‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 2)Chapitre 26 sur 36 · F.DD · texte numérisé non relu

F.DD

, VI

oez, les yeux, ks oreilles, etc. . eati9id4réft en tant qu'organes, ne sont p&s simplement les parties matéridlea d'an tout ; ils n'existent que par rapport h ta forme , qu'on âppeliti le visage. Hors dé èette romiè , ils ne Bont plus rien. Quant h la forme t!lte-tinèm« , loitt d'en résulter, c'est elle qui les constitue ; elle les comprend, non comme une totalité, mais tomma nnité simple et indivisible*. De mâmei tes Idées ne sont poâ des parties dans l'unité intelligible ; elles n'existent que par cette unité et dads cette unité , qui le« comprend, sans cesser d'être simple '. Lfc, Banâ doute, elles ae distinguent entre elles et se circonscrivent , mais intérieurenient et sans 9e développer ni se produire au dehors. Dans le mande sensible , ta distinction d« choses entre elles est extérieure et entraîne la «épa^ ration. Dans te monde intelligible, la distinction ne peut être qu'intérieure , quelque réelle et profonde qu'elle soit , et n'empêche en rien la fusion de toutM les idées dan» l'unité commune *. fcî-bas, t'est ta distance qui distingue ; dans fe monde des idées , C'eW l'essence seulement. Ce monde est le vrai séjour A9 la lumière et de l'harmonie ; le monde sensible n'est que ténèbres et discorde en comparaison. C'est là qu'habite la félicité parfaite et cette vérité que le Phèdre nous montre comme la mère et la nourrice des Dieux ; c'est là que les Dieux contemplent toutes choses , non pas &

' Enn. VI. vn, 14.

* Edii. VI, TH, 4*. Otttwc h w>, ÔT( in itçh iwX),i, afijf' ùf nVflTt, àiX' ùt itôftq wdXOï h> onirrà, ly Irî o^^ilpocn «aO, oÏM, «t^-«

pMf. hI iviatit»*'» tir* ii*lfutw ftitàft' ii^, iM' ri; 'A bTt(4n.

* Enn. y, Tii. U,

tfO ANALYSE. LIVRE L

travers les transformations du devenir, mais dans la majestueuse immobilité de l'être, et se contemplent eux-mêmes dans tout le reste *. Car dans ce monde toute essence est transparente ; nulle ombre , nul obstacle & la diffusion universelle de la lumière; les êtres qui l'habitent se voient et se pénètrent dans le plus profond et le plm intime de leur nature K Chaque essence comprend en elle le monde intelligible tout entier, et le voit également tout entier dans une essence quelconque, en sorte que chaque chose y est tout et que tout y est chaque chose. Une lumière universelle y enveloppe et y transfigure tous les êtres ; chaque essence y est un soleil , et le monde intelligible y est un ciel parsemé d'étoiles étincelantes , dont chacune, en même temps qu'elle brille d'un éclat qui lui est propre, réfléchit la lumière de toutes les autres '. Là encore règne un mouvement pur, qui est aussi un repos parfait , parce qu'aucun principe d'agitation ne s'y mêle '. La beauté s'y monti-e sans voile et dans toute la pureté de sa nature ; elle n'y est point comme ici-bas enveloppée d'un vêtement grossier; elle n'y repose point sur une base étrangère ; elle a son origine , son principe , son siège en elte-mêmc ,

< Enn. V.vm, 4.

* Enn, V, vin, 4, Aia^pm yài>ir«<ira, xalnartiviv «ùAocvti'tvko* «ùJlv.àUÀ itavTi (Mnipi; df ta tfsu xat wôvra' ywf ^ iptrti' lai yip îx'i itâç irdr/ta tv oùtm, xù «û ô^ iv £Um irôvra, &~t itvntt- ■^ii KÔïî», a») itSï tràv, x»i fitaroï «êè», xi'i fimips; lî ityXif

' Enn., V, viii, 4. Km JjXio; Itii, kb) icivra ârpa ■ lù fe»rov ^i*t où, xa'i icôvTB. E&';((i S' h Ixaça, ôUg, ijifaliu A ni wârra.

* Eno , V, Tiii, 4. Kçtlktuà xi-jti<n;x9Qafi,tv yip wfjpt lAt^ (»Û9«ni Ô xivir, tttfvt aùritE îiwâpjpji ' ttà i çi«ii «ù wtfnutvtpivmt

PLOTIN. THEOLOGIE. iii

puisqu'elle est l'Intelligence pure *. Dans le monde sensible , les choses sont individuelles , séparées , impénétrables les unes pour les autres. Dans le monde intelligible, les êtres se confondent, se pénètrent et s'éclairent au sein d'une commune lumière ; là où apparaît la partie , le tout se révèle ; le Lyncée de la fable, dont le regard perçait les entrailles de la terre, n'est que le symtwie de la vue céleste \ LÀ, l'œil contemple sans travail et sans fatigue , et le désir de con templer est insatiable ( en ce sens du moins que la satiété n'amène point le dégoût de l'objet désiré ) ; mais c'est plutôt incessant qu'il faut dire, parce que, pour les êtres de ce monde supérieur, le désir ne suppose point un vide à remplir : c'est un état et non un besoin *. Là, la vie n'est point un travail ; elle est une énergie pure : c'est la sagesse parfaite. Or la sagesse De se compose point de raisons laborieusement déduites tes unes des autres ; c'est une intuition première, simple, qui embrasse toute vérité sans effort et amaltanément. Elle se produit avec l'Intelligence; ce qui fait dire , par symbole , que la justice siège h côté de Jupiter *.

Toutefois , la vie intelligible n'est pas encore le

I Enn. V, TUi, 4. Kal ti xoXi» xaUv, Ert frà ïv tû xaXù.

' Edu. V, ïiii, t. taDTaCirai fih yip fiif»;, IvopSroi ti tû àÇif Tiff E^tv , SX«v, oToï lï ne ^«iT9 tJiï S^iï Tstoûroç, oîa} ô Auyyiù; wym, »! -ri (lo» nç yÂç "M") ''*' fiwOw tsùj ixù oÙMTTo^itïa»

* Bon., V, Tiii, t. TtÎ{ a IxiTdME tAn «îfui'nt Içn, sûr* ici

ii{ «Xnpiian Mil tiX»; ôpxis^.

