III
vn,
» Edd.
« Edd.
Tll
s Edd.
geoce conUent l'Ame , comme l'Un contient l'Intelligeoce*.Le lieu est, comme le temps, propre & l'action de l'Ame ; la vie de l'Intelligence n'en a pas besoin. L'Ame elle-même considérée dans son essence et dans ses actes intérieurs répugne à la condition de l'espace. Elle est donc au- dessus de Tenace, comme elle est audessus du temps ; elle engendre le lieu, par l'expansion, tnmme elle engendre le temps, par l'action successive de ses puissances *.
Tous ceux qui ont parlé de ta matière l'ont représentée comme le sujet et te réceptacle des formes et des idées ; mais là s'arrête l'accord '. Quant à savoir quelle est la nature de la matière , quelles essences ^le reçoit , et comment elle les reçoit , c'est le véritable point de la difficulté. Les uns , n'admettant pas d'autres êtres que les corps , ne reconnaissent qu'une seule matière, la matière sensible. D'autres admettent deux matières correspondant k deux ordres d'êtres distincts , les êtres sensibles et les êtres intelligibles*. Hais cette hypothèse soulève de graves difficultés : d'abord , si la matière est en soi l'informe et l'infini , et qu'il n*y ait rien dans les substances incorporelles qui n'ait en soi sa forme et sa fin ' , il semble que la matière ne puisse s'y rencontrer; ensuite, si chaque incoi^orel est simple , la matière lui devient inutile ; puis, la matière paratt propre aux êtres soumis au changement et au devenir, h tel point que ce sont ces phé-
« Enn. V, T, ». ^ Edq. Il, iT, 13.
' Enn. Il, IV, 1.
* Enn. II, IV, f.
* Enn. II, iT, i.
ti6 ANALYSE. LIVItE L
nomèrtèis iqnl ont fût supposer l'existence de la in&tière *. Or les êtres incorporels ne peuvent ni changer, oi devenir. Enfin, ai la matière se trouve dans le monde intelligtt}le , d'où vient-elle t Si elle est créée , par qui l*a-t-el)e été î 51 die est éternelle , elle coexiste donc & rintettigence , et concoart avec elle à constituer les êtres intelligibles. Que devient alors la simpHcité des essences intelligibles, et comment, résultaot d^one union de la matière et de rintelUgence^ n'anraieatellespas un corps?
Pour résoudre ces dilSoultéa , il faut s'élever tout d'abord à la conception la plus tonale et la plus abstraite possible de la matière. Considérée en soi , la matière n'est pas autre cliôBe ^e l'infini et Tindéterniiné '. Partout où on rencontra à tiit degi^ quelconque ce caractère , smt dans le monde sensible , soit dans le monde intelligible, on peut E^firmer la présence du principe matériel *. Or, même dans l'iateitigifale pur, .nous retrouvons l'infiniett'indélemiiné, non pas l'infini ^l'indéterminé en soi, mais seulenaentparTE^portè. des êtres qui ont une nature plus parfoite. Ainsi l'Ame est infinie par rapport à la Raison ; celle-ci est infinie pour rintelligeoce , laquelle, en tant que multiple, est moins parfaite que le Bien ^. Tout être du monde intelligible, en regard de son principe immédiat, prend -couleur de matière ; de même que le corps le plus tuoiiiieux devient obscur devant le soi^.
Mais voici une démonstration plus directe. Puisqu'il
■ Enu. Il, IV, s. s Enn. II,iT, 3.
3 Edd. 11, iT, 3.
« Enn. II, IV, 3.
PbOtfN. CoSMOLOniË. (41
y 8 des idées ; et qû'elleà sorti multiples et dËtthctes au sein même de lintelligence, il fïiut bien qu'elles aient un fcaractère prqore. Or, le propre, c'est là Tonne ; le commati , c'est le sujet de la forme ou Im matièi-e *. En outre ,■ si , comme on le dit avec raisoiii te monde teo^ble est une image du moade inteHigible; fl faat , pour que Timàge soit en tout conforme an modèle, qu'il y ait au^ de la matière dans celui-ci K Si , de ce que la nnriiëre du monde intelligible possède éternellement la forme et ne fait qu'un avec elle , on concluait qu'elle n'existe pas, il faudrait nier aussi l'existence de la mal3<èré sensible * : car celle-ci revêt toujours une forme avec laquelle elle né fait qu'un; Toute la dilTérence est que la matière intelligible n'altère en rien la simplicité de l'être dans lequel elle se tronve , tandis que tout être qui contient unb matière sensible est par cela même composé. Du reste, la matière intelt%tt>ie dilfêre essentiellement de la matière sensible. Elle est éternelle , universelle , immuable ; elle n'altère point la simplicité de l'être qui- la contient , et ne change jamais de forme K La matière sensible , au o(Hitraire , est teifaporetle , sitagolière , mobile, changeant perpétuellemeut de forme, et altérant tout ce qu'elle touche.
