‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 2)Chapitre 11 sur 36 · PHILOSOPHIE GHECQUE EN ORIENT · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE GHECQUE EN ORIENT

qu'ea ud mot, les arts, les science», les doctrines, les institutions, tout devint universel.

Il ne faut pas croire que celte rencontre des peuplei éa monde Ancien amena tout d'abord l'alliance et la fiuioa des idéw. Même h Alexandrie, sur cç IhétLtff étroit au K pressaient tant de peuples at taqt de prjti* Cip^ divers , on se tient d'abord i l'tjcart , et chaçui) r^ste fidèle ti son origine et au gf^nie national. L'Qrieiit pr^Uqu^ ws çoutunies, et médjlQ tes traditions dapa la s^ifftt des associations mystérieuse» çt dans te silence des sanctuaires. L'esprit grec est moins discret ; irtaili s'il enseigne, s'il discute avec bruit, c'est dans l'enceinte des écoles dont se compose le musée. Fier de ses »rts, de ses sciences , de sa philosophie , jl n'a qve du mépris, au premier abord , pour ces rêveries et ces w perstitions de peuples barbares. Et, de fçm c{tté, comment le génie de l'Orient, si grave et si contemplai if , si avare de paroles, n'eût-il pas été profon-i Peinent choqué de |a légèreté, de la subtilité et de l'audace de ces Grecs bruyants et discoureurs qui professaient toutes les doctrines avec la même ardeur? Cependant peu à peu la Grèce et l'Orient se rapprQChent, s'écoulent plus attciitiven^eiit et se co(il' prennent ; à riodifréreiice et au dédain succèdent de part et d'autre la curiosité d'abord, et bientôt l'enthousiasmede l'initiation. Alors un commerce intime, profond , continuel , s'établit eptre les deux esprits ; et dans ce commerce les doctrines et les traditions se modifient, s'altèrent, s'Effacent au profit d'un écleC'^ tieose plus pu moins judiçi^uiii quj devjfnt |ft ^nfiance générale de l'époque. Cette métamorphose Rfl

foi intiujuuotion. livre iî.

s'opère pas toutefois sans résistance ; l'éclectisme ne triomphe pas toujours complètement des répugnances énergiques du génie national. On proteste vivement de part et d'autre contre les influences qu'on Subit ; on nie la ^ansformation au moment même où elle s'opère. Ainsi le Judaïsme et le Christianisme , tout en embrassant avec ardeur les doctrines grecques, et particulièrement le Platonisme , prétendent n'y retrouver qu'une tradition de Moïse. La philosophie grecque , de son c6té , aCTecte , dans ses élans d'enihousiasme oriental , les allures de la science, comme au temps de Platon et d'Aristote. Mais , en réalité , la transformation des idées est profonde, sinon complète. L'Orient n'absorbe point la Grèce, ni la Grèce l'Orient , quoi qu'en disent l'une et l'autre ; il y a fusion entre les deux esprits, et, par cette fusion, création d'un esprit nouveau, mélange extraordinaire et intempérant de tradition et de science , d'inspiration et de réflexion , d'images et de formules, de méthode et d'extase; et c'est cet esprit qui seul vit soua les antiques traditions et les vieux systèmes.

Aux œuvres puissantes de ce nouveau génie, on comprend combien les tendances contraires de l'esprit grec et de l'esprit oriental ont dû se prêter appui. C'est merveille de voir comment les traditions de rOrient élèvent, agrandissent, vivifient la science grecque ; comment la science grecque , à son tour, explique, coordonne, enchaîne les traditions de l'Orient. Si la dialectique des Grecs a besoin d'inspiration, la contemplation des Orientaux a besoin de règle, de méthode, de développement; car elle est

THILOSUPHIE GRECQUE EN ORIENT. lofi moins uoe pensée qu'une aspiration forte, mais vague, vers l'invisible et le mystérieux. Muette et solitaire par elle-même , celte eontemplation n'eût jamais pu se produire en systèmes et en théories ; elle se perdait en images ou se concentrait en sentences énigmatiques. Il fallait que la science grecque lui servit d'oi^ane et lui déliât la langue en quelque sorte. l'!t, de son côté, que serait devenue la philosophie grecque sans la puissante influence du génie de l'Orient ? Lorsqu'elle changea de thé&tre , elle n'avait plus ni force, ni grandeur, ni vie véritable. N'étant plus soutenue pw le génie de ses grands hommes , elle était tombée dans les vaines discussions et les subtiles analyses , et y avait perdu le sens de la haute métaphysique. Ces brillantes qualités de l'esprit grec, cette sagacité et cette souplesse d'intelligence, cette clarté et cette facilité de parole, étaient impuissantes à la relever et à la ranimer.' Elle avait besoin du soufiQe d'un génie étranger, et elle ne pouvait revivre qu'en puisant b. cette source antique d'où lui était venu peutêtre le germe de ses plus belles doctrines. Elle y a puisé largement, tout en conservant scrupuleusement les formes extérieures de la science grecque. Plotin , Porphyre, Jambtique, Proclus, -parlent grec; mais leur pensée n'est plus l'expression simple et (rdële de l'esprit grec. Le signe caractéristique de cet admirable esprit, le sentiment de la mesure, de la proportion, de la beauté , ne s'y retrouve plus. La grandeur des conceptions, l'éclat des images, l'ardeur et la fougue des tendances contemplatives, révèlent un génie nouveau, plus puissant , mai!) moins réglé , qui a soufflé sur cette

lot INTROfiUUTKJN. LIVRE H.

