‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 2)Chapitre 25 sur 36 · V. Kl · texte numérisé non relu

V. Kl

4t» ANALYSE. LIVRE f.

simple rayonnement ; et ce qui rayonne n'est point séparé, mais seulement distinct du Premier <.

Ce qu'on vient de dire , fait comprendre cuninenl l'Un p^ produire ie multiple, aaoi sortir de ion unité, mais ne suffit pas pour expliquer la nécessité même de la création >. Comment l'Un produit-il? Est-ce parce qu'il fût que toute diose est une , ou parce qu'il produit réellement toute cliose ? Dans «ette dernière hypothèse , qui est la seule que nous puissions admettre , coauDeot s'y prend-il pour produire? Voici rexplication de Plotio. L'Un est toute chose, et aucune chose n'estrUn;ilesttout, es tant qu'il cet principe de tout. En.lui tout coexiste déjà virtuellement , mais n<Mi actuellement, et c'est parce qu'il n'y a rien en lui positivement, que tout peut en venir*. Donc pour passer à l'être. Il semble qu'il faudrait que tout ce qui est en lui fût d'atxvd à l'état de non-être. Mais conmt^t en Dieu le non-être paasera-t-il à l'être , puisque Dieu , en tant que parfait, n'a ni besoin , ni désir, ni amour 1 Si donc il produit, c'est parce qu'il surabonde, et non point parce que, comme une simple puissance, il tendrait à l'acte *. Maintenant comment cette surabondance est-elle un acte oécessiùre de la nature divine? c'est là le point )e plus difficile à expliquer.

Tout ce qui existe en dehors du Premier, en relève,

» Enn. V, III, *i

* Eon. V, II, r Ti k wâvra, >al aùJl i», ifip» yéf mtcwi o irôvra, àïX' iu£>wç irmra, cnT yàp oi9v hiSf/of» ' fiSUw A eG» îç'i àii' Et»!.

* Eoo. V, II, <, t. ô* yiif tAiibv «ù fmftv I^dtA fmik Iftn

PLOriK. THEuLlxaË. tu

soU imtuédiateiDent , soit médiatement , ai constilue une série d'easencM d'ordres diiTérents, tels que le deiuième ordre puisse être ramené au premier , le Iroisiètne au deuxième , etc. , etc. Il faut doDC qu'audessus des essencee, il y ait quelque choae de simple et de différent de tout le reste, qui exïBta eu soi-ioâiiiet et qui , eans jamais se mêler à rien , préside fAcile* meiit à tout, qui soit véritablement uii ^ , non de cette unité qui n'est qo'un attribut de l'être; UB principe enfin supérieur même à l'essence , de telle sorte que ni le discours , ni la raison , ni aucune science ne puisse l'atteindre. Car, s'il n'est absolument simple et pur de tout mélange , il aura besoin d'autre chose que lui-même , il aura besoin des éléments qui serviront h le composer , il ne se suIDra donc pas & lui-même et ne sera point Premier *. Qui dit Premier, dit donc absolument un : s'il existe quelque chose apr^ l'Un, il n'est plus l'Un simple, il ne peut être que t'un multiple. D'où vient cet un multiple! Du Premier évidemment, car on ne peut supposer qu'il vienne du hiLsard *. Mais comment en vient-il 1 Assurément, si le Premier est parfait et le plus parfait de tous, et la première puissance , il faut bien qu'il soit supérieur en puissance à tout le reste , et que les autres puissances ne fassent que l'imiter dajis la mesure de leurs forces*. Or nous voyons que tout ce qui aspire & la perfection ne peut se reposer stérilement en soi-même, mais tend nécessairement k produire au dehors ce qui

' Eofl. V, IV, t , » Bqb. V, .V. i .

' Bnn, V, iT, r * Bnn. V, w, T

(1! ANALYSE. LIVAE 1.

est en lui. Gela se remarque non seulement chez Ic^ êtres capables de clioix , mais encore chez ceux qui sont privés d'intelligence et même d'âme. C'est ainsi que le feu échauffe et que la neige refroidil *. La production est le symbole de la perfection et de la bonté; tout être du monde, n*étant ni la perfco tion aJttsoloe , ni le bien , ni l'étemel , y tend sans ces^ par la génération , et imite ainsi le Premier dans leâ limites de sa puissance. Or, si la nature produit, comment Dieu , la suprême puissance , serait-il impuissant? D'ailleurs, si rien ne procédait de lui, comment serait-il principe '7 Dieu engendre donc, parce qu'il est le Bien , c'esUà^dire par une nécesuté de sa propre nature.

