LE STOÏCISME. H
l'àme que par le choc. Le principe de tout le système perce déjà dans la logique.
La sensation , point de départ nécessaire de toute science, i('en est pas ie terme, ni même l'objet. La science n'est p^ une pure collectio|i de représentations sensibles, même vraies; c'est ho epchaîiieineqt systématique de notions générales *■. Qu^ententjent leff Stoïciens par ces notions (nfoM'j'^tï). c'est là le pojpt h plus o|)scpr de leur doctrine. Voici , si nous ne nous ifompons , toute leur pensée à pet égard. Ces potions générales pe epnt pojpt des priqcipe^ 4 f "<"■*'. innés, aptérieurs à la seps^tion, et correspondant k des c^l^ jets purement immatériels et intelligibles, çommç les idées de Platon ^. Elles ne représei^tent qM€ les rapports naturels et invariables des choses, ^i^ n qu'ei)^^ ne se forment point en nous sans les sen^ , el|es $oi)t l'œuvre de la nature, en ce sens que c'est en elle et non hors d'elle que l'âme les puise. Les Stoïciens, de même qu' Aristote, concevaient l'esprit comme une table rase; mais s'ils ne la dotaient point d'idées innées , ils ne la réduisaient pas à une simple capacité. L'écrit est une force, et comme tout est force dans l'univers, la connaissance des choses , en tant que forces , lui est naturelle. Tel est sans doute le sens des mots t^-
9WTOÎ TïpO>.ïil}(lî ■*.
Ia physique des Stoïciens est parfaitement simple et conséquente à leur logique. Il «'y a de réel que ce
■ PluUrch., Deftac.phH., 1. iv, p 11.
1 Slob., Ed., 1. I, p, 332. Ta; i^( ôwirapinù; iTvsi.
' nr.Stoir., p. 17,
8S INTUODLCTiON. LIVUE î.
que nous percevons pur les sens. Dans la docliine d'Aristote , l'&me est inséparable du corps , pai'ce qu'il n'yapas de fonne sans matière, Mais.'outre qu'Aristotc reconnaît des éires purement immatériels , il considère la forme coAime tout-à-fait immatérielle en soi. Les Stoïciens pensent, avec Aristote, que l'être est tout ce qui agit, et que l'essence de l'être est l'action. Mais tandis qu 'Aristote , dégageant l'activité de toutes ses conditions matérielles, parvient à en découvrir le type dans la seule pensée, le Stoïcisme s'arrête à une manifestation tout extérieure et très imparfaite de l'activité, à l'action proprement dite. Le mouvement est un acte véritable, et l'effort est le type de l'activité. La matière n'était que le sujet de l'être ( et encore seulement de l'êlre sensible) dans la doctrine péripatéticienne ; l'être véritable , l'essence résidait dans la forme. Chez les Stoïciens , la matière est la base et la substance même des choses [oùaix) '. La forme en s'y ajoutant n'en fait que la qualité ( imioTn-cx ). Il est vrai que ces deux mots n'ont pas tout-à-fait ici le même sens que chez Aristote et chez Platon ; dans le langage stoïcien , oùcîa signifie proprement la substance , et txinTr,^ , l'essence. Quoi qu'il en soit, le corps, qui pour Platon n'est qu'un instrument Incommode de l'âme, et pour Aristote une simple condition de l'être, en devient, dans le Stoïcisme, un principe constitutif. L'âme et le corps entrent essentiellement dans l'idée de l'être. Ce n'est pas à- dire que les Stoïciens aient atli'ibué une égale dignité à ces deux principes. L'âme est pour eux le
» Diog. Laert., I vu, p. 450. — Stob,, £>/., 1. i, p. 3il.