Pf)tisa)$rfl di39 écQies pour en faire jaillir une pensw Qouvells, p|«ina de vie et d'originalité. Combieq {a\ f^oof^de cQlle alliance des deux piua grands types ds IVprit h.nniain. c'est ce qu'un ne saurait trop admirer, ^VH^nd on songe qu'elle a donné à la science la philoi WHUe ^ Plottn et de Proclus , & la littérature l'él&> quPilQe des Pères do l'Église , au monde le Christian Riame,

Mais çoninient devait s'opérer l'alliance entre des tendangçs 4us8i contri^ires? Comment l'enthousiasma pourrait-il «4 plier *oi. formules? Comment la scienes sév^r^ et didactique irait-elle ctiercher sa pensée dans l«s symboles et dans lea mystères ? EnHn , quel pouvait (tre lo lifln d'une pareille union ? C'est ici qu'il importe (Je biss fiompi^ndr? le rôle de la philosophie de Pl&ton. ^9 11 Platonisme , il est évident que cette alliam* <ût ét4 impos^iblOi faute d'un intermédiaire. Le? troif Br4n44 lyst^me^ de la philosophie socratique, le Platei3)s|pe!i |e Péripfit^tisnie et le 3toïc)smfi représentstlt Ik pi luàs grçi^que ; mais tons ne la représentent pM l^v^Q ytie égale pureté. On aurait tort sans dogte , ^nvi filfl V&H{ ff^it les Orientaux, de considérer le Platonisme comme aw doctrine d'emprunt. C'est bien réellement un praâfit légitime de l'esprit grec. Uaia en est ee av produit ^bfolunaent pur? On peut en douter, Matop relèvf ^B Pythagore : or, si la théorie des nombi-ç» 99I une CQnefiption essentiellement grecque , on ne pourfait »Xi dji'e autant Ue la doctrine morale des Pythagoriciens yoFJgine de ta métempsycose est évidente; eette ^Qctnne vient de l'Orient, soit qu'elle ait été

puisée dans les mystères dont le fond est arientaj . Sftit

PHILOSOPfllE GRECQUE EN OltfENT. Ifl7 qu« Pyibagore l'ait empruntée à l'Oneat dane B^ voyages. On peut donc croire que lo Platonisme , qui ae fait, quant à la morale , que développer le principe pylliagoricien, se rattache sur ce point capital k uqq tradition étrangère. Et d'ailleurs, soit qu'on reeos-r Bais&e eette origine étrangère , soit qu'on la nie , et ifu'alers on explique le Platonisnie par le génie partir culier de Platon , on ne peut s'empt^cher de convenir ^e eette aspiration constante vers l'idéal et ce 8OUIII9 vraiment divin qui rigne dans toute sa doctrine n« isnt point les caractères propres de l'esprit greo. C'ut ailleurs qu'il faut chercher la pensée grecque , si on veut la saisir dans toute sa pureté originelle. Les vrai» types de l'esprit grec sont Aristote et Zenon. Il n'y avait donc que deux doctrines, dans toute la philoso^ phie grecque, qui pussent servir d'intermédiaire, par leur origine ou leur tendance orientale, entre l'Orient i^ la Grèce, à savoir, le Pythagorisme et lo Platonisme. £t, va effet, l'histoire du syncrétisme de cetteépoque nsntF^ que ee sont Ik les seules doctrines que l'Orient ait pu wmpreHdrc et s'assimiler. Aristotc lui reste à peu prêt étranger ; dans ee commerce universel des esprits, dans cal échange incessant des idées, les formules péripatéiieiennes sont comme autant de retraites inaecessiblesaii i« conserve inviolable la plus puresubstancede la pensée grecque. Il ne transpira de cette profonde dootrine que quelques idées sur la physique , et encore ces idées ne pas-sèrent-eiles dans te domaine de la pensée orientale qu'à la faveur at sous la forme du Stoïcisme. Quant h la deGtrin« à» Zénan , «i l'OricRt la comprend miauii «t a« i ^assimile davantage , e'est qu'il l'aberde surtout p^r

(«s CNTRODUCTION. LIVRE II.

