‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 2)Chapitre 3 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Toute philosophie a des antécédents. Le Néo-Platonisme en a eu de très nombreux et de très importants. Profondément convaincue que la vérité est partout et principalement dans les plus anciennes doctrines, cette école la recherche avec ardeur dans les monuments et les traditions du passé. Elle interroge tour à tour Orphée, Homère, Hésiode, Pythagore, Platon, Aristote , Zenon , et parvient toujours par ses interprétations ingénieuses et subtiles à y découvrir te germe et le fond même de sa propre pensée. Ce serait une erreur grave sans doute de ne voir dans cette grande école qu'un écho de la tradition. C'est le propre des Alexandrins d'unir la spéculation la plus puissante et la plus

2 INTRODUCTION. LIVRE l.

hardie h. la plus vnslo értiditioD i[aî we soi! jamais rencontrée. Mais enfin s'ils ne se bornent pas, comme ils en ont la prétention, h reproduire le passé, s'ils sont w*iBi£«t enginam et créateecs; tts s'iosptrenfc saas cesse de ht tradHion ; ils ne créent qu'avec des éfémente déjà préparés; ils n'aspirent qu'à, reconstituer la philosophie sur la base des deux plus grands systèmes qu'ait engendrés l'antiquité. Qu'ils aient Tait tout autre chose que de réaKser cet harmonieux accord de Platon et d'Ariatote, c'est ce qu'on oe saurait contester ; mais comme ils en font le point de départ de toutes leurs théories, il est nécessaire de reprendre à son origine cette philosophie socratique dont Platoo , Aristote et Zenon sont les principaux interprètes, et dont le Néo-Platonisme peut être considéré , malgré son esprit oriental, comme le profond et légitime développement. Seulement , pour le but qu'on se propose, il suffira de rappeler les principes de ces immortels systèmes, en insistant sor lesincertitmles, les obscarités, les lacunes et les difficultés qui , signalées avec force par les écoles postérieures , provoquèrent , avec le concours de certaines circonstances historiques et sur un théâtre étranger, un nonvel et demierefTortdelaphilosophie grecque. Dans ses recherches sur le monde et sur le principe du monde , la philosophie antésocratique avait abouti à deux graves erreurs. Tontes les écoles de cette épocpie , sauf le pythagorisme, qui s'était conservé pur ' -«t intact dans l'indépendance et le mystère de ses associations , s'étaient peu à peu fondues en deux doctrines absolument opposées dans leurs méthodes , leurs principes et leurs rfenltats, T/idéalisme f^léatiqne , procla-

mant l'unité et ^immobilité de l'Are ^ supprimait le mouvement , le phén(unène , le multiple , le devenir. I.'empùiitme imùen , professant l'instabilité incessante des choses , snpprimait le fond et la substance même du devenir, et substituait partout dans le monde l'apparence à l'être. L'école de Mégare *, issue de l'école d'Élée , s'en écartait en ce point qu'elle reconnaissait les idées, c'est-à-dire un certain nombre de principes immobiles ; mais elle restait fidèle à son or^ine , en réduisant te phénomène et le devenir & une illusion des sens. Cette doid>le erreur ne faussait pas seulement ta sci«ice ; elle la ridait impossible. Car, si d*un allé la science a pour objet constant et unique l'are, de l'autre elle a pour condition nécessaire la sensation , et partant le devenir. La philosofrfiie en était d<Mic venue à on état de erise, d'où elle ne pouvait sortir qu'& la ecmditioo de se délivrer également de ces deux systèmes excit«fe : aussi voitHut Platon débuter tout d'abord par ane double réfutation. Dans le Théétète, il démontre contre Protagoras et les I(Hiiens qu'il n'y a pas de science de ce qui passe , et que réduire la connaissance à la SMisation , c'est l'anéantir K Dans te Sophiste, il prouve contre les Éléates que la vraie science admet les contraires en les ralliant à une idée supérieure , et que le mouvement et le repos , tout en s'excluait mutuellement, peuvent coexister dans l'tiM» de l'être*.

" Platon, .*./>A/.rt., p. 169, édit. Ficin. 1590.

> Ibid., TUét., panim.

Ibid., .S^A'.W. , p. 463, K«ï ftit rù yt^Ji fajiiv ivrm-i j^i'xtw «■pitiPiilw-'I^* yt Sï- fiiirriw ifuitn. Eirovyij) îfi^ it;v (otixïiî ««1 iivigsr;).

i INTRODUCTION. LIVRE I.

Il montre par cet exemple et par d'autres combien est faux le principe sur lequel repose toute l'argumentation desËléates, à savoir, que l'être et le non-étre s'excluent absolument et nécessairement, en sorte que partout où il y a de l'être, il ne peut y avoir de non-être, et réciproquement ; ce qui les conduisait à nier la réalité du devenir et du contingent, et à tout ramener à l'être immobile , absolu et nécessaire de la logique. Il explique clairement comment toute chose participe à la rois de l'être et du non-être, n'étant en soi ni l'être ni le non-être absolu *. Hais quelle sera cette vraie science ou plutôt cette vraie méthode , qui concilie le devenir et l'être, la variété mobile et infinie des Ioniens, avec l'unité immobile et absolue des Ëléates? C'est la dialectique. La dialectique seule peut résoudre le problème proposé par Socrate comme le point fondamental de la science, le problème de l'essence des choses. En considérant les individus dans ce qu'ils ont de commun et d'invariable ^ , elle maintient l'esprit dans la voie de la science, & travers les mille détours de la sensation ; elle le ramène sans cesse de la variété b, l'unité, c'està-dire h la vraie essence des choses '. Le général , le

' Ibid. , Sophht., p. 161. Ecn &fa M iv<i)P«nç TÔ fi^ îv iir'i « Khrncluç (TïOi , KOI KOTa -ni-ita ri yMj. Karà irévTn yàp ii 3«TtfrOW fpvvif > 7rtpev &Ktfy>^'i^ivtt tm Svt-b; , fxaçvv ^ îi Tfnù ' imi 9v(imnrioE Si) taxi Tdotta , oÛtwï oùx ôvra ifSàj (psûfttv ' toi itciXiv, «t( f itijfii Toû SvTO;, îtvai n toc SvTa.