I Enri. II, IT, *. E! =3-; i-aîi Ta .r*), x«tvi™ jiv Ti Iv «îrroTîi«i^ iT»! - xiA Si) »'< !%'», i 3iitvi,.ti SSX» AXm- Tnûto Ai -ci'
«ù 10 fwpfoûfuvev, «tpi 1 li Jioipo^ ' tçiv i^ ï«i Wn À tîjv fwpy))» &]CafiÂiT, xai itt ce ùwouifuvav
' Bdq. Il, iT, 4. ëti li t,«s)»i v(»itsî iï-i* luî, fil{iii|ù A aune turtvii, ^To« A «vAto;, Mil iSOtKS idbuTM&Xnvilvu.
» Enn. Il, iT, 5.
* EoD. Il, IV, K.
un ANALYSE. LIVRE L
C'est l'Intelligence qui, en se développant, produit la matière intelligible , principe de la multitude infinie des idées. De même, l'Ame, par l'expuision de ses puissances, engendre la matière sensible, base de ses opérations K Tous les ptiénomènes du monde sensible*, la génération, ta corruption, la décomposition, la transformation, démontrent l'existeDce d'une matière propre à ce monde. Quand il y a transformation , qu'est-ce qui change 7 Ce n'est pas le sujet ; car alors il faudrait admettre que l'être se perd dans le non-être par la corruption, et que le non-étre engendre l'être dans la génération, ce qui est absurde. Toute transformation , toute transition de la vie à la mort, et de la mort à. la vie, n'est que la succession d'une forme k l'autre. Or, pour que cette succession s'opère, il faut un milieu ; ce milieu, c'est la matière ^ La matière n'est ni le principe élémentaire d'Empédocle, ni le mélange {^y^) d'Anaxagore, ni Finfmi d'Anaximandre , ni l'atome de Leucippe K 11 faut bien distinguer ta matière elle-même de telle ou telle matière. Le caractère propre de la matière, c'est le défaut absolu de toute forme. Nous disons de forme et non simplement de qualité; car la quantité, l'étendue, la (igure, sont des formes, sans être des qua^ lités ^. Ces formes se rencontrent ordinairement dans la matière sensible; mais aucune d'elles ne lui est inhérente pas même la (piantité , la plus simple de
> Enn, IV, 111,9; I, vin, 8.
* Ean. II. IV, «.
> Enn. 11. IV, 6. Cette démonilration Mt reproduite d'AHsIote.
PLOTIN. COSMOLOGIE. Ii9
toutes*. La quantilén'eat inhérente, ni h. l'être, niàlamatière. Pour l'être, cela est évident, puisqu'il y a des êtres iflcorporels , et par conséquent sans quantité, quant h. la matière. Le sujet matériel peut bien être un quantum ( iTOTOv ) ; mais il ne possède pas essentiellement la quMitité. Au contraire, en tant que matière, il l'exclut. Il en est de même pour l'étendue *. La matière la reçoit avec la quantité et à la suite, mais sans la posséder essentiellement. Ainsi, quand la quantité vient s'adjoindre h la matière, elle ne fait pas qu'y développer une certaine étendue primitivement inhérente à la matière , elle l'y transporte tout entière.
Mais, dira-t-on, si la matière n'est point quantité , à quoi sert-elle dans la formation de l'être sensible ' 7 Puisqu'il existe dans la nature tant de choses sans matière, comme le temps, le lieu, l'action, le mouvement, pourquoi la matière serait-«lle nécessaire h la formation des corps élémentaires? La réunion de l'étendue , du nombre , du mouvement et des autres qualités , n'y suAit-elle pas? Il est vrai que la matière n'a qu'une fonction , laquelle consiste à recevoir la forme, toute forme possible*; mais cette fonction est nécessaire à la formation de l'être sensible : car, sans un sujet qui , comme la matière , soit prêt à recevoir indifféremment toute forme, il est impossible d'expliquer les changements et les trans-
' Sdd. II, iv, 9. 0'u( A irôtam àoû/jUTav i^ùaiv, âitesov 3(ti'ov'
i.lil[taTOt Si «Œ' i Hj) .
ï Eon. II, IV, H.
i Enn. II. IV, 11.
* Enn. (i. "V, 1i.
^4 AMALVftft. UVnK 1.
foi-in«li(His qui s'opèrent ^i l& nutiiv». Qr il a'eet pas nécessaire que tout rici^Ht soit Atendu. Ainsi 1 ikoie reçoit et coDtient sao» êtxe étwdue *. Et, d'un autre côté ^ l'éteo^ue n'est pas propre k la fonction de récipient ; car elle est déjà une forioe , et , eomine telle, DO serait point un suj^ capable de recevoir toutes tes former Enâo , si l» matière re«oit la fonae, ee n'est poiot conuoe éteodud , nuis comme matière ; i'éte^due est le lieu , et nou pae le si^dt dans lequel s'opère le ctiaitgeraent *. tad^adaKunent du Uoi ou les élécoents m^térieU v<Hit se mêler, ils «liporteat chacun leur matièpe daiu ee raélaoge ; le Ueu suppoK donc déjti les éléments.
