LA GNOSE. S H
fable, inaccessible, le seul vrai Dieu, le Père *. La série (tes éroanatioBs purement divines constitue une échelle hiérarchique dans laquelle on peut distinguer huit degrés ^ Le premier degré est la Raison, véritable fils aîné , révélation immédiate et tout intérieure du Père. Le deuxième degré est le Verbe, révélation extérieure du Père , production immédiate de la Raison. I^ troisième degré est T Intelligence , fille du Verbe. Puis viennent successivement les puissances engendrées par l'union des premières essences, à savoir, la Sagesse, la Force, la Justice, la Paix^ Ces diverses émanations fonnent Togdoade divine, le mystérieux Plérome, c'est-à-dire la manifestation complète des puissances intérieures de Dieu , en un mot , le monde divin proprement dit. Le Plérome épuise la nature de Dieu, mais non sa création ni son action. La création divine engendre toute une hiérarchie de puissances secondaires, archanges, anges, dominations, etc. , qui s'échelonnent entre Dieu et le monde, et interviennent soit dans la création, soit dans la conservation des êtres sensibles. La Gnose est la connaissance du Plérome ; elle ne s'obtient que par la foi ^. La foi est un don que Dieu n'accorde qu'aux âmes qui participent,
« Saint Irén., I. ii, ch. 16, par. 2.
2 Saint Clém., Strom., iv, 539.
^ Saint Irén., 1. i, ch. %k, par. 3. Noun primo ab innato natum Paire, ab hoc autem uatutn Logon, deinde a Logo Phrooesin, a PhroDcsi autom Sophiam ot Dyuamin , a Dynami autem et Sophia Virlutes et Principes et Angelos quos primes vocal et ab iis primum cœlum factum.
* Saint Clém. Strom.y ii, 263. ^çci nç tVv 5cov ïniqfxxtxiy a>;
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212 INÏKODLCTION. LIVRE II.
en quelque façon, des vertus du Plérome, et qu'il n)esure au degré de participation *. La nature hwnr.aine n'est cause ni du bien ni du mal qui se produit en eHe : le bien est un don de Dieu ; le mal est dû à Tinfluence des génies malfaisants. On ne voit guère, dans cette doctrine, la part qui reste à la volonté; toutefois Basilide suppose la liberté, puisqu'il parle de bonnes et de mauvaises actions. Le problème qui a le plus préoccupé Basilide et les Gnostiques en général, c'est l'origine du mal. Déjà on avait vu Saturnin et Bardesane s'efforcer de l'expliquer par l'impuissance des esprits inférieurs qui avaient présidé à la création. Basilide reprend le problème et le traite avec plus d'étendue et de rigueur. 11 commence par concilier la justice de Dieu avec l'existence du mal : quand la souffrance s'attache aux méchants , c'est justice , puisqu'ils l'ont mérité ; quand elle tombe sur les bons, c'est justice encore , car, lors même qu'elle ne pèche pas réellement, la nature humaine porte en soi le principe du péché ^. En ce cas le juste n'est pas puni, mais délivré par la souffrance et la mort du principe du mal : donc le mal est toujours un bienfait. Par là Basilide justifiait Dieu , mais n'expliquait pas le mal. Si le mal ne vient pas de Dieu, d'où vient-il ? Il semble que Basilide ait senti l'insuffisance de cette solution du problème; car il essaie une autre explication plus profonde et plus
* Ibid. Siro/Jt.f II, 363. ^-jctxviv ^youvrai Tr,v r^çev oî àtxtft rôy KsîtXet'iV' • — tri 'f'X'^h oî uîzo tou Bx7().£i«Îvj iv'^vj 5t xa xac c..) vy>.v Ojy-îtViv cTva! mO rxaçcv î.açry'ia* xar CïraxoXoûOr/wœ o* au tx; fx/oyy,; rri; •JircsxoTpiou ty;v zoTptxr/./ à."ra:r^ç yû^ca; ^rovcirtiOyi 7rr'r'tv> XTtr*
2 î!?ainl C.lcm. Simni., iv, 'iOG, 500.
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confonde à su doctrine générale des énianalions. Il nie que le mal existe absolunoent, et le réduit à n'être qu'un amoindrissement du bien ^. A mesure que les productions divines s'éloignent de leur centre, elles perdent en perfection ; les derniers reflets de la lumière divine pâlissent devant l'éclat de cette lumière à son foyer , et la dernière émanation du Bien n'en est plus que l'ombre. C'est là l'origine du mal et de la matière : ce sont les degrés tout-à-fait inférieurs des effluves divins, les anges qui ont créé le monde. Mais Basilide ne s'en tient point là : dans sa pensée, la matière n'est pas ce sujet inerte et informe, cette pure capacité réceptive de Platon et d'Aristote, c'est une force, ou plutôt un ensemble de forces aveugJes, mais vivantes, lesquelles se réunissent pour détruire partout l'action de Dieu et des puissances divines ^. Basilide personnifie ces forces dans un système de génies malfaisants qui combattent sous la direction d'un chef plus malfaisant, qu'il appelle Satan. Le chaos est l'œuvre du principe du mal, comme le monde est l'œuvre de Dieu. Si la matière, principe du mal , n'est que le dernier effluve de Dieu , elle doit suivre la loi de toute émanation, qui est de revenir à sa source. Le mal n'a donc qu'une durée éphémère ; il semble que la conséquence nécessaire de cette doctrine devait être le salut de tous les êtres de la création. Mais Basilide était trop sous le joug des idées de l'Orient pour arriver à cette conclusion. Au contraire, il pense que les hommes sont par nature bons ou méchants ; le Christ n'est venu que
* Saint Clém. Stiv/n., 408.
* Archel. et Manet. Disput., 55, 276.
214 INTUODUCTION. LIVHE II.
pour sauver les bons. La rédemption a pour but de nous unir plus intimement à Dieu et de nous initier à la Gnose *. Quand l'âme humaine en est là , elle a franchi toute la hiérarchie des puissances secondaires* des archanges et des anges; elle est entrée dans le plérome ineffable, et possède la vie divine.
Dans la doctrine de Basilide , la prédominance des traditions orientales sur la doctrine des Apôtres est évidente. Dans celle de Valentin, l'élément oriental ne prédomine plus seulement, il absorbe le principe chrétien. Le gnostique égyptien puise à flots dans les mystères de l'Egypte , et en général dans toutes les grandes traditions de l'Orient ; et en même temps il emprunte à la philosophie grecque , à Pythagore , à Platon, au Stoïcisme. Ce mélange des idées de l'Orient et de la Grèce est propre à Valentin et à son école. La doctrine de Valentin est un syncrétisme puissant, mais intempérant, que le souffle de l'Orient pénètre, remplit, anime dans toutes ses parties. Du reste cette doctrine, étant la dernière et la plus puissante expression du gnosticisme, mérite une analyse un peu plus étendue. Le monde ne peut procéder immédiatement de Dieu. Cette œuvre imparfaite et misérable répugne à sa bonté parfaite, à sa majesté ineffable et inaccessible ^ La nature de Dieu n'est ni substance , ni être, ni essence déterminée : auasi n'y a-t-il pas de nom qui puisse l'exprimer \ Seulement, pour faire comprendre cb que la nature divine a de suprême et d'incompréhensible,
* Ircn., 1. Il, cil. IG, par. 4.
2 SaintClcm.,p. iOO.
3 Irén.. I. II. ch I i, par. I. () a.fwV.ro; xaj àv9V7f9?, h jirirt
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