• Enn. V, ïiii, *.

m ANALYSE. LIVRE L

Bien ^ : elle n'ai est que la plus directe et la plus pure image. Or la Bien lut cemmunique les dons de son inifiablâ nature, sans y passer lui-mime. L'Intelligence ne le reçoit pas tel qu'il est, mais tel qu'elle peut le recevoir. Impuissante A le comprendre dans la plénitude de sa puissance , et A le posséder dans l'unité de sa nature, elle le réfracte et le disperse en te recevant *. Qu'on se représente une sphère A mille faces, qui reflète sous toutes les formes la vie qu'elle a reçue du Bien ; qu'on imagine un spectacle à mille aspects placé devant les regarda du spectateur * ; qu'on se figure encore les (mes pures et parfaites s' élevant toutes d'un commun effort vers un seul sommet, et sur ce sommet, l'Intelligence assise, illuminant, sans sortir de son repos, toutes les régions qu'liabitenl les âmes. Seulement il faut penser qu'ici le spectacle n'est pas eitérieur à ceux qui le contemplent '. Dans ta contemplation proprement dite, l'Intelligence est à la fois l'i^jet, Voeit et la lumière. Toutes ces images ne peuvent donner qq'une idée imparfaite de ta manière dont l'Intelligence projette en idéçs l'aote simple, immuable ti immanent du Bien. Toutes les idées ne sont que des faces diverses qui réfléchissent la même image, Timage du

■ Edd. VI, Tii.lS.

1 Eqq. VI, nt, it.^Btlk{ti Aftain)t\t<Atl, (•,**,), ^àî Im? r. . <UlX' At tAtb; lajfty.

* En»- VI, vu, 45. Aïk ««I d «{ «ùriv (v'M itniuCit ofaiipa

s^ Iv4uï;, UAà wdnva iA o&tûv ))^9fo«ri xa' *^^ ''^ v^r* tir'

tforitm^àfiMt ptv sÛtwe ^w icw; Skiât m* i^o*» AX*».

* Bon. VI. fil ts

PLOTIN. THÉOLOGIE. iS3

Bint L'Intelligence est tout entière dana chacune ; c'eti pourquoi, quelle que soit l'idée que ràtneconteiapte , elle voit l'Intelligence elle-même ^.

Une dernière hypothèse rendra plus frappant ce tableau du monde intelligible. Supposons par la pensée que, dans le monde sensible, chaque être demeure ce qu'il est, tout en se confondant avec les autres ' dans l'unité du tout; imaginons ce monde comme une spb^ transparente placée en dehors du spectateur, Qt d&ns laquelle on puisse voir , en y plongeant le regard, tout ce qu'elle renferme, le soleil , les étoiles, la len-e, la mer, les animaux, tout ce qui est en mouvement et tout ce qui est en repos'. Maintenant, tout en conservant la forme de cette sp^re, supprimez-eo ta notsK, Bupprimez^n aussi l'espace, écartez toute imagination de la matière , invoquez le Dieu qui a fait ce Dionde dont vous venez de vous former une image , et suppliez-le d'y descendre *. Il viendra pour l'omer avec tous les Dieux qui sont en lui , ce Dieu multiple et un tout ensemble , multiple par les puiMances qu'il renferme , un par l'unité de son essence ^. Chacun de ces Dieux se tiendra à part , sans occuper un lieu distinct , et sans affecter une forme senaibie que rimagination puisse saisir dans ce monde sans masse et sans étendue , et cette multitude de Dieux divers se confondra dans le sein d'un Dieu unique. C'est là le monde intelligible, monde infini qui enve-

' Enn. VI, vil, 15.

ï Enn. V, VIII. 9.

' Eno. V, viii, 9.

) Eoii. V, VIII,». * Enn. V. ï„i, 9

lU ANALYSE. LIVltE I.

loppe et pénètre tout de son infinie puissance, laqudle, bien différente des puissances sensibles dont la pro~ duction est sujette aux vicissitudes de la vie et de la mort, engendre d'une manière simple , éterndle , immuable et continue *.

Platon n'eût point désavoué cette magnifique description du monde intelligible : d'accord jusque là avec le Platonisme sur la théorie des idées , Plotin va s'en écarter sur un point capital. Y a-t-il une idée pour chaque individu, ou seulement pour chaque espèce? Platon n'eût pas même soulevé le problème. La dialectique mesurait le nombre des idées sur le nombre des genres et des espèces ; une idée pour chaque genre et diaque espèce , ni pl«s ni moins. Le général étant le type de Tossence, selon Platon, comment aurait-il po attribuer Tindividualité & l'idée , principe de toute ksence? Ce fut contre cette conclusion fondamentale de )a dialectique qu'Aristote dirigea surtout sa critique. 11 démontrainvincîblementque la matière'n'explique point la différence qui constitue l'individualité des étre& C'est sans doute sous l'influence de cette critique que Plotin sentit le besoin de modifier la théorie des idées, et de la concilier avec la doctrine péripatéticienne de Tessence conçue comme individuelle. Voici sa théorie. Il sonble que pour une multitude d'individus qui portent le même nom , et rentrent dans une même définition, il ne doive y avoir qu'un seul type dans le monde intelligible. Ainsi Socrate, Pythagore, etc. , seraient des copies d'un même exemplaire '. Mais il ne faut

■ Edd. V, viii, 9.

' Edd. V, VII, 1.

PLUTIN. THEOLOGIE. 135

point s'arrêter à cette opinion. Chaque individu a son idée dans le inonde intelligible *. La raison en est qu'il y a entre les individus d'un même genre ou d'une même espèce des différences essentielles qu'on ne peut expliquer qu'en la rapportant h des types spéciaux. Plotin admet donc dans le monde intelligible autant d'idées que le monde sensible renferme d'individus *, ou plutôt il en admet bien davantage. Car le monde intelligible, embrassant non seulement le réel dans toute l'éternité, mais encore le possible , contient & ta fois les idées qui se réaliseront successivement en individus dans le monde sensible , et celles qui ne s'y réaliseront pas , faute d'une matière convenable. Mais en ce cas, le monde intelligible ne sera-t-il pas multiple et infini comme le monde sensible? Nullement; car toute cette multitude d'idées est contenue dans une indivisible unité '. Quand on veut rapporter tous les individus d'une même classe h une seule idée , on est forcé d'expliquer toutes les différences par la matière. Biais telle ne peut être la fonction du principe matériel, qui est avant tout cause de mal, de désordre, et de laideur pour tout ce qui vient à naître dans le monde sensible. Or la variété des individus dans l'espèce est, au contraire, un principe de beauté et de perfection ^.