tfaintenant , si 1« matière est sans fonoe «t saw qualité , cûouoent peuUon dire qu'elle est iippacBÏble , tucorruptible , iBdivistt}le? Voici l'expUcatien : toute essence intelligible est incorruptible, impassible, indivisible, parce ^' elle possède l'être en propre ^ ; tout étrfs sensible est corruptible, paisible, divisible, parce qu'il ne fut qu'y participer. La matière possède ces attributs dans un sens tout différent. Comme elle est absolument sans forme et sans qualité , elle n'est rien de positif ui de déterminé ^ elle est le nou-étre, et c'est comme telle seulement qu'elle n'est ni passible, ni corruptible, si divisible*. En oe seqa, l'adjonction de ces attributs oe répugne en rien ii la nature même de la matière, laquelle n'en consiste pas moins dans le défaut absolu de toute qualité et de toute forme.
> Enn. Il, IV, tt.
» Enn. Il, iT, *1.
■ Eon. m, VI, 8, 9, 10.
• Edd. III, VI, 8, », 40.
PU>1IN. COaflOLQGlE.
Hxài tout 6^ ■« aiéM point wcQre pour la carac-
. i\ faut ajautir que non âenlemect fHk a» poasètke actuettecoMt auoiiae qniaUté, aiKUBe fnrpe, mal» «neare qu^elIe m'en soBtieot auowK virtusUemeat *■ ; car artresient elte ne serait pas capable des coBtrairaa. |)Ue a'f|Bt eapehie da» eontrairea, et en géetokl de «iHitos les quaUtéa poiQiUes, que parce qu'elle ea^, mm. pas un acte, non pas mtaie ane paMuace, hm» uoe nmftle peesibUité. Dan» raete» In oeotHÙNa s'asetamt ; dan» la puissance , ils se refKMNBert; dana la pure pesBit>iKté, ils se concilient toujows *. Ainsi te caractèv» propre de la matière s'cet pas saidenaant le déiaut i^aolu de formes, c'eat QBOore la e^>acité universelte, et en mftiiM temps l'indifférwoce absolue pour toutes les forme» posciblee. Eitr» la matière dont se sevt l'artiste et la matière dont Dieu a formé le noiule , il y a nne profonde dii^enee^ Dan» L'eeHvce de l'artiste, la nature de la auttière fttvorise ou eatrave soa action. La vraie iDatière n'apporte au Déniupge qi» la travaille ni con- Mtirs ni (^)3tacte ; elle peut recevoir toute Tonne , san» ineli&er veas aucune. Comme elle n'aspire vers auctuw forme, et qu'elle n'en contient aucune virtuellement, elle n'est ai une tendance lû une puissance ; elle n'est q«'«ie ^HiptQ pos»bilit&4. La puissance ppoprenwDt dite, sans être l'acte, y parvient en vertu d'une énai^ gie tatérieure ; la tendance , » elle ne peut y arriver par eil»-même, y aspire. Mais ne pourrait-on pa» dire
■ Edq. m, VI, 8, 9, 40.
' Enn. ni, Ti, 8, 9, passim.
* Enn. II.iT. 8.
* Edd. II, iT, 8.
152 ANALYSE. LIVRE l.
que le défaut de qualités, qui est le caractère propre de la matière, constitue une sorte de qualité privative , comme la privation de la vue, par exemple, constitue la qualité privative de cécité? Cette difficulté n'est pas sérieuse : le propre de la matière étant d'être sans qualités, c'est abuser des mots que d'appeler qualité la propriété de n'en point avoir *. Le nom qui convient h. la matière, c'est £k'kii et non iXkm , parce que le singulier est ici trop déterminatif, La matière est privative, en tant qu'elle ne possède ni actuellement ni virtuellement aucune qualité ; mais elle ne l'est point , si par privation on entend le défaut de telle qualité seulement *. Du reste , l'introduction de la fonne n'ôte & la matière ni son caractère de privation ■ (car ici la privation n'est pas un état, mais la capacité de revêtir tous les états possibles); ni son caractère d'indétermination, puisque l'indéterminé n'est pas un accident, mais l'essence même de la matière; ni son caractère d'imperfection , car , par cela même qu'elle est en soi le défaut absolu de toute qualité , elle est le principe même de l'imperfection. Si le mal était une forme, comme le bien, la matière aurait pour caractère, non le mal, mais l'indifférence absolue du mal et du bien ; donc c'est cette indifférence même pour une forme quelconque qui est le mal*.
Puisque la matière n'est qu'une pure possibilité qui ne possède la forme ni actuellement ni virtuellement,
< Edd. II, iT,t3.
ï Eon. II, IV, U.
3 Enn. Il, IV, 16.
* Edd.II, ir,. 16.
