CHAPITRE II
Plotin. Théologie.
3I«tbode Théorie dp TUd. Théorie de rinleUigence. Théoiie de Vkme.
Porphyre nous a transmis dans sa biographie de Plotin les détails les plus intéressants sur l'éducation philosophique de son maître , sur le choix des lectures dont il aimait à se nourrir , sur la nature de son esprit, sur sa méthode de philosopher et d'écrire , sur sa vie mêlée de vertus pratiques et d'extases. 11 suffira d'en extraire ce qui peut servir à Texplication de sa doctrine. Plotin commence l'étude de la philosophie à l'âge de vingt-huit ans. Les maîtres les plus estimés
Voilà celui que je cherchais ! et ne quitte plus son école. Dans son ardeur infatigable, ii eut bientôt dévoré tous les livres qui pouvaient l'instruire dans la science grecque, et se tourna vers les monuments de la sagesse des Perses et des Indiens ^. Jusqu'à quel point chercha-t-il à pénétrer les profondeurs de cette sagesse mystérieuse, et quel parti en a-t-il tiré pour son propre système, c'est ce qu'il nous sera fort difficile de démêler. Du reste, malgré le charme que l'éclat et la nouveauté de ces doctrines étrangères devaient exercer sur un esprit aussi curieux et aussi enthousiaste , Plotin resta fidèle à la philosophie grecque et à l'enseignement d'Ammonius. La doctrine de Platon devint le principe et le point de départ de ses recherches; mais Porphyre nous apprend qu'il ne négligeait aucune des grandes sources de la science grecque. Les doctrines stoïciennes et péripatéticiennes se confondent dans les profondeurs de son système, et telle était la puissance de transformation de ce génie original que les emprunts ne s'y montrent nulle part ^. Il résume dans sa doctrine toute la métaphysique d'Aristote, en la combinant avec la dialectique de Platon. Dans les conférences de son école , on lisait assidûment les commentaires de Sévère, de Cronius, de Numénius, de Gaius et d'Atticus, philosophes platoniciens ; on lisait également ceux d'Adraste, d' Aspasius, d'Alexandre, et autres péripatéliciens qui lui tombaient sous la main ^. Mais aucun livre ne fixait particulièrement son choix ; il montrait , au témoignage de Porphyre , dans la spéculation , un
I Porph., nt. Plot,, ch. 3.
^ Porph.. nt. Plot., ch. 4 4.
* Porph., r/r. Plat.,ch.ii.
génie original et indépendant, et portait dans toutes ses recherches l'esprit d'Ammonius *. Sa méditation était si forte et si profonde que rien ne pouvait la troubler ni la distraire. «En causant avec nous, dit Porphyre , il pouvait à la fois satisfaire aux besoins de Tentrelien et poursuivre sans s'interrompre la méditation du sujet qui l'occupait ; il vivait donc tout à la fois avec lui-même et avec les autres. Il ne se reposait jamais de cette attention intérieure ; elle cessait à peine durant un sommeil souvent troublé , par rinsuflisance de la nourriture ( car parfois il ne prenait pas même de pain), et par cette concentration perpétuelle de son esprit ^. » Quand il avait ainsi médité, la pensée jail* lissait de son esprit avec une abondance et une force telles qu'il écrivait sa composition tout d'un trait, et semblait ne faire que transcrire d'un livre ce qu'il avait pensé. Plotin était beau, surtout quand il parlait : alors l'intelligence semblait s'échapper des profondeurs de son âme , pour se réfléchir sur son visage et l'illuminer de ses divins rayons. L'inspiration coulait de son front comme une rosée céleste. Naturellement agité , inquiet, timide, au point de rougir au moindre embarras, il oubliait et lui-même et les autres dans l'exaltation de sa pensée, et répondait à tout avec cette majesté douce et tranquille du génie sûr de sa force K Moraliste sévère dans sa doctrine , Plotin montra dans sa conduite toutes les vertus d'un sage. Son goût pour
• Porph., Fit. Plot., ch. \ 4. ÉXtytxo ft ix toÛtov o{Av xodSiipa;,
voOv h rat; cÇcTa<7C9(v«
» Porph., rit. Plot., ch. 8.