le côté moral. La métaphysique peu élevée et peu profonde de celte école ne pouvait le séduire ; mais le génie de l'ascétisme devait admirer et aimer l'aualérité de la règle et de la vie stoïciennes. Four Pythagore et pour Platon, c'est tout autre chose. L'Orient les adopte et les imite d'autant plus volontiers que, dans lan^veté de sou orgueil, et dans son ignorance de toute tradition profane , il a cru reconnaître en eux ses propres enfants fourvoyés dans les ténèbres du Paganisme ; il étudie et médite tes œuvres de Platon comme un commentaire des livres saints. L'hypothèse des Orientaux est absurde ; mais l'affinité des doctrines qui lui sert de point de départ est frappante. C'est en vertu de cette affinité que le Platonisme devint partout le nœud d'alliance de l'Orient et de la Grèce, et le principe de la conciliation de toutes les doctrines philosophiques ou religieuses des deux pays. Le Py- Ih^orisme, tout aussi sympathique & l'Orient, ne pouvait jouer le même rôle , ne formant point, comme le Platonisme, un corps de doctrines clairement développées et sytématiquement coordonnées entre elles. Ses formules et ses sentences, accueillies du reste avec amour par l'Orient, étaient trop obscures et trop incohérentes pour servir de guide et de méthode à l'inspiration orientale. Au contraire, la philosophie de Platon, riche de théories et d'images, pleine de mesure et d' enthousiasme, nette, facile et subtile comme l'est toute science grecque , et souvent sublime comme les livres saints, était merveilleusement propre au r&le de médiateur entre les deux esprits contraires. Aussi , quand elle changea de thé&tre, elle ne parut point

PHILOSOPHIE GRECQUE EN ORIENT. lo»

avoir changé de patrie. A peine eut-elle louché cette terre d'Orient qu'elle se F^ntit tout-à-coup une force et une vie nouvelles. Tandis que les autres doctrines grecques ne firent que végéter dans l'isolement et l'obscurité sur cette terre d'exil , on vit le Platonisme s'acclimater vite et facilement sur ce nouveau sot. On eût dit une plante indigène qui , après avoir été transportée en Grèce et y avoir fleuri un jour, sous l'influence du génie d'un homme, s'y serait atrophiée comme sur un sol étranger, et n'aurait retrouvé sa sève et son éclat qu'en Orient, sa vraie patrie. Tant ce nouveau développement de l'idéalisme platonicien est naturel , vigoureux , fécond I Tant ses relations et ses alliances nouvelles sont faciles et intimes!

Ce n'est pas k dire toutefois que , dans celte union de l'esprit oriental et de l'esprit grec, la philosophie grecque n'ait été représentée que par le Platonisme. Il était impossible que la présence simultanée et lé séjour durable de tant de doctrines dans tous les grands centres de l'Orient , et particulièrement h. Alexandrie, n'aboutît pas h un rapprochement d'abord, et enfin à un mélange universel. C'est ce qui eut lieu. Dans les doctrines de cette époque les plus essentiellement orientales , dans te Judaïsme platonicien de Philon , dans la Gnose, dans le Christianisme et jusque dans la Cabale qui doit si peu à l'Occident, on pourrait retrouver des fragments de toute nature de la pensée grecque, des traces non équivoques de Stoïcisme et même de Péripatétisme. Seulement, ces fragments sont quelquefois si difliciles à reconnaître, qu'il est évident qu'ils ont subi une véritable métamorphose avant de

HB INTROUUCTlOn. LIVRE H.

passer dans la pensée orientale. I) a fallu que l'esprit platonicien tes absorbât et le? convertit en sa propre Bubatancc pour que l'Orient pût les comprendre et se les assimiler. Par une sbrte de pressentiment des conditions de l'alliance, la philosophie grecque ee transforme avant de s'unir. Ses cent écoles « si exclusives, si ardentes à la contradiction, si bruyantes dans la polémique, se recueillent et se concentrent peu à peu dans un commun esprit , sinon dans une même doctrine. Le Péripatétisme ne conserve que ce qui peut .se concilier avec Tidéalismc platonicien) ee qui signifie qu'il abdique. Le Stoïcisme fmit par rattacher sa morale pure et austère , vraiment digne de Platon , à la métaphysique platonicienne. Toutes Iw écoles s'attirent ainsi et se dénaturent sous l'influence d'un esprit nouveau, et vont se perdre dans le Plat»tonisme , lequel résume et représente & peu près toute la philosophie grecque , au moment où elle renconU^ la pensée de l'Orient. Or, Platon et l'Orient avaient trop d'affinités entre eux pour ne pas se comprendre et s'unir ; pour cela ils n'eurent qu'à se reconnaître.