LE stoïcisme. ««
principe actif, et le corps le principe pas8if de l'être '. Tout être complet, en effet, reçoit et rend, subit et résiste, pâtit et agit. C'est par le corps qu'il reçoit, qu'il subit, qu'il pâtit; c'est par l'âme qu'il résiste et qu'il agît. Tout être est double; la nature divine ellemême n'échappe point â cette toi. Dieu est âme et corps '. Pour être âme et corps, Dieu n'en est pas moins un être simple et parfaitement un. Dieu est essentiellement une force. Cette force en expansion , c'est te corps de Dieu , le monde ; cette même force concentrée et recueillie en elle-même, c'est l'âme divine. Le monde fait partie de Dieu , ou du moins il en est la substance. Les Stoïciens varient beaucoup dans leur manière de concevoir le rapport du monde à Dieu. Tantôt ils confondent Dieu avec l'univers, tantôt ils l'en distinguent. La contradiction n'est qu'apparente. En soi , en tant qu'il se concentre dans l'unité absolue et indivisible de son essence, il est simple, immatériel ; il est Dieu. En tant qu'il se produit et se disperse, il est le monde '. Les Stoïciens comparent souvent le principe divin à une semence d'où germe et se développe le monde selon un rapport déterminé *. Ainsi ,
' Diog. Laerl., 1. vu, p. dt. ^vaï à' niràtt ùpx°^ '"'*' rà' â).«v JÛ9, T0 Kotùvj X31 T9 ità^ùv. Sensc, , £p. 65. Dicunt sloici noslri duo eaae în rerum naluri, ex quibus omnia fiani, caussara et ma le ri am.
ï Diog. Laert., 1. vii. p. 147. — Cicér,,iJe NtU. Dear., I. ir. p. 17. — Plul.. JJcifti/i-. rep., p. il.
» Plut., De Sioic. rcp., p. 39. — AiU-. Stuic, p. 36.
* Slob.. Ed., I. i,p. lU.— Diog. Laert.. 1. vit. p. tS6. Tsv-
90 INTRODUCTION. LIVRE ï.
non seulement le monde sort du sein de Dieu , mais il est Dieu lui-même , Dieu considéré dans son développement. La théologie stoïcienne est dans la philosophie grecque la seule doctrine , avec celle d'Heraclite, qui mérite le nom de panthéisme. Le Dieu de Platon et d'Aristote est distinct et séparé du monde, que d'ailleurs il ne produit point. Le Dieu des Alexandrins tire je montre de son sein : néanmoins il en est distinct et séparé, tellement séparé que c'est précisément pour com})ler l'intervalle qui existe entre Dieu et le monde que cette école imagine son échelle des principes intermédiaires. Seul, à l'exemple d'Heraclite, le Stoïcisme réunit et confond Dieu avec le tout La distinction qu'on vient d'expliquer est toute logique. L'univers n'est pas Dieu tout entier, sans doute ; il n'en épuise p^ l'idée. Mais il fait partie de Dieu, il est Dieu même, considéré dans l'expansion de sa puissance. Un tel Dieu ne se borne point, comme le Dieu d'Aristote, à présider au monde , des hauteurs inaccessibles oii il est placé. 1| pénètre et remplit tout; il échauffe de sa (lampie , il anime de sa vie cette nature que le Dieu d'Aristote n'éclairait qu'indirectement de ses pâles rayons. Toutes tes forces , toutes les puissances de ce vaste univers ne sont que les diverses formes de la vie divine. Le Stoïcisme accepte pour son Dieu tous les noms que la mythologie a pu inventer. C'est un Protée qui, sans forme lui-même et sans état déterminé, revêt toutes les formes et pqsse par tous les états ; il se rend semblable è. tout et se fait tout en tout *.
' PoKidon. ap. Stob,, KH., i. i, p. 58. 0isf <<7i svtûfwvo^ w
LE stoïcisme. 91
Il est tour à tour Âthéné , Héphestos , Héra , Posidon , Cybèle , Pluton , selon que sa puissance vitale se manifeste dans l'éther, dans le feu, dans l'air, but la terre , dans {es lieux souterrains. Goranie cause générale de I4 vie, il est Zeqs, le Dieu suprême qui domine et comprend tous les autres * .
Tout être est force dans ce monde ; toute vie est action et tension de la force. La nature est un esprit homogène tendu comnie une chaîne d'une extrémité de l'univers à l'autre^ TQutes ces forces se développent par l'antagonisme. La guerre est uqe nécessité universelle. Les Stoïciens ont reproduit les images d'Heraclite , comparant l'univers tantôt h une lyre, tantôt k un arc tendu '. Chaque être , étant double , est le symbole de la grande lutte du iqonde ; le principe actif et le principe passif qui le composent y manifestent leur opposition. Mais cette guerre a ses lois; une hariponie supérieure domine cette lutte de forces contraires. Le principe (je cette harnqonie, Oieu, gouverne ou plutôt administre le monde, et s'applique ^ faire triomptief partout dans l'ensemble l'ordre et le bien K L» aéc^
pOIOÛfUMV viffi.