' Enn, V, Tii , 1 . OùSi àf/at &dpNffo; ir^ itafâtityfut tmv TiTHv ««âpûiruv liatfififrtn ôlXnluv, ov rfi ûÀç fiâvwi &U« mît il Sixaûç ècafofatçjtui,lMi' Où yàp ù; oî (Ixévt; Swxpâtïu; irpif rh ^*~ TiMTOv, ôUJi ^r TJ|v jiâwopov «oiiqsiï Ix iiatfiftn Xiyan.

» Bnn.V, vil, (.2.

* Edd. V, tti, (. TJj» A Iv TÛ ¥ourù àwttpùx», rà itîMiivttt. nÔMt yip h ifupiî, xor) oTw itfiauvn, Zto-i ivipyÇ.

* Ebd. V, «I, S.

tl6 ANALYSE. LIVRE 1.

Donc 08 ne peut être la matière qui soit le principe de la diiTérence, en tant que différence; c'est l'irlée, source unique de toute beauté. Donc la variété dans le monde sensible implique la variété dans la monde intelligible. Mais ne pourrait-on pas expliquer autrement la diversité des individus? Lorsque le mfime mâle et la môme femelle peuvent engendrer des individus qui (Mèrent entre eux, pourquoi rapporter cette diiTérence à un type spécial, distinct du type général? * NesuQît» il pas de supposer une différence dans la manière de s'unir dra deux principes générateurs? D^un autre oôté, comment admettre pour des individus jumeaux ou semblables des types différents >? Plotin répond à cette dernière difficulté : 1* Que de types différents peuvent sortir, par un certain concours da circon* stances , des individus semblables. L'artiste ne faiUI pas des choses analogues avec des raisons différentes '? 3* Que dans les individus que nous trouvons semblables, il y a des différences essentielles et intrinsèques qui éch^pent h. notre regard , mais qui supposent des types profondément distincts*. Quant & expliquer la différence des individus par le degré, ou la proportion des principes générateurs, cela ne suffit pas. Car, quand on l'admettrait, il n'en faudrait pas moins reconnaître que cette différence de proportion et de combinaison a elle-mâme sa cause dans la différence des types prinutiis K

> Enn. V. vil, a.

' Bna. V, T1I, t

* Enn. V, VII, ».

* Enn, V, vil, 2.

PLurm. TUtOLOGU. U7

Retlt use dernière difficulté, qui n'a pas moins que Ift précédente préoccupé les philosophes qui ont admis eu combattu la théorie des idées. Toutes les choses du momie wusible ont^ellee leur idée? Lorsque Platon a dit que l'Intelligence contemple les idées dans la vie universelle ^, on n'a pas compris le vrai sens de ses paroles, d'ailleurs assez obscures, II ne veut pas dire par là que l' Intelligence ne puisse contempler ses idées en elle-même ; car c'est le caractère propre de rintelligence de ne penser qu'elle-même et ses idées en elle *. Mais Platon a voulu par ]k exprimer comment rintelligence contient virtuellement l'infmitédes ehoses sensibles. Et , en elTet , le monde intelligible comprend le monde sensible tout entier ; il le comprend avec tous ses Individus et avec toutes ses catégories , essence , qualité , quantité , nombre , lieu , temps, manière d'être, mouvement, repos, etc. , etc. : seutement tout oe qui est réalité ici-bas est idée dans le monde intelligible ^. S'il en est ainsi , non seul»ment les essences intellectuelles et morales, comme le bien, le beau, l'âme, l'intelligence, la sagesse, la vertu, mais encore les êtres physiques, 1^ corps, conune le feu, le soleil, l'eau, l'air, la terre, les montagnes , les arbres , les pierres , etc. , existent en idée *. Il n'y a point d'objet dans le monde sensible , si grossier et si vulgaire qu'il paraisse , auquel on oe conçoive une raison , puisque toute chose nutté-

> EoD. VI, II, îi.

' Enn. Tl, ii, 82.

> Enn. VI, II, 32. A(^ xot rovra «hirrofMMf • IAmm* ri« iwtipi •fiai xaraup^TiCiaflai tÎiv oùvim).

* Enn. Vil,»», H.

^M AÎSALYtiE. LIVRE 1.

rielle a une forme, laquelle n'est que la raierai séminale engagée dans la matière '. Mais d'où peuvent provenir ces raisons séminales, sinon du monde intelligible? Il y a donc autant d'idées que de raisons séminales et par conséquent de choses sensibles. Quant aux objets de l'art et de la science , on ne peut supposer qu'ils aient leur type dcms le monde intelligible. Soit qu'ils imitent la nature, soit qu'ils ne Timitent pas, ils se rapportent aux mêmes idées qu'elle K

Mais, pourrait^on dire, si tout ce qui est dans le monde sensible se retrouve dans le monde intelligible, il y aura inégalité dans les idées comme dans les êtres sensibles >. Or cette inégalité se conçoit difficilement dans un monde où partout règne la perfection. SaiB doute l'inég^ité est réelle dans le monde intelligible, mais elle n'altère en rien la perfection des êtres qm l'habitent. L'infériorité n'est pas l'imperfection , et même ne la suppose en aucune manière ^. L'imperfection dans les êtres sensibles ne vient pas de l'idée, mais de la matière. Une espèce peut être inférieure à une autre, tout en étant parfaite en soi ^. Les individus seuls sont imparfaits, soit qu'on les compare entre eux, soit qu'on les rapproche de l'idée qui leur sert de type. Toute idée, la plus humble comme la plus haute, est parfaite en soi et se suffit h. elle-même.

> Edd. VI, VII, 2. ttyoAi A dÙh i»n <ràâv i, iropoXiXi.^- («yoï f);oi TBÙ Six tî. AUà irSï t/m ï;;ir xaî t4 M^ûf ôfuv nç

1 Edu. V, IX, 1 1.

î Bbd. VI, VII, 9.

• Edd. VI, VII, 9.