Voilé, comment le Platonisme devint le lien et pour ainsi dire le verbe d'alliance entre la Grèce et l'Orient. Maintenant quelle fut la cause de cette transformation qui précéda la rencontre et prépara l'union 1 Ce ne fut point une révolution intérieure, née d'un principe indigène. Il est bien vrai qu'avant de passer en Orient, la philosophie grecque s'était déj& modifiée et que ses diverses écoles s'étaient rapprochées , sous l'empire d'un principe commun. Mais ee principe n'était ni le Platonisme, ni le Pythagorisiiié, ni luie liecbine qiiel-

PHILOSOPHIE URECQUE EN OItlENT. 4ii

eonque ; c'élait simplement le sentiment moraK L'tdéalisme platonicien ou pythaguricien s'était eff&cé comme les antres systèmes dans ce sentimentprorond et universel. S'il y eut, dans cette révolution) une dotStrine qui semblât prévaloir et dominer sur toutes iH autres, co fut le Stoïcisme, doctriiie beaucoup moirts métaphysique que morale , et qui , sous ce rappui-t « était un type plus fidèle des tendances de l'époque qut le Platonisme. La seule et véritable cause de la transformation de toutes les parties de la philbsoph» grecque au profit des idées de Platon i fut l'influende de l'Orient. Tant que la pensée grecque n'a pas quitté n patrie, la lutte est sa vie ; la contradiction e( la 6ontroverse, sa loi. Si elle se calme et se recueille enfm dai» le eentiment moral, c'est TeSet de sa décadence et àt eon épuisement. Le discrédit des systèmes l'a oonâblte au dégoût de toute métaphysique et à la recherefae exclusive de la vérité morale. Mais à peine a-t^elte louché le sot de l'Orient qu'elle renaît à la vie spé>> culative, et reprend, sur les ailes du Platonisitie, son essor vers les plus hautes régions de la métaphysique. Avant même qu'elle subisse le contact de la pensée orientale , elle se sent déjh saisie d'un eaprit nouveau, comme s'il avait suffi de l'influence générale d'une nouvelle atmosphère pour ta transformer. C'est qu'en effet elle ne pouvait changer de thé&tre , sans perdre subitement les plus essentielles conditions de son génie. Gomment vivre en Orient , sans y respiretpartout le mysticisme ardent et profond qui est l'àctie de la pensée orientale? Comment la pensée inéigin* se fàt-elle conservée dans ces intelligences gr»c(|uM.

Ui INTRODlCTiON. LIVRE II.

iransplanlées à Alexandrie el s'y enivrant de touleâ les émanations du génie oriental ? Et quand elle eût résisté aux premières influences de ce génie, pouviûtellc dompter la nature contemplative et ascétique des Orientaux qui adoptaient ses propres doctrines? Elle changea donc rapidement de caractère , et se décomposa , sous l'influence générale dcE^ lieux , avant m£me de rencontrer les doctrines de l'Orient. Les tendances diverses plutAt qu'opposées qui luttaient dans son sein et se disputaient l'empire s'absorbèrent promptement dans te principe platonicien ; l'esprit grec ne conserva que ce type et cette forme en Orient.

Quelles tendances et quelles doctrines pouvaient sortir de cette alliance de l'esprit oriental et de l'esprit grec réduit à Platon? Quand on a parlé des procédés éclectiques et des tentatives de conciliation de cette époque, on s'est peut-être trop arrêté h. la surface des choses. Il est très vrai que cette époque aime à tout rapprocher, à tout mêler, à tout confondre , et qu'en général ses œuvres ont un tel caractère de syncrétisme que tout s'y retrouve dans tout. Mais au fond l'esprit de ce temps n'est rien moins qu'éclectique. Le véritable éclectisme , s'il n'a pas de système , cherche et emprunte partout o{i Tinstinct de la vérité le conduit ; s'il a une doctrine arrêtée d'avance , il faut que cette doctrine soit assez large pour lui permettre do puiser & toutes les grandes sources de la vérité. Maia là où se rencontre une doctrine ou une tendance exclusive , quelque grande qu'elle soit , il n'y a plus de place pour l'éclectisme. Or, tel est précisément l'état de l'esprit humain à l'époque qui nous occupe.

raiLOSOraiE GRECQUE EN OltlENt. Hi Qu'avait apporté TOneot & l'alliance ? le mysticiame. Qu'avait apporté ta Grèce? l'idéalisme. Le mysticisme oriental combiné avec l'idéalisme platonîcieD ne pouvait engendrer que des doctrines exclusivement idéa~listes ou exclusivement mystiques , ou plutôt à la Fois idéalistes et mystiques , puisque ces deux tendances de l'esprit dérivent de la même source et sont entre elles dans le rapport de la spéculation k la pratique. Tout ce qui pouvait arriver, c'est que l'idéalisme fût plus ou moins modéré et le mysticisme plus ou moins ardent; mais tes principes mêmes de l'alliance condamnaient la pensée à ne point sortir de cette voie. 11 y a plus : l'idéalisme grec, à son origine, n'avait point abouti au mysticisme ; le goût de la vie pratique et le génie politique propre à l'esprit grec avaient tempéré dans Platon l'ardeur des tendances contemplatives. Mais cet idéalisme, quand il passe en Orient, n'y retrouve ni l'esprit politique du pays où il est né , ni la forte et constante contradiction des doctrines opposées. Tout au contraire il tombe au milieu d'un mysticisme effréné; comment résister? Ce mysticisme le saisit bien vite et l'entraine k sa suite dans la contemplation et l'extase. Au fond, l'esprit de cette époque est fort exclusif: il est partout et toujours idéaliste et mystique , plus mystique encore qu'idéaliste. Comment donc pourrait-il prétendre à concilier toutes les grandes tendances de la pensée et de la science humaines, lorsqu'il obéit aveuglément & l'une de ces tendances? Et pourtant il semble y travailler sérieusement ; il recueille avec une érudition scrupuleuse, et rassemble avec effort les fragments de doctrines les