Maintenant qu'engendre Dieu immédiatement? l'un multiple, l'Intelligence. Comment? C'est ce qu'il s'agit de montrer. Si le principe générateur était l'intelligence, il Taudrait que ce qu'elle engendre lui fût inférieur, mais pourtant de manière à s'en reprocher et h. lui ressembler plus que tout le reste ^. Mais , puisque le principe générateur est supérieur à l'intelligence, le

t I Edi). V, IV, I , Oti i' à» Twv SUmv ùç Ttktitàati T^, opûfuv ytftm ia> où» Ayi)[ft(i«ïOï t<f ioutoû fu'ïtiv, il),' ttti»» Itmlin ' av

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* Enn. V, 1», 1. niî OUÏ tô rika*Tarvi km -n irpùro* «y^>o> l« où t^ rail) , 1*9 *ip ip0>vnosv Iomt'jÛ j àivtà'naa/ •, q KÔtu» jùvap; ; irûf t iv fri i^/r, âr, ;

^ Eaa. V, lY, 2.

premier engendré est nécessaifement l'itilelligence *. Mais pourquoi ce dont l'acte est la pensée n'est-tl pas lui-même rintelligencc ? Parce que la pensée a pour condition l'intelligible. Ce n'est que lorsqu'elle se lourne vers lui et qu'elle le contemple, qu'elle existe réellement. En soi elle n'est qu'une simple puissance de voir, et elle reste à cet état jusqu'à ce que la conlemptation de Tintelligible vienne la déterminer, la parfaire et la réaliser '. C'est par le sentiment de cette vérilé que la tradition engendre le nombre, c'est^dïre it'essence, d'une dyade indéfinie et de l'Un. En effet, lenombre, c'est-à-dire l'essence ou l'intelligence, n'est \ias simple , nnais multiple ^. Les éléments dont se «'(impose l'intelligence sont, il est vrai, intelligibles; mais elle n'en est pas moins double : elle est intelligenceititplligible. Or, qu'est-ce que cet intelligible, condition de la pensée , sinon le premier principe , lequel ■pngendre l'intelligence , en devenant intelligible^? Ce n'est donc pas en tant qu'Un que le Premier engendre l'intelligence ; si nous en restions k ce point de vue , nou!! ne comprendrions jamais comment de l'I^n peut .'^ortir le multiple ; c'est en tant qu'intelligible *. Mais l'intelligible reste en lui-même et n'a pas besoin d'en sortir, comme ce qui voit et ce qui pense ; car la pensée

' Rnii. V, IV, i. t-KÙ a ijfwtwx -«û Ta ynvSv, «Ov iTvwr

* Enn. V, I*, i. Nd>i9i{ A tô «ntiv opw«a xal wpit toûts ima- '^uKftiia wl in' iitivM «'sv ômrtliupnng m'i WMWfuvtti àipiftt

uVf aÛTD wTtcip &|'i;> ôpiCvivvi: tk 'iiri zn-mitti- ^ Eno. V. lï.a.

• Enn, V.iï, î.

' Bon. V. IV, i. K^i ^Vv '.Vf ft'i avT»; u9r,;«vt M-à xai vsùy.

tu ANALYSE. LIVRE l.

et la vue , étant un mouvement vers autre chose , supposent le beioin et le désir *. Comment donc peut-il produire l'intelligence ? Il est vrai que l'intelligible se repose en lui-mâme ; mais il n'est point inerte, ni vide, ni privé de vie. Comme il comprend tout dans sa féconde unité, il produit tout dans son puissaiit repos, l'être , la vie , l'intelligence K II est , il ne devient pas l'intelligible, et parce qu'il est l'intelligible, il produit l'intelligence. Alors celle-ci, pensant ce dont elle vient ^ et elle ne peut pas penser autre chose ) , devient eUemême intelligible , non plus cet intelligible d'où elle procède et qui lui est antérieur, mais un second intelligible qui n'est plus que l'image du premier '.

Vient une dernière difficulté. L'Intelligence étant l'acte du premier principe, et l'acte étant identique avec l'essence , comment pcuirelle différer de son principe? Ici, il faut distinguer l'acte même de l'essence, et l'acte qui émane de l'essence. L'acte de l'essence ne peut en différer, car il est l'essence même ; mais l'acte qui émane de l'essence en diiïère nécessairement. Ain» autre chose est le teu , autre cJiose la chaleur qui es éoiane. Il en est de même de l'intelligence. Elle n'est

' Enn. V, IV, 2.