PI.0T1N. TriÉOLOr.ïE. 4S9

L'Intelligence daiis son expansion infinie parcourt tous les degrés et épuise toutes les fonnes de la perfection, sans jamais en sortir; de là la succession hiérarchique des idées *. A. mesure que les rayons du soleil intelligible s'éloignent de leur centre, ils perdent en force et en éclat, mais ils conservent toujours leur caractère d'êtres intelligibles, la perfection.

Enfin le monde intelligible comprend-il les idées des choses viles et laides dans la nature? Cette dilliculté déjà soulevée dans le Parménide est résolue fort ingénieusement par Flolin. La cause de toute misère et de toute laideur est la matière ', qui entrave , étouffe, corrompt le développement des raisons séminales. Dans un monde pur de toute influence matérielle, il n'y a rien de vil ni de laid ^ 11 y a des idées des choses viles ou laides , en ce sens que, dans les plus humbles êtres et les plus misérables détails du monde sensible , on retrouve encore un reflet de la lumière intelligible qui rayonne partout ; mais il n'y a point d'idées de choses viles et laides , en tant que viles et laides. Carie vil et le laid, loin d'avoir une idée, a pour principe le contraire de l'idée , la matière.

Ainsi le monde intelligible comprend les idées de tout ce qui possède ici-bas l'être, le mouvement et la vie. Et il ne faut pas croire que ce monde ne soit qu'un

• EnD. VI, vu, 9.

» Enn. V, II, U.

Eno. V, II, 14. Htpi Si tS» ix mriilifu; x-A tûk j^oiXtRÛv, lî

^tAiiî îttot , i»'i (! pùir«u xcù irnkav ^nrc'ov , ù; Zia xOftiC'Toi vovï

&>i Tn> npûtoii, irsnra ifti^, h oT; tUivii où toûti, ùiti* i>

nûruv mv; , ôXXJt 'l'ujfii icaaà vrj XiSiûr^ itatM ûlq; £U,> , iv t'i;

(30 ANALYSE. UVRE r.

ensemble de formes sans substance et sans lie*. Cest lui , au contraire , qui seul possède vraiment l'être et la vie , dont le monde sensible n'offre que rimage et le simulacre. Là est une nature parfaits et bienheureuse ; là brillent des formes dont les yeai du corps ne pourraient soutenir l'éclat; là retentissent des sons qu'une oreille divine seule peut entendre '. Ici-bas la vie ne se révèle que par le mouvement ; mais le mouvement n'est point la vraie vie ; il n'est que l'efTort d'une nature imparfaite qui s'agite poor y parvenir. La vraie vie, c'est l'acte pur et parfait*, la pensée qui exclut à la fois l'inertie et le mouvement, et concilie l'action et le repos. Le mouvement des corpe célestes, ai supérieur à l'i^tation des choses sensibles , n'est encore qu'une faible image do h vie parfaite dont jouissent les êtres tntelligJUes. Et pourquoi y aurait-il mouvement dans ces Mree? Le mouvement est propre k l'être qui , ayant sa fin hors de lui-même, fait effort pour y arriver. Mais tout être intelligible a sa fin en lui-mên>e; essentiellement parfait, il n'aspire point k le devenir*. La raison et la fm de l'être parfait est dans son essMtce

■ En». VI, vil, m, 13. tçtt' iur)SXm,Zri»aù-fi <mfy»ft9«, iXa voVj (tàXXn iEjwufu'vq , xa'i îçiv tv aiiT^ I|ûe< Sy|ix«nrT« , ?«« ffiCà xa\ jftpea'a Xlytrai ivroùda, xaî furà AiXovori iv rù '>)■ Hpu' fuva, la'i Sakaami Si içn iitT, xa'i nÔn vSap, it po« Mit Ç>*$ pwovvn, ■ai ta Cï viati ^wa irôvrii, ôlpo; te ifâtij toû ixi7 «ovTi; ^o'pai »■ t^a ài'pta Iv aÛTÙ, ôvâïnyOT oÙTÙ tù âf'pt.

* Bon. Yl, Vil, 13, 13. t.ça«<tt S luii iva éaniA taaimMt, Itittv pAn , rat ^fii; itât-

' Sno. VI, VII, 12, 13. NaOf A nwûfmtc kmVmi |A> A««wMt.

* Enn, VI, ïii, 12, 13.

PLOTIN THEOUMIE. 431

mtme ; Il est parfait parce qu'il est. On peut toujours chercher la raison finale d'un élre sensible dans Tetra idéal qui lui correspond. Mais tout ce qu'on peut dire d'un être parfait, c'est qn'il est tel par son eesence '. Ainsi, dana l'homme sensible, un organe quelconquei l'œil , la bouche , le sourcil , a pour raison la fin même que poursuivent en commun tous les organes, e'est-i-dîre la vie et la santé du corps. L'homme idéal étant immortel et impérissable, la raison de chaque organe n'est pas dans la vie et la santé , mais dans sa nature d'être parfait. En sorte que s'il venait il perdre ses organes, il faudrait dire, non pas qu'il ne peut plus atteindre sa ftn (ce qui est vrai pourThomme sensible), mais qu'il a cessé d'être luimême'. Ainsi tout, dans le monde intelligible, a sa fin en soi-même, et il n'y a jamais lieu de chercher une raison.

IV. VAUË. Le premier principe est l'On absolument simple. Le second est l'Un multiple, l'Intelligence, le monde des idées; c'est le principe des types et des formes et des raisons du monde sensible. Mais l'Intelligence est trop pure pour toucher ellemême à la nature sensible et pour s'en revêtir ; elle ne rayonne point au-delà de la sphère intelligible. De là la nécessité d'un troisième principe qui serve de lien aux deux mondes, en transmettant à la réalité sensible la lumière intelligible. Ce principe, c'est i'Ame '. La nature et les rapports des trois principes,

l'Un, l'Intelligence, l'Ame, sont exprimés symboliqaement dans le mythe qui comprend Uranus, Saturne et Jupiter. Uranus , mutilé par son fils Saturne , c'est rUn qui se divise at devient l'un multiple, riotelligence intelligible. Saturne enchaîné, c^est l'Intelligence qui demeure dans un repos absolu et inacces- »ble aux Eclations du monde ^. Jupiter qui détrône Saturne, c'est l'Ame universelle venant se placer entre l'Intelligence et le monde pour former et gouverner celui-ci.

