CHAPITRE PREMIER
PoUuMon. AmmontiiA Saccas, Orlgène. Loii|^«
Ce n*est point Téclectisme de Potamon qui pouvait préparer les voies au Néoplatonisme alexandrin. S'il est vrai qu'Ammonius ait suivi l'enseignement de ce philosophe, on n'aperçoit guère de rapport entre l'œuvre mesquine du maître et la grande entreprise du disciple. « Naguère, dit Diogène de Laërte, une école éclectique fut fondée par Potamon l'Alexandrin, lequel choisissait les doctrines qui lui avaient convenu dans chaque école. 11 lui parut que le critérium de la vérité est multiple , et comprend d'une part le principe même qui dirige le jugement, et de l'autre le moyen dont se sert la faculté de juger, à savoir, l'image parfaitement claire de l'objet. Quant aux principes de toutes choses , il en distinguait quatre , la matière , la qualité , la création ( iroiYfçiv ) et la position ; car toute chose a pour condition d'existence l'origine , la cause , le comment et le lieu. La fin à laquelle il veut que tout soit rapporté, c'est une vie parfaite, en tant qu'elle renferme toute vertu , même les biens exté-
rieurs et corporels *. » Ce passage de Diogène de Laërte , seul document qui nous reste sur la doctrine de Potamon , montre que l'éclectisme de cet Alexandrin avait surtout pour but de concilier les parties inférieures de la philosophie socratique, le Stoïcisme et l'Épicurisme. La logique , la physique , la morale seules y figurent. Dans cet oubli de la métaphysique, on doit reconnaître un philosophe forpié à l'école d'Épicure ou à celle de Zenon. Sa théorie du principe des choses est tout ce qui répugne le plus à Tesprit même du Platonisme. Comment pourrait-ou voir en Potamon le fondateur ou même le précurseur du Néoplatonisme? Le vrai fondateur est Ammonius Saccas, comme le vrai précur.seur est Numénius. Le Néoplatonisme eut Alexandrie pour berceau, mais se répandit bientôt dans toutes les provinces de Tempire. Ses deux chefs les plus illustres enseignèrent, Tun à Rome, où il attira de nombreux disciples; l'autre à Athènes, où il fonda une école qui a lutté jusqu'au dernier moment contre le Christianisme. D'autres écoles néoplatoniciennes fleurirent à Éphèse et à Pergame. Alexandrie resta sans doute le foyer principal du Néoplatonisme; mais, grâce à celle
« Diog. Laert., hitrodnct,,. txi oV trpo hliyo^j xae «vartri t»? atpcçrç ÙTf»y^, 'jko IIoTapovo; roO AXtÇotv^wç, cx)cÇa/«CtfOv t« ôpi-
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tiflité que la domination romaine venait d'établir dans le monde , l'esprit de i'écoie alexandrine pénétra partout, inspira toutes les œuvres de la science, et devient l'esprit universel d^ écoles philosophiques. Cette universalité s'explique aisément, si on songe que partout le sentiment de la vie contemplative et mystique, né du contact de l'Orient et de la situation politique du monde ancien , gagnait les écoles et les préparait à cette transformation que le Néoplatonisme alexandrin vint accomplir. Pour ces raisons , peut-être serait-il plus exact de comprendre les doctrines philosophiques d'Ammonius, de Plotin, de Porphyre, d'Iamblique, d'Hiéroclès, de Proclus, d'Olympiodore, sous le nom de Néoplatonisn^e, que sous celui de philosophie alexandrine. Cette dénomination semble d'autant plus convenable que la restauration du Platonism ene fut nullement préparée par le travail des écoles du Musée. On vient de voir k quoi se réduit l'éclectisme de Potamon. On sait , par des témoignages authentiques , que le Platonisme est , de toutes les doctrines de la philosophie grecque , celle qui a le moins fleuri au Musée. Quand Ammonius parut, les écoles du Musée étaient tombées dans la plus triste impuissance ; nul signe de vie, nul symptôme de transformation n'y annonçait une philosophie nouvelle. L'impulsion vint du dehors. Ce fut le spectacle des grandes écoles religieuses de l'Orient en face des misères de la philosophie grecque ; ce fut surtout l'inspiration d'un esprit nouveau qui suscita le Néoplatonisme alexandrin. Loin d'en être l'origine et le principe , c'est à peine si on peut dire que le Musée en fut le berceau.