' Enn., V, IV, 2. T4 vavrin \f' iaoroO fitviv, i«i ov« îv it^ii;, S^trip ti ipûti xal ri ïkûv ( ivjil; A Xtyu '*t ï«iûv , «#[ «p«{ la7»ii]- oùx tçn oîsv àïoi'ffftoTov , ail' Içiv oniToû srâïTa, t» awri ui «itv oÙTÙ, itJnm AaxptTixiv iatrrtû, {^i| îv onrtù, rtù 'Tuwts tv aôrù, «ni n sQTntntfic av-raù avrï, slov d oùv nûodnmt, oSni) h ^mni oMi'it xai v>ricEi| ÎTipfdC i> xaTS TÎgv voù v^siv<

Eon. V, IV, 2. Emi DUï iiilvo fiim ï9tjtôï , tô yiyvdfmM ytf lirai ïoijoiï- Nâijii; jl ovaa tai ■i«ftv:a if' où î^tviro {Ô'Àa yàp ovi ^ti)> V9ÛÎ yiyyirou, âUo itsv >oi;ri>, x«i oiov ixtrvo, xod ^^st^Wf la'i lïJwXiv tx(îvau>

PLOTIN. THEOU>G(£. 41.1

pas l'acte même du Premier ; car, en tant que le Premier est un acte , elle se confondrait en lui ; elle est seulement l'acte qui en émane , comme la chaleur ^mane du feu ; elle en diffère donc *. Voilà comment le premier principe engendre le multiple , l'être et l'intelligible.

L'Un produit l'Intelligence sans mouvement, saiu volonté , Sans consentement. L'Intelligence s'échappe comme une lumière pure, sana que cette émanation trouble la parfaite quiétude du principe générateur ^. Comme le soleil produit la lumière , de même tous les ^tres , en tant qu'ils persévèrent dans l'être , tirent d* leur propre essence et produisent au dehors une certaine nature qui est leur image. Ainsi le feu produit la chaleur, ainsi la neige produit le froid. Tout ce qui est parfait engendre '. Ce qui est éternellement parfait engendre éternellement, et ce qu'il engendre est éternel, mais inférieur au principe générateur. Or, que peut engendrer le plus parfait? Ce qu'il y a de plus parfait après lui , c'est-à-dire l'intelligence *. Ce qui prouve la dignité de l'intelligence, c'est qu'elle n'aspire que vers l'Un. U faut donc que le produit d'un principe immédiatement supérieur k fintel*

' Enn. V, iv, 2. aOâ nût jjiv'.ipT»; i«rveu yiyjtrxi ivi(>)>tio; i

ù;> içrj iWp^icHi tiiaçor, i A Sic' ijtrlyi};, i* ^ï wovtî iita&on i^ iitrfitif, iriftÊv maa-/ aûroù ' oîsv «ai èni Tiw m^; li ftiv Ti't iç( cu^R^npoOsa xm oùsi» dipfiioTTi;, ri Si «K' ixiinK nJi] yTjfJtfifvt),

' Ean. V, I, 6.

' Ena. V , 1 , 6. Koi «àvra A Sua f^ rilua yiv*^, tï A «ni ti' iwjr, ài'i xa'i iliiov yiwS, 13I tXatrov ft iaturtv yinS. * Eno. V, I. 6. "

ligence soit rin(elli)!;ence *. Celle-ci est donc le Verbe de Dieu , comme l'Ame est ie Vertje de l'intelligence '. Or le Verbe, c'est-à-dire l'image, contemple sans cesse le modèle. Voilà pourquoi l'Intelligence regarde Dieu, et l'Ame l'Iutelligence.

Le second principe , au moment où il s'échappe du 8ein de l'Un, n'est point encore l'Inlelligence. En tant qu'il prend position au-dessous et auprès de l'Un , il reste l'Être, la plus pure image de l'Un ; il devient l'Intelligence lorsqu'il se contemple lui-même *. Du moment qu'il se flxe pour se contempler, il est k la fois l'Intelligence et l'Être. Du reste, pour devenir la pensée en acte , il ne lui suffit pas de se porter vera l'objet suprême de sa contemplation. Cet effort n'est pas encore la pensée, mais seulement une vue informe. une vague tendance , un simple désir qui pousse l'intelligence à la rencontre de son objet ^. C'est seulement quand cette rencontre a lieu que commence la contemplation et avec elle la pensée en acte '. De ce moment l'intelligence apparaît comme telle. Mais alors même ce n'est pas l'Un qu'elle pense ; car l'Un . en

' Edd. V, I, 6. Oî-.ï xa'i n i)wx»j iôï«< >«« * "wi oifyti» tu . &sietpwrtii ,vo3;) «ciiiou [t*0 jcfûrou) ■. Qt yà^ûiui.r, ï»û, Tovn K«i tic vaûv pHinnv iiï ' ■•oit A ÛsoÛtm; npi; n<îvov, ha ij vvi;,

1 Enn. V, m, (). Ka'i « jà» «|Ac imÏïs çiniç aùtvû, t4 6» Ivolq^tJ , -n A v^i avn d^a , rôt loùv- Kki'i «uv 1^ itfi; eàrri rra Wiî, b(»0 »oO; yiyvrrai >ai Sv.