PLOTrN. COSHULOGIIi:. i53
elle peut être considérée comme le non-étre^. En effet, nous définissons l'être, ce qui pour être et se conserver, n'a besoin d'aucune autre chose, et se suffit pleinement à lui-même. Donc l'être exclut toute dépendance, toute condition; il n'attend aucune détermination d^un principe extérieur ; il possède l'essence en soi et par soi de toute éternité. Cela posé, il est évident que rintelligence est l'être , que l'&me aussi est l'être, mais déjà à un moindre degré, que tout intelligible possède Têtre en propre ». Quant au corps, il n'est pas l'être , il ne fait qu'y participer: plus il est inerte et grossier , moins il en participe. Sous ce rapport, la terre vient après l'air , l'air après le feu ; le mouvement, l'être, l'intelligible, sont en raison inverse de la masse *. Le corps n'est qu'une éclipse de l'être; ta matière n'étant ni intelligence, ni raison, ni Ame, ni forme, ni limite, ni puissance active, ni puissance passive, n'est même pas le plus faible degré de l'être. Elle est le non-être *, non pas le non-être tel qa'on l'entend , quand on parle des êtres sensibles et contingents, lesquels sont encore une image de l'être, mais le non-être absolu.
Si la matière est le non-^tre absolu, il est évident (pie le vrai type de la matiè© est dans le monde sensible seulement. La matière intelligible n'est pas le
' Edd. III, n. 6.
1 Eon. m, VI, 6.
' Bnn. m, Ti, 6. H û xiviivit £<T>rif ti; !|uri aûva, iv ttît vù- ;Kia<v îï, lo'i fiifng«iv ^ouow toÛtïIC, /mMov Ici ztît flTTOï sùfuira; ^Dvon, at: rnï 9iic«Xtl<|>iwc Tsû ivrif % xoiTaXifirdi fiSAXov tovra atifia
* EnD. III, VI. 6.
i.u ANALYt»:. LIVRE I
floii-éU'e, puisque le »eB-éU% t^pugae «iMoLumsnt ui monde intelligible ; elle n'est donc qu'use ombre de la vnùe matière. En soi * auJ être iutellicibk 9'est Matériel ; il ne Je devient que par comparaison *. Os peal dire que l'être s'y trouve à, ua degré moiadrei taMm il y est toujours, et toujours pur et parfait ae hm* Ed un mot, la matière inteltigibla a'eat qu'une ooiadTs esseoce, comnie l'ombre n'est qu'um moindtc lami^v. C'est dfuts l'âtre sensibleque se trouve k vrais matière : eelut-là est mat^d, nos pw compaittiaon' MaluDeirt avec les élres supérieurs , main ea soi et «bsolumaBL Il perte ta mati^e dasa son sein» oomrab il perte VitaperfecdoQ, la misère et le mal.
La matière étant le ûmple posaiUe, l« pur nonitre, commeat l'Âme peut-eUe It coonaîtref Le «eas perçoit la qualité d'un oor^, l'intell^ettoe connaît la fbnoe, l'idée, l'acte. La matière n'étant ni um qualité sensible, oi «ne forme ou eseesce intelligiUe, écbi^pe à la fois aux sens et à rioteUigenoe. L'tme ne peut donc la connaître réellement ; «lie ne ^t qu'en concevoir vi^uemeut la néoeasité >> Cour être exacte* il faut que cette conception reste iodécitM et flottante comme son objet ; car aussitât qu'elle tend fc se fixer en une peroeptton préci^t elle n'est pkia la conception de la matière en soi , elle devient la représsstalion d'une matière déterminée '. Pour tout autre objet, plus l'Âme fait d'efforts pour le penser, n^nx elle le comprend. C'est le contraire pout la matière :
> Bdb. III, VI, 6, 1 EnD. III, n, 6.
1 Edd. II. IV, 4 0.
* Enn.II, IV, 10.
Pi.OTIN. COSMOLUOIli;. *5S
MBsi PlatoD appelaiuil Xo^ttr]»!! vt^ le procédé par lequel l'&me conçoit la matière.
Dus l« Tfmée , PtatM affirme que ta matSftre parlicipc de i'Wée , e* qu^en Vertu de cette participation, elle passe cki beab a» laid^ <da mal au bien *. N'est-ce paâ vouloir dire qu'elle change et qu'elle est quelque chMB de démuiiiié? Qoe devient alors son impassibilité «t Bon bK^Mcité absolue de toute forme? td n'est pas le senB des paroles de Platon : ta matière partidpe, sans cesser d'êbc ùnpassible. Elle ne devient réelleinent ni bonne, ni betle, mais elle sert à manifester le beau et le bien , sans cesser d'être ellemême *. Quant à la qualité de mat que Platon paraît loi atbibuer , il vent dire seulement qu'elle est incapable par elle-même de toute participation au Bien , comme tous tes éb'es. En effet , c'est cette incapacité absolue qui f^t de la matière le mal , ou plutôt le principe du mal.