5 Porph., r/r./'/c;^, ch. -12.
la vie contemplative ne lui fit jamais négliger les de^ voirs de la vie pratique , de même que les tendances mystiques de sa philosophie ne faussèrent jamais les principes de sa morale. Indifférent à tout ce qui le concornait personnellement , il veillait sur la personne et les intérêts d'autrui avec une sollicitude de père ^. Porphyre nous apprend qu'il était la providence d'un grand nombre de familles privées de leur chef. Plotin regardait la vertu et la contemplation comme le seul culte digne du philosophe, et la vraie voie pour aller à Dieu. L'un de ses disciples , Amélius , l'engageant à s'approcher des Dieux, il lui répond : « C'est à eux de venir à moi '. « Cette fière parole révèle une foi médiocre dans la vertu des sacrifices ; Plotin y semble dire: qu'a-t-il besoin d'évoquer des Dieux inférieurs, celui que la philosophie élève jusqu'au Dieu suprême? On sait que ce fut Porphyre qui mit en ordre et corrigea les ouvrages de Plotin. Il procéda à l'égard des écrits de son maître, comme Andronicus le péripatétiden avait fait à l'égard des œuvres d'Aristote ; il les divisa par traités en réunissant ensemble tous les sujets analogues ^ C'est ainsi qu'il partagea toute la philosophie de Plotin en six Ennéades, subdivisant chaque Ennéade en neuf livres. Cette méthode de division ne conservait point l'ordre chronologique historique des productions de Plotin , mais elle reproduisait assez bien l'ordre systématique du développement de sa pensée. La philosophie de Plotin y débute par la psychologie, la morale, la physique, et finit par la
• Pdrpb., Fit, Plot., ch. §.
» Porph., ru. Plot., ch. -10.
' Porph., Ht. Plot., ch.U.
théologie. Il est à croire que Porphyre et les autres disciples ou amis de Plotin qui corrigèrent ses œuvres, se sont bornés à en faire disparaître les incorrections, sans toucher à la pensée ni même au style. La pensée de Plotin est tantôt abstraite comme une théorie d'Aristote, tantôt éclatante et animée comme un récit de Platon; tour à tour sèche et surabondante, impétueuse et embarrassée , toujours forte , concise et substantielle. Son style est l'image de sa pensée, obscur, difficile , incorrect , hérissé de formules , mais aussi éblouissant de métaphores, plein de vie et de mouvement. Porphyre Ta caractérisé parfaitement : « Le style de Plotin est vigoureux et substantiel , enfermant plus de pensées que de mots , souvent plein d'enthousiasme et de sensibilité , exprimant plutôt ses propres inspirations que des pensées de tradition *. » Ce ne sont point là les caractères du style de Porphyre. Jusqu'à quel point Plotin a-t-il reproduit l'enseignement d'Ammonius? N'a-t-îl été que l'interprète fidèle de la pensée du maître ? ou bien faut-il voir en lui le Platon d'une doctrine dont Ammonius n'aurait été que le Socrate? Ce sont des mystères qu'on ne peut éclaircir. Il est deux choses hors de doute, à savoir, la puissante originalité de Plotin et l'importance capitale de ses livres. Quand ces livres n'auraient fait, ce qu'il est difficile de croire, que commenter l'enseignement d'Ammonius, ce commentaire plein de génie n'en serait pas moins le premier , le plus brillant et le plus profond monument du Néoplatonisme. Non seulement la pensée alexandrine n'a jamais dépassé le point où
' Porph., ///. Plot., c. 14.