L'Intelligence engendre l'Ame , comme l'Un engendre l'Intelligence. Essence parfaite, elle possède une puissance infmie qui ne peut rester stérile ^. Elle engendre donc nécessairement , et ce qu'elle engendre est h la fois semblable et inférieur au principe générateur. De même que le produit de l'Un en est l'image, de même le produit de l'Intelligence en est la copie, c'est-à-dire une Raison dont l'essence consiste dans la pensée.'. Au reste , quand nous disons que l'Un engendre l'Intelligence , et l'Intelligence l'Ame , il ne s'agit point de cette génération qui suppose le temps et le mouvement. L'Ame et l'Intelligence sont contemporaines du Bien dans le sein de l'Éternité *. L*Un produit l'Intelligence, et celle-ci l'Ame, comme le soleil produit la lumière ^, sans mouvement et sans changement , par un simple rayonnement de sa puis-

» Bon. V, Tin, 13.

i Enn. V, i, 6.

3 Enn. V, 1, 6. Ow xa\ v '^v^, i.iye( veû, xoiî Evipyiia Tt;.

* Enn. V, 1, 6. Exiro^ Sk f,fiîr f^u yinvtf i h XP^Vi *^ '^^l'*'' irifi Twv ait SfTm miMfUïOif.

* Enn. V, I, 6.

sance. L'Ame est l'acte de l'Intelligence , comme l'Intelligence est l'acte du Bien ; elle y puise la vie et la pensée. Entre elle et l'Intelligence, il n'y a point d'intermMiaire ; elle procède directement de l'Intelligence, elle est l'Intelligence même se produisaut au dehors *. Elle n'en est pas sans doute l'acte intérieur, l'Mte de l'essence ( pour nous servir d'une distinction déjà faite h. propos du rapport de l'Un et de l'Intelligence); elle en est l'acte extérieur, l'acte qui émane de son essence. Comme il y a dans le Teu la chaleur latente et la chaleur qui rayonne à Textérieur, de même il faut distinguer dans l'Intelligence l'essence intelligible qui y demeure et qui en est comme l'âme intérieure, de l'âme rayonnante qui en est le verbe et la manifestation '. Car l'Ame, bien que distincte de l'Intelligence, ne s'échappe pas tout entière hors de son sein, dans le rayonnement; elle y reste en partie. Parfaite en elle-même, elle ne devient imparfaite qu'en regard de l'Intelligence. Hais vuedans son essence et indépendamment du monde sensible auquel elle se mêle , l'Ame est la Raison en acte , le Verbe intelligible , réfléchissant et contemplant sans cesse son divin modèle. La contemplation est le seul acte propre à l'Ame ; les autres actes , moins purs et moins intelligibles qu'on lui attribue , viennent d'un principe étranger *.

• Bon. V, I, 3.

* BnD. V, I, 3. Kw'ntp yàp oîïaa xP^f>*> ^'^' ttti^n h Xôys;, iliûv Ti( iç( «oO, oîov \6yi{ h h irfo-fop5, Xâyw tsù ïï i|w)f 5, euro» t91 iMd aù:i) iÂyat voû' mt ii wâivi ivtpyiia, xa'i iiv irpsurai Ç^ tî( SiXou ifeiçaan, oln irupi;, ts fût •» çtntvm âiofiÔTij;, iq ji ij-j nofi'/ti.

' Enn. V, I, 3. OZ-it -.«ï iin vvj, voifô iç-', wi " XvfttpoTt i I. 28

131 ANALYSÉ. LIVKE I.

leï est le rapport de l'Ame avee ^inteHigaDce. Phtin va maiRtenant là ocmsictérer tout à la fois dans l'unitë de son être et dans la variété de ses puissances nidîviduelies. L'Ame est la dernière essence du monde intelligible *. Intelligible par son essence , elle toache par son action au monde sensible. L'Intelligence est absoioinent indivisible et inséparable, L'Ame, indivi«ble et inséparable dans sa nature , devient divisible et séparable dans son actit») sur le inonde sensible ^, C'est ce qu'a entendu Platon dans le limée, quand il a dit que l'Ame est composée d'une essence indivisible et d'une essence divisible. Si rinteltigenee n'est pas absolument simple, à plus forte raison l'Anwne le sera point. De même que l'Intelligence comprend la multitude des idées, de même l'Ame comprend la multitude des âmes*. Go ne peut donc Dier ni l'unité de l'Ame universelle , ni la variété des taies particulières qu'elle contient dans son aeio. Il reste h expliquer pour l'Ame comme pour l'Intelti-

vsftï oiitit ' Mai it nXtfiMtc ciir «ùtdO tnxln, oîm Kttrpit h 3pn|«r- To;, ôv au TiXciov ûf irf'of oÎit^ iyivytiTfn. Ht( <nri titriçwiç avt$, itç'a v«j, 3 TE i.tfyiitf i^oyoç, voù avT^ ofi^iiav' Scan yàf tviSti il; vl'ri, fviadtv ij^ii, x«i ointTot, â vîiT la'i ijtpytt' rat rtanai (mai itï Xiytiv htfyilat •^uyvCt ''"' vsrpû; , mx't ômx oTioSiv, zà Si j^iisui SUo" 6(v ' i'x'i 7rô(fii "("uj^î Tw( raierittit. ' Eon. IV,i, *.

Enn., IV, I, 1 ■ Mnii yàpfitO' iouT^; SXq, mpî Si rà aoîparô, ic> pXftipiafiiyti , TÛv aaifiâtTu* Tui oiiiiiu fttpiçw M duiM^tfvwv aùrffi ôfM' pi'f ut A$(xo6ai ' ûç( itMii TÛ* ^«ftirttn iraSofta r^ ftcpiofrin, ovx

' Edd. IV, I, 4. Excr A âp>û fiïv -KÔt «où; ia\ dû Jicmxpifiiivî «ûA lUiaftvfihoi ' Qfwv 3ï iràmit ^•'/"'t *'' '*' ''''■' inOfiM, qui n ^~

PLOTIÎ*. THÉOLOGIE. 438

gence, pour l'Ame surtout, comment la variété peut se concHier avec Tumlé. Si on maintient l'existence substantielle de l'Arme universelle, côrtineïit les âmes ihdiriduelles peuvent-enè* subsister à pai-t et en soi? Si on maintient l'existence substantielle des âmes individuelles, que devient la substantialit^ et l'unité de l'Ame oniverselleî Ce côté de la doctrine de Plotin est de la plos grande Irtiportance. Il s'agît rfe savoir jusqu'à quel point le panthéisme , tant reproché h Técole d'Alexandrie , se montre , dans ia manière dorit il conçoit le rapport des individus avec la vie universelle.