Ht INTRODUCTION. LIVU II.

plus disparates, afin de les réunir et de les réconoilter. Mais il De procède que par l'artifice et la violence. EsBenliellement idéaliste et mystique , il est coiitraini d'idtérer, de mutiler, de dénaturer la plupart des systèmes qu'il veut faire rentrer dans sa doctrine de prédilection , et alors il rapproche sans unir , il confond sans concilier. 11 faut voir comment il traite le Péri> patétisme, le Stoïcisme et en général les doctrines em< piriques , comment il en détruit la pensée en en conservant les formules , comment enfin il les transforme et les défigure dans ses interprétations. Qui reconDaltrait Zenon, Aristote et même Platon, dans les doctrines de PhiloD, de la Gnose, des Pères de rËgIise?Le Néoplatonisme, qui est venu de la philosophie grecqueetqui, sur le théâtre même où il se développe , se souvient toujours de son origine, reproduit avec plus d'exactitude et d'étendue tes théories péripatéticiennes et stoïciennes ; mais il les subordonne constamment au principe platonicien. Dans sa pensée, l'idéalisme de Platon est la seule vraie philosophie à laquelle les doctrines d' Aristote et de Zenon ne font que préparer et introduire l'intelligence. A vrai dire, l'alliance de l'Orient et de la Grèce est loin d'aboutir à une représentation complète et égale des tendances diverses de l'esprit grec et de l'esprit oriental ; car au fond ce n'est pas entre toutes les puissances de l'esprit oriental et toutes les puissances de l'esprit grec qu'elle s'établit ; c'est seulement entre l'Orient et Platon. Aussi dans ce rapprochement forcé et souvent bizarre de toutes les doctrines n'y a-t-il d'union vraiment intime et sincère qu'entre l'idéalispie jplatonisjen et le mysticisme orienta).

PHILOSOPHIE GRBGQUB EN ORIENT. Ita

LemysticisiDsn'estpassQulementàcatteApoquersaprit d« l'Orient; il devient l'esprit du tnonde entier. Si le foyer est en Egypte et dani les grands paya orientaux,le3 rayonseetépandent et pénètrent paitout, en Grèc«, en Gaule, en Italie, en Espagne, en Afriqu». C'est qu'une même domination et, il faut le dire aussi, une commune misère rapprocbelit et réutiiasent tous lea peuples. Partout ia vieille société se meurt d'épuisement et de fatigue i partout elle aspire au repos et désespère de le trouver dans ces tristes cités agitées par l'anarchie et ruinées par la oonquétê. La tendanee dM intelligences vers Is mondé idéal devient itniver- Hlle ainsi que l'entralnemenl des Ames vers la vie solitaire et contemplative. Tous deux que n'absorbent pas les soins ou les passions de la via matérielle , toutes les natures élevées , libres , généreuses , toUs les grands esprits et les nobles cœurs de cette société en décrépitude , ae réfugient soit dans la contemptatioA de l'éternelle et divine vérité, soit dans l'attente d'un monde meilleur. Ce sentiment ne descend pas sans doute immédiatement des écoles dans les peuples et dans les gouvernements. Il n'y pénétrera qu'à la faveur de la grande révolution religieuse qui doit aboutir au triomphe du christianisme. Mais pendant que les peaples s'agitent dans la souffrance, ou eommeillsnt dans l'abrutisftement, pendant que les gouvernements s'épuisent en efforts inutiles pour rendre la vie à. ce ca^ davre qu'on nomme la cité , l'esprit nouveau , principe de toute vie et de toute société pour l'avenir , se Mh Cttiille, M développe, se fortifie, s'axaltè dans I* sgf)tttd« «t Is niciicé , loin des acitationd stériles tt dM

n« INTRODUCTION. LIVRE II.

intérêts misérables de la cité. Les vieilles écoles sont muettes ; les vieux temples sont déserts. Des écoles philosophiques, des associations religieuses nouvelles, se forment sur tous les points de l'empire, et se pénétrant prorondément de l'esprit nouveau , le répandent partout et sous toutes les formes, par (es écrits, par l'enseignement, par les prédications. Cet esprit anime toutes les œuvres du temps, et communique la vie à tout ce qu'il touche. Partout où il n'est pas, c'est la mort. Qu'y a t-il de plus glacé que tes hymnes en faveur des anciens dieux , de plus vide que les discours politiques , de plus stérile que la défense des anciennes doctrines? Si l'enthousiasme reparaît accidentellement dans les temples, si la vie et ta parole renaissent dans quelques écoles du passé , ne sait-on pas que c'est grâce à l'inspiration de l'esprit nouveauî C'est au nom d'un spiritualisme parfaitement ignoré des prêtres d'Homère qu'Apollonius restaure les divers cultes du Polythéisme. Les philosophes alexandrins ne réussissent h. remettre un moment les anciens dieux en honneur qu'en les métamorphosant en puissances spirituelles. Est-ce vraiment la religion d'Homère et d'Hésiode que pratiquent Julien et les prêtres qui l'entourent , Maxime , Chrysanthe , quand ils se livrent k toutes les rigueurs de l'ascétisme? Voilà ce qui explique la vie éphémère de toutes ces imitations et de toutes ces restaurations du passé.