Ta élevée Plotin dans ses Ennéades, mais encore elle s'est maintenue rarement à celte hauteur sous les phi* losophes qui lui ont succédé. Proclus, le plus grand organe de cette école après Plotin , développe et complète la démonstration des doctrines néoplatoniciennes, sans les modifier essentiellement. Dans un travail qui a surtout pour objet de faire connaître à fond la philosophie des Alexandrins, la place de Plotin ne saurait être trop grande , ni par conséquent l'analyse de ses traités trop étendue. Dans cette analyse , nous devrons conserver toujours scrupuleusement les formes de la pensée de l'auteur, et quelquefois le laisser parler lui-même. Plotin n'est pas de ces écrivains dont on puisse espérer de rendre la pensée, en faisant abstraction du style ; le dépouiller de son langage , c'est ôter à sa pensée tout ce qu'elle a de nerf et de vie.
I. MÉTDODE. L'âme aspire au souv!5rain bien ; elle n'y parvient que par la connaissance du vrai et du beau. Dans le monde sensible le vrai et le beau lui échappent ; elle n'en voit que les apparences ; ce n'est que dans un monde supérieur qu'elle peut en saisir la réalité. Trois voies différentes conduisent à ce monde : la musique, l'amour, la philosophie. La musique a pour objet l'harmonie ; l'amour a pour objet la beauté ; la philosophie a pour objet la vérité ^. Le musicien s'élève au monde intelligible , en faisant abstraction des sons et en cherchant le nombre et la mesure , c'està^ire l'idée et le principe même de l'harmonie *.
' Enn. I, III, 1,2, 3, ?>, éd. Creuizer. ' Enn. I, m, I.
L'amant s'y élève également, en négligeant les objets beaux pour ne considérer que la beauté en soi , l'idée ^ du beau qui illumine les formes de la nature et les actions de l'homme. Mais ni le musicien ni l'amant ne voient et n'atteignent directement l'intelligible pur; ils ne font que l'entrevoir à travers les choses sensibles, et toujours l'ardeur et le trouble des sens se mêle dans l'âme du musicien ou de l'amant à l'intuition de la beauté et de l'harmonie 2.
Le philosophe n'est point réduit à entrevoir la vérité à travers de grossiers symboles ; il l'aperçoit directement et dans son essence, sans que la passion ni l'imagination en viennent troubler ou obscurcir la tranquille et pure contemplation *. L'âme du philosophe n'a pas besoin de faire effort pour dégager l'idéal des formes concrètes et particulières qu'il revêt : libre de tout sensible , elle se place tout d'abord au le intelligible. La philosophie, prise )lus élevé du mot, comprend la mélaue la définit Aristote, et la dialectique, d Platon. Elle n'est point une simple méthode servant à disposer des pensées ; elle ne se réduit point à de pures propositions ni à de simples règles logiques; elle s'occupe des choses en elles-
» Enn. I, III, î.
2 Eon. I , III , 2. (5 ^ Ipcjrixoc , de Vv forùtitia^t Jtv xtt'i i /;w«* xlc, Mce fUTantcm i fxé^oi Sn^, H iro^cX^e , ytmfMytnéç %ç( ituç «oX- Xeuc' X'*?'^ ^ ^'^' di^varcr x«Taf«aQi(v ; irXnrTOfACv «c Sk viro twv iv o\j/ct xaXcàv ntç>\ aura iitrivirat,
3 Enn. I, III, 3. O Sk «pcXo^oyo; tyjv yucev ?ro(fxoc ovtp; xae oTov cirrcpa>uevoc9 xac 06 ^cofjirvo? ^M&ht<oçy wcnsp oc a).\oc ovtocj xcxc-
VTfîf/CVO; TTpbç Tt) OVO».