Ammonius est le vrai fondateur du Néoplatonisme :
Hi ANALYSE. LIVRE L
tous les témoignages des historiens de cette époque s'accordent à le reconnaître. Né de parents chrétiens» il abandonna la religion de sa faoïille pour le cuite de la philosophie pure. Gomme à ce moment la philosophie grecque n'avait point encore confondu sa cause avec celle du Polythéisme, il serait possible qu'Amnionius fût resté bienveillant pour le Christianisme , et même qu'il en eût retenu certaines idées. Alors la guerre n'avait point encore éclaté entre la philosophie et les docteurs chrétiens ; les écoles de philosophie étaient fréquentées par des Chrétiens, et réciproquement Beaucoup de philosophes passaient au Christianisme , emportant des écoles toute leur doctrine philosophique. Il paraît certain qu'Origène, fiéraclas, et un grand nombre de Chrétiens célèbre, ont assisté aux leçons d'Ammonius ; il n'y a pas de raison sérieuse de révoquer en doute à cet égard le témoignage de Porphyre. Mais il faudrait bien se garder d'en conclure qu'Ammonius enseignât le Christianisme. Eusèbe et saint Jérôme ( d'après Eusèbe) ont prétendu» contraidictoirement au témoignage de Porphyre, cité par Suidas j qu'Ammonius était resté chrétien jusqu'à sa mort. Cette opinion ne soutient pas l'exanoen ; elle repose sur la confusion d'Ammonius Saccas. fondateur du Néoplatonisme , avec un autre docteur chrétien de ce nom qui vécut vers le même temps et liûssa de nombreux ouvrages théologiques , entre autres un livre sur l'accord de Moïse et de Jésus , cité par Eusèbe K Or il est constant , d'après le double témoignage de Longin et de Porphyre , que le fondateur de l'école
' Euwb., HUt. ceci., VI, 19.
d'Alexandrie n'avait rien écrit , et que son enseignement n'avait été transmis à ses disciples que par voie de tradition^ D'ailleurs , quand nous n'aurions pas le lémoignage de Longin et de Porphyre , la tendance bien connue de l'école alexandrine, et le caractère des doctrines qui en sont sorties, suffiraient à nous prouver que la doctrine d'Âmmonius était une philosophie essentiellement grecque et parfaitement indépendante de toute foi religieuse. Ammonius a pu se montrer conciliant à l'égard des dogmes chrétiens dans un temps où la religion nouvelle recherchait l'alliance de Platon ; mais il n'est pas permis de croire qu'en quittant le Christianisme pour la philosophie , il ait fait ses réserves en faveur des croyances de sa jeunesse.
Il n'est pas possible de connaître d'une manière précise la doctrins contenue dans l'enseignement d'Ammonius. Vouloir en juger par les livres de Plotin serait tout aussi téméraire que de chercher la doctrine de Socrate dans les dialogues de Platon. Mais si la doctrine d'Ammonius doit rester pour nous un mystère , les témoignages que nous a laissés l'antiquité sur Anunonius nous révèlent clairement le caractère général et l'esprit même de son enseignement. Il importe de réunir sur ce point toutes les lumières de l'histoire de la philosophie. Porphyre est la première autorité et la plus précieuse à consulter sur Ammonius. Dans la vie de Plotin , il caractérise ainsi la méthode de son maître : «Aucun livre ne fixait exclusivement son choix ; il montrait dans la méditation un génie original et indépendant, et portait dans ses recherches l'esprit d'Ammonius. Il se pénétrait promptemenl des pensées d' autrui, et les expliquant
3il ANALYSE. LIVRE L
en peu de mots, s'élevait au plus haut point de la contemplation ^. » Puisque, au témoignage de Porphyre, l'esprit d'Ammonius animait la philosophie de Plotin, il est permis de rapporter au premier tout ce que Porphyre raconte sur la méthode du second, à savoir, ro* riginalité et l'indépendance de la pensée , l'ardeur et la puissance de la contemplation. Ce témoignage de Porphyre se trouve confirmé dans un fragment du livre d'Hiéroclès sur la Providence , cité plus loin. Enfin on sait qu'Ammonius était considéré par toute son école comme inspiré de Dieu ( Oeo^i^oxToç ). Ces passages suffisent pour montrer clairement l'esprit et la méthode de la philosophie d'Ammonius. Ce philosophe n'était point un éclectique, & la manière de Potamon, qui composa une doctrine avec des emprunts faits à toutes les écoles ; c'était un penseur puissant et original, qui voyait de haut les doctrines antérieures, et en discernait facilement le côté vrai (to (x>»7î6ivov), mais qui , du reste , cherchait toute vérité à sa source première, à savoir, l'intuition vive et profonde de Tintelligence.