Ce qui vient d'être dit sur l'esprit général de cette époque pourrait sembler un paradoxe, après tous les tableaux qui ont été tracés de l'anarchie et du chaos intellectuel et moral du monde ancien , à l'avènement du

PHILOSOPHIE GRECQIE EN OItlENT. 117

Christianisme : pourtant rien n'est plus vrai. Seulement, pour être frappé de la profonde unité de sentiments et de tendances qui caractérise ce temps , il ne faut pas s'arrêter & la surface des doctrines; car alors Tesprit humain offre le spectacle d'une variété bizarre et choquante : il n'y a pas de scène plus disparate, ni de concert plus discordant. Mais à on regarde de près, si on écoute & fond, oo découvre une admirable unité dans cette scène, une imposante harmonie dans ce concert : c'est la grande lumière de l'idéalisme qui éclaire toutes les doctrines des écoles ; c'est la grande voix du myaticisqie qui domine tous les chants des temples. Toute philosophie devient la science de l'esprit pur , toute religion en devient le culte. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder au fond de toutes les doctrines philosophiques ou religieuses du temps. Qu'est-ce qui l'ait l'identité ou la différence essentielle de deux doctrines? c'est l'unité de priocipe dans la spéculation et dans la pratique. Comme ces deux ordres de vérités se tiennent intimement , toute identité ou toute différence esseDtielles dans la morale entre deux doctrines implique l'identité ou la différence essentielles dans la métaphysique, et réciproquement. Or, si Ton applique ce critérium aux gnmdes doctrines de cette époque . au Judaïsme de Philon, à la Cabale, & la Gnose, au Christianisme, au Néoplatonisme, au Polythéisme restauré^ il sera facile d'y reconnaître l'unité d'esprit k travers la variété des formes extérieures. La do<^ne de Philon a conservé toutes les traditions des livres saints , mais en réalité elle n'a retenu du Judaïsme que la lettre; elle interprète, explique* comprend toutes

1)8 INTRODUCTION. LiVRE H.

ohoHs k \h lumière de l'esprit platonicien. Avec Platon , elle distingue et sépare les deux mondes ( ràc ii- «frntà, rà vorTJt) ; elle dietinguB et sépare les deux principes de la nature humaine, Tftme et le corps, et déplore la vie actuelle comme un esclavage de l'fttne, et un exil dont la mort seule peut ta retirer. Et toutes tes prescriptions, toutes les prati(]ue8 de la lof ne tendent, suivant Philon, qu'à délivrer l'àme et à la préparer fc la visite de l'esprit divin. Le Christianisme n'a point souci de la loi ancienne, comme Philon ; c'est au nom d'une loi nouvelle qu'il professe le sacrlRce du C6rpa et le ci^te de l'esprit. Mais la base de la méta> physique chrétienne, telle qu'elle est développée pAr les Pères de l'Église, n'est-elle pas la doctrine du Verbe compris comme type du monde intelligible, comme l'idée des idées? La base de la psychologie chrétienne n'ut-elle pas la distinction des deux substances, et la nécesaité d'une séparation, pour que la substance -spirituelle arrive à la perfection et fc la véritsJîle vie? Le Christianisme, sans doute, de même que le Platonisme, n* méprise point pour cela la vie actuelle, les œuvres 4* C6 monde, l'œuvre morale surtout, la vertu ; m&is il proclame bien haut que la vraie fin de la vie est l'amour d* Pieu et la contemplation da ms perfections : taut le reste n'est que moyen et introduction. La Onôse va beaucoup plus loin ; elle sép&re Absolument les deux mondes, et élève son Dieu à de telles hauteurs qu'elle ne sait plus expliquer la création que comm« une ohutft. De ]k le mépris du monde, œuvre misérable d'une puissance inférieure , l'indifférenc* pour la vie - aet(iell« > pour les «uvrsB en général , même pour ta