I-e problème est fort difficile h. résoudre. Si toutes les âme* viennent d'une Ame universelle , unique , H semble qu'elles doivent toutes vivre d'une vie cohinione, qu'il n'y a plus d'individus, ce qui est absurde, Et si on rejette l'Ame unique, comment expliquer lit nature Homogène des âmes et l'unité de la vie universelle T 11 est bien Vrai qu^ les âmes individuelles sont distincte* entre elles ; cm- mon âme n'est point là vôtre, ni l'âme de tel ou tel homme. Elles se confondent à leur origine , puisqu'elles ont toutes pour principe commun l'Ame universelle ;maîs une fois sorties de son sein, elles deviennent et demeurent à jamais distinctes *. Et encore , quand nous supposons qu'elle* se confondent primitivement dans l'unité de ièùr principe, cela ne signifie point qu'elles ont ccrnimencé par être confondues, et qu'ensuite, par un mouvement

' Bdb. IV, II, 4. Atomw y&p, il^iîa» ipJi xa'i if otbAoÛv ôUdu ' ijipriv ycèp,i^oùaii06aïoiuvou, naît GXn enoQâvtoSeii, xOtl èyaS^ ttr^(, ôjMifliï {imot iTtai. Ka'i i iciftjfwùn 1 5Î liti^fttTv , «n ô>.a>î hitirtaStï-i iifiâ; r» wpi; àX).Yi'.ou(, xai jt(*( xi îrâv, (*r< i(toû iraflavraî, ouvoij- SsvMdau To xSv.

d'expansion de l'Ame universelle, elles se sont séparées pour subsister chacune k part. Cette hypothèse des &mes renfermées dans leur principe, et s'en échappant ensuite, n'exprime que te rapport logique des Ames individuelles à l'Ame universelle. Quant k l'ordre chronologique , les âmes individuelles coexistent de toute éternité dans le sein de, l'Ame universelle, et y subsistent d'une manière distincte, soit entre elles, soit vis-jk-vis de leur principe, avant d'en sortir et de se répandre dans le monde sensible.

D'un autre côté, on ne peut considérer l'Ame universelle comme la simple collection des âmes individuelles, car alors on supprimerait l'unité de la vie universelle et le principe même des Ames *. Mais ne seraitelle pas divisible en autant de parties qu'il y a d'êtres animés , de même que , dans l'âme de l'homme , l'fime qui fait vivre un organe serait une partie de l'&me totale*? Cette hypothèse détruit l'unité de l'Ame universelle aussi bien que de l'&me humaine. Mais, puisque l'Ame est indivisible, ne serait-elle pas tout entière dans chaque Ame particulière, comme l'&me humaine est tout entière dans chaque partie du corps '? Cela ne saurait être ; car alors les Ames ne seraient pas distinctes les unes des autres, pas plus que l'âme qui fait vivre le doigt n'est distincte de celle qui fait vivre tout autre organe '. Les âmes, en ce cas, seraient par rapport A l'Ame universelle, comme les organes du

■ Enn. IV, II, 1 . UôXiv A «t (ti Avaé^ Infvwt, tirt m» L o«

' Eqd. IV, Ht, 3.

^ Enn. IV, 111, 3.

* Eud. IV, m, 3.

PLOTIN. THÉOLOGIE. t37

corps, par ri4}port à l'&nie individuelle ; en sorte que l'Ame universelle seule penserait , agirait , verrait , à Taide des &iDes particulières, comme l'ftme unie au corps p^ise, vit et sent, au moyen des organes*. Mais ^(Ms il n'y aurait pas plusieurs âmes, mais une seule, l'Ame universelle agissant diversement sur toute la Nature , selon la divermté de ses organes.

Maintenant entre les Âmes particulières, qui ont «lacune leur essence propre, et t'Ame universelle, qui est Décessairement une et indivisible, quel rapport pouvons-nous concevoir? Il est bien évident que les âmes particulières n'ont pas d'autre principe que l'Ame universelle , dont elles sont des émanations ; que , même après en âtre sorties, elles ne vivent qu'en elle et par elle; qu'enfin cette distinction d'Ame universelle et d'ftmes particulières se réduit au fond à un seul terme, l'Ame en soi considérée tantôt à l'état d'essence et tantôt à Tétat de développement. Ce qui fait la difficulté , c'est que notre intelligence , offusquée par les images des choses sensibles, cherche sans cesse, dans de grossières et fausses analogies, l'explication des rapports des essences intelligibles entre elles. Si on veut trouver dans le monde sensible quelque chose qui ressemble au rapport que nous cherchons , il faut Be représenter l'Ame universelle comme la force vitale qui anime une plante immense' ; tes âmes particulières seraient par rapport à elle comme ces animalcules qui s*engendrentdans la partie inférieure de la plante en pu-

' Edd. IV, m, 3. El tt ù; «1 al«dnM>:, ow» f" txaçn "urînr

VM?*, llXX' lxi(>1}V.

' EnD. IV, m, i. Tvf fiK «vv Immiat r^ Ifi^Tu fiiyalu ^|^i ^

D,.;,l,ZDdbyG00gle

iiR ANALYSIf I-IVHE l

irélacUon ^. Çe& Animaux , tout en ne aubû^nt qae dans et par la vie générale, ontçhAcun leur vie propre. 11 en est de wèiue des âme» par rapport à l'Ame universelle : cûDfondueg (laoB son sein par le.ur esaeoce, c'est-à-dire pax l'intelligeDGe, centre commun des Aines, elles s^ séparent dans leur puis^nce, c'-est-à-tËre dans la partie inférieure de leur être. Oa pourrait encore ee les r«préB^ter conune des rayons qui se canfondant au foyer, et se distinguent à loeeure qu'ite s'en ékâgmot \ Hais ce n'e^ pi^s dans le monde aeseiblâ que nous pourrons trouver le typie vrai du rapport ifueaauBckerchons & concevoir, c'e^ daaa la adencé, image pure du monde intelligible. Toute science est un systtoie de conséquËQCQ? qui se ramèoeat toutes & ud principe unique ; chaque conséquence est une conception distincte et séparée, $|OJt des autres, soit du principe commun , et pourtant elle ne subsiste qu'en vertu de ce principe '. kl donc la variété se concilie parfaitement avec l'unité. C'ç^t ainsi qu'on doit concevpir le rapport des. &mes particulières i, l'^me uuverselte ; parce qu'il

fràvT«{ ' TBÛ St ifiùii lÂTb), oî» << (ùXa'i tv ae»;/vTi (u'pw Itn ifurm yîyvanta ' lÛTcd yàji rb aùfui rà îfcjni;)^» iv TÔi mnrf.