Le caractère général et le but de l'enseignement d'Ammonius ont été indiqués avec non moins de précision par Hiéroclès. « Cette manière de philosopher se maintint dans les écoles philosophiques jusqu'à Ammonius d'Alexandrie, l'inspiré de Dieu. Ce fut lui qui le premier, s' attachant avec enthousiasme à ce qu'il y a de vrai dans la philosophie , et voyant par dessus les opinions communes qui rendaient la philosophie un
» Porph., yie de Plot in ^ ch. 4. Ka\ rov A/ifMi>vcw tptfw vow w
ÉCOLE J> ALEXANDUrE. 345
objet de mépris, comprit bien la doctrine de Platon et d'Aristote, et les réunit en un seul et même esprit, livrant ainsi la'philosophie en paix à ses disciples ^. » Dans le passage suivant, Hiéroclès est encore plus explicite. «Par suite d'un désaccord entre les deux doctrines dont nous venons de parler, les uns se jettent volontairement dans la dispute et l'excès (les opinions excentriques), les autres se laissent asservir par le préjugé et rignorance. Et telles étaient les dispositions de la majorité des philosophes, lorsque brilla tout-à-coup la sagesse supérieure d'Ammonius, qu'on célèbre sous le nom d'inspiré de Dieu. Ce fut lui, en effet, qui purifiant les opinions des anciens philosophes, et transformant les rêveries écloses de part et d'autre, établit l'harmonie entre les doctrines de Platon et d'Aristote, dans ce qu'elles ont d'essentiel et de fondamental ^. » Ainsi le but de l'entreprise d'Ammonius est bien clair. Il se propose de réconcilier les doctrines de Platon et d'Aristote , et par là de reconstituer la philosophie
• Bibi, Pbotius, p. 46 < . Kac ^icfuevc tovto to iraOoç xaTç ^ptXovo-
OuTOÇ yàp ir(;«TOÇ iv^w^taivi nf^ to t^ç ytXoffoyta; àX>îôiv^, xai Tfltç Twv irôÀ}.(i)v ii^oiç ûircpc^v toc; ovc{«5oç <pt\oao<fl<x 7rpoç|ii6ojjicva;, iT^cxaXô»; TàcxacTipou (il s'a.^it de Platon etd'Arislole) xa\ TJ^rityr^té icç r/« x«r Tov ocvrôv vovv, xat otçaçcaçov tyî^ ytXoaof cav îrotpot^c^xf icaat To7ç auToO yva>ptp9(ç, uotXeçoc ^ toTç ffpîçoc; t«v oeurâv cwyytyovÔt«*v nX«»Tiv(ti> xa\ Optycvcc xat to?; cÇ^ç dtirb tcutcav*
' Pbot., p. ^27. Kaî TcoXvv Tw; suirpo^Gcv ç^aa« X*f^' f*^f*Ç orov 19 Ajjfibiviou 9ô^(a ^(c'Xa/iixj/cv, ôv xat dco^i^rov circxoXcroOac vfT/t?* TOÛTov yàp Totç Tcov irocXacwv av^t^câv ^caxaOaporyTa ^ôçaç, xa{ T'^vç cxaTr(;ciiO(v dtvayvoftfvyjç âiro9xr>ai9a^ov Xtipou; , <7v/*fi#vo» èv ro?; iircxaipoiç rc xai âvoeyxotcOTaroc; tc^v ^oy/uiaTt» IlXocTtivoç tc xac Apcç9cXou; tiv yiwpjv aico'f^vaf. — Ibid.. p. 473.
grecque sur ses deux grandes bases. Mai^ les termes mêmes dont se sert Hiéroclès annoncent une œuvre éminemment systématique : il ne s'y agit pas de rap* procher et de confondre des doctrines disparates dans un syncrétisme aveugle , mais bien de réunir dans une vraie synthèse les doctrines du passé, épurées et transformées par une critique supérieure.
Voilà tout ce qu'on peut connaître clairement du but et de l'esprit de la philosophie d'Ammonius. Quant aux doctrines mêmes dont se composait son enseignement, on sait qu'Ammonius n'avait rien écrit. 11 est permis de croire que l'auteur des Ennéades a trouvé dans les leçons de son maître la méthode générale et la substance même de sa philosophie. Porphyre dit quelque part que la doctrine d'Ammonius avait fait pendant longtemps le fond des entretiens de Plotin , au sein de son école ^ Toutefois l'histoire n'en est pas tout-à-fait réduite à ces vagues indications. Un Néoplatonicien de la fm du iv" siècle, l'évêque Némésius, reproduit deux démonstrations. Tune sur l'immatérialité de Tâmo, qu'il attribue à la fois à Numénius et à Ammonius , l'autre sur l'union de l'àme avec le corps, qu'il rapporte exclusivement à Ammonius. Citons d'abord les deux passages. «11 suffira d'opposer les raisons d'Ammonius, maître de Plotin , et de Numénius le pythagoricien , à tous ceux qui prétendent que l'àme est matérielle. Or, voici ces raisons : les corps n'ayant en eux rien d'immuable, sont naturellement sujets au changement, à
^ Porph., y te de Pluiinj cb. 3. Ex ft tî; Àit^ua^w Juvowff««; irocouju^oç toc; ^rocrf c^(.