■ Phit., De fine, jihil., I. 1, p. 7. — Diog. Laert , ]. vu. p. U7.
* Plut., De Piac. phil., I. 1, p. 1. DïtOfia là^ ft^iov Ji' &«
TOV xâofwv.
* Kf.Wat., De Isis et Osir.,\i. i&. PaXnrovacjiàp àji(ievr«fô«psu, ixwavlp XûpK «1 xi^ao.
' Diog. Laert., 1. tii, p. 13i. Tav ft MOfwv oIkiToOcu *atàt vouv
9! INTRODLCTlON. LIVRE 1.
site, le mal, ne prévalent jamais que dans les parties. Le mal n'est d'sillears qu'un moyen dont se sert la Providence pour ramener toute chose à l'ordre universel *. L'optimisme stoïcien n'est point absolu ; c'est en grand et dans l'ensemble seulement qu'il juge le monde, et le trouve beau et parfait. *5i le monde est beau et parfait, celui qui l'a produit et qui le gouverne est lui-même le type de la beauté, de la raison et de la perfection. Mais la sagesse de Dieu ne ressemble en rien à la sagesse humaine qui prévoit par raisonnement et administre avec choix les choses qui lui sont confiées. Elle agit sûrement , par les voies tout intérieures de la nature. La nature, telle que la conçoivent les Stoïciens, n'est pas une puissance aveugle ; c'est une force qui a en elle-même la mesure et la loi de son développement; c'est une raison en même temps qu'un principe de vie ' (Xôyoî TTcipjiaTixô;). Toute semence , dans le monde , se développe régulièrement ; toute force , en agissant , poursuit une fin. La Providence ou plutôt le Destin (c'est tout un pour les Stoïciens) n'est que l'ensemble des raisons et des lois qui régissent la vie universelle.
Cet exposé sommaire de la pensée stoïcienne nous montre jusqu'à quel point le Stoïcisme a compris et résolu les difficultés auxquelles ni Platon ni Aristote n'avaient satisfait. Au premier abord , il semble que toutes ces difficultés se sont évanouies avec les doctrines
1 V\Mt.,Jdv.Storc.,p.yi. M.
* Plut., Dr: Plac. piiL, I. i, p. 7. Ilûp tix*'"v Èf»iM|.(((Ànfi.:
LE stoïcisme. n
que le Stoïcisme remplace. Dans sa logique, la barrière qui séparait la raibon delà sensalion disparaît. Au fond, toutes les facultés de l'àme. la sensation, l 'imagination, l'entendement, la raison , la volonté, sont de même nature ; elles ne diffèrent que par le degré. Toutes sont les affirmations, les énergies diverses d'une même force. J^ sensation est déjà une raison particulière ; la raison est une sensation générale. Entre facultés de même nature , les relations s'expliquent facilement. Dans sa physique, le Stoïcisme n'éprouve pas de peine à expliquer la coexistence et le rapport de l'âme et du corp?. Tout est force dans ce système ; l'âjne et le corps, en tant que forces , ont donc même substance ; ils ne diffèrent que par la qualité et la fonction ; l'âme est le principe actif de l'être , le corps en est le principe passif. L'opposition de l'âme et du corps est ia loi même de l'être; elle n'apparatt plus seulement comme possible , mais comme naturelle et nécessaire. Dans ce système encore , Dieu produit et comprend tout , les corps aussi bien que les âmes , la matière comme Tesprit. Le principe matériel ne flotte plus dans le vide ; il est ramené et fixé en Dieu. Le Stoïcisme aboutit à l'unité de principe et de substance , tandis que Platon et Aristote en étaient restés au dualisme. Enfin le Dieu des Stoïciens est une vraie Providence ; il administre dans les détails comme dans l'ensemble cet univers qu'il a tiré de son sein. Le Dieu incompréhensible de Platon, le Dieu solitaire d' Aristote ont fait place au Dieu vivant et universel qui remplit tout de sa présence et pénètre tout de sa propre vie. Mais en y regardant de près, on trouve que la doc-
U INTRODUCTION. LÏVRE 1.