' Enn. IV, Hi, i,

*Edd. IV, tti, i. ¥,'til^hiivt\}-rii;nâaai, n'v riToûtUau, wî rà;

■calf a irijMuriv ccùtmv i^pTijfiôai xai mnoitaç AAAmt «fAc t^ &>»>, vit tat àii siciÇAXtn ' atsv iputô: -Si* icp«{ ry yf (^piÇsftrrMi

Ean. IV, III. 2, 4. Ap* ou« sÛtm ftifioc, û; 3«ifw;Ki rà r^t îiriç-^ii.iyna<, -^f ^.yii tviçTiffiii a^^^t fù' (ittoimt 'i^^i'^'^^, -rw ii fUfKjjim, om icp«yï à{ xai ivtpyciar iuiçau oûd*);- Ev jii TÙ tsiiÛth ïwiTïv fùv ^voifui ^(( TÎiï Q>.-^ i^iT^fP)» ■ n a içiï OÙilli j^TO»

PLOTIN. TUEULOGiE. i3t

est difficile de le saisir, il f«ut bien se gtràer de le nier. Comment sui^raeer que les âmes 8ubast«nt par elles-mêmes et ind^>endammant de tout principe T E( d'un autre cdté, comment admettre que l'&rae de 80crate , qui vit et ee conserve dans un corps , aille «â perdre dans un principe infiniment meilleur *T

Après ces comparaisoBs, Plotin s'efforce d'expliquer d'une roaniàre précise comment les âmes peuvent ceesiato*, seids se confondre, dans le sein d'une seule et même âme universelle. D'abord de ce que toutes les âmes se réunissent dans une seule , il ne s'ensuit pas qu'elles aient toutes les mêmes modes d'existence ; car, malgré leur identité de principe et même d'essence , elles peuvent ne point éprouver les m^es affections. Ainsi rtiumanitâ est aussi èien en moi qui suis en mouvement qu*eo vous qui êtes en repos; il n'est dcHic point absurde de soutenir que vous et moi n'avons qu'une seule et même essence , sans que l'identité d'affection s'ensuive nécessairement Voyœ ce qui se passe dans le corps , dont les organes sont affectés diversement, tandis que l'&me unique qui les fait vivre éprouve une sensation géaérate '. Il en est de même

' Ean. IV, m, 6. AU oûtu ■^t ï»iipàTiiî fih t-a;, Zrayti oùfuiTi

■ai q Sora^Touf <^;(4 'Bltslirtai jl, Ït» ftâXit^a yi^iireu rrrùàpit^.

^EoQ- IV, II, %.ilfiinnith ouv avx, (ii;>)ni}pft{* i ifiiixj'i v ôUXou,

tetÛT6ï ïv. Ciû Ta nùrà ici&Ji fÇti Ij lutripia, ù; £v6{9wiri; g iv Eftt^ «vcufiivu, va'i h soi fin xnmftna ' iv îfio'i [A* x(veùfMïac, i> eu A i;ù; î^ai' xa'i oin ironEv, oùA mipaja^é'cip», Ti iv tfii'i xs'i soi tsùtIv iTvai ' où ii à-iqipo) al^Oocvafiiv-.y îpo^, xai SiXav véirn tî aura itâ- 6<i( ij(tir, DÙJi yàf iic'i T«v (và( awfu|T«{ v,\ t^{ iti^ti X"f*> •r<<^f« 1) ÎTipa ^oârrci iHX' q iv tû thf.

iiO ANALYSE. LIVRE L

des individus au sein de la vie uDiverselie : le tout reste sourd à une multitude d'impressions éprouvées par les parties. En cela, l'Ame universelle ressemble à ces énormes cétacés qui, eu raison de la grandeur de leur masse et de l'exiguïté du mouvement tout à la fois, ne ressentent en aucune manière l'impression reçue dans telle partie du corps. Qu'il y ait sympatlùe entre tous les individus qui appartiennent & une même ftme, conune entre les organes qui font partie d'un même corps, cela est naturel, et d'ailleurs attesté par l'expérience; mais l'identité'de sensation entre eux n'est pas nécessaire. Quant à l'Ame universelle elle-même, on ne voit pas que les affections parUcutières pirissoit atteindre jusqu'à son essence *.

Bien ne pérît dans le aïonde intelligible : les intelligences persistent avec leur caractère propre dans l'Intelligence universelle , avant de se répandre dans les &mes et dans la Nature *. Il en est de même , h plus forte raison , des Âmes, dont la distinction et la séparation doivent être d'autant plus sensibles que leur nature se prête davantage à l'expanûon. Que sont les &mes , en effet , sinon des raisons , des intelligences développées'? Il semble que Platon ail confondu l'Ame universelle et les &mes particulières quand il a dit dans le Philèbe que nos Ames sont des parties de l'Ame du monde ^. Hais il a voulu dire seulement par \h que dans l'univers l'&me

■ Enn. IV, iK. S.

1 Enn. IV, m, K.

^ Enn. iV, III , 5. Ka'i Xéyot *t( tow veû y> fKMUMi {'(■yX*l) • »' iti ' aùnç XôyM FUpino'i xal £uXoi, ûaxtp IxiT. * Enn. IV, 111,7.

est partout. C'est dans le inérae sens qu'ailleiirâ il prétend que toute l'Ame du monde a soin de tout le corps. Dans le Timée, Platon distingue évidemment les &mes particulières de l'Ame universelle, quand il dit que les Ames ont été Taites des débris laissés au fond du vase où Dieu avait formé l'Ame du monde *. Enfin, quand il parle de la chute df.s ftmes, et qu'il représente t'âme humaine, les ailes brisées, tombant sur la terre, parce qu'elle ne peut plus se soutenir dans le ciel , il distingue les Ames individuelles de l'Ame universelle *.