PHILOSOPHIE GRECQUE EN OHIENT. Ht vertu. C'est l'idéalisme porté à sea dernièree limites, et engendrant le mysticisme le plus effréné. Le NéoplatoDÎsme est moins mystique que la Gnose, et marne que le Christianisme, en ce sens qu'il considère le monde sensible ootnme le développement naturel et nécessaire des puissances de Dieu , et qu'il en admire et en célèbre la beauté, l'harmonie, la perfection*. Toutefois, la séparation des deux mondes, la séparation des deux substances matérielle et spirituelle dans Phomme, la théorie de la matière conçue, non ctmme une condition nécessaire et éternelle de la vie , mais oomme le degré infime et l'éclipsé de la puissance divine parvenue à l'extrême limite de ses forces, enfin la contemplation et l'extase considérées comme la vrue fin de la vie humaine , sont autant de priricipes qui révèlent clairement le caractère idéaliste et mystique de la philosophie de Plotio , de Porphyre, d'Iamblique et de Praclus, Ainsi le même esprit est au fond de toutes ces doctrines contemporaines, quelles qu'en soient d'ailleurs los différences i toutes sont esesntiellemenl idéalistes et mystiques, bien qu'à des degrés divers ; il n'est pas jusqu'aux vieilles croyances que l'esprit nouveau n'ut gagnées. Le Polythéisme grec a perdu , sous la direotion sévère des prêtres de Julien, ses airs de fête et de volupté t on n'entend plus dans ses temples que les évocations des théurges ou las voix graves des ascètes. La riante mythologie a fait .place aux sombres divinités de l'Orient; le culte de l'esprit s'est établi dans les saoctuait-es de Baccbus

i Plot., en. Il, \. a- l'antra tinott'çoi.

m INTRODUCTION. LIVKK II.

et deB auti'tis dieux de ta nature. C'est daus ce seas qu'Apollonius de Thyane, Flutarque, Apulée, lamblique, Julien, comprennent et essaient d'accomplir la restauration du Polythéisme. Tel est l'esprit général de l'époque : toutes les grandes doctrines contempor^nes partent de la distinction et de ta séparation profonde des deux mondes, et aboutissent au mépris de la chair et au culte de l'esprit. L'objet de ta foi pour toutes n'est pas ce que les sens atteignenl , c'est ce que l'âme sent, et plutôt encore ce que l'intelligence devine : c'est la vérité invisible et intelligible. L'idéalisme dans la spéculation , le mysticisme dans la pratique , sont les deux voies de l'esprit nouveau ; les écoles philosoptiiques, aussi bien que tes sectes religieuses , s'y engagent plus ou moins avanL Quand on représente t'esprit nouveau en opposition complète et en lutte avec ta société qu'il doit conquérir, on a raison, s'il s'agit de ta société oificietle. Celle-là, en effet, est livrée aux intérêts ou aux passions de la matière ; ses pensées ne sont que des impressions sensibles; ses sentiments ne sont que des ^petits. Elle n'a pas le sens de l'intelligible ni du divin ; elle ne comprend ni ce qui est de l'âme, ni surtout ce qui est de l'intelligence. Et comme c'est cette sociéte là qui paratt, qui agit, qui gouverne dans les assemblées et sacrifie dans les temples, l'historien a pu ne rien voir au-delà, et se demander par quelle révolution subite cette société se trouve régénérée et transformée. C'est qu'il n'avait regardé qu'à la surface, et qu'il n'avait pas pressenti sous cette société politique et extérieure , en quelque sorte , une autre sociéte , ou du moins l'esprit vivant

PHILOSOPHIE iiK£CQt£ EN OUIËNT. m

d'oii doit sortir comme par enchantement mie autre société. Quand on a une fois bien reconnu et bien constaté l'exiBlence et la présence universelle de cet esprit, on comprend tout ce qui suit, comment toutes les écoles ptUlosophiques vont se perdre dans une seule grande philosophie, comment toutes les manifestations religieuses aboutissent à une seule grande religion. On ne b' étonne plus qu'une étincelle jaillissant d'un point de l'Orient ait suffi pour embraser le monde ; c'est que l'étincelle a rencontré le souRle puissant de l'esprit universel I Enfin , on reconnaît que pour cette époque de l'histoire comme pour toutes les autres, les grands effets ont de grandes causes, et que dans te gouvernement de la Providence les moyens sont toujours en proportion des desseins.

Mais si toutes les doctrines contemporaines émanent d'un principe commun , d'où viennent les différences qui lea distinguent? La raison de ce fait est fort simple : c'est dans l'origine nationale des doctrines qu'il faut la chercher. Le même esprit souffle partout ; mais partout aussi il rencontre des natures diversement préparées à le recevoir. Alors le génie national réagit, sur l'esprit général , et les traditions de celui-là se mêlent aux inspirations de celui-ci. Souvent même, tout en subissant l'inQuence irrésistible de l'écrit nouveau, le génie national prétend l'enchatner h ses traditions et l'absorber dans ses doctrines. C'est ainsi que l'école juive et les premiers Pères de l'Église essaient de rattacher le Platonisme au Hosalsme ; c'est ainsi que la Gnose rapporte toute philosophie aux traditions de l'Orient. Ces prétentions sont absurdes; mais ce qui

Ml INTRODUCTION. LIVRE II.

est vrtû, c'est que Teeprit dâ l'époque se teint partout des couleurs du génie national , au point d'y perdre , «n apparence, son identité. Pour reoonnattre que c'est le même esprit qui anime Philon , la Gnose, le Christianisme et l'école d'Alexandrie, il faut regarder au fond des doctrines.