trine stoïcienne n'atteint pas même les difficultés, loin de les épuiser. Elle concilie la sensation et la raison en les transformant Tune et l'autre. Dans cette transformation chacune de ces facultés de l'âme perd son caractère propre; pour qu'elles se rencontrent, il faut que la sensation s'élève et que la raison s'abaisse jusqu'à l'activité volontaire. U est plus difficile d'expliquer comment la vraie sensation et la vraie raison concourent à la connaissance. Platon et Âristote y avaient échoué ; mais ils avaient maintenu la haute dignité de la raison. Le Stoïcisme , en supprimiAt te problème , supprime tout l'ordre des notions intelligibles. De même, s'il réussit à concilier les deux principes des choses, c'est k la condition de retrancher la partie supérieure de l'âme, l'intelligence. D'ailleurs il prend la réalité, telle que l'expérience la lui montre, sans remonter à ses principes. Platon et Aristote avaient pu se tromper dans l'explication de cette réalité ; mais tous deux avaient pénétré au-delà; ils avaient trouvé dans l'intelligence la raison de l'âme , et dans la matière la raison du corps. Aristote surtout avait porté à sa dernière perfection la thédrie du principe matériel. Après lui il n'y avait plus qu'& rattacher la matière elle-même au principe suprême et unique de toutes choses. Que fait le Stoïcisme? 11 néglige toute cette théorie qu'il ne comprend pas , s'en tient à l'expérience et se renferme dans le cercle de la nature. Le mouvement, la force, tel est pour lui le type de l'être et de la vie; rien au-delà de la physique ; la science de l'intelligible et de l'intelligence pure lui reste étrangère.
LE stoïcisme. 9'ô
Qu'es-lce , d'ailleurs , que le Dieu des Stoïciens? ftien autre chose que le principe de la vie universelle , le centre , sinon l'ensemble des forces du monde. Ce Dieu est plutôt Destin que Providence dans le sens élevé du mot ; il agit plutôt comme une puissance naturelle que comme une inteliigeoce. Tout ce qu'il Tait, il ne le fait point par un acte de volonté et d'après un dessein de sa sagesse, mais bien par l'instinct fatal des raisons séminales. Toutes les comparaisons des Stoïciens expriment cette action toute naturelle de leur principe divin. Ce Dieu est comme un germe dont le monde est le développement ; il pénètre et circule partout , comme le miel dans les rayons *. C'est le Dieu de la nature et non de l'intelligence. Toute cette théologie n'est que la divinisation systé^ matique des puissances naturelles et ne dépasse guère le Polythéisme. Le Dieu de Platon qui ordonne la matière sans la créer, le Dieu solitaire d' Aristote qui ne fait que mouvoir le monde, ne sont ni l'un ni l'autre l'idéal de la théologie. Mais du démiurge ou de l'intelligence suprême à cette sorte d'âme du monde dont le Stoïcisme fait son Dieu, combien la chute est profonde ! Platon et Aiistote, quelque haute que fût leuf pensée, avaient encore un degré à franchir. Si la philosophie, après eux , voûtait trouver enfln le Dieu qui satisfait il toutes les conditions du principe suprême , c'était au-delàr du démiurge , au-del& de l'intelligence qu'il fallait le chercher. Le Stoïcisme le cherche au-deasous ; l'unité à laquelle il arrive ne dépasse point la naturfe
' Terlull.,£)f^ Mr, p. 4i.
9S IMROPUCTJON. LIVRE I.
et laisse en dehorâ el au-de^nus d'elle tout le monde intelligible proprement dit. Il valait mieux en rester au dualisme de Platon ou d'Aristote.
Au stoïcisme fmit le travail dogmatique de la philosophie grecque. Cette philosophie ne tenta plus rien de sérieux pour résoudre les grandes difficultés qui avaient dépassé la portée du Stoïcisme ; elle n'^la point au-delà du Dieu de Platon ou du Dieu d'Aristote. C'est un phénomène remarquable que cette impuissance de la pensée grecque k franchir le dualisme. Aucun philosophe grec avant les Alexandrins n'a conçu le véritable Dieu de la raison , le principe d'où tout sort, oîi tout rentre, et dans lequel tout subsiste. La seule doctrine qui ait paru s'élever jusqu'à l'unité n'a pu aboutir qu'à une unité abstraite et logique dans laquelle le monde se trouve , non pas contenu , m&xs absorbé et détruit, (^uant au Dieu du panthéisme stoïcien, on vient de voir qu'il est fort loin de la suprême unité. L'esprit grec devait s'arrêter là. Pour s'élever plus haut, le génie d'un Platon et d'un Aristote ne lui a point suffi; il lui faudra le secours d'un génie étranger.