ÉCOL£ DÀLBXANDRIË. 347
U dittolutioQ, et h des divisions infinies ; ii leur faut nécessairement un principe qui leur donne de la consistance, qui en lie et en affermisse les parlies. C'est ce principe d'unité que nous appelons &me. Mais , si Tâme est aussi matérielle , quelque sub* tile que soit la matière qui la compose , qui pourra lui donnera elle-même de la consistance, puisque nous venons de voir que toute matière a besoin d'un principe d'unité? Il en sera de même à l'infini, jusqu'à ce qu'enfin nous rencontrions une substance immatérielle *. » Voici le second passage : «Ammonius, maître de Plotin, expliquait ainsi la 'difficulté qui nous occupe. Il disait que les intelligibles ont, en vertu de leur nature, la propriété de s'unir aux choses qui peuvent les recevoir, comme tout ce qui périt par la confusion, mais que, tout en étant unies, elles restent pures et incorruptibles, comme tout ce qui coexiste ^ns se confondre; car pour les corps, l'union opère le changement complet des parties qui se rapprochent , puisqu'elles forment d'autres corps. C'est ainsi que les éléments se changent en corps composés, la nourriture en sang, le sang en chair et en d'autres parties du corps. Mais pour les intelligibles, l'union se fait sans qu'il en résulte de changement; car il répugne à
> Nemes., Denat, /tom,, ch. 2, p. 70, éd. Mattbœi. Tàawfiara r^ obcfi^ f(t9ii Tf cirrà ovTa xotc axt^otçà mat ii oXov tiç «ircr^v TfADTot, pjjcvlc iv a^roTi àfuroiÇkriroM uTtoXccm/iAryou, ^ccrac tov «vvtiGcvtdc Mc cuyoyovToç 7ta\ ti^ntp av9yiyy9>roç xal ovyxparouvroç oùrà^ oircp i|fV](nv Xîyofj^f» El Toiwv awfia Içiv i ^yyi ocov^irof c , ic mai XcirrofM^fçftrov, ri iwiXiv ici t6 «uWyo» ixfivi}y ; s^cî)^ y«p, ir«v ffSèpm
âitâfÂarov •
la nature de l'intelligible de changer d'essence. Il disparaît ou cesse d'être, mais il ne supporte pas le changement. Or l'intelligible ne peut cesser d'être : autrement il ne serait point immortel ; et, comme l'âme est la vie, si elle changeait dans l'union, elle deviendrait autre chose, et ne serait plus la vie. Que procurerait-elle donc au corps, si elle ne lui donnait pas la vie? L'âme ne change donc pets de nature dans son union ^. » Ces deux passages de Némésius sont curieux à plusieurs titres. Ils nous révèlent l'identité de pensée de Numénius et d'Ammonius sur deux points essentiels, l'immatérialité de l'àme, et son union avec le corps. Noi» pouvions croire jusque là, d'après la ressemblance générale des doctrines, et surtout d'après le témoignage de Porphyre, que Numénius avait exercé une certaine influence sur les fondateurs du Néoplatonisme; le té« moignage de Némésius seul nous apprend qu Ammonius a puisé sa doctrine psychologique dans les écrits de Numénius.
< Nemes., De nat, hom,, ch. 3, p. 429» éd. Matthsi. tktfi (Ajt//!â»vco;) rà vwità Totaurvj''' ^«cv ^pvarv, w; x« tvovoOac torç wi«* ftrvot; aura jc^aoOat, xadotircp Ta cwc^apfitvot, x«: cvoûfACva ftfvttv à5Ûy;^Ta xac à^tcf^Oopa, el>; toc iropoxccfuva. E rit f«v yàp t«v otêpar TCi)v r, ï^tùGi^ (xÀAc£(i>9!v Twv ffuv(ôvTa>v îTOvTWî cpydéÇcTac, cirti'Wïircf'Ct; «XXa ç'iuxara uiroL^à}jttat, w; Ta ço{;(ce« ttç Ta <pjyxf>tftaraj mk « Tcoyotc ccç aTfAoe, to ^£ alua et; «apa xac Ta XoîTrà /jiô|>:a rw vtùftsft^' iirc j^c t5v votjtc^ cvc^c; uiv ytvcTotc, âXXoft^iç ^ ov trap«oXowtt» (>v yàp ^cVvxc TO voTfiTov xotT ' cv9to(v àXXo(9vo6a< • à)X*^ i^lç»T9tt i l'tç TO pi ov ^ct^CTotc • fiCTOiÇoXiri; ^c «vx circ^r^CTOcef otXX'o^Kt itÇ t^f* ov ^cc;MT0U. Ou yào îv àOccvorrov xoïc «i ^j'VX^ ^'^ ^** ** ^^ ^' 'Ç'*^*