Mais ra la matière conserve son caractère propre dans ta participation, comment concilier cette impasRbilité absolue avec ta participation elle-même, et comment d'une telle participation peut provenir l'être sensible ? Plotin l'explique en développant une Uiéorie de Platon. La matière est, par rapport aux idées, comme le miroir par rapport aux objets ; elle les re{Nrésente ^ lea fait t^paraitre , mais elle ne contribue en rien k leur donner l'être *. Si vous supprimez la matière , H n'y aura ni plus ni moins d'être dans
> Bbd. III.Tl, 1t.
1 Enn. Il, Ti, 11.18, t3, U.
ma ANALYSE. LIVRE I.
le monde : seulement la matière n'étant plus t& , les représentations des idées disparaîtront, de même qu'en supprimant te miroir, on ferait évanouir l'image qu'il produit. En un mot, la matière est un principe d'apparence , mais non d'essence , pour quoi que ce soit*.
Les idées ne descendent point elles-mêmes du monde intelligible dans la matière ; c'est TAme qui , les recevant de l'Intelligence , les transmet à la matière sous la forme de raisons séminales ^. Ces raisons pénètrent dans la matière sans s'y mêler , de même que l'âme ne se mêle point au sens ni h l'imagination , tout en y faisant son apparition '. En y pénétrant, elles y portent la quantité , le nombre , la figure et toutes les qualités propres aux êtres sensibles ''. La matière n'est pas même la matrice du monde ; car elle est essentiellement stérile et incapable d'être fécondée aussi bien que de féconder *. Elle ne concourt donc pas même b. la production ; c'est la forme seule qui produit Le rôle de la matière et de la forme a été bien compris psx les anciens mystères , qui nous représentent Hermès avec l'instrument de la génération , et la matière avec les insignes de la stérilité ^ Ils voulaient dire, tout en ta représentant comme la mère du monde, que, si elle
' ËDD. III , VI , 15. Oùn tytt A 4i ' Etsu yavn I ipillÛK irtrinn ' Eno. III , VI , 1 5. d A iirî d); S)*]; Xôyg; £)>m tj^ti tpôirov ro
Enn. Itl, ïi, 16, Ko'i iiivr:( è).6wvÀày«c iyayini tl( S^av i ', iitoiijïn aÙTiîï iiiya, irop' awTaû to u-ya ir^6»iç wri
PLOTIN. OOSMOLOtilE. 457
est le réceptacle de la forme , elle n'en possède pas pour cela ta vertu fécondante '.
Il semble qu'après avoir déterminé la nature et le rôte de la matière , Plotin eût dû en indiquer l'origine. On ne voit pas que cette recherche l'ait préoccupé, Est^e une lacune de sa doctrine , ou bien considérait-il la question comme oiseuse ? Platon et Aristotc avaient reconnu l'existence indépendante du principe matériel , comme condition et sujet de la réalité sensible. C'est à ce principe vague, mais sufOsamment distinct , qu'ils rapportaient tout élément matériel des corps. Si Plotin ne s'explique pas sur l'origine de la matière en soi, c'est que, dans son opinion, il n'y a pas lieu de chercher l'origine de ce qui n'existe pas réellement. Mais quand il parle de telle ou telle matière c'est-à-dire d'un corps , alors il en indique clairement l'origine. Il rapporte h un principe supérieur, à l'Ame, toutes les puissances et toutes les propriétés de la nature, la substance aussi bien que la forme. L'Ame dans sa pensée, ne se borne point, comme dit Platon à former le corps ; elle l'engendre en même temps qu'elle le forme. C'est elle qui , en vertu de son inépuisable fécondité , produit l'immense série des êtres sensibles, depuis la matière subtile des astres jusqu'à la plus grossière matière des êtres terrestres. Cette matière est le dernier effort de la puissance de l'Ame, la dernière lueur qu'elle projette dans son rayonnement '. Et pourtant, à cet état , elle n'est pas encore la matière pure ; elle n'est qu'un mélange de matière
• Ean. Ill.n, 49.
I Enn. IV, m, 9.
4S8 ANALYSE. LiVHE t.
et de rorme. Le corps t«Testre , deraière émanation des puissances de l'Ame , est un dernier reflet de la lumière intelligible ; ce n'est plus qu'une ombre ; mais l'ombre est encore la lumière. àu-del)i , c'est la nuit. Il est imposàMe de fixer le point pMcis qu'oecape la matière dans l'échelle dee émanatiot» de l'Ame, par la raison que la matière n'est point une émanation déterminée, comme les autre». Elle est partout, sans être en aucun lieu ; elle suit constamment TAme dans toutes ses manifeËtations extérieures. Elle apparaît comme une ombre vague et immense qui couvre la nature entière , devenant plus obscure , & mesure que l'ime descend dans la série de ses émanations, et finissant par une nuit épaisse qui borne par en bas le monde sensible , et dobt en ne peut mesurer l'étendue si la [H^fondeur *.