Après avoir montré que les &mes, tout en coexistant au sein de TAme oniverselle, demeurent distinctes entre elles, Plotin recherche d'où vient cette distinction. Il est évident qu'elle ne vient pas du lieu, car l'Ame universelle n'habite aucun lieu *. Il faut donc qu'elles se distinguent par des propriétés intérieures essentielles. La vraie et seule raison de leur distinction est ta différence; mais cette différence ne peut être attribuée à la condition matérielle qu'elles subissent dans leur développement , car elles diffèrent essentiellement, avant d'habiter les corps *. Il est donc nécessaire d'admettre dann les Ames des différences primitives et innées dans le sein même de l'Ame qui les contient Pourquoi ces différences? Plotin en laisse entrevoir la raison. L'Ame universelle se développe

> Bnn. IV, m. 7.

' Enn. IV, m. 7.

> Eqd. T1, nr, U.

' Enn. IV, III, 8. KrI in>v owrjfCMC Xr}i/«9w, Sri mù mfi rit oûfurrs ph m ^l'yvotTO Staflptcy, xai h Taîf f^^i jiSXtça, mil iv

i4f ANALYSE. LIVSE 1.

Oi vertu de sa puissance, comine tout principe fécond, comme rintelligence , comme l'Un lui-même. Or ce développement implique la distinction, l'inégalité, la différence. Les degrée Buccesaife de s^tte expansion universelle marquent les divers ordres de la hiérarchie des &mes engendrées. Ces &mes diRrrat, soit par leur essence , soit par leurs opérations y ^it enfin pu les objets de leurs intuitions. Toutes ees différences sont innées et indépendantes des corps que lee imes habitent.

ÇH4PITRE III.

nolln. Goamolo

L'intelligence et t^ idées, l'Ame et les &me3 particulières composent le monda InteJUigible. L'Intelligence ne sort point de aa sphère; simple, immuable dans son acte , conune dans son essence , elle plane à une hauteur infinie aunleasus du \aof» et de l'espace. L'Ame, simple aussi, iodivi«ble, supérieure au temps et à l'espace, ne reste point enfermée dana son essence. Nonseulementelle sedévelop^ ioténeuremânt, comme tout principe fécond, comme l'Un, comme l'Intelligence, et, par cet acte tout intérieur, engendre les âmes individuelles , mais encore elle se produit extérieurement, différant en cela de l'Un et de l'Intelligence. C'est alors qu'elle tombe dans les conditions de la réalité sensible, duis le temps, dnfii l'ei^çe, ^aos la

PLOTIK. COâUOLUtilE. 443

matiète, el ïraodût ainsi l'extrême limite cpii sépare l'étn du devenir. Avant de l'y suivre et àe vtw comment eHe crée, forme, gouveroe ]fia substances de ce monde infinie, il est néceseaire de considérer ks trais choses qui marquent la traneition d'un moiute & l'outre, à savoir, le temfw, le ii^ et la matière.

Pour connattre le teoM» , il faut avoir cmigu d'abord réteroké dont il n^t que l^age \. L'éternité n'est pas le repos, pas ptos que le temps n^ert le mou» v«iDent; car si l'étâmité était identique avec le repos, comme le repos est le contrake du monvoment, le mouvement ne pourrait être éternel, ce qui ^ absurde K L'éternité d'aiU^trs est toot entière dans un point indivisible, tandis que Le r^us st^qiosa l'intervalle. Eoiin l'éternité se conçoit de l'unité aussi bien que du r^os \ Donc le repoa, l'unité, le mouvement , ne sont que des modes da l^iternité. Quand l'esprit concentre la totalité infinie des actes et des mouvements de l'être dans un point indivi3U)le , de maniera à y supprimer toute diveraté, toute succession et toute distance , il s'élève à l'idée de l^temité K L'éternité nUdmet ni présent , ni passé , ai futur ; ces distinctions n'tq)partiénnent qu'au temps. Elle est l'attribut essentiel de l^luteltigeace et de la vie K Toatefbis l'Ame , dans le mouvement et dans le temps ,

' Bon. IH. VII. 1.

» Enn. III, Tii, 4.

' Enn. III, vu. 4.

* Eqd. 111. Tii, 3. H suv Teû irirat «ovtiXvc dMm, w A», «&X i iv toc; ftiçtm fMvsv, iUXit xa't lî iv tù fni^' ôm Iti tUiii^iVi im1 tù pi)Aii m ftn ^ aÙT$ ■KptoyaiiAat,

» Enn. 111. ™. *. — III, vu, 7.

iii ANALYSE. LIVRE I.

participe encore de l'éteniité, de même qu'elle participe , danB le devenir, de Tétre et de rintdtigence. Gomment en participe-t-elle? par le temps, dont le mouvement, la durée aaccessive, et le nombre ne sont que des modes *. La vie parfaite et universelle ne connaît pas le temps *, image de Téternité, comme l'Ame est l'image de l'IntelUgeoce. La vie de l'Intelligence étant l'ade simple, mais inflni, de l'être pur et parfait , l'éternité ^ est le point simple et indivisible dans lequel cet acte est compris tout enUer. La vie de l'Ame étant un acte complexe qui implique le mouvement et la auccession , le temps est la série continue des moments dans laquelle cette vie s'écoule '. Il suit de là que le temps est le mode d'ac< tion de l'Ame , comme l'éternité est le mode de vie de l'Intelligence. Disons le mode d'action, et non le mode d'existence ; car le temps n'est pas inhérent à la nature de l'Ame , comme l'étemité 1'^ i. la nature de l'Intelligence. Far son essence , l'Ame reste dans l'éternité; ce qui est dans le temps, c'est l'œuvre matérielle de l'Ame". Pour elle-même, elle est, soit par son essence , soit par les actes qui lui sont propres , audessus du temps; c'est elle qui engendre le temps, par son développement extérieur.

Le lieu n'existe pas indépendamment du monde. Avant te monde , il n'y a point d'espace ; il y a seulement l'Ame qui contient le monde , comme l'Intelli-

t Edd.

>Bnn,

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