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Mais ce qui importe le plus, c'est de savoir si les ci-r tations de Némésius nous font réellement connaître un fragment de la pensée d'Ammonius. On ne peut la considérer comme l'expression littérale de la doctrine de ce philosophe, puisqu'il est constant qu'il n'a laissé k ses disciples qu'une tradition orale. Mais le fait attesté par Porphyre infirme-t-il absolument la valeur des passages cités? Ne peut-on pas y voir l'expression de l'enseignement oral transmis par Ammonius? Cette hypothèse soulève beaucoup de difficultés. On peut objecter qu'une tradition, renfermée d'abord si sévèrement dans l'enceinte de l'école, a dû parvenir difficilement jusqu'à Némésius; que d'ailleurs les successeurs immédiats d'Ammonius, Plotin, Amélius, Porphyre, n'en ont absolument rien reproduit dans leurs ouvrages ; qu'enfin , s'il est facile de concevoir comment la tradition peut transmettre le caractère général et le principe même d'une doctrine, il l'est beaucoup moins de s'expliquer la transmission , par cette voie, d'une théorie spéciale, d'une démonstration particulière. Ainsi il n'y a pas de raison de récuser le témoignage d'Hiéroclès, signalant dans une histoire rapide des doctrines philosophiques l'esprit général de la réforme accomplie par Ammonius , bien que les contemporains et les successeurs immédiats du chef de l'école d'Alexandrie n'en aient point parlé. Mais comment croire que les démonstrations d'Ammonius sur l'immatérialilé de l'âme et sur son union avec le corps aient pu traverser la chaîne des temps et des doctrines, sans se perdre ou du moins s'altérer? Toutes ces raisons n'infirment pas la valeur des citations de Némésius. Le silence des contemporains
ou des successeurs d'Ammonius sur sa doctrine psychologique n'est point un argument concluant , parce que rien ne prouve que, dans le grand nombre d'ouvrages perdus , il n'en ait pas été fait mention. D'un autre côté, il est possible de concevoir la transmission d'une doctrine spéciale , à travers les temps, au sein d'une même école. D'ailleurs, si les citations de Némésius n'expriment pas la pensée même d'Ammonius, qu'expriment -elles donc? On ne peut supposer qu'elles soient une pure invention de Némésius, ni même l'écho d'une vague rumeur répandue dans les écoles néoplatoniciennes. Car si un historien peut prêter & un philosophe antérieur une opinion imaginaire , il n'invente point les détails d'une démonstration. Mais ne pourrait-on pas admettre que Némésius , trouvant cette démonstration dans Plotin, l'aurait attribuée à Ammonius, en vertu du rapport des deux doctrines? Cette explication ne vaut qu'autant qu'on retrouvera dans Plotin non seulement la pensée, mais enc strations reproduites examiner. Sur la qu' Némésius fait dire à en eux rien d'immuc changement, à la d d'unité qui leur d lie et en affermisse 1 Plotin : « Il n'y au puissance de Tâme flux et à un mouv< tion du rapport de r«^me et du corps, Panalogie
« Plot., IV, MI, 2.
est encore plus frappante. Ammonius dit : « Uâme est la vie ; si elle changeait dans l'union , elle ne serait plus la vie. » Plotin répète souvent que Tesseiice de Fâme est d'être un principe de vie ; que l'âme est la vie, et que toute vie est immortelle *. Ammonius pose en principe que les intelligibles conservent immuablement leur essence. Plotin affirme que l'âme ne change pas essentiellement dans son contact avec les choses sensibles 2. En parcourant les traités psychologiques de Plotin , on trouvera une analogie non moins sensible entre les deux doctrines ; mais nulle part on ne rencontrera cette identité parfaite de pensée et de forme, de laquelle seule on pourrait conclure que Némésius n'a fait que prendre dans Plotin les démonstrations qu'il attribue à Ammonius. D'ailleurs, s'il en était ainsi, on ne voit pas pourquoi Némésius, en vertu du rapport intime des deux doctrines , n'a pas cité Ammonius plus fréquemment ; car son livre est plein d'idées et même d'images évidemment empruntées à Plotin. Si donc il n'a cité Ammonius que sur deux points, c'est qu'il avait en vue , non pas un texte, mais une tradition précise attribuée , dans les écoles du Néoplatonisme, au maître de Plotin. Comment cette tradition lui était-elle parvenue ? N'y avait-il pa« des témoignages antérieurs au sien? Jusqu'à quel point la tradition , en la supposant réelle , a-t-elle conservé la pensée d' Ammonius? C'est ce quMl est impossible de savoir. Seulement , si on pouvait comparer la citation de Némésius , relative à Numénius et à Ammonius, à l'un des fragments qui nous ont été
« Plot., IV, VII, 2. — Ibid., 12.
» Plot., IV, VII, 9.