Jusqu'id Plotin n'a cotuidéré l'Ame que dans ses rapporta avec l'Intelligence. Il va la suivre dans le monde du temps, de l'espace et de la matière; il va la montrer, produisant, formant, conservant et gouvernant le mondes L'Ame universelle est une Raisoii -, tant qu'elle se borne k contempler l'Intelligence ; quand elle crée le ttrattde sensible -, elle devient une Puissance. Alors les raisons pures que l'Ame avait recueillies dans sa contemplation se développent en puissances génératrices , en raisons spinales *. Ces principes n'appartientient plus au
' J'ai cru deroir, afin de la rendra plw claire, âévelapptr un peu cette théorie; que Plotin ne fait qu'indiquer.
' Enn. I], m, 47, ^ù tsi'ïuv xaf aùciii, icapà vav fj^ausm iiii-' 3iat ' ïoùf Hi , >|nj](K Situai Tf tsû ifovts: ' '^x^ A «np' aAniï r,
byGoogk'
PLUTIft. œSMUUMIE. iftS
aoante iotelligMe ; o» sont des forças avedgfes qui nutifat danK h luUare , et dont l'uiàque TmicUon eA deproduûik La pemés et la an de leur tipëratiiM créalrÎG* rMdcnt dam un monde supérieur *. L'Ame inférieure t e'est'^i^ire l'Ame & VéUt de t^tiiBunce oaturslle , les ^lorte dins la nuitâèm et produit les choses eeAMbles avec leiir gobcoutb. Ainsi Pl«Uli dis^ lâigue deux Ames » Tane qui reçoit de l'IntelUgenoe tes raisons des cèoaee, J'autre qui les transmet ^mm^ diateneat à la matière. Il ne faut pas toutefois s'exft.géra* la p<Htée de oeUe distinction ; elle ne va point jusqu'A une distinctioa de «ttatances. Au fond^ il s'agit moius de deux UypoetMeB diOërentes que de ds4u foDctioBB de la mène Hypostase, considérée tour A tour en regard de l'Intelligence et de la Nature. Du reste, cette distinctioii contient «a germe la Uiéorie de l'Ame ùntfixDrfUCK « ^ de l'Ame ifimf-wç, développée ultérieurement par l'école d'Alexandricb
Matofenaat Plotin va montrer oomment l'Ame produit et quels êtres elle prodmt^ L'Intelligence produit* sans sortir d'elle-même, et sane que l'aide de la production trouMe stm repos ; c'est ce qui fait qu'elle ne tombe ni dans te temps , ni daas l'espace , ni dans la matière. L'Ame produit avec monvemenl *; elle subit dtmc la loi du, temps « de l'espace et de k matière. Tant qu'elle se borne à conteaopler l'Intelligence, elle
' Ebb. Il, iM, il. Ô yip )k6y»{ i* 6X^ «mv, aA ri mm ^uaiiw( , où ri^nt , nA SpMiï> iàAé SÛM^if Tpcirri*)) tR; SXn; , aux (îiuîci, ôUà ifUsa p>Mv-
1 Edd. V, II, t. tà a (<{nix4) où ;irv9ufa irattï, iUà ni4|9iTia
UO AKALVSE. LIVRE I.
reste en elle-même, se nourrissaDt en repos et en silence de ce ravissant spectacle ; mus, comme elle surabonde de cette vie qu'elle a puisée dans l'Intelligence , elle obéit bientdt à un irrésistible besoin d'expansion , et quittant les vcnes de la contemplation, elle engendre la sensation et la nature '. Tout ce qu'elle produit est son image; cette image s'affaiblit, sans jamais s'effacer toutefois, h mesure qu'elle s^éloigne du foyer de la puissance productrice. Jamais la force créatrice, dans ses élans les plus excentriques , ne se sépare de son principe. Ainsi l'âme de l'homme ( laquelle est identique avec l'Ame du monde ), descend jusque dans la plante , et là encore conserve toute son essence *. Cest qu'en produisant une substance inférieure à elle-même, elle n'y passe pas tout entière ; ce qu'il y a en elle d'intelligence ne se mêle point & la nature au sein de laquelle elle dépose sa création , mais reste en ellemême.
Les êtres procèdent , dans cette création infinie de l'Ame , du premier au dernier , et chacun dans cette proces^on conserve la place qui lui est propre ^. L'être engendré se distingue de Têtre générateur et s'y confond tout ensemble ; il s'en détache par la création même, dont l'effet est de le faire exister distinctement ; mais il s'y confond, comme dans son principe constant. Lorsque l'Ame passe dans la plante , elle y forme une certaine image d'elle-même qu'on nomme l'âme végé-
' Eiin. V, II, 1. Euifttv eùv (Wirouva, E6n lynrro, itXitpouTvi. irp«i/6oûaa & ùç lins^rv SUr,» xaî iMn>rîe», ynwâi éUkvt wtif, ni-