Les controverses de la moyenne et de la nouvelle Académie, le acepticisrae de Pyrrhon , le dogmatisme épicurien renouvelé de l'école atomistique, le dogmatisme stoïcien renouvelé d'Heraclite, en ce qui concerne la physique, attestaient déjà plus ou moins la décadence de la philosophie grecque. Peu à peu l'ardeur des discussions entre les diverses écoles sceptiques et dogmatiques s'affaiblit et s'éteint ; le silence se fait , la vie cesse. I^ Stoïcisme seul reste debout et
LE StOlCISME. 9î
vivant au milieu de ces ruines ; mais ce n'est plus la spéculation , c'est le sentiment moral qui le fait vivre. Les symptômes de mort se manifestent de toutes parts. Le scepticisme redoutable d'Énésidëme et de Sextus vient proclamer énergiquement l'impuissance des écoles dogmatiques. Mais cette doctrine ne s'étend guère au-delà d'une école de physiciens et de médecins empiriques. Une autre tendance , beaucoup plus générale , se révèle dans les écrits de cette époque. Les doctrines se rapprochent, se mêlent, se concilient entre elles. La méthode éclectique de Potamon devient plus ou moins la règle de toutes les spéculations philosophiques. Les uns combinent avec art; les autres confondent sans discernement; mais tous cherchent à former une doctrine avec des emprunts faits de tous côtés. On ne crée plus, on compose; l'oeuvre systématique a fait place aux recherches de l'érudition.
C'était là UD signe de mort bien plus décisif pour la philosophie que le scepticisme. En effet, l'esprit de système , qui est le fond de l'esprit philosophique , se montre encore sous la forme du scepticisme, tandis qu'il & eflacc complètement dans le travail tout éclectique dont Potamon donnait l^exemple. Du reste, cette disposition des esprits, très peu philosophique en elle-même, eut une influence immense sur la philosophie ultérieure. Si elle ne produisit immédiatement que des compilaUons et des commentaires, si elle ne fit d'abord que rapprocher les diverses doctrines de la philosophie grecque d'une manière fortuite et superficielle, elle en prépara , par ce rapprochement , la conciliation
9 s INTRODUCTION. LIVRE I.
systématique et la transformation ab selti d'une nyiithèse supérieure.
Voilà donc oïi en est la philosophie grecque avant de passer en Orient. Toutes les gtandes écoles , noa seulement celles qui sont nées du mouvement socr»> tique , mais aussi les écoles antérieures qui avaient reparu dans les derniers tempe, occupaient encore la scène ; mais toute ardeur^ toute aspiration spâcU' lative avait disparu. Seulement, la Vie s'était coU' lervée dans quelques unes t comme le StoîcisACi le Platonisme et le Pythagoristne 4 grâce aU sentiment méràl qui les animait. Ce sentiment gagna peu k pee toutes les écoles > et y succéda au mouvement seientifiquei Gest un phénomène digne du plus grand inld> rit, et qui n'a point été assee remarqué, que -t'absérption graduelle et universelle de toute spéculation duiB la vie morale. Cela explique comment des éeoleà primitivement si diverses présentent toutes vers la fin à peu près le même aspect. La pensée spéculative s'affaiblisswit et s'éteignant peu à peu , les différenees el les oppositions qu'elle provoquait s'efTacent insensiblement, et alors le sentiment moral devient comihc te fond commun dans lequel disparaissent toutes les diversités. Ainsi , c'est au moment où la philosophie grecque meurt à la spéculation qu'elle renaît à la vie morale. Elle y renaît, par sa propre vertu, au sortir des arides et sophistiques discussions de la nouvelle académie. Avant que le souffle de l'Orient l'ait touchée, le sentiment moral s'y est déjà manifesté sous toutes les formes, par le Stoïcisme (on pourrait, jusqu'k un certain point dire aussi , par l'Èpicurisme) , par l>
LE STOICIBHE. us
recrudescence du spiritualisme platonicien et de l'ascétisme de Pythagore. C'est là, du reste, toute la vie de la philosophie grecque au moment o{i elle va changer de théâtre. Toute invention et toute inspiration métaphysique ont cessé : cette vaste science hellénique que le génie de ses grands hommes avait successivement dotée de tant de beaux systèmes , n'est plus qu'un cadavre, toujours im|)0sànl par ses formes et ses proportions , mais qui mcnaes < e tomber en poudre ai un génie nouveau ât ëlrangcr ûe liaient le ranimer de sa puissante haleine.
INTHODCCTION. LIVRE II.