mêmes *. Mais comment s'en occupe-t-elle î Les autres sciences aussi , sauf la logique , touchent à la réalité. La morale traite des mœurs , la psychologie de l'âme et des diverses facultés qui lui sont propres, la physique de la nature et de tout ce qui s'y rattache. La philosophie première traite de toutes ces choses , mais en les considérant dans leur essence et leur principe *. Elle n'est point la science de telles catégories d'êtres en particulier ; elle n'est même pas la science de tous les êtres pris collectivement ; elle est la science de l'être, en tant qu'être. L'être, le vrai, l'intelligible *, voilà ce qu'elle poursuit dans toutes ses recherches , quelle que soit d'ailleurs la chose dont elle s'occupe. La réalité morale , physique , n'est qu'une matière pour la philosophie ; son véritable et seul objet est l'être. C'est en ce sens qu'elle connaît tout, les propriétés et les lois de la nature, les opérations logiques de la pensée, les actions et les habitudes de la volonté : elle embrasse toutes les sciences , mais en les dominant ^. Toujours selon le même point de vue, elle peut être définie, la science des idées, aussi bien que la science de l'être. Elle est en effet la science des idées prises en elles-mêmes, et abstraction faite des choses. Soit qu'elle embrasse le
• Enn. I , lii , 5. CK» yàp ^i htinrion, Spyocvov toOto (rin» ^caXcxrcxnv) cTvac ToO Y>cXo9o^poti' ov yàp ^tkà J^ccopvjV^rà Içt xac xovovcç , àXkr» mfk itpayftmxà ïçt, xm\ otov OXi^v (xjft tÀ Svr«.
' Enn. I , ni, 4. Kircoipti|) ntf^ irotvrwv, ov» 3ô^. > Son. I, m, 4.
* Enn. I, m, 4. U A Stoiktxtn^ taà i 9 fia frc sdOôXov jm d(dXâ*€ irttvra ccç XP^** itpofiptt rrl f powioii. Ilértfa A içt t^ x«Tt» clvai Avcv ^rttXcrrnt^ç wcà «Of caç , 4 dtttXîlK xor\ iX).fiir^rrwç ^ Içt A cofVv iTvŒi %cà ^(oXrxrcxbv ov:wç aveu toutc^ •
système entier des idées , ou qu'elle considère chaque idée isolément ; soit qu'elle remonte graduellement des dernières idées à l'idée suprême et au principe des idées , ou qu'elle descende de celui-ci aux dernières idées par la même méthode ; soit enfin qu'elle contemple les idées dans toute la pureté de leur essence , ou qu'elle les suive dans leurs manifestations sensibles, dans la nature , dans la science , dans la vie qu'elles pénètrent et illuminent , elle conserve son caractère propre dans tous ces modes et à tous ces degrés de connaissance , tant qu'elle ne se laisse pas détourner, comme la musique et l'amour, de la contemplation pure des idées , par l'impresion des choses sensibles *.