1 Edd. V,h, 4.
» Enn V, II, «
lative ; si elle passe dans la brute , elle y forme une autre image d'elle-même, l'àme eensitive ; si elle passe dans l'homme , elle y crée une autre image encore , r&me raisonnable et volontaire ; et chacune de ces âmes reproduit en traits affaiblis une des puissances de r\nie créatrice *. Maintenant , si on coupe une branche de l'arbre que l'Âme habite et qu'elle vivilie, ou si on brûle la l'acine qui était comme le centre et le foyer de la vie , que devient l'àme ou la partie de Tàme qui était dans cette branche ou dans cette racine? Elle remonte h sa source; car on ne peut admettre que, simple émanation d'un principe, elle se contracte et se retire en elle-même ^. Gela ne peut arriver qu'fa. une vraie substance. Mais pour la vie qui existe en une substance, remonter & sa source, c'est rentrer dans le sein de l'Ame universelle*. Or cette Âme n'est point distincte des âmes particulières, simples émanations qui , s'échappant de son sein , viennent féconder et vivifier telle ou telle partie du monde. Comme tout être intelligible , elle ne se distingue pas par le lieu , mais par l'essence. Aussi le retour de ces émanations particulières à l'Ame , de l'Ame b. l'Intelligence , de l'Intelligence au Bien , n'implique aucun déplacement K Pour comprendre la création de l'Ame et comment !e monde sensible en sort tout entier , il faudrait se représenter la vie universelle comme une ligne immense sur laquelle chaque être occupe un point , engendrant l'être qui
■ Enn. V, II, ï.
' Edu. V, II, 2. E! A làt Iv ^lU'i) <puTii^ * où yàp ^n^yof tirai •
* Eao. V, 11, 2. Eî t' witttpâfiat, îv tS wf* oùtS; i-napiti-
* Enn. V, II, î. l) B fujrp i vo-î, o-i riltw " wjJ!» yip i» toicu r.-i.
m .^ALYSB. UVRB 1.
uùtt w^»drd par oeltù qiû préoMe, et (at^«um dUtiBct , mais aon aépvé da l'être g&aénimut et d« l'être enge&dré àwe lequel il psaae sm» s'absorber*.
C'^ ainù qiM VAsae produit toute puiasuce de vie eu d'Mre da^ le mcffide aaosible, le aeis dans les amouuK t Ifk naturel dans left plaetcs , ne B'arrètaM d«» son eipaoûen ipfinie qu'à l'extrôme limite de l'Mre sensible, à la matière. Il oe fuit pas croire que, dans La réalité , TAïae (vée d'aiiord l'être sensible , la sériQ infinie des owps *, depuis le corps oélefte étincelant de lumière, jusqu'lk la plua riMcore et la plus groifliire matière, et qu'ensuite elle y répande la forme et la vie. L'effuvicai de la i&cjaa et dft la vie est eoBtemporaîne de la création de l'être sensible. Il n'y eut aaoun twnps où l'uoivers ne fût qu'un asaen^lage de «ijets matériels aaos forme et sans vie, où un swil eerps subaist&t sans une &me, ou la maUère existât, b«bs être fermée, ik l'étf^ de pure matière '. Hais si les opératitHis de l'Ame universelle créant, formant et vivifiant )e monde se confondent dans l'ordre du temps , elles B*en sont p(ts moins distinotes dans l'ordre de la raison ; on peut donc séparer fwr la pensée et la parole , les cboees unies, mais distinctes dans la réalité, pourra fpi'oa
t BsQ. Y, II, ». tfriy ^ «kv Cmji ^mo^ tîc ftftwc hmêi^a, I-n~
' Eùù. IV, 111, 9.
> Enn. IV, m, 9. Ait ti tù X^yet rm t'toStv mi tw> ift^ûj^uv»
obc i4û;ic<*T» TdJi tï w» ' oùj ' iv«* Srt ««;'« (iftiçiUtii 'f^T^Ï Antàmt, oUl 5X« w*t), t n àf«â«fMr4{ %•■
PWtW. COftMOLOeiE. it.1
tMHK «milite de cette oiùod *. L'Ame, pAér ee «Mv»» lof^r, a faeaeiii avant tout d'an lieu* : or, ce lieu, théâtre nécessaire et nature) de son expanaion, ne pré- «liste point à l'action de l'Ame. GelleH;i ne te trouve point tout prêt à. la recevoir; elle le crée et crée le corpe ptu- cela iBème ^ , non pas le ccupa tel qu'il ap^ pu-alt A nos iens , tout formé et plein de vie , naia fietqtw dio»e qui n'eak qu'un espace vide , qb aimpta suijet, pouvaet servir à la fois à r&me de théâtre pour toii dévek)i^peinent et de réceptacle pour la vie qu'elle doit y répandre. Tout corps est une œuvre de I'Ahib, un produit plus ou moioB immédiat de son infinie expansion. L'Ame est comme une lumière JHrnienae qui s'afîaibljt par degrés » h mesure qu'elle s'éloigne de SOI) foyer. Arrivée au terme de xm rayoDaernent, elle se perd dans d'épaisses ténèbres. Mais sec regard perce encore ces téoèbrea de ses derniers traits, et les desHoe, en les illuminant \ Ainsi m forme le cerps^ La'puisaance expansive de l'Ame cranm^ice aux astrae eliiDit W la matière infime et grwsière des eorps si^ lunaires , limite extrême où vient expirer te bien K Mais comment l'Ame, essence intelligible, descendelle Bi profondément dans la matière) Voici l'explica^
' Eun. IV. m. 9.