Le même principe qui explique la divennté des doctrines de cette époque sert en même temps h. tes classer. Cet immense développement de l'esprit humain peut être rapporté à deux origines principales, l'Orient et la Grèce ; de \k deux grands mouvements dont l'esprit est identique, le mouvement oriental et le mouvement grec. Au premier il faut rattacher : 1* toutes les doctrines de Técole juive, y compris la Gab^e; 3" toutes les doctrines de la Gnose, qu'on pourrait appeler, par opposition à la tradition judMque , l'école orimtale proprement dite ; 5° toutes les doctrines de la philosophie chrétienne. Dans te second mouvement il t&iii comprendre : 1* les Platoniciens, tels qu'AtUcus, Alcinoûs; 9* les Pythagoriciens, tels qu'At)olloniuB de Tbyane ; 9° tes éclectiques , tels que Ptutu-que , Apulée, Croniue, Numénius. L'école juive, l'école orientale (la Onose) , l'école chrétienne, doivent leur caractère et leur physionomie propre & leur origine. G'est toujours te même esprit au fond , mais se modifiant et Pe diversifiant sous l'influence des traditions judaïques, syriennes, égyptiennes, chaldéennes et persanes. Quant aux doctrines issues du mouvement grec , on iie peut pas en expliquer la diversité par les origines locales. A l'époque qui nous occupe, le monde ti^lténiquft est parfait«m«nt unifornrt , au moini eif 6e

PHILOSOPHIE GRECQUE EN ORIENT. U3 ^uî concerne l«3 traditions nationales ; Il ne pr^nte plus , comme l'Orient , divers peuples qui ont conservé chacun la profonde originalité de leur génie et de leurs traditions. Mais il oiïre des variétés d'un autre genre, très importantes dans l'histoire da la pensée : les écoles dans le monde grec ont leurs traditions, comme les peuples dans le monde orientât. Il est bien vrai que ces écoles tendent & s'effacer et & se perdre dans le mouvement général des esprits , h l'époque dont il s'î^t ; mais , enfln , elles ont encore conservé quelque chose de leurs tendances et de leurs doctrines primitives. Le Stoïcisme, lePlatoniame, le Pythagorisme, s'assimilent l'esprit nouveau et se transforment chacun k leur mftnière. Chez le stoTden , la tendance morale prédomine : chez le platonicien , cVst la tendance métaphysique ; chez le pythagoricien , c*est la tendance, ascétique et théurgique.

C'est un beau et grand spect&cle que le tableau de ce double mouvement qui commence par de faibles essais, et aboutit d'une part au Christianisme et de l'autre h. la philosophie néoplatonicienne. La première œuvrft de fusion entre les idées grecques et orientAlés, du Cdté de l'Orient, est tentée avec éclat et avec succès pht l'éeole juive, par AristobulA et surtout par Philon. Mais, daOB ce mélange, l'Orient n'est représenté que par le Judaïsme. Vient ensuite là Gnose, qui agrandit l'alliance et y fait entrer tout l'Orient. L'œuvre de la Gnose est hardie, mais chimérique : en métaphysique, elle M perd dans les rêves de la Perse, ou dans les symboles de t' Egypte ; en morale, elle entraîne les jtaiés dai» l'ascétisme le plui existé et dans le

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mépris absolu de toutes les vertus de la vie pratique. C'est le Christianisme qui relève ralliance fort compromise par les excès de la Gnose, en réuiiissant dans une mesure adoiirable tout ce que TOrient offrait de plus sublime et de plus profond dans ses traditions, et tout ce que la Grèce présentait de plus solide et de plus vrai dans sa philosophie. Le mouvemeut grec commence par un retour timide au Platonisme. Les Platoniciens de cette époque, A.tticus, Alcinoûs, Caius, Albinus, ne connaissent point encore cet Orient dont ils ressentent déjà peut-être la vague influence. Puis le Platonisme s'inspire peu è. peu des traditions étrangères ; ce mélange se reconnaît dans les écrits de Plutarque, d'Apulée, de Cronius, de Numénius. Enfin, l'alliance de la philosophie grecque avec le génie de l'Orient atteint son plein développement et sa juste mesure dans le Néoplatonisme alexandrin. Le Christianisme et le Néoplatoniraie, tels sont les grands résultats de l'alliance féconde de l'Orient et de la Grèce. Tous deux, engendrés du même principe , mais issus d'origine différente, manifestent par leurs ressemblances et leurs diversités cette unité de principe et cette différence d'origine. C'est l'alliance de TOrient et de la Grèce qui les constitue également ; mais c'est la tradition orientale qui a préparé l'un , et la tradition grecque qui a préparé l'autre; et, dans la suite de leur développement, ils restent constamment fidèles à leur origine. Dans le Christianisme, le principe oriental domine; dans le Néoplatonisme, c'est le principe grec. De Ik, malgré l'identité

d^esprit qui anime ces deux doctrines également idéalistes et mystiques , la nécessité d'une opposition et d'une lutte qui ne doit finir que par le triomphe du Christianisme.

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