352 ANALYSE. LIVRE l.
conservés de ce dernier, il serait peut-être permis , en voyant le degré de ressemblance qui rapproche les deux passages, de conclure de Numénius à Ammonius. Voici une phrase de Numénius, la seule qui, dans les fragments conservés par Eusèbe, se rapporte à la démonstration de Tàme : « Pm'sque les corps sont par nature condamnés à la mort , privés de vie , sujets à une agitation perpétuelle , et n'ayant aucune fixité , n'ont-ils pas besoin d'un principe qui les contienne*?» Or la même pensée se trouve exprimée à peu près sous la même forme dans la première phrase de la citation de Némésius sur la question de l'immatérialité de l'âme : « Les corps étant, en vertu de leur propre nature , sujets au changement, à l'entière dispersion et à une division infinie , s'il ne reste en eux rien d'immuable, ont besoin d'un principe qui les contienne 2.» On voit, par ce rapprochement, que Némésius reproduit fidèlement la pensée de l'auteur qu'il cite. On pourrait trouver dans son livre d'autres exemples très nombreux de cette fidélité. C'est ainsi que, sans jamais citer textuellement, il conserve dans toute leur intégrité les opinions de Plotin , de Porphyre, d'Iamblique, auxquels il fait de fréquentes allusions. Quoi qu'il en soit, trois choses nous paraissent incontestables : 1" que les citations faites par Némésius ne sont point de purs extraits d'Ammouius , lequel n'avait rien écrit ; 2* qu'elles ne sont ni une invention de Némésius ni la simple reproduction des passages de Plotin ; 8° qu'elles supposent pour base une tradition d'Ammonius plus ou moins précise, mais positive,
' Eusèb., Pnep. n*., xv, 17. J'ai citéce Iftxte, f/itrofi., p,i%9, 2 Voy. p. 347.
concernant les deux questions de la nature de Pâme et de son rapport avec le corps , tradition que Néniésius aurait reproduite avec plus ou moins de fidélité. Voilà à peu près tout ce qu'on peut connaître de la philosophie d'Ammonius. Quant à ses antécédents immédiats, l'une des citations de Némésius nous apprend qu'Ammonius avait puisé dans Numénius les principes de sa doctrine psychologique. Il est probable que l'influence du philosophe pythagoricien s'étendait à toute la philosophie du fondateur de l'école d'Alexandrie; mais on ne peut rien affirmer à cet égard. Potamon est cité par plusieurs historiens comme le maître et le précurseur d'Ammonius ; mais cette origine attribuée au Néoplatonisme est fort douteuse. Ce que nous savons de l'esprit, de la méthode et du principe de sa philosophie , ne rappelle en rien les procédés éclectiques et la doctrine mentionnés par Diogène de Laërte. En résumé , on connaît clairement trois points de la tradition d'Ammonius, à savoir : 1" que ce philosophe se proposait de reconstituer la philosophie grecque sur la base d'une alliance systématique entre Platon et Aristote ; 2** qu'il préludait à cet éclectisme par une critique supérieure, et puisée à la source d'une forte et ardente méditation ; 3* qu'il défendait, avec et d'après Numénius, les doctrines psychologiques de Platon contre Aristote et les Stoïciens. Or ces trois points de la philosophie d'Ammonius se retrouvent identiquement dans le livre qui a servi d'évangile au Néoplatonisme, dans les Ennéades de Plotin. 11 est donc hors de doute qu'Ammonius a été le vrai fondateur de Técolp d'Alexandrie.
Ammonius eut un grand nombre de disciples , dont les principaux furent Origène, Hérennius, Longinet Plolin. On sait que tous les quatre s'étaient engagés à ne rien écrire, afin de conserver le caractère purement traditionnel de l'enseignement de leur maître. Mais Porphyre raconte qu'Hérennius ayant violé son serment, Origène, Longin et Plotin se décidèrent successivement à publier leurs leçons. 11 ne reste rien , ni fragment , ni mention , qui puisse nous donner la moindre idée des doctrines d'Hérennius. Origène, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre docteur chrétien de ce nom , disciple aussi d' Ammonius, avait publié un traité (Trepl «Jaiaova>v), et un livre adressé à l'empereur Galien, sous le titre fort énigmatique : on pvoç TroiyiTYiç 6 ^%cikvj;. Ce titre, si on le prend à la lettre, semble n'exprimer qu'une flatterie pour le chef de l'empire. Runkenius, par une conjecture plus ingénieuse que solide, le métamorphose ainsi : on voOç to^i'/ity;; jcal paciXeùç , et pense que le but de ce livre était de démontrer que l'intelligence seule a créé le monde et le gouverne après l'avoir créé , et de réfuter par là les philosophes qui » comme Plotin , avaient reconnu un principe supérieur h l'intelligence *. Quoi qu'il en soit de la conjecture de Runkenius, le point de doctrine qu'elle cherche à établir est confirmé par un témoignage de Proclus. Ce philosophe affirme dans sa théologie de Platon qu' Origène ne reconnaissait pas de principe supérieur à l'intelligence ^. Nous verrons que Plotin
' Voyez Biblioth. Fahric,, Origène.