* Ibid., Ripiib., p. 511. BmXii gSv \-Anit ^ûpfti \tnnnirsvvTic » ■rnt àuAa'utç fjidàfsu; iTïi; yôp mw Tt \i Zmçn iiùSofin

' Ibid. , Plii-dic, p. 352. Tovtuï Ai f)^i oûtiî vi iponT^it zZv

l'LAlVtN. 3

permanent, l'uiiité: telestl't^jet cunslaiitetuiiiquede la dialectique. Soit qu'elle monte ou qu'elle descende, soit qu'elle généralise ou qu'elle divise , elle néglige toujours Tindividu * .

Maintenant la dialectique se réduit-elle & ce procédé de l'esprit qui, partant des individus, s'élève auz espèces et aux geures , et parcourt successivement tous les degrés intermédiaires de l'échelle des notions générales, depuis l'espèce la plus voiane des individus jusqu'au genre suprême? Ce serait une grave erreur de le croire. La dialectique cherche et atteint l'essence même des choses ; elle prend les espèces et les genres pour ce qu'ils sont eh réalité , c'est-à-dire pour des abstractions, et elle se garde bien d'en faire l'essence et le principe même de la réalité ; elle se garde surtout de les convertir en entités véritables, comme on le lui a souvent reproché. La pensée de Platon a plus de profondeur et de portée. Étant donné par la sensation un certainnorobrederéatitésindiv)duelles,ladialectiqueles compare et les considère dans ce qu'elles ont de commun et de permanent : puis elle les rapporte & une cause indépendante et séparée ' , à. une cause qui existe en soi, et où il faut chercher la raison de cette unité et de cette permanence : c'est cette cause qu'elle appelle idée. Dana la pensée de Platon , l'idée n'est pas siro-

■ Ibid., Répub., p. iB8. Ta itfHn ovjiiï i^li àpyiuftirnni, Xiyov«n w{ ((ût«û yt Ixâ?au Rtpi âiçiv fiWErov, eux ôUij fi; tKiyiiftX fu8«i|>C»^ "çl itonriç XoftSmitv.

ï Arist., Métapk., I. xiii , c. 4. iXk' \> ^ SwtpdîiiK ta mÔÛsv ï6 )n*f(çi Ifr«î«i ovft TOVf ipiqnû; * si i' tj^tvtn , xai t^ tsioivTv Twf Svnm Mfa; irpfotjyjpwoav.

6 INTBODLCTION. LIVBK I.

pleioent le genre ou l'eepèce ; elle est la cause suprasensible de l'un et de l'aulre. La dialectique ne réalise pas le genre et l'espèce , et n'en f^t pas des èb'es à part : elle se contente de les distinguer des individus , sans les en séparer. Mais aanlelà des genres et des espèces,' elle conçoit des principes indépendants ei supérieurs qui habitenl> un monde à part, lui monde séparé du monde sensible par un aàAtœ : telles sont les idées *, La dialectique est une méthode beaucoup plus complexe qu'on ne pense ; elle aHOprend trois procédés bien distijietâ : la sensation , l'abstraction et la raison. Par la sensation , elle s'assure un point de départ et une base pour ses opérations ultérieures ; par l'abstraction, elle se fraye un passage à travers lus choses sensibles ; par la raison seule , elle atteint les idées, véritable objet de la science. Platon distingue si bien les deux procédés de l'esprit, la simple généralisation et l'intuition rationnelle, qu'il re{>ré-

■ Plat. , P/ièdn:, p. 3iS. Ù yàp -ij^pwfutTSf n b>'< ^<;^fMTivrs;

»ai iïixipWî oôci'o ÔïTOî oùoocjw^fîîî miëipunTï), riévu 3»o« 1*1 ^«Tai ' Tr(p"( 5ï TO tÎ; àinOsû; iiriipifjiJî yi'voî Toiiro» r;(ii TÔï t'ÔïTOï. At'ow 5iaû Jimoia >^i Ti xa'i iirurrifi onojf oi« Çf •'p^f"!, *»' âirooï,; 4"'ît^î» Sviqv Sa fuU)) TÏ Kpiar,MV Si^tt^ii, tiùvaa îtà ^piym r* ôv, àyalc^ ri lak SrafsÙJtt raXn^n tfiivtx»! na'i ivicodcT. Ta; àv xûxXw ig trtpciftfà (i{ TouTov itmcnyx^. Ev A rn irip'oJif xaOspi piv oÙtÀ* Jtxaig^ûviiv, laOefâ j) ««ppoovvqv, xaOgpà dî iiciirnfivvi oui n /nicn; iTf D3:çtv, tiii ' f ici nou iripot iv ircpu o5«a, wv ■îipiT; vùv tvnn xarï:,ûfUï ' aKkà T>)v (v TÙ S (çiv ôv ôvTw; iiriiTxpjï «vvcn, la'i rôUa ÙtïÛtu; rà £vTUf Ôixa diaiofiiv», xaî JçioiQuïoi, Jûoa «^Xn t({ t«

Ibid-, Phédic, p. 346. ^ïyà^ â>6fc*nor^inai mit' «7^ "kvfi-

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