' Enn., V, ur. 11. ÛTtSpfon jà-j tie' a!,x<'^, ^î^ ' «,- vaû,-, W; ■

* Enn., V, III, 1 ) . K«. «Cr,, (vov-i^. y,,^. ,',iv. airi, «i rixt lynlTS i^-ia î^i!. ToïtTs jt qJn ve.5î, Sri^n, la'i «i.- .oy; f^ir ' jf.i A toÙtsv tfifi; fiviv., rcà àrûitwTif î^;.

i Enn. V. I. fi.

tant qu*Un , échappe à toute pensée même de ta suprême intelligence. C'est elle-même qu'elle contemple, mais elle-même transformée en Intelligible par la lumière de la nature divine. Dieu n'intervient pas dans la contemplation comme objet immédiatement intelligible , mais comme la lumière qui fait que I'Idlelligence , se regardant , se voit comme Intelligible , et devient pensée. C'est ainsi du moins que nous entendons la doctrine de Plotin *.

De ce qui vient d'être dit , il ne faudrait pas conclure que rintelligence suprême, comme l'intelligence humaine, est primitivement une simple faculté de penser qui n'arrive à l'acte que par la présence de son objet. En distinguant dans l'Intelligence divine le moment de la puissance et le moment de l'acte , nous avons voulu seulement montrer en quel rapport elle est avec Dieu. Mais la vraie Intelligence ( dont l'inlelligence Immaine n'est qu'une ombre) est un acte simple et imminent, qui n'a jamais commencé par être une puissance *. Ce qui fait que rintelligence humaine n'est qu'une faculté, c'est qu'en elle la pensée est adventice, c'est-à-dire provoquée par la présence d'un objet extérieur et distinct d'elle-même '. Mais l'Intelligence suprême se pense elle-même et ne pense qu'elle ; elle est ce qu'elle pense et pense ce qu'elle est * : en elle , l'essence et l'acte se confondent.

' Ceci Mmble plutôt implicitement renFermé dans la docirine in Plolin que rormellement exprimé.

' Eqd. V, III, 6. Àviiilii A vgû; sùi Sni itoir ifq.

' Enn.V, III, 3.

* Eon. V, ni , 6. {Jçr t'irtp iv ûturù i<;i xsl eiij Éoutû, tôt Tsvro 5ïi|( ici ïîO- t*iv, ivifxt) suviTvai ovrôî t^ yvûîiï ioureû, «»1 în I. 27

lin ANALYSE. LIVRE t.

Il ne se peat que rintelligence soit antérieure k l'être, ni qu'elle l'engendre; car l'être véritable, étant un acte et non une puissance , n'admet ni génération ni perfection K Mais, d'un autre côté . on ne peut dire que ce soit l'être qui précède l'Intelligence ; car alors l'Intelligence viendrait s'adjoindre à l'être comme l'acte à la puissance. Or, l'intelligence n'est pas, avant d'être en acte *.

Tel est le rapport de l'Intelligence avec l'Un. Maintenant il faut la considérer en elle-même , c'est-à-dire comme l'Un -multiple , comme l' Intelligence-intelligible , principe et centre des idées. L'Intelligence ne devient pensée qu'autant qu'elle rencontre le Bien ; mais elle ne le voit pas comme Bien. Diea ne se montre pas h elle dans l'infinité et la implicite de sa nature ; il prend une forme finie et multiple ; il toi apparaît comme Intelligible », Or l'Intelligible n'est pas absolument simple ; car, s'il l'était, Tlntelligence, avec laquelle il ne fait qu'an , le serait aussi. Mais si Ilntelligence était absolument simple , elle serait le premier principe. Donc elle est multiple dans son unité. De là ta multitude des îdées. Mais comment concilier !a variété des idées avec l'Unité de l'Intelligence? Pour expliquer la difficulté , Plotin prend un exemple dans le monde sensible '•. Les organes d'un être vivant , le

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