* Procl., Thi'ol. Plat,, 1. n, ch, 4. Kat yàp «5 xoc ayTo;ifç'*6>
est (Tune tout autre opinion. Quelle était sur ce point capital la doctrine d' Ammoniufl ? Est-ce dans Origène , est-ce dans Plotin qu'il faut en chercher l'expression ? On ne peut rien savoir à cet égard. Quant à Torigine de l'opinion d'Origène , elle n'est pas douteuse. On sait que Numénius ne distinguait point encore , dans le premier principe, l'Un de l'Intelligence. Du reste, nous ne savons rien de plus sur la doctrine d' Origène. Proclus cite ce philosophe en plusieurs endroits de son commentaire sur le Timée. II y rapporte la scène assez comique dans laquelle Origène défend avec une singulière exaltation Homère contre Platon * , l'explication du mythe de l'Atlantide, où Origène retrouve l'opposition des bons et des mauvais démons ^ , et enfin l'hypothèse tout astronomique par laquelle Origène explique l'influence du climat d'Athènes sur le génie de ses habitants*. Mais aucune de ces citations ne nous fournit la moindre lumière sur la doctrine philosophique d'Origène, le seul point qui ait de importance.
Longin, s'il faut en croire l'auteur de&Ennéades, s'était plutôt livré aux études littéraires et philosophiques qu'à la philosophie ^. Pourtant il avait écrit un commentaire sur le Phédon , et un autre sur le commencement du Timée. Il avait lu et revu avec soin les ouvrages de Plotin, et une longue lettre
»tOv ti).ciit5ï^ xa\ T^ itpwTKTov ^' fb ft îv tb irovToç voO, %oi\ tcovtoç hnimtvm tov Sytoc^ êtflvivt,
* Procl., Cofii, Tint., p. SO.
* Procl., Corn. Tinu, p. 24.
* Procl., Corn. Tiift., p. 50.
< Procl., Com. Tint., p. 27.
adressée à Porphyre nous fait connaître le jugement qu'il en portait K Ce jugement est plutôt littéraire que philosophique, et ne nous éclaire point sur le fond de la pensée de Longin. Il reproche bien à Porphyre dans cette lettre d'avoir abandonné sur la question des idées sa première opinion pour suivre celle de Plotin. Mais quelle était cette opinion , Longin ne l'explique point. 11 n'est resté des traités philosophiques de Longin qu'un fragment de son commentaire sur le Phédon conservé par Eusèbe, et quelques passages de Syrien et de Proclus où il est fait mention de quelques unes de ses opinions philosophiques. Le fragment d'Eusèbe porte sur la question de la nature de l'âme. Nous le citons presque entièrement. « Pour parler en général, tous ceux-là me paraissent s'être écartés de la vraie manière de raisonner qui ont soutenu que l'âme est un corps. Car comment peut-on soutenir sans absurdité que ce qui est propre à l'âme ressemble à quelque élément? Comment soutiendra- t-on qu'elle est le produit de mélanges et de fusions ? Ces mélanges ayant lieu de plusieurs manières engendrent nécessairement les formes d'un grand nombre d'autres corps dans lesquels on peut voir, sinon immédiatement, au moins de loin le principe élémentaire lui-même , et le travail de transformation qui le fait arriver à un second ou troisième composé. Mais on ne trouve dans les corps aucun indice des choses de l'âme , s'efforçât-on , avec Epicure et Chrysippe, de tourmenter la pierre et d'en extraire toutes les propriétés du corps , pour y chercher l'origine des fonctions de Tftme. Car quel est
» Porph., />/., Pht., ch. 18. 66.
le souffle, si subtil qu'on le suppose , qui pourrait expliquer rimagination et le raisonnement ? Quelle est la figure dans les atomes qui aurait, entre toutes les autres, assez de vertus et de souplesse pour engendrer la Sagesse^ lors même que ces atomes se combineraient pour former un nouveau corps?.... Qui ne s'indignerait à bon droit que Zenon et Cléanthe aient traité Tâme avec assez peu de respect pour soutenir qu'elle n'est qu'une exhalaison d'un corps solide? Qu'y a-t-il de commun , grands Dieux , entre une exhalaison et l'âme ? Et comment pouvaient-ils, assimilant ainsi à ce phénomène naturel notre âme et celle des animaux , conserver les imaginations, les souvenirs constants, les désirs et lee volontés qui ont pour but l'intelligence des choses? Est-ce que les Dieux aussi et ce Dieu suprême qui pénètre tout de sa vie, les choses terrestres et les choses célestes , seront considérés comme une exhalaison , une fumée , une vaine apparence ? Ne respecterons-nous pas les paroles des poètes qui , bien qu'ils n'aient pas une connaissance exacte des Dieux , guidés par le sentiment universel des hommes et in-spires par les Muses, ont dit sur les Dieux des paroles plus graves, et n'ont parlé ni d'exhalaisons, ni d'air, ni de souffle, ni de pareilles vanités*?» Cette démonstration sent plus le rhéteur que le philosophe ; on n'y retrouve pas la pensée métaphysique qui fait le fond des démonstrations de Numénius, d'Ammonius et dePlotin, à savoir , la nécessité d'un principe d'unité qui rallie toutes les parties dans Thomme et dans l'univers. Toutefois , la preuve toute psychologique de Longin n'est
» Eusèb., Prœp, <^'., l. xv, ch. 21.