On ne voit pas tout d'abord comment la philosophie peut initier l'âme à la communication directe et pure de la vérité. Il semble même que cette communication répugne à la nature de la connaissance , laquelle suppose un sujet et un objet. Gomment l'âme peutelle connaître ce qui est distinct d'elle-même, ce qui est hors de sa sphère? Il est évident que pour être vraie, il faut que la connaissance soit intime et que Tobjet connu ne fasse qu'un avec le sujet qui connaît. Toute connaissance dont l'objet sera extérieur et étranger au sujet , est vide de réalité ; donc toute connaissance vraie pour
I Enn. I, III, 4. ilat\>99j7a Sk xr,ç ircpc to acoOnr^ nkân^ç, cvr OfMtt TCO voTjrô), xôxtTTÎiv irpceyparccoy c^C( , th ^tûù^ç otf tXfa* iv rw Xcyof*cvw rîrXïîGctot; ttcÎc'w ttiv \|a>;^riv TpcWjaa, tç ^coupc9ci tt HXa- Tcjvoc ^pMUCvv) fùv xat tlç 6tix6t9tv rê^y C(^v * yj^ftc^ri ^ xac cî; tô rc içc* Yj(Ai}»i>ri ^ x^c cire roc irp^rot ycvi}, xai roc ex Tovrov 90f/^ irXé(<»v7a. Îmç otv ^ic).Oi|i ic«v t^ vo^t^, x«c «vair^Xcv «voXvv^ot, tU ^
l'âme se réduit à une pure conscience d'elle-même ou de ce qui est en elle ^. Plotin comprend parfaitement toutes les dilTicultés du problème , il les pose et les résout d'une manière catégorique. L'esprit ne connaît la vérité qu'autant qu'il la possède intimement et la contient en soi-même. Gomment, en effet, pourrait-il connaître autrement? Comment percevrait-il l'objet placé en dehors de lui-même? D'abord si cet objet lui est réellement extérieur, il est possible qu'il ne le rencontre pas , ou bien que la rencontre étant fortuite et passagère , la connaissance s'envole avec l'objet 2. Dira-t-on que cette connaissance s'opère par l'union du sujet et de l'objet de la perception? Mais alors quel sera le lien qui les unit ? Si on admet que la perception est une empreinte de la réalité, il faudra reconnaître qu'elle est purement adventice et accidentelle. Tel est le cas de la sensation , laquelle a son objet en dehors d'elle-même. Mais qui pourrait dire que la sensation atteint réellement son objet ? Il est reconnu qu'elle ne saisit qu'une image, une apparence, et que c'est pour cela qu'elle est une simple opinion et non une véritable science ^. Si la pensée a son objet en de-
' Edd. y, m, 2. Kai yàp au ourb>; ou^' àitùiti^ttaç âttf oùA nt<;tii»ç on outc*^ * ocuto; yotf out»ç, xai hapyviç ot»xhç aurai, xai c? tc irpb aÙTOÛ , orc t^ ouroû , jeac tX rc fux* cxrcvo , orc aûroç , xa) ovèîtç iriçoTC^oc aura» ircpi oûroO , xac orc cxc7 roOro, xai ovtcdç. Ûçc xac ti ivTwç dcXviÔcia ou a«»fAf6»vov9a ^cXXci>, oXX iour^* Kac où^ ifoi^' aurr^y SXXo Xc>C(, ital ïçiy xac o cçc, toûto xac Xcycc.
* Enn. V, V, 4 . O ^ voOç ycyvca^xcav, xa^ rot voisrà ycyvwaxuv, ce ^v cripa Svror ycy-yûffxcc, ttcûç fàv ov owru^oc uuroTç; iv^c^crac ur ^cyvcâffxccv, ri ro rc orc ouvctuj^c, xac oux àce ?5cc rfiv yvÔiacv.
5 Enn. V, V, 4.
hors d'elle-même , comme la sensation , comment sera-t-elle assurée de posséder réellement la vérité? Comment saura-t-elle que cela est véritablement bon , ou beau, ou juste? Si la bonté , la beauté , la justice, lui soiit extérieures et étrangères, elle n'aura point en elle les principes de jugement sur lesquels elle puisse établir 6a croyance ^
Mais ce n'est pas seulement sur la nature de la connaissance que Plotin se fonde pour démontrer l'identité du sujet et de l'objet de la pensée; c'est aussi sur la nature de l'intelligible lui-même. On se fait une fausse idée de la vérité quand on se la représente multiple et dispersée dans les choses particulières. S'il en était ainsi, l'intelligence rte pourrait l'embrasser dans cet éparpillement infini , ni la suivre dans ses pérégrinations 2. La vérité, au contraire, est une , simple , universelle. 1 1 n'y a pas une vérité qu'on nomme la justice, une autre qu*on nomme ia beauté; il y a la vérité, laquelle comprend et enveloppa? tout, justice, beauté, etc., dans l'unité de ton es-
TOVT
%at ' ^ vc
ir«5ç
xati I