseurs de Morella. on vit l'armée libérale reprendre le chemin d'Al* caniz, Iriste, mais en bon ordre, n'ayant pas été entamée une seule fois. Le 23, Oraa se trouvait déjà à Alcaûiz ; là^ il divisa ses troupes, enjoignit à San Miguel de retournera Saragosse, chargea Pardiflas, le troisième divisionnaire de son armée, de la défense du bas Aragon, et renvoya Borso à Gastellon, d'où il était venu : lui«mème se dirigea sur Teruel, où devait le rejoindre le ministre de la guerre Latre, sous le prétexte d'examiner tous ses actes et de porter un jugement sur sa conduite.
Il fut curieux de voir le malheureux Oraa, dont la conduite tout entière, pendant tout le cours de cette guerre, apparaît marquée au coin du dévouement le plus complet, et de Texpérience militaire la plus consommée, devenir en un instant, par le fait de ce malheureux événement, l'objet de rierltation publique la plus générale ; pour comble de ridicule, il devait ôlre jugé par le ministre de la guerre, bien plus coupable encore que lui du mauvais résultat, puisque l'expédition avait échoué par le manque d'approvisionnements et non par faute de stratégie ou de tactique.