pas Bang valeur. Nous verrons Plotin descendre dos hauteurs de la métaphysique et procéder absolument de même, montrant successivement qu'il n'est pas une faculté intellectuelle proprement dite que Thypothèse de l'âme matérielle puisse expliquer. 11 est donc très probable que la démonstration psychologique de Longin appartient à l'école même d'Ammonius. Un autre problème préoccupait vivement aussi, à ce qu^il paraît, cette école, à savoir, si les idées sont, par rapport au Démiurge ou Paradigme, antérieures, postérieures, ou contemporaines. Il résulte d'un passage de Proclus que Plotin se prononçait pour l'existence simul* tanée des idées et du Démiurge , Porphyre pour l'antériorité des idées, et Longin pour là postériorité. « D'autres plaçaient les idées après le Démiurge , par exemple Longin, lequel demandait si le Démiurge vient immédiatement après l'Un , ou bien si entre eux se trouvent d'autres ordres intelligibles *• v Deux autres citations de Proclus indiquent que Longin avait expliqué la doctrine de Platon , sur l'union de$ âw« aux germes primitifs , mais sans se prononcer sur w point '. Dans un troisième , Proclus expose l'opioioo de Longin sur l'influence du climat ; le principe de cette théorie serait que le climat agit surtout sur le» facultés naturelles de l'homme*. Enfin Syrien citei
» Prool.. Com. ar#iw.,p, 98. ÉwyàjiTÔvif|tX«ôv,«î^«"*'
AoyyTvoç, o; lipâJTa itoTtpoit o ^/jkou^o; ivGvç pcrà t^ «^ ^C"*' * oXXoet Tofftç clffl voYiTac fxfrafù toO tc ^poupyov xa( toO cvo?»
^ Procl., Com. Tim., p. 4 6.
^ Procl., Com. Tim.^ p. 50.
dans son commentaire 6ur la métaphysique d'Aris* tote , une opinion de Longin sur un point très important , et depuis longtemps débattu au sein des écoles. Il 8*agit de savoir si les idées subsistent ailleurs que dans l'esprit a Les idées , dit Syrien , n'existent pas dans Tesprit à la façon des simples notions générales , conune Longin » dit-on , Taurait avancé K » Cette opinion de Longin s'accorderait parfaitement avec la doctrine que lui attribue Proclus sur l'antériorité du Démiurge, par rapport aux idées. Si les idées n'existent que dans l'esprit du Démiurge^ il faut bien qu'elles lui soient postérieures.
Ces rares fragments ne nous font point connaître la philosophie de Longin ; mais ils nous fournissent des indications précieuses sur l'esprit général et la tendance de ses doctrines. Sur la question du Démiurge , il ne suit point l'école d'Ammonius dans ses hautes et abstraites spéculations, et parait se rattacher à la pensée de Platon , lequel n'avait jamais songé à séparer le Démiurge, ni des Idées, ni de l'Un, comme l'ont fait les Alexandrins. Sur la question de la nature de l'âme, il défend, avec Numénius, Ammonius et Plotin , la doctrine de Platon contre Aristote et les Stoïciens ; mais son goût pour la philosophie simple , claire et facile , sa répugnance pour la métaphysique transcendante se révèlent encore dans le caractère tout psychologique de sa démonstration. Sur tous les autres points où il commente la doctrine de Platon, il s'arrête toujours au sens le plus simple et à l'explication la plus
> Syrian.y Corn. Metaph. BagoUn., p. S9. Neque eodmki modo quo tenues '\\\m vulgâtiMimii una cum iotelleclo tubiiitunt, ul dioetMlQr LongÎBus pmferrç.
360 ANALYSE. LIVIŒ 1.
naturelle, bien différent en cela des Alexandrins, qui cherchent constamment les explications les plus subtiles et les plus abstraites. Ainsi, autant qu'on peut en juger par les faibles données qui nous restent, Longin était un esprit plein de sens et de mesure , plus judicieux que profond , disciple de Platon beaucoup plus que d'Amraonius, et qui refusait de suivre l'enthousiasme alexandrin au-delà des limites du Platonisme.