^ Snn. IV, III, i. I^âfiaTttît^ t>^ tura; «îii' à» icpoâ,hi <jux«,
1 Ban. ly, III, 9. npBKvai Si li uAXsi, ytmon i«»n Tintn, Hçt xa'i oû|ta.
* Enn. IV, m, 9. Tbî iv çâffiwî «itiÏ! h oùt? t^ çawi i«aM funw/tnnt, otov iroXù fit viUifC^wt, ix' &ifaiç toÎç Mj^ataiï tou xvfçi, oxiTOï iy£v«Ta, ixip iSaûaa » ^vyi), liMimp ttKi4% ijttftfumr
^ Ean. i, uu, S.
Uon de Plotin. L'Ame , image de l'intelligeDce, contemple son modèle et devient, en vertu de cette contemplation , une Raison. Or , en tant que Raison , elle renferme en son sein toutes les idées. Seulement elle ne les comprend plus comme l'Intelligence, & l'état d'essences pures, dans une unité indivisible, mais dans une variété divisible à l'infini , h l'état de raisons séminales *. L'Ame, pure image de la lumière intelligible, brille toutr-à-coup et illumine tout ce qui se trouve auprès d'elle , pénétrant de ses raisons le sujet matériel *. C'est ainsi que le monde prend forme et devient une demeure belle et variée prête à recevoir l'àme et déjè. digne en tout de ses soins, riche de beauté et d'être, sans qu'il en coûte rien à. son auteur , lequel l'a édifiée , en se tenant immobile au-dessus d'elle '. Aussi , tout en l'habitant , l'Ame la possède , la domine , sans être jamais possédée ni dominée par elle * ; car, à vrai dire , ce n'est pas l'Ame qui est dans le corps, mais le corps qui est dans l'Ame : il y est comme un filet dans la mer , pénétré et enveloppé de toutes parts par l'Ame, comme le filet l'est par l'eau ^. S'il n'en était pas ainsi, l'Ame n'aurait aucun souci d'occuper le corps ; car tout ce qu'elle est,
■ Eon. IV, 111, 10. Zùoa aZ/ h ^iya, l^ov tHan rû «û^iari . f iJwXsv su tx" ' "^ T^p >a) tlltàhn Cm;, Emv Siiuai rû aùfim, xat fiBpyàt ONfuiTMT , wv Toùc Xj/ovï t/tl ' ^ti fi nal âtSh rai mrr^t, Aiï narra tai i riafiOi i'jftt.
^ Edd. IV, m , 9. Kal Tevoûni t^v f, muit, Znt o X6/0; i icoa'
* Edd.'IV, 111. 9. \ïu yàppnw* lirirATiT. ** Enn. IV, m, 9. KpoiToûpciio; (idafio;) au nçorTwv, zvi ij^rnoo;,
ai' ~. f,™.
' Elin. IV, III, 9. Ki(TW yif tv ti 4^^ ^ rj(vim. mrn '~xîau»v
PLOTIN. COSMOLOGIE. iS5
elle l'est par etle-niéme, sans avoir besoin, pour le développement de son être , de sortir de son essence et de se répandre dans un corps '.
Pour pouvoir comprendre dans toute son étendue Tœovre de la création du inonde , il faut remonter au principe éternel de cette œuvre, h. l'Ame, et de là embrasser dans sa totalité l'immense série des êtres créés '. Beprésentons-nous donc tout d'abord TAme assise au sommet du monde sensible , produisant et formant dans le temps et dans le lieu, sans y descendre elle-même, produisant et formant dans un ordre hiérarchique, les corps célestes d'abord, puis les corps des animaux, puis les corps des plantes, puis les corps plus grossiers , et arrivant , par un dernier effort de sa puissance affaiblie, à la plus épaisse matière , comme la lumière dans ses dernières lueurs se perd dans l'ombre'. Cette œuvre immense, l'Ame l'accomplit sans effort et sans aucune opération qui suppose intention, examen et délibération', comme les œuvres de l'art. Or, l'art est inférieur à la Nature et & l'Ame ; il en reproduit les œuvres par des imitations obscures et faibles, opérant toujours avec un grand appareil de machines ^ , et quelque
xal sù^ ôfMiptv l'çiv atiiTÎii, w; Sri h ûixii iixTun TtyyJfftvciv Cwn, Qv JuïôfiTïov ^ enireû iraiiTTOai lï i tçiv.
« Enn. IV, m, ».
> Bdq. IV, tu, 40.
* Eqd. IV, lit, 10. d; itvpôf h/ata t'u C>7<p«', raû «paccou ix Toû l9)cimi voowprMU irvfif miÔiï.
* Bdd. IV, m, 10. H A itniiTaûx iittccrù yâft^, siiA |3»uXi|v 4
^ Edd IV, III, 10. — III, VIII, 4. AiTA xa'i Tô ixty